SOUVERAINETÈ DES PEUPLES

La Conférence Internationale Antifasciste pour la Souveraineté des Peuples mobilise à Porto Alegre

La rencontre réunira des organisations venues de plus de 50 pays pour débattre de la montée de l’extrême droite et de l’impérialisme

13 mars par Brasil de Fato


Mercredi soir (le 11), l’amphithéâtre Ipê du Centre culturel de l’Université fédérale du Rio Grande do Sul a réuni des représentants d’organisations politiques, de mouvements sociaux et d’institutions universitaires pour la présentation officielle du programme de la Ire Conférence internationale antifasciste pour la souveraineté des peuples.



La rencontre, se tiendra à Porto Alegre (RS) du 26 au 29 mars 2026 et vise à réunir des délégations de plus de 50 pays pour discuter de la montée de l’extrême droite, des impacts de l’impérialisme sur les relations internationales et des stratégies de coordination entre les mouvements populaires.

La cérémonie de lancement a été organisée par le comité local chargé de la conférence et a compté sur la présence de l’économiste belge Éric Toussaint, porte-parole du Comité pour l’abolition de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque africaine de développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds européen de développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
illégitime (CADTM)
et membre du comité international de l’événement. Selon les organisateurs, la conférence vise à créer un espace de dialogue entre dirigeants politiques, universitaires, représentants des gouvernements locaux et mouvements sociaux actifs Actif
Actifs
En général, le terme « actif » fait référence à un bien qui possède une valeur réalisable, ou qui peut générer des revenus. Dans le cas contraire, on parle de « passif », c’est-à-dire la partie du bilan composé des ressources dont dispose une entreprise (les capitaux propres apportés par les associés, les provisions pour risques et charges ainsi que les dettes).
dans différentes régions du monde.

Au cours de la présentation, les participants ont souligné que la conférence s’inscrit dans un contexte international marqué par des conflits armés, des disputes géopolitiques et la montée en puissance de mouvements politiques identifiés à l’extrême droite. Pour les organisateurs, ce scénario renforce la nécessité d’une coordination entre les forces démocratiques à l’échelle mondiale.

Le public de la présentation de la Ire Conférence internationale antifasciste pour la souveraineté des peuples au Centre culturel de l’UFRGS, à Porto Alegre | Crédit : Katia Marko

 Alerte sur la montée de l’extrême droite

Commentant l’importance de cette initiative, Éric Toussaint a affirmé que la conférence se tient à un moment qu’il juge particulièrement délicat sur le plan de la politique internationale. Selon lui, la combinaison entre pouvoir militaire, intérêts économiques et discours autoritaires représente un risque pour la démocratie dans plusieurs pays.

« Cette conférence antifasciste et anti-impérialiste est très importante car nous vivons effectivement un moment extrêmement grave pour l’humanité, puisque nous avons à la tête de la première puissance économique et militaire mondiale un néofasciste qui recourt à la force pour imposer les intérêts des grandes entreprises et du grand capital des États-Unis », a déclaré Toussaint.

Selon l’économiste, les conflits internationaux récents et les pressions politiques exercées sur des pays comme le Venezuela, Cuba et l’Iran sont des exemples de conflits qui, selon lui, doivent être débattus dans une perspective mondiale. Pour Toussaint, l’objectif de la rencontre est de renforcer les réseaux internationaux qui œuvrent pour la défense de la souveraineté des peuples et de la coopération entre les pays.

 Construire une articulation internationale

Des représentants de partis politiques brésiliens ont également participé à la présentation du programme. Pour Raul Carrion, dirigeant du Parti communiste du Brésil (PCdoB), la conférence vise à élargir le dialogue entre des organisations qui, bien qu’agissant dans des contextes distincts, sont confrontées à des défis similaires face à la montée de l’extrême droite.

Carrion a affirmé que la rencontre n’avait pas pour but de créer une nouvelle organisation internationale, mais d’établir des points de convergence entre différents mouvements et forces politiques. Selon lui, cette coordination naît face aux transformations de la géopolitique mondiale et aux conflits autour du rôle des grandes puissances.

« Le fascisme naît du ventre de l’impérialisme. Dans ce contexte, il est impératif que les peuples du monde qui résistent à cette offensive unifient leur lutte. L’objectif n’est pas de créer une nouvelle organisation, mais une coordination qui trouve des points d’unité et des propositions d’action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
 », a-t-il souligné.

L’analyse présentée par Carrion mentionne également ce qu’il définit comme des changements dans l’équilibre du pouvoir mondial, avec l’émergence de nouveaux pôles économiques et politiques. Selon le dirigeant, ce scénario intensifie les tensions internationales et rend plus fréquents les conflits entre grandes puissances.

 Le choix de Porto Alegre

La tenue de la conférence dans la capitale du Rio Grande do Sul a été soulignée par les organisateurs comme une décision en phase avec le parcours politique de la ville. Porto Alegre a accueilli, au début des années 2000, plusieurs éditions du Forum social mondial, un événement international qui a réuni des mouvements sociaux et des organisations critiques à l’égard de la mondialisation Mondialisation (voir aussi Globalisation)
(extrait de F. Chesnais, 1997a)
Jusqu’à une date récente, il paraissait possible d’aborder l’analyse de la mondialisation en considérant celle-ci comme une étape nouvelle du processus d’internationalisation du capital, dont le grand groupe industriel transnational a été à la fois l’expression et l’un des agents les plus actifs.
Aujourd’hui, il n’est manifestement plus possible de s’en tenir là. La « mondialisation de l’économie » (Adda, 1996) ou, plus précisément la « mondialisation du capital » (Chesnais, 1994), doit être comprise comme étant plus - ou même tout autre chose - qu’une phase supplémentaire dans le processus d’internationalisation du capital engagé depuis plus d’un siècle. C’est à un mode de fonctionnement spécifique - et à plusieurs égards important, nouveau - du capitalisme mondial que nous avons affaire, dont il faudrait chercher à comprendre les ressorts et l’orientation, de façon à en faire la caractérisation.

Les points d’inflexion par rapport aux évolutions des principales économies, internes ou externes à l’OCDE, exigent d’être abordés comme un tout, en partant de l’hypothèse que vraisemblablement, ils font « système ». Pour ma part, j’estime qu’ils traduisent le fait qu’il y a eu - en se référant à la théorie de l’impérialisme qui fut élaborée au sein de l’aile gauche de la Deuxième Internationale voici bientôt un siècle -, passage dans le cadre du stade impérialiste à une phase différant fortement de celle qui a prédominé entre la fin de Seconde Guerre mondiale et le début des années 80. Je désigne celui-ci pour l’instant (avec l’espoir qu’on m’aidera à en trouver un meilleur au travers de la discussion et au besoin de la polémique) du nom un peu compliqué de « régime d’accumulation mondial à dominante financière ».

La différenciation et la hiérarchisation de l’économie-monde contemporaine de dimension planétaire résultent tant des opérations du capital concentré que des rapports de domination et de dépendance politiques entre États, dont le rôle ne s’est nullement réduit, même si la configuration et les mécanismes de cette domination se sont modifiés. La genèse du régime d’accumulation mondialisé à dominante financière relève autant de la politique que de l’économie. Ce n’est que dans la vulgate néo-libérale que l’État est « extérieur » au « marché ». Le triomphe actuel du « marché » n’aurait pu se faire sans les interventions politiques répétées des instances politiques des États capitalistes les plus puissants (en premier lieu, les membres du G7). Cette liberté que le capital industriel et plus encore le capital financier se valorisant sous la forme argent, ont retrouvée pour se déployer mondialement comme ils n’avaient pu le faire depuis 1914, tient bien sûr aussi de la force qu’il a recouvrée grâce à la longue période d’accumulation ininterrompue des « trente glorieuses » (l’une sinon la plus longue de toute l’histoire du capitalisme). Mais le capital n’aurait pas pu parvenir à ses fins sans le succès de la « révolution conservatrice » de la fin de la décennie 1970.
néolibérale.

Pour Juçara Dutra, dirigeante du Parti des travailleurs (PT), le souvenir de ce processus historique contribue à ce que la ville accueille à nouveau une rencontre internationale consacrée à la discussion d’alternatives politiques et sociales.

« Nous avons semé ici une graine de résistance et nous avons la responsabilité de faire en sorte que cette ville reste un pôle de résistance. Si nous nous contentons de dénoncer et de rester sur nos positions, le fascisme progressera beaucoup plus rapidement », a déclaré Mme Dutra lors de la présentation.

La dirigeante a également souligné que la conférence se déroule dans un contexte de guerres et de crises politiques qui, selon elle, sont en train d’être banalisées dans le débat public international.

 Contexte politique et conflits mondiaux

Le conseiller municipal de Porto Alegre Roberto Robaina, du PSOL, a présenté une analyse du scénario politique international. Selon lui, depuis le début de l’organisation de la conférence, des changements significatifs sont survenus dans le contexte mondial, notamment des élections, des crises diplomatiques et des épisodes de violence politique.

« Trump dirige le premier pays, la plus grande puissance militaire du monde, et allie néofascisme et impérialisme. Cette année a commencé avec un président enlevé le 13 janvier et maintenant, en mars, un président assassiné. C’est le modèle de conflit que l’empire veut imposer », a déclaré Robaina.

L’élu a souligné que, parallèlement au renforcement des dirigeants d’extrême droite dans différents pays, il existe également des mobilisations sociales et politiques qui contestent ces programmes.

Voir le video de l’intervention de Roberto Robaina (en portugais)

 Quatre jours de débats et de mobilisation

Le programme présenté prévoit quatre jours d’activités réparties entre les locaux de l’université et des lieux partenaires de la ville. La conférence doit débuter le 26 mars avec le Forum des autorités antifascistes, une rencontre qui réunira des parlementaires et des représentants des gouvernements locaux pour discuter des politiques publiques et de la coopération internationale.

Le même jour, à 18 h, une marche d’ouverture est prévue, avec un rassemblement sur la place Glênio Peres, dans le centre de Porto Alegre. Les jours suivants, les débats se dérouleront principalement à l’Université fédérale du Rio Grande do Sul.

Parmi les thèmes prévus pour les tables rondes figurent la démocratie, la souveraineté nationale, les politiques économiques, la lutte contre l’extrême droite et les conflits internationaux. Selon les organisateurs, des discussions porteront également sur la montée des mouvements autoritaires en Amérique latine et en Europe.

Rodrigo Dilelio, président du Parti des travailleurs à Porto Alegre, a expliqué que les tables rondes principales devraient compter sur la participation d’invités internationaux. Parmi les noms cités figurent l’ancienne présidente du Parlement grec, Zoe Konstantopoulou, et la députée européenne française Manon Aubry.

 Des activités autogérées pour élargir les débats

Outre les plénières principales, la conférence comptera environ 150 activités autogérées, organisées par des entités, des mouvements sociaux et des groupes universitaires. Ces activités se dérouleront parallèlement au programme officiel.

La présidente nationale du PSOL, Paula Coradi, a affirmé que ce format avait été adopté pour élargir la diversité des thèmes et permettre aux organisations participantes de proposer leurs propres discussions.

« Nous avons réussi à mettre en place deux tables rondes du Forum des autorités démocratiques antifascistes et 11 autres panels. Ils sont très vastes, mais nous n’avons certainement pas pu englober tous les thèmes. C’est pourquoi nous avons ouvert un espace aux activités autogérées, afin que les débats qui ont été laissés de côté puissent tout de même avoir leur place », a expliqué Coradi.

 Débattre les inégalités, la violence et le territoire

Un autre axe du programme concerne les débats sur les questions sociales et économiques que les organisateurs considèrent comme essentielles pour comprendre la montée de l’extrême droite. Parmi les thèmes abordés figurent la violence de genre, le racisme, les politiques agraires et la concentration foncière.

Le président du Syndicat intermunicipal des enseignants des établissements fédéraux d’enseignement supérieur du Rio Grande do Sul – Adufrgs-Sindical, Jairo Bolter, a affirmé que ces débats font également écho aux problèmes vécus au Brésil. Selon lui, la violence contre les femmes et les communautés traditionnelles a souvent été associée à des discours politiques qui encouragent l’intolérance.

« Nous battons des records de féminicides au Rio Grande do Sul et au Brésil, et nous en connaissons la source. Nous avions la voix forte de ce pays qui menait la violence contre les femmes, menait l’attaque contre les quilombos et les indigènes. La droite brésilienne agit à ce niveau et nous devons de toute urgence mener un débat sur ces violences », a déclaré Bolter.

Le dirigeant a également souligné que le débat sur la souveraineté alimentaire et la réforme agraire sera abordé lors de la rencontre, dans le cadre de tables rondes qui devraient réunir des représentants des mouvements sociaux ruraux et des experts en politiques agricoles.

 Une forte participation internationale est attendue

DSelon le comité organisateur, des délégations d’Europe, d’Amérique latine, d’Afrique, d’Asie et du monde arabe ont déjà confirmé leur présence à la conférence. Parmi les participants figurent des représentants de partis politiques, d’organisations sociales, de syndicats, d’universités et de réseaux internationaux de militance.

Les organisateurs espèrent que cette rencontre servira d’espace d’échange d’expériences et de formulation de propositions pour faire face à la montée des mouvements autoritaires dans différentes régions du monde.

La conférence vise également à relancer le débat sur la coopération entre les mouvements populaires, en cherchant à rapprocher les agendas locaux des enjeux politiques mondiaux. Pour les organisateurs, la coordination internationale sera l’un des principaux résultats attendus de cette rencontre, qui se déroule dans un contexte d’intensification des conflits politiques et géopolitiques sur la scène mondiale.


Brasil de Fato

Brasil de Fato [le Brésil de Fait] est un midia politique brésilien lancé en 2003 à l’occasion du Forum Social Mondial avec l’appui du MST et des Comissions pastorales sociales.

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