AVP Dette & Souveraineté alimentaire
5 septembre 2025 par Paul Henri Guilmin

Photo : Myrabella, CC, Wikimedia Commons, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Belgique_Butte_du_Lion_dit_de_Waterloo.jpg
Chaque vendredi pendant plusieurs mois, nous publions un article qui se trouve dans le nouvel AVP « Dette et souveraineté alimentaire ».
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De nombreuxses agriculteurices sont furieuxses. Leur frustration s’exprime dans les villes et sur les réseaux sociaux. La colère monte depuis longtemps dans les fermes et les villages contre « ceux d’en haut », contre la « politique », contre le gouvernement, contre l’Union européenne.
Oui, la colère doit s’exprimer, et il est urgent de soutenir les agriculteurs et les agricultrices qui nous nourrissent. Mais il est essentiel de le faire intelligemment. Or, pour Terre-en-vue, un sujet pourtant crucial n’a pas été assez abordé dans les débats sur l’avenir de l’agriculture : la terre agricole. Comment assurer l’accès à la terre pour les jeunes agriculteurs et les jeunes agricultrices et la transition vers l’agroécologie, et garantir ainsi la sécurité alimentaire de la Belgique et de l’Europe ?
Dans les 10 prochaines années, plus de la moitié des agriculteurices belges partiront à la retraite
Le combat de Terre-en-vue est simple : il faut préserver les terres agricoles et les rendre accessibles aux agriculteurices souhaitant s’engager dans des pratiques de production alimentaire durable et locale. Cela doit devenir une priorité si nous voulons encore pouvoir nous nourrir demain.
La terre agricole, premier outil de travail des agriculteurs et agricultrices, ne peut plus être considérée comme un simple objet de spéculation financière. Il s’agit d’un patrimoine commun destiné à produire une alimentation de qualité accessible à toustes. Depuis des dizaines d’années, les sols belges sont devenus une valeur refuge pour les spéculateurs en tout genre. En l’absence de régulation, la terre cultivable semble bonne à tout : artificialisation, prairies pour chevaux, production d’énergie, vente aux plus offrants… bref, un véritable champ de bataille pour celles et ceux qui voudraient encore s’essayer à y produire notre nourriture.
Pour les jeunes qui voudraient se lancer, la terre est ainsi devenue largement inaccessible avec un prix déconnecté de toute réalité agricole. Dans les 10 prochaines années, plus de la moitié des agriculteurices belges partiront à la retraite, dont une écrasante majorité sans repreneur au vu des obstacles qui se présentent à elles et eux. Cela représente un défi sans précédent qui déterminera l’avenir de notre agriculture, mais aussi de notre alimentation.
La Wallonie compte encore près de 12 000 fermes, mais le constat est préoccupant : plus de 70 % des agriculteurices ont dépassé la barre des 50 ans. Pour sauvegarder le tissu rural et maintenir un nombre viable de fermes, un objectif ambitieux est sur la table : installer pas moins de 8400 nouvelles exploitations dans les 10 à 15 prochaines années. Mais comment y parvenir ?
Dans ce combat pour le maintien de notre souveraineté alimentaire, la création d’une Agence des Terres wallonnes apparait comme un rempart crucial. En régulant le marché et en s’assurant que les terres sont utilisées à des fins agricoles, elle pourrait changer la donne. Mais cela nécessite des moyens conséquents, tant humains que financiers.
Il faut développer une réelle politique publique agricole, servant le bien commun. Les terres publiques représentent un enjeu majeur dans cette lutte. Avec 60 000 hectares, soit 8 % de la surface agricole wallonne, elles pourraient être un levier puissant pour une politique publique agricole. Pourtant, elles sont souvent gérées sans vision d’ensemble ni coordination. Le nouveau décret « Terres publiques » pourrait changer la donne en instaurant des mesures visant à mieux gérer ces territoires, tout en donnant à la Wallonie un droit de préférence pour leur acquisition.
Face à ces enjeux, les initiatives citoyennes prennent de l’ampleur. Des organisations comme Terre-en-vue se battent pour protéger les terres agricoles et faciliter l’accès à la terre pour les agriculteurs et les agricultrices. Leur rôle est crucial et doit être soutenu pour leur contribution à la préservation des terres nourricières.
Protéger la fonction nourricière des terres agricoles et réguler le marché foncier est un choix politique indispensable pour répondre aux enjeux de la durabilité économique et environnementale de la production agricole. Ce choix se pose à tous les échelons : un pas que nos politiciennes peuvent faire au niveau communal, régional et national, sans attendre que l’Europe ne bouge.
Prenez des parts, faites des dons, donnez de votre temps, semez autour de vous !
Il en va de l’avenir des agriculteurs et agricultrices qui nous nourrissent.
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