L’acharnement politico-judiciaire à l’encontre de l’écrivaine et sociologue Pinar Selek doit cesser

3 avril 2023 par CADTM , Eric Toussaint , Collectif , Anaïs Carton


Pinar Selek, (Francesca Leonardi), Internaz, Flickr, CC, flickr.com/photos/internaz/15250928018/in/photostream/

Depuis 25 ans, soit la moitié de sa vie, Pinar Selek vit une persécution sans fin. Au nom de la liberté d’expression des chercheurs, des chercheuses, des journalistes, des artistes, des citoyennes et des citoyens, nous lui réaffirmons notre soutien, qu’elle puisse être définitivement acquittée le 31 mars 2023.



Pinar Selek, maîtresse de conférences à l’Université Côte d’Azur, fondatrice de la revue féministe turque Amargi, “militante de la poésie”, “féministe acrobate”, est condamnée à la suite de la sentence de la Cour suprême de Turquie à la prison à perpétuité avec enfermement immédiat assorti d’un mandat d’arrêt international. Cette décision sera confirmée par la Cour d’assises qui rendra son jugement public, le 31 mars prochain à Istanbul.

L’acharnement politico-judiciaire sur Pinar Selek commence en juillet 1998, lorsqu’elle est arrêtée par la police turque alors qu’elle est en passe de publier une recherche sur la diaspora kurde. En prison, la police lui demande de livrer les noms des personnes interviewées au cours de ses recherches. Ce qu’elle refuse de faire, malgré les actes de torture qu’elle subit. Le 9 juillet, elle apprend qu’elle est arbitrairement accusée d’être la commanditaire d’un “attentat” qui a frappé le marché aux épices d’Istanbul. L’accusation s’appuie sur de faux témoignages extorqués sous la torture. Elle est qualifiée de “terroriste”, alors que plusieurs rapports d’experts certifient que l’explosion était due à une fuite de gaz. Au cours de ces deux années et demie de prison, les accusations n’ont de cesse de fuser. Pinar Selek est libérée en décembre 2000 et acquittée en 2006. Mais la persécution ne s’arrête pas là. La Cour de cassation fait appel des verdicts d’acquittement successifs. Par quatre fois, Pinar Selek est condamnée et acquittée, suite aux jugements intervenus en 2006, 2008, 2011 et 2014.

Le premier acquittement de 2006 est cassé en 2007 ; le second de 2008 le sera en 2009. Pinar Selek est alors contrainte de quitter la Turquie. Elle vit deux ans en Allemagne, avant de s’installer en France où elle obtient la nationalité française en 2017. Cependant, l’acharnement politico-judiciaire se poursuit. Alors que l’acquittement de 2011 est cassé en 2012, la Cour de cassation condamne Pinar Selek à la prison à perpétuité en 2013. Cette condamnation est annulée en 2014 suite à un appel des avocats dénonçant les illégalités de cette procédure. Néanmoins, en janvier 2017, le procureur de la Cour de cassation demande une condamnation à perpétuité pour “terrorisme”. En juin 2022, la Cour suprême annule son quatrième acquittement. Finalement, c’est un mandat d’arrêt international qui est lancé le 6 janvier 2023 par le Tribunal criminel d’Istanbul en vue d’un énième procès fixé au 31 mars prochain.

Cette décision est le reflet de la continuité du régime autoritaire turc en place depuis vingt ans. Ce dernier est aujourd’hui renforcé dans un contexte électoral déterminant pour le maintien du gouvernement. Fragilisé par les vives critiques contre son immense responsabilité dans le double séisme qui a frappé le sud du pays en février faisant environ 50000 morts et à l’aube des élections de mai 2023, le régime se sent menacé. Le gouvernement redouble ainsi d’efforts pour réduire au silence tous les opposant·es, comme Pinar.

Depuis 25 ans, soit la moitié de sa vie, Pinar Selek vit une persécution sans fin. Cet acharnement politico-judiciaire doit cesser. Au nom de la liberté d’expression des chercheurs, des chercheuses, des journalistes, des artistes, des citoyennes et des citoyens, nous réaffirmons notre soutien à Pinar Selek, qu’elle puisse être définitivement acquittée le 31 mars 2023. Justice et liberté pour Pinar Selek.

Une carte blanche signée par plus de 60 chercheuses, chercheurs, académiques, militantes, artistes, journalistes et associations (voir la liste des signataires ci-dessous)

Natalia Hirtz, chercheuse au Gresea (Groupe de recherche pour une stratégie alternative)

Anaïs Carton, réalisatrice

Elly Pauwels, Juriste au Gams (Groupement pour l’abolition des mutilations sexuelles)

Thomas Berns, professeur de philosophie politique à l’ULB

Carla Nagels, professeure de criminologie à l’ULB

Valérie Piette, professeure d’histoire, ULB

Florence Degavre, Professeure, UCLouvain

Maria Cecilia Trionfetti, chercheuse ULB

Laurent Vogel, enseignant émérite à l’ULB

Nouria Ouali professeure ULB

Francine Bolle, maîtresse de conférences à l’ULB

Nathalie Grandjean, Philosophe, FNRS – USL-B

Anne Morelli, Professeure honoraire de l’ULB

Corinne Gobin, professeure à l’ULB et maître de recherche au FNRS

Sixtine Van Outryve, doctorante en droit à l’UCLouvain

Marie-Christine Pollet, Vice-Doyenne en charge de l’Enseignement Faculté de Lettres, Traduction et Communication, ULB

Mateo Alaluf, Professeur émérite ULB

Andrea Rea, Professeur à l’ULB

Douglas Sepulchre, assistant à l’ULB, centre Metices

David Paternotte, Chargé de cours, Vice-doyen aux relations internationales/Directeur de l’Institut de Sociologie de l’ULB

Jean-Louis Siroux, sociologue ULB

Pierre Lannoy, Chargé de cours METICES – Institut de Sociologie, Faculté de Philosophie et sciences sociales, ULB

Magdalena Grevesse, Chercheuse – ULB – Faculté de Philosophie et Sciences sociales – Centre METICES/Centre TRANSFO

Xavier May, chercheur ULB

Joël Noret, Professeur d’anthropologie à l’ULB

Pierre de Maret, Professeur Émérite à l’ULB

Marc Lenaerts, Professeur à l’ULB

Abdellali Hajjat, Chargé de cours en sociologie, ULB| GERME

Aurélie Leroy Chargée d’étude CETRI

Eric Toussaint, porte-parole du CADTM international

Bruno Bauraind, secrétaire général du Gresea – ASBL

Bernard Duterme, directeur du CETRI – Centre tricontinental

Marie-Sophie du Montant, Rédactrice en chef Revue nouvelle

Céline Caudron, Secrétaire Fédérale du MOC Bruxelles

Mathieu Bietlot, directeur de La Maison du Livre asbl

Nathalie Caprioli, journaliste

Luc Malghem, Centre Librex

Luc Carton, chercheur, vice-président de l’Observatoire de la diversité et des droits culturels de Fribourg

Pauline Fonsny, Monteuse

Léïla Duquaine, slameuse et poétesse

Claudine Lienard, militante écoféministe

Sarah BAHJA, membre ZinTv

Maïa Chauvier, comédienne

Alicia Mota, artiste danseuse

Milady Renoir, poétesse alliée de la lutte des sans papiers

Hélène Motteau/cheffe opératrice de prise de vues

Amande Art, artiste peintre et conteuse

Ouardia Derriche, militante féministe et internationaliste

Nicole Dontot, soutien actif Actif
Actifs
En général, le terme « actif » fait référence à un bien qui possède une valeur réalisable, ou qui peut générer des revenus. Dans le cas contraire, on parle de « passif », c’est-à-dire la partie du bilan composé des ressources dont dispose une entreprise (les capitaux propres apportés par les associés, les provisions pour risques et charges ainsi que les dettes).
au comité des femmes sans-papiers

Laurence Vanpaeschen, citoyenne solidaire

Paolina Bonomo, militante féministe

Revue nouvelle

Progress Lawyers Network – Bruxelles

CETRI – Centre tricontinental

CADTM

Marche mondiale des femmes

Casa Nicaragua (asbl Pierreuse&Ailleurs)

Centre Librex

Collectif Buen vivir

Mouvement Demain

Chaska International asbl

La Maison du Livre asbl

Comite Internacional Peruano CIP-ASBL

Soralia Ixelles, mouvement féministe et solidaire

MOC Bruxelles


Source : La Libre

Eric Toussaint

Docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, porte-parole du CADTM international et membre du Conseil scientifique d’ATTAC France.
Il est l’auteur des livres, Banque mondiale - Une histoire critique, Syllepse, 2022, Capitulation entre adultes : Grèce 2015, une alternative était possible, Syllepse, 2020, Le Système Dette. Histoire des dettes souveraines et de leur répudiation, Les liens qui libèrent, 2017 ; Bancocratie, ADEN, Bruxelles, 2014 ; Procès d’un homme exemplaire, Éditions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Il est coauteur avec Damien Millet des livres AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; La dette ou la vie, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011. Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège.
Il a coordonné les travaux de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015 par la présidente du Parlement grec. Cette commission a fonctionné sous les auspices du parlement entre avril et octobre 2015.

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Anaïs Carton

Permanente au CADTM Belgique

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