L’eau de Figuig n’est pas à vendre

22 janvier par ATTAC/CADTM Maroc


Les habitants de Figuig montrent le chemin de la lutte contre la privatisation du secteur de la gestion de l’eau potable ;
Rejoignons ce combat contre la Loi de transfert aux Sociétés régionales multiservices !



Depuis plus de deux mois, la ville de Figuig connaît de larges manifestations à travers sit-in et des actions Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
pacifiques impliquant tous ses habitants, accompagnées de grèves générales pour exprimer leur rejet de la décision du Conseil communal de transférer l’approvisionnement en eau à la Société anonyme (SA), « Groupe Al-Sharq distribution ».

Il convient de noter, comme le confirment les membres de la Coordination locale du mouvement Figuig, que la Commune a voté à l’unanimité lors d’une première session le rejet de la décision de transfert et il s’est rétracté après l’intervention des autorités régionales. Une séance extraordinaire a été convoquée le 1er novembre 2023, au cours de laquelle la décision a été votée à la majorité de neuf voix pour et huit voix contre.

La région de Figuig est constituée d’anciennes oasis qui comprennent un grand nombre de palmiers, avec un groupe de « Ksours » (maisons traditionnelles) au milieu. Les ressources en eaux souterraines constituent le centre de la vie en raison de leur rôle central dans les activités agricoles et l’élevage, ainsi que dans l’approvisionnement en eau potable de tous ses habitants. Au fil des centaines d’années, les habitants de la ville ont accumulé des connaissances et des techniques uniques pour distribuer l’eau de manière équitable et durable à la population et la préserver, notamment le système « Khatarat », ainsi qu’un système de gestion et de conservation de l’eau de manière démocratique manière à travers les conseils de l’eau et les « S’raifiyya » et une bonne gestion des différents besoins de la population, notamment l’irrigation, l’approvisionnement du bétail et l’eau potable, grâce à l’unité de brosses à eau.

Il faut rappeler que le processus de transfert du secteur de la gestion de l’eau potable de la ville de Figuig au « Groupe Al-Sharq Distribution » fait suite à la loi 83.21, qui prévoit la création d’entreprises régionales multiservices dans toutes les régions de Maroc et leur fournir des services de distribution d’eau potable, d’électricité, d’assainissement liquides et d’éclairage public. Malgré les affirmations et les propos « rassurants » des responsables, surtout après le déclenchement des protestations, selon lesquelles « ces transferts ne constituent pas des opérations de privatisation », la loi elle-même stipule explicitement dans son troisième article qu’« une entreprise peut ouvrir son capital au secteur privé, à condition que, dans tous les cas, la contribution de l’État n’est pas inférieure à 10%. »

Cette loi maudite prévoit également que « ces entreprises régionales pourront bénéficier gratuitement de toutes les installations et équipements liés à ces services de base, à savoir la distribution d’eau, d’électricité et l’assainissement liquide », dont la construction a nécessité d’énormes investissements publics et de grands sacrifices pour les travailleurs et les utilisateurs de ces secteurs, que ce soit au sein d’agences indépendantes ou de l’Office National de l’Eau et de l’Électricité (ONEE). L’entreprise bénéficie également toujours, selon la même loi, « du droit de l’accès au service prévu par la législation en vigueur en ce qui concerne les installations et les canaux de distribution d’eau, d’électricité et l’assainissement liquide, ainsi que du droit d’exproprier les biens pour cause d’utilité publique et d’occupation temporaire ».

Au sein de l’association Attac Maroc :

• Nous exprimons notre solidarité totale et inconditionnelle avec le combat des habitants de Figuig pour défendre leurs ressources en eau contre les processus de transfert et de privatisation déguisée et leur droit à choisir un système de gestion local, démocratique et participatif, en adéquation avec les besoins de sa population et respecte ses connaissances et son riche patrimoine dans la gestion durable et la gestion de ses ressources locales partagées.

• Nous déclarons notre rejet absolu et notre dénonciation de cette loi qui légitime et généralise les processus de transfert et de privatisation dont l’échec retentissant a été démontré par plus de 25 ans d’expérience dans les villes de Casablanca, Rabat, Tanger et Tétouan et son bilan désastreux sur les plans financier, social et environnemental. Cette loi reflète également la tendance des dirigeants vers davantage de privatisation et de libéralisme économique à l’heure où un groupe de villes mondiales a retrouvé une gestion collective locale, notamment en ce qui concerne les services d’eau. À la fin de la première décennie du 21e siècle, et après avoir connu des années de gestion privée, de nombreuses villes dans le monde ont préféré rompre avec les politiques de transfert et de privatisation et adopter un modèle de gestion locale participative avec coopération et représentation directe des usagers. Parmi ces villes figurent, entre autres, Barcelone en Espagne, Nottingham en Angleterre et Boulder dans l’État américain du Colorado, Hambourg en Allemagne, Oslo en Norvège et même Paris en France.

• Nous appelons les citoyens et les organisations à apprendre de l’expérience de lutte des habitants de Figig en multipliant les coordinations locales pour s’organiser contre ces transferts et exiger une gestion collective, participative et décentralisée sous contrôle populaire afin pour gérer ces services vitaux.

Le Secrétariat national, le 16 janvier 2024, Rabat


ATTAC/CADTM Maroc

membre du réseau CADTM, l’Association pour la Taxation des Transactions en Aide aux Citoyens au Maroc (ATTAC Maroc) a été créée en 2000. ATTAC Maroc est membre du réseau international du Comité pour l’annulation de la dette du tiers monde (CADTM) depuis 2006 (devenu Comité pour l’abolition des dettes illégitimes depuis juin 2016). Nous comptons 11 groupes locaux au Maroc. ATTAC veut être un réseau aidant à l’appropriation par les acteurs engagés dans l’activité sociale, associative, syndicale et plus largement militante des enjeux de la mondialisation sur les problématiques de résistance sociale et citoyenne.
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