Justice pour Sourour !

6 mars 2023 par CADTM Belgique , Thérèse Di Campo


Photographies de Thérèse Di Campo

Entre colère, tristesse et incompréhension, samedi 4 mars, près de 600 personnes se sont réunies pour soutenir la famille de Sourour Abouda devant le Palais de justice à Bruxelles. La foule a demandé vérité et justice pour cette Bruxelloise de 46 ans, retrouvée sans vie le 12 janvier dernier dans une cellule du commissariat d’Ixelles (Rue Royale), dans des conditions aussi floues qu’inacceptables.



 Des familles laissées sans informations par la justice

« La mort de Sourour ne peut pas être réduite à un fait divers, nous n’accepterons pas une injustice de plus face à cette réalité inadmissible », a rappelé au micro Selma Benkhelifa, l’avocate de la famille de Sourour. Dans la nuit du 11 au 12 janvier dernier, Sourour Abouda, Bruxelloise de 46 ans, mère de famille et travailleuse à la PAC a perdu la vie dans une cellulle du commissariat de police d’Ixelles tandis qu’elle avait été arrêté sur la voie publique quelques heures plus tôt. Selon la police puis le parquet de Bruxelles, Sourour se serait suicidée par « auto-étranglement avec son pull », une thèse « violente et brutale » contestée par sa famille, aujourd’hui abandonnée par le parquet. La famille de Sourour cherche toujours des réponses concernant les raisons de son arrestation et les circonstances de sa mort et réclame légitimement transparence et un accès complet au dossier, ce qu’on leur refuse.

 Une procédure violente et des atteintes à la dignité

Lors de ce rassemblement Soumaya, la sœur de Sourour, mais aussi Allan son fils âge de 19 ans, ont rappelé que le déroulé des évènements ayant conduit à sa mort est, près de deux mois après les faits, loin d’être éclairci. L’occultation complète d’éléments de preuves par la justice est déroutante, révoltante et inacceptable. En effet, Sourour est décédée devant une caméra de surveillance, mais sa famille et les avocats n’ont à ce jour qu’un accès partiel aux enregistrement vidéos. Il leur est également impossible d’accéder aux procès-verbaux qui ont été établis à l’arrestation et au décès de Sourour. « Il est encore plus étonnant que la Ligue, qui s’est constituée partie civile, n’ait pas été autorisée à consulter les images des caméras de surveillance de la cellule », a rappelé Edgar Szoc, président de la Ligue des droits humains. A cela, s’ajoute le silence terrible de la justice et la lenteur des procédures. La famille a dû attendre 24 jours pour pouvoir se receuillir et enterrer Sourour, se heurtant à un refus lorsqu’ils exigent une contre autopsie (plusieurs médecins légistes ont refusé) et contrainte de se tourner auprès de la Tunisie. La famille est également indignée de constater que les fleurs déposées près du commissariat de police où est décédée Sourour pour honorer sa mémoire, ont été systématiquement retirées par la Ville. « Nous sommes citoyens belges et nous nous sentons dénigrés par notre système judiciaire (…) Je veux parler au nom de toutes les familles qui n’ont pas pu parler, nous n’accepterons pas une injustice de plus ». Près de deux mois après son décès, l’affaire n’est toujours pas mise à l’instruction.

 « Un appareil d’État qui ignore ses crimes depuis trop d’années »

La famille a rappelé que Sourour est la troisième personne d’origine maghrébine décédée en deux ans dans une cellule du commissariat de la Rue Royale à Bruxelles, dans des circonstances inexpliquées et floues. « La police est censée nous protéger mais aujourd’hui je tremble quand j’entends leur sirène. Lorsque des magistrats et des organes de la police étouffent des violences, la violence policière devient une violence d’Etat », a également ajouté Soumaya.

Ici les mots prononcés par Sarah Liamchine, collègue de Sourour, qui travaillait pour l’asbl Présence et Actions Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
Culturelles :

« Le décès de Sourour n’est ni un fait isolé ni un fait divers, pas plus que ne l’étaient ceux
d’Ibrahima, Ilyes, Akram, Adil, Mehdi, Mawda, Lamine, Jozef, Wassim, Sabrina, Dieumerci, Souleimane, Jonathan, Faycal, Karim Semira, Said, ou de Mimoun. Combien de noms devrons-nous ajouter à cette liste pour que les autorités politiques et judiciaires prennent la mesure de la gravité de ces violences policières ? Combien de noms devrons-nous ajouter à cette liste pour que les autorités assument que la plupart du temps ces violences concernent des personnes d’origine étrangère ou non blanches ? Nous attendons des réponses pour comprendre ce qu’il s’est réellement passé le 12 janvier. Nous ne lâcherons rien car sans ces réponses, aucun deuil ne sera possible. Mais nous invitons aussi tous ceux et celles qui militent quotidiennement pour l’existence d’un État démocratique à se poser les questions suivantes :

Peut-on qualifier d’Etat de droit, un pays qui ne met pas tout en œuvre pour faire cesser cette violence institutionnelle et raciste ?

Que dire d’une démocratie dans laquelle certains citoyens et citoyennes parce qu’ielles n’ont pas le bon prénom ou la bonne couleur de peau ont peur d’exister dans l’espace public, ont peur des forces de police ?

Que dire d’une société qui laisse des citoyen.es mourir en cellule sans surveillance ?
Combien de noms devrons-nous ajouter à cette liste ? »

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