L’Ukraine et le chauvinisme grand-russe de Poutine contre Lénine

15 juillet par Eric Toussaint


Le couple Nadejda Kroupskaïa et Lénine au Manoir de Gorki en 1922. Domaine public Fichier:KrupskayaYLenin1922PorMariaUlyanova.jpg Date de création  : 1922-09-00T00:00:00Z. https://commons.wikimedia.org/wiki/File:KrupskayaYLenin1922PorMariaUlyanova.jpg

Pourquoi Vladimir Poutine accuse-t-il Lénine d’avoir « créé l’Ukraine » ? Derrière cette formule se cache bien davantage qu’une querelle d’historiens : elle exprime une conception impériale de la Russie dirigée par Poutine et constitue l’un des fondements idéologiques de la guerre contre l’Ukraine. Pour la comprendre, il faut revenir au débat qui opposa Lénine à Staline en 1922-1923 sur la création de l’URSS et sur ce que Lénine appelait le « chauvinisme grand-russe ».



Vladimir Poutine dénonce le crime de Lénine contre la Russie au moment de la création de l’URSS. Il prétend que Lénine a favorisé l’Ukraine contre les intérêts légitimes du peuple russe. Il dénonce par ailleurs la révolution russe de 1917 en accusant les Bolchéviks conduits par Lénine d’avoir réalisé un coup contre les intérêts de la Russie en mettant fin à la guerre contre l’Allemagne. En réalité, Poutine considère que l’empire tsariste correspondait aux intérêts de la Russie.

La critique du « chauvinisme grand-russe » exprimée par Vladimir Lénine (1870 – 1924) dans un grand nombre de textes tout au long de sa vie et sa position en faveur du droit à l’autodétermination des peuples constituent des éléments importants pour comprendre la structure politique de l’Union soviétique et les débats contemporains autour de son héritage.

Dans un texte publié en 1916 en pleine guerre mondiale, Lénine écrit

« Le socialisme victorieux doit nécessairement instaurer une démocratie intégrale et, par conséquent, non seulement instaurer une égalité totale en droits des nations, mais aussi mettre en application le droit des nations opprimées à disposer d’elles-mêmes, c’est-à-dire le droit à la libre séparation politique. (…) Le droit des nations à disposer d’elles-mêmes signifie exclusivement leur droit à l’indépendance politique, à la libre séparation politique d’avec la nation qui les opprime. (…) En Russie, où 57 pour cent au moins de la population, plus de 100 millions d’habitants, appartiennent aux nations opprimées, - où ces nations peuplent principalement les régions périphériques, - où une partie de ces nations est plus cultivée que les Grands-Russes, où le régime politique est particulièrement barbare et médiéval, - où la révolution démocratique bourgeoise n’est pas encore achevée, - en Russie donc, la reconnaissance du droit de libre séparation d’avec la Russie des nations opprimées par le tsarisme est absolument obligatoire pour les social-démocrates, au nom de leurs objectifs démocratiques et socialistes. »
 
Source : Lénine, « La révolution socialiste et le droit des nations à disposer d’elles-mêmes », 1916, https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1916/01/19160100.htm

À partir de 1922-1923, au moment où se discute la création de l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS), Lénine s’inquiète de la persistance, au sein de l’appareil d’État soviétique, de comportements hérités de l’Empire russe. Il désigne par « chauvinisme grand-russe » la tendance des élites politiques russes à considérer les autres peuples de l’ancien empire comme naturellement subordonnés à la Russie. Pour lui, cette mentalité impériale représente un danger majeur pour un État socialiste multinational, car elle risque de transformer le nouvel État soviétique en une simple continuation de l’empire sous une forme idéologique différente.
Lénine désigne par « chauvinisme grand-russe » la tendance des élites politiques russes à considérer les autres peuples de l’ancien empire tsariste comme naturellement subordonnés à la Russie

Ces préoccupations apparaissent clairement lors du débat sur la structure du futur État soviétique. Joseph Staline, alors commissaire aux nationalités, propose un projet d’« autonomisation » selon lequel les républiques non russes seraient intégrées à la République socialiste fédérative soviétique de Russie en tant qu’unités autonomes. Lénine s’oppose à cette proposition et défend au contraire la création d’une fédération formelle de républiques juridiquement égales. Dans cette conception, chaque république entre volontairement dans l’union et conserve, au moins en théorie, le droit de s’en retirer.

La crise dite « géorgienne » de 1922 radicalise encore la position de Lénine. Des dirigeants bolcheviks géorgiens accusent Staline et d’autres représentants du pouvoir central d’imposer brutalement l’intégration de leur pays dans une fédération transcaucasienne. Dans ses notes dictées à la fin de 1922, Lénine critique sévèrement la conduite de Staline et de ses collaborateurs, estimant que leurs méthodes témoignent précisément de ce chauvinisme grand-russe qu’il juge particulièrement dangereux. Selon lui, les nations qui ont été victimes de la domination russe doivent bénéficier d’un traitement spécial afin de garantir l’égalité réelle entre les peuples (voir encadré sur Lénine contre Staline dans la question géorgienne)

Encadré sur Lénine contre Staline dans la question géorgienne [1]

Lénine sur la question des nationalités considérait que l’empire tsariste avait « intégré » de force toute une série de nationalités opprimées. Sans entrer dans les détails sur ce point, il faut signaler que Lénine mettait l’accent sur la nécessité de garantir l’égalité des droits pour les nations opprimées, tels les Ukrainiens, les Géorgiens, les Tadjiks, les Ouzbeks, les Turkmènes, les Arméniens, etc. Il ajoutait que le pouvoir soviétique devait prendre des mesures fortes pour que les nations opprimées puissent se « hausser » au même niveau que la nation russe traditionnellement dominante. Il considérait indispensable que les différentes nations opprimées puissent développer leur propre culture et communiquer dans leur langue avec l’autorité centrale de Moscou. Dans ce cadre, Lénine affirmait qu’il fallait mettre en place une Fédération de Républiques soviétiques, et non pas une seule république multinationale. Le responsable de la question nationale au sein du parti et de l’État était Joseph Staline. Lénine l’affronta à partir de la question géorgienne. Staline était entré en conflit avec la direction bolchévique géorgienne qui réclamait une autonomie relative pour mener à bien la politique communiste en Géorgie. Staline, lui-même géorgien, envoya un de ses « représentants », Ordjonikidze, pour aller mettre au pas la direction géorgienne. La méthode employée fut particulièrement brutale puisque Ordjonikidze en vint à frapper un dirigeant communiste géorgien au cours d’une réunion de direction. Quand Lénine apprit cela, il envoya une lettre à la direction communiste géorgienne dans laquelle il se déclara totalement solidaire de celle-ci et décida de s’occuper à fond de la question. Il rédigea un texte qui est une véritable dénonciation des méthodes de Staline qu’il désigne par le terme de « Grand-Russe Chauvin ».

Les 30 et 31 décembre 1922, Lénine dicta plusieurs notes très importantes dont voici quelques extraits :



« Je pense qu’un rôle fatal a été joué ici par la hâte de Staline et son goût pour l’administration, ainsi que par son irritation contre le fameux « social-nationalisme ». L’irritation joue généralement en politique un rôle des plus désastreux. (…) Il faut distinguer entre le nationalisme de la nation qui opprime et celui de la nation opprimée, entre le nationalisme d’une grande nation et celui d’une petite nation. Par rapport au second nationalisme, nous, les nationaux d’une grande nation, nous nous rendons presque toujours coupables, à travers l’histoire, d’une infinité de violences, et même plus, nous commettons une infinité d’injustices et d’exactions sans nous en apercevoir. Il n’est que d’évoquer mes souvenirs de la Volga sur la façon dont on traite chez nous les allogènes : le Polonais, le Tatar, l’Ukrainien, le Géorgien et les autres allogènes du Caucase ne s’entendent appeler respectivement que par des sobriquets péjoratifs, tels « Poliatchichka », « Kniaz », « Khokhol », « Kapkazski tchélovek ». (…) Aussi l’internationalisme du côté de la nation qui opprime ou de la nation dite « grande » (encore qu’elle ne soit grande que par ses violences, grande simplement comme l’est, par exemple, l’argousin) doit-il consister non seulement dans le respect de l’égalité formelle des nations, mais encore dans une inégalité compensant de la part de la nation qui opprime, de la grande nation, l’inégalité qui se manifeste pratiquement dans la vie. (…) Le Géorgien (= J. Staline, N.D.L.R.) qui considère avec dédain ce côté de l’affaire, qui lance dédaigneusement des accusations de « social-nationalisme » (alors qu’il est lui-même non seulement un vrai, un authentique social-nationaliste, mais encore un brutal argousin grand’ Russe), ce Géorgien-là porte en réalité atteinte à la solidarité prolétarienne de classe... (…) Il va de soi que c’est Staline et Dzerjinski qui doivent être rendus politiquement responsables de cette campagne foncièrement nationaliste grand-russe. » (Lénine, Œuvres, tome 36, p. 619-622, Edition de Moscou, 1959). L’intégralité des notes en question est disponible en ligne : https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1922/12/vil19221231.htm


Cette approche de Lénine explique la logique institutionnelle adoptée lors de la création de l’URSS en décembre 1922. L’État soviétique est conçu comme une union de républiques nationales possédant leurs propres institutions étatiques et, dans les textes constitutionnels, le droit de faire sécession. Pour Lénine, ce dispositif devait donner des garanties Garanties Acte procurant à un créancier une sûreté en complément de l’engagement du débiteur. On distingue les garanties réelles (droit de rétention, nantissement, gage, hypothèque, privilège) et les garanties personnelles (cautionnement, aval, lettre d’intention, garantie autonome). aux peuples anciennement dominés par l’Empire russe et empêcher que la nouvelle union socialiste soit perçue comme un empire russe reconstitué.

Selon Lénine, la nation historiquement dominante doit faire preuve d’une plus grande prudence et consentir davantage de concessions afin de garantir l’égalité réelle entre les peuples

Un siècle plus tard, cette architecture institutionnelle devient un élément central des critiques formulées par Vladimir Poutine à l’égard de l’héritage léniniste. Dans plusieurs interventions publiques, notamment au début des années 2020, il affirme que la structure fédérale fondée sur des républiques nationales dotées du droit de sécession constituait une « bombe à retardement » placée sous l’État soviétique. Selon cette interprétation, les bolcheviks auraient artificiellement créé des entités nationales dotées de frontières, d’institutions étatiques et d’un droit constitutionnel de séparation, ce qui a favorisé la dissolution de l’Union soviétique en 1991.

 Poutine contre Lénine : la réhabilitation du chauvinisme grand-russe

Voici un extrait du discours prononcé par Poutine la veille de l’invasion de l’Ukraine en février 2022 :

« Permettez-moi donc de commencer par le fait que l’Ukraine moderne a été entièrement créée par la Russie, ou plus précisément, par la Russie bolchevique et communiste. Le processus a commencé presque immédiatement après la révolution de 1917, et Lénine et ses compagnons d’armes l’ont fait d’une manière très brutale pour la Russie elle-même – par la sécession, en arrachant des parties des territoires historiques de la Russie. »

Voici un second extrait du discours prononcé la veille de l’invasion de l’Ukraine en février 2022, dans lequel V. Poutine affirme son soutien à la position de Staline face à celle de Lénine et de la majorité de la direction bolchévique :

« Permettez-moi de vous rappeler qu’après la révolution d’octobre 1917 et la guerre civile qui a suivi, les bolcheviks ont commencé à construire un nouvel État bien qu’il y ait de nombreux désaccords entre eux. Staline, qui cumule en 1922 les fonctions de secrétaire général du Comité central du PCR(b) et de commissaire du peuple pour les nationalités, propose de construire le pays sur les principes de l’autonomisation, c’est-à-dire de donner aux républiques – les futures unités administratives-territoriales – de larges pouvoirs au fur et à mesure de leur adhésion à l’État unifié.
 
Lénine critique ce plan et propose de faire des concessions aux nationalistes, comme il les appelle à l’époque – les « indépendants ». Ce sont les idées de Lénine sur une structure étatique essentiellement confédérative et sur le droit des nations à l’autodétermination jusqu’à la sécession qui ont constitué le fondement de l’État soviétique : d’abord en 1922, elles ont été consacrées dans la Déclaration sur l’Union des républiques socialistes soviétiques, puis, après la mort de Lénine, dans la Constitution de l’URSS de 1924.
 
(…) Du point de vue du destin historique de la Russie et de ses peuples, les principes léninistes de construction de l’État n’étaient pas seulement une erreur, c’était, comme on dit, bien pire qu’une erreur. Après l’effondrement de l’URSS en 1991, cela est devenu parfaitement clair.
 
(…) En fait, comme je l’ai déjà dit, la politique bolchevique a abouti à l’émergence de l’Ukraine soviétique, qui, encore aujourd’hui, peut être appelée à juste titre « L’Ukraine de Vladimir Lénine ». Il en est l’auteur et l’architecte. Cela est totalement confirmé par les documents d’archives, y compris les directives strictes de Lénine sur le Donbass, qui a été littéralement encastré au sein de l’Ukraine. » [2]

La critique de Poutine s’inscrit dans une vision historique opposée à celle de Lénine. Elle repose sur l’idée d’une continuité historique entre l’Empire russe, l’Union soviétique et la Fédération de Russie contemporaine, ainsi que sur la conception d’un espace civilisationnel commun englobant plusieurs peuples issus de l’ancien empire.

Pour en savoir plus sur les analyses du CADTM concernant l’ Ukraine :

Poutine développe une vision historique selon laquelle Russes, Ukrainiens et Biélorusses forment un seul peuple historique issu de la Russie médiévale. L’argument principal est celui d’une « nation russe triunique » comprenant : les Russes (Great Russians), les Ukrainiens (Little Russians) et les Biélorusses (White Russians). C’est la position que Poutine développe dans un long article publié sur le site du Kremlin et datant de juillet 2021 . [3]

Dans cette perspective, l’organisation de l’URSS en républiques nationales est perçue comme une erreur politique, voire un crime, ayant fragilisé l’unité d’un espace historique considéré comme fondamentalement intégré.

Cette divergence met en lumière un contraste frappant entre deux conceptions du problème national dans l’espace post-impérial russe. Lénine cherchait à prévenir la domination politique de la nation historiquement dominante en instituant une fédération théoriquement volontaire et en reconnaissant le droit à l’autodétermination des peuples. La critique contemporaine de Poutine et de ses partisans de cet héritage, au contraire, met l’accent sur la nécessité de préserver l’unité politique d’un espace historique commun et tend remet en cause le droit de séparation nationale.

Ainsi, le débat actuel autour de la structure de l’URSS et de son héritage peut être interprété comme une réactivation, sous une forme nouvelle, du problème que Lénine identifiait déjà au début des années 1920 : la tension entre la construction d’un État multinational fondé sur l’égalité formelle des peuples et la tentation de reconstituer une forme de centralisation héritée de l’ancien empire.

Pour Lénine, la création de républiques nationales et le droit de sécession étaient des moyens d’éviter la domination russe et de construire une union volontaire des peuples de l’ancien empire.

Pour Poutine, ces décisions sont au contraire présentées comme un crime historique commis contre le peuple russe et ayant affaibli l’État russe et conduit à la fragmentation de l’espace soviétique après 1991.

Ainsi, lorsque Poutine parle de « l’Ukraine de Lénine », il ne s’agit pas seulement d’une remarque historique : c’est une critique directe du modèle fédéral soviétique fondé sur l’autodétermination nationale, que Lénine avait justement conçu pour lutter contre le « chauvinisme grand-russe ».

 Conclusion :

En définitive, le conflit entre Lénine et Staline sur la question nationale ne relève pas seulement de l’histoire de l’Union soviétique. Il éclaire directement l’idéologie qui sous-tend la politique de Vladimir Poutine. Là où Lénine voyait dans le « chauvinisme grand-russe » un danger mortel pour l’égalité entre les peuples de l’ancien empire tsariste, Poutine revendique au contraire la continuité historique de cet empire et condamne le droit des nations à disposer d’elles-mêmes. Son attaque contre « l’Ukraine de Lénine » n’est donc pas une simple critique historique : elle constitue une justification idéologique de la négation de l’existence politique de la nation ukrainienne et, en dernière analyse, de la guerre menée contre elle.

Reconnaître le droit des peuples à l’autodétermination ne signifie pas adhérer à toutes les politiques menées par leurs gouvernements. Cela signifie, entre autres choses, refuser qu’un État puisse nier l’existence d’une nation voisine au nom d’une prétendue continuité historique ou impériale.


Notes

[1Le texte de cet encadré est un extrait de Éric Toussaint, «  Lénine et Trotsky face à la bureaucratie – Révolution russe et société de transition  », Publié dans la revue Lutte de Classe édité par la Fondation Léon Lesoil en Belgique. Revue n°2 datée de février 1990. Publié sur le site Europe Solidaire Sans Frontière, le 21 janvier 2017, https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article37007 consulté le 14 juillet 2026.

[2Le Grand Continent a publié (avec ses commentaires) une version en français du discours : https://legrandcontinent.eu/fr/2022/02/23/comment-poutine-veut-effacer-lukraine/

[3Vladimir Putin, «  On the Historical Unity of Russians and Ukrainians  », 12 juillet 2021, http://en.kremlin.ru/events/president/news/66181 consulté le 14 juillet 2026.

Eric Toussaint

Docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, porte-parole du CADTM international et membre du Conseil scientifique d’ATTAC France.
Il est l’auteur des livres, Banque mondiale - Une histoire critique, Syllepse, 2022, Capitulation entre adultes : Grèce 2015, une alternative était possible, Syllepse, 2020, Le Système Dette. Histoire des dettes souveraines et de leur répudiation, Les liens qui libèrent, 2017 ; Bancocratie, ADEN, Bruxelles, 2014 ; Procès d’un homme exemplaire, Éditions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Il est coauteur avec Damien Millet des livres AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; La dette ou la vie, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011. Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège.
Il a coordonné les travaux de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015 par la présidente du Parlement grec. Cette commission a fonctionné sous les auspices du parlement entre avril et octobre 2015.