Entretien avec Camille Chalmers

Haïti, une lueur d’espoir malgré les tragédies

22 novembre 2004 par Frédéric Lévêque


La population haïtienne se souviendra longtemps, et avec douleur, du bicentenaire de son indépendance. Depuis le début de l’année 2004, tragédies et instabilité politique se succèdent. Tout le monde se souvient encore de la polémique entourant la chute du régime du président Jean-Bertrand Aristide au mois de février. Plus récemment, ce sont les affres de la nature qui ont frappé de plein fouet la population la plus pauvre des Amériques. Au mois de mai, des inondations ont provoqué la mort de près de 2.000 personnes ; en septembre dernier, c’est l’ouragan Jeanne qui a englouti la ville de Gonaives et ses alentours, semant une fois de plus, une fois de trop, la mort, la misère et le désespoir.

Pour nous parler de la situation difficile que traverse la première « République noire » du continent américain, nous avons rencontré Camille Chalmers, haïtien, professeur d’économie et de planification sociale à l’Université d’Etat d’Haiti. Depuis 1995, il coordonne une coalition d’organisations, la Plate-forme haïtienne de plaidoyer pour un développement alternatif (PAPDA) qui réunit neufs réseaux nationaux qui luttent contre les politiques néolibérales et pour l’émergence d’authentiques alternatives populaires de développement en Haïti. Camille Chalmers participe également aux réseaux internationaux qui militent contre la globalisation Globalisation (voir aussi Mondialisation) (extrait de Chesnais, 1997a)

Origine et sens de ce terme anglo-saxon. En anglais, le mot « global » se réfère aussi bien à des phénomènes intéressant la (ou les) société(s) humaine(s) au niveau du globe comme tel (c’est le cas de l’expression global warming désignant l’effet de serre) qu’à des processus dont le propre est d’être « global » uniquement dans la perspective stratégique d’un « agent économique » ou d’un « acteur social » précis. En l’occurrence, le terme « globalisation » est né dans les Business Schools américaines et a revêtu le second sens. Il se réfère aux paramètres pertinents de l’action stratégique du très grand groupe industriel. Il en va de même dans la sphère financière. A la capacité stratégique du grand groupe d’adopter une approche et conduite « globales » portant sur les marchés à demande solvable, ses sources d’approvisionnement, les stratégies des principaux rivaux oligopolistiques, font pièce ici les opérations effectuées par les investisseurs financiers, ainsi que la composition de leurs portefeuilles. C’est en raison du sens que le terme global a pour le grand groupe industriel ou le grand investisseur financier que le terme « mondialisation du capital » plutôt que « mondialisation de l’économie » m’a toujours paru - indépendamment de la filiation théorique française de l’internationalisation dont je reconnais toujours l’héritage - la traduction la plus fidèle du terme anglo-saxon. C’est l’équivalence la plus proche de l’expression « globalisation » dans la seule acceptation tant soit peu scientifique que ce terme peut avoir.
Dans un débat public, le patron d’un des plus grands groupes européens a expliqué en substance que la « globalisation » représentait « la liberté pour son groupe de s’implanter où il le veut, le temps qu’il veut, pour produire ce qu’il veut, en s’approvisionnant et en vendant où il veut, et en ayant à supporter le moins de contraintes possible en matière de droit du travail et de conventions sociales »
néolibérale et le paiement de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque africaine de développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds européen de développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
extérieure, comme ceux de Jubilé Sud et du Comité pour l’annulation de la dette du Tiers-Monde.

Comment peut-on expliquer la catastrophe humanitaire provoquée par l’ouragan Jeanne ?

Photo : Yannick Bovy Cette catastrophe est liée à un ensemble de phénomènes. Elle est d’abord due au processus de déforestation qui fait que Haïti est passé en quarante ans de 23% de couverture forestière à moins de 2% maintenant. Ceci s’explique par le processus de pillage séculaire depuis l’arrivée des armées espagnoles. On ne cesse de détruire les arbres en Haïti. Durant le XIXe siècle, la découpe des arbres en Haïti a été un des moyens de paiement de la dette de l’indépendance contractée en 1825. Nous avons vécu cette situation tout à fait paradoxale d’un pays qui gagne son indépendance, qui gagne une guerre très longue et très douloureuse contre l’armée de Napoléon et fonde une république, et qui doit payer pour son indépendance et indemniser pendant près de cent ans les anciens propriétaires d’esclaves et de plantations (voir encadré ci-dessous).

La catastrophe est aussi le résultat de politiques plus récentes d’ajustement structurel [politiques néolibérales imposées par le Fonds monétaire international FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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et la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
, ndlr], en particulier depuis les années 1980. Ces politiques ont contribué à déstructurer la paysannerie et expliquent une migration massive des campagnes vers les villes. Dans ces villes, nous avons énormément d’établissements précaires, de bidonvilles construits très souvent sur des marécages, sur le littoral de la mer ou sur des pentes particulièrement accidentées. Evidemment, ce genre de constructions expose ses habitants à toute sorte d’intempéries, notamment aux inondations. C’est ce qui s’est passé aux Gonaives.
La gestion urbaine est totalement irresponsable. Les constructions se font n’importe où, sur les canaux d’évacuation qui sont tous bouchés. Il n’y a pas de recyclage de déchets, donc il y a énormément de déchets qui bouchent ces canaux.
Beaucoup de gens annoncent d’ailleurs que des catastrophes de ce genre peuvent frapper des villes côtières comme Port-au-Prince ou Cap Haïtien.

Comment faire face à une telle situation ?

Pour répondre à ce genre de catastrophe, il faut évidemment avoir des actions Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
, des projets, des politiques qui rompent avec la logique dominante qui a produit ces phénomènes. Il faut absolument entamer une mobilisation massive pour la reforestation, car nous sommes vraiment à un niveau critique de déforestation qui menace même des écosystèmes. Sur les trente bassins versants que nous avons en Haïti, 25 sont érodés totalement et menacent la survie de l’agriculture qui occupe aujourd’hui 65% de la population et 50% de la population économiquement active.
Il faut donc des politiques énergiques, une autre orientation de développement, une rupture par rapport aux mécanismes de domination et aux transferts de richesses vers le Nord. Cela implique une mobilisation nationale de toutes les énergies. On essaie de participer à cette mobilisation depuis de nombreuses années.

Quelle est la responsabilité de l’Etat haïtien ?

Cette catastrophe est aussi due à la faiblesse de l’Etat. Dans le cadre des politiques d’ajustement structurel, on a affaibli un Etat déjà particulièrement mal en point, aux capacités très réduites. Ce que l’on a vu avec les inondations de la fin du mois de septembre, c’est que l’Etat haïtien n’est pas du tout équipé pour répondre à ce genre de situation. Au niveau de l’approvisionnement en nourriture, on a dû attendre plusieurs jours. Il n’y a pas de stocks, de réserves alimentaires. Même les moyens de transports ne sont pas disponibles. Donc, nous avons un Etat qui est de plus en plus incapable de faire face à sa mission fondamentale, qui est réduit à sa plus simple expression dans le cadre d’une privatisation accélérée des services de base et d’un affaiblissement systématique de l’Etat préconisé par les politiques des institutions financières de Bretton Woods.

Quelle est la politique du gouvernement qui a succédé à celui d’Aristide ? Quel secteur représente le gouvernement de Latortue ? Est-il souverain ? Quel est le rôle des forces militaires présentes en Haïti sous le drapeau de l’ONU ?

La population, qui s’était fait un certain nombre d’illusions au départ d’Aristide en croyant à une sorte de transition, constate que ce gouvernement est incapable de répondre aux problèmes les plus simples, les problèmes quotidiens comme la sécurité ou la gestion urbaine. C’est un gouvernement qui a été formé pratiquement sous la houlette des Etats-Unis, dirigé par un Premier ministre qui a passé pratiquement quarante ans à l’extérieur du pays, qui a travaillé pour les Nations Unies. C’est un gouvernement de purs technocrates.

Ce que l’on constate, c’est qu’il n’a aucune autonomie politique, que les décisions sont prises en général par les Etats-Unis ou par le directoire que représentent les responsables du Programme des Nations Unies pour le développement PNUD
Programme des Nations unies pour le développement
Créé en 1965 et basé à New York, le PNUD est le principal organe d’assistance technique de l’ONU. Il aide - sans restriction politique - les pays en développement à se doter de services administratifs et techniques de base, forme des cadres, cherche à répondre à certains besoins essentiels des populations, prend l’initiative de programmes de coopération régionale, et coordonne, en principe, les activités sur place de l’ensemble des programmes opérationnels des Nations unies. Le PNUD s’appuie généralement sur un savoir-faire et des techniques occidentales, mais parmi son contingent d’experts, un tiers est originaire du Tiers-Monde. Le PNUD publie annuellement un Rapport sur le développement humain qui classe notamment les pays selon l’Indicateur de développement humain (IDH).
Site :
(PNUD) ou les représentants du Secrétaire des Nations Unies. Il y a une perte croissante de souveraineté. On a un exemple très clair avec la mise en place de ce que l’on appelle le cadre de coopération intérimaire. Ce dernier a été présenté devant les bailleurs de fonds, il a été présenté et adopté à Washington dans une conférence de donateurs les 18 et 19 juillet 2004. C’est un document qui n’a jamais été discuté devant les différents secteurs de la nation. Il en est de même du budget de l’exercice 2004 - 2005, présenté devant les bailleurs de fonds les 23 et 24 septembre mais qui n’a jamais fait l’objet d’une véritable discussion, par aucune instance nationale. C’est donc un gouvernement qui exécute, qui ne planifie pas, et qui est totalement à la merci du département d’Etat états-unien.
On a vu notamment Colin Powell visiter le pays en avril 2004, je crois, et à la veille de cette visite, le gouvernement s‘est empressé de signer un accord avec toutes les forces politiques pour pouvoir présenter à Powell une espèce de consensus de transition.

Nous avons un processus politique très fragile. La transition devrait aboutir sur des élections en 2005, mais compte tenu de l’absence totale de légitimité de ce pouvoir et compte tenu de l’absence de forces, de partis politiques véritablement ancrés dans la population et qui pourraient être des caisses de résonances des revendications fondamentales, on a beaucoup de doutes sur la réussite même de ce processus. D’autant plus qu’un des éléments-clés d’un exercice électoral serait un climat de sécurité pour permettre une campagne politique. Or, ce climat de sécurité est en train de se détériorer rapidement.

La Mission des Nations Unies n’est-elle pas censée garantir la sécurité ?

On assiste aujourd’hui à une situation où la Police nationale a été en grande partie détruite, elle n’a aucune capacité opérationnelle. La MINUSTA - Mission des Nations Unies de stabilisation démocratique - qui joue, en principe, un rôle d’encadrement de la Police nationale, est totalement inefficiente. Les citoyens constatent jusqu’à présent que la MINUSTA, composée de presque 3000 soldats aujourd’hui, ne participe pas vraiment à la vie nationale. Ce sont simplement des spectateurs. Ils enregistrent les faits qui se produisent. Ils prennent le prétexte du manque d’effectifs pour dire, par exemple, qu’ils ne peuvent désarmer les groupes paramilitaires. Evidemment, ce prétexte est fallacieux au vu de l’armement dont ils disposent : beaucoup de tanks, des missiles sol-sol, sol-air, par exemple. Ils sont donc surarmés et disposent d’un budget astronomique - on parle de 500 millions de dollars américains de budget annuel pour la MINUSTA - qui représente d’ailleurs l’essentiel de ce qui a été déboursé dans le cadre de la conférence des donateurs - mais la sécurité n’est pas au rendez-vous.
On a assisté ces dernières semaines à une flambée de l’insécurité avec des morts, des manifestations violentes. Des groupes liés aux partisans d’Aristide - les Chimères - ont organisé des manifestations violentes et ont tué des policiers. Il y a aussi les anciens militaires démobilisés - probablement liés à la CIA - qui ont pris le contrôle de certaines régions du pays. C’est un gouvernement qui ne contrôle même pas la totalité du territoire national puisque certaines régions sont sous le contrôle de ces anciens militaires.

Peut-on imaginer à terme une sorte de réponse populaire ? Quels sont les mouvements sociaux, associations, syndicats susceptibles de faire évoluer la situation ? Par rapport à l’insécurité, par rapport à la pauvreté, par rapport au paiement de la dette extérieure,...

Le mouvement populaire en Haïti a reçu des coups très durs, en particulier suite au coup d’Etat de 1991. Ce mouvement a également souffert d’une polarisation énorme autour de la question d’Aristide puisque qu’une partie du mouvement est restée fidèle à Aristide et qu’une autre partie s’est rendu compte de sa soumission au projet impérialiste.

Je pense paradoxalement que nous sommes dans une conjoncture favorable où l’on peut reconstruire une certaine unité du mouvement populaire autour d’axes importants comme les questions liées à la dette, à l’écologie, à la défense de l’agriculture paysanne. Autour de ces questions, il est possible de reconstruire une unité d’action. Le mouvement est en train de se débarrasser de ce faux débat autour d’Aristide et de la nature de son régime. Il se rend compte aujourd’hui de qui sont ses véritables ennemis, notamment avec la présence militaire de la MINUSTA.

Il existe des structures importantes tant du côté du mouvement des femmes que du mouvement paysan. Il y a des fédérations paysannes qui sont nationales. Au niveau de la PAPDA, par exemple, cette semaine, nous avons lancé une nouvelle campagne pour la défense du riz national qui est un combat très important. Le gouvernement vient de signer un nouvel accord avec une compagnie états-unienne qui va encore accélérer l’invasion du marché national par le riz importé. Donc, je crois que ces axes de combat sont très pertinents et permettent de penser à l’émergence de plans alternatifs qui seraient effectivement dirigés par les forces populaires.

Propos recueillis le 20 octobre 2004 par Frédéric Lévêque.

Une fausse indépendance payée au prix fort

En janvier 1804, l’indépendance d’Haïti fut l’aboutissement d’une double révolution, à la fois anti-coloniale et anti-esclavagiste. Il faut mesurer le coup de tonnerre que représente alors une indépendance arrachée par des esclaves se soulevant contre des colons soutenus par l’armée de Napoléon ! A l’issue de leur victoire militaire, les généraux indigènes proclament l’indépendance du pays.

Immédiatement Haïti est mis au ban des nations qui ne reconnaissent pas son indépendance. Après vingt ans de pourparlers et de pressions, en avril 1825, Charles X, roi des Français, prend l’ordonnance suivante : « (...) Les habitants actuels de la partie française de Saint-Domingue verseront à la caisse fédérale des dépôts et consignations de France, en cinq termes égaux, d’année en année, le premier échéant au 31 décembre 1825, la somme de cent cinquante millions de francs, destinée à dédommager les anciens colons qui réclameront une indemnité. Nous concédons, à ces conditions, par la présente ordonnance, aux habitants actuels de la partie française de Saint-Domingue, l’indépendance pleine et entière de leur gouvernement. »

Les richesses (comme celles provenant de la vente du café) sont donc, dès le début, consacrées au remboursement d’une dette illégitime Dette illégitime C’est une dette contractée par les autorités publiques afin de favoriser les intérêts d’une minorité privilégiée.

Comment on détermine une dette illégitime ?

4 moyens d’analyse

* La destination des fonds :
l’utilisation ne profite pas à la population, bénéficie à une personne ou un groupe.
* Les circonstances du contrat :
rapport de force en faveur du créditeur, débiteur mal ou pas informé, peuple pas d’accord.
* Les termes du contrat :
termes abusifs, taux usuraires...
* La conduite des créanciers :
connaissance des créanciers de l’illégitimité du prêt.
, dite « dette de l’indépendance » (équivalant au budget annuel de la France de l’époque). Dès 1828, le gouvernement haïtien doit emprunter pour rembourser les emprunts précédents : la spirale infernale s’enclenche. Pendant plus d’un siècle, Haïti va se saigner aux quatre veines pour rembourser cette dette qui lui a délibérément coupé les ailes au moment de l’envol.

Malgré l’indépendance proclamée en 1804, la France continue donc à jouer un rôle de puissance dominante à travers ce mécanisme de la dette, et ce jusqu’en 1915, date à laquelle la première occupation militaire de la part des Etats-Unis marque l’entrée d’Haïti dans leur zone d’influence grandissante.

Ainsi, la dette est un élément fondateur de l’Etat haïtien. De surcroît, les mécanismes que l’on retrouve aujourd’hui dans la dette des pays du Sud sont réunis à Haïti dès le dix-neuvième siècle : une dette « boule de neige », pour préserver les intérêts des gouvernements du Nord et de leurs entreprises, pour exercer un chantage politique, rendant impossible tout développement...

Extrait de « Haïti : 200 ans après, à quand l’indépendance ? » par le CADTM France



Article publié dans Le Courrier (http://www.lecourrier.ch),Genève, novembre 2004.

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