La RD Congo et le retour de la question ethnique

5 janvier 2010 par Jean-Pierre Mbelu


L’entrée du CNDP au gouvernement du Nord-Kivu et ses tentatives pour avoir ses membres au gouvernement de Kinshasa sont (aussi) un retour à la lecture ethniciste (et réductionniste) de la guerre d’agression à laquelle les dignes filles et fils de notre peuple résiste jusqu’à ce jour. Les ennemis de nos populations jouent sur le facteur temps. Fins connaisseurs du non-attachement de plusieurs d’entre nous aux écrits, ils recourent au temps qui passe pour nous faire avaler les solutions que nous avons rejetées hier.

Accepter que le CNDP rentre dans les différents gouvernements du pays, c’est ipso facto, avouer que la guerre d’agression imposée au Congo avait comme cause majeure l’exclusion des « minorités tutsi » pour lesquelles le CNDP, dans la bouche de Nkunda, a avoué être avoir pris les armes. Pourtant, à plusieurs reprises, les Congolais ont montré, preuves à l’appui, que ladite minorité est représentée (et même surreprésentée) dans toutes les institutions du pays. Et qu’au Congo, presque toutes les ethnies sont minoritaires.

En sus, plusieurs rapports tant nationaux qu’internationaux rédigés sur cette guerre ont indiqué, noir sur blanc, que le CNDP, comme l’AFDL et le RCD, est au service de la sous-traitance de Kigali dans le pillage des ressources naturelles du Congo par les transnationales. Dans ce contexte, le retour à la question ethnique est rejet « poli » de tous les rapports réfutant l’argument ethniciste de la guerre d’agression. C’est un blanchiment pour les Acteurs majeurs.

Donc, par le fait que le CNDP siège déjà dans un gouvernement provincial, les gouvernants congolais avalisent l’explication ethniciste de la guerre d’agression et en dédouanent les véritables commanditaires : les U.S.A. et la Grande-Bretagne ainsi que leurs multi et transnationales cotées en bourse Bourse La Bourse est l’endroit où sont émises les obligations et les actions. Une obligation est un titre d’emprunt (l’émetteur la vend à l’acheteur qui doit la rembourser à un taux et une échéance déterminés) et une action est un titre de propriété d’une entreprise. Les actions et les obligations peuvent être revendues et rachetées à souhait sur le marché secondaire de la Bourse (le marché primaire est l’endroit où les nouveaux titres sont émis pour la première fois). à Toronto. Le prochain retour de l’Africom sur le lieu du crime avec des tonnes de matériel militaire est un signal fort : la guerre d’agression ira en augmentant en intensité ou elle se poursuivra « doucement ». Qu’est-ce que cela veut dire ? Le CNDP s’étant démultiplié (dans l’armée, dans les gouvernements et autres institutions de la troisième République), ses parrains viendraient à son secours pour la poursuite de ses exploits mortifères. Et cette équation est très difficile et compliquée à comprendre pour le commun des Congolais. Elle est mêlée à une appréhension erronée des USA comme Etat philanthropique. Misère !Explicitons.

La guerre d’agression participe de la re-faction de la carte de l’Afrique Centrale par les USA après Mobutu.. Eux et leurs alliés ont choisi de nouveaux sous-traitants : Kagame et Museveni.

Contrôler le Congo et ses ressources naturelles permettraient aux USA et leurs alliés d’avoir la mainmise sur l’Afrique et de gagner la guerre économique contre les pays émergeants dont la Chine et l’Inde.

Les Congolais attentifs à cette tournure prise par l’après guerre froide résistent contre les valets de Kagame et Museveni dans leur pays. Pendant plus de dix ans, ils disent non à la sous-traitance rwandaise et ougandaise. Les USA et leurs alliés résistent eux-aussi. Ils inventent des stratégies de la paix des cimetières et poussent le Rwanda à infiltrer davantage l’armée et les autres institutions du pays.

Les IFI s’y mêlent en imposant un paiement d’une dette odieuse Dette odieuse Selon la doctrine juridique de la dette odieuse théorisée par Alexander Sack en 1927, une dette est « odieuse » lorsque deux conditions essentielles sont réunies :

1) l’absence de bénéfice pour la population : la dette a été contractée non dans l’intérêt du peuple et de l’État mais contre son intérêt et/ou dans l’intérêt personnel des dirigeants et des personnes proches du pouvoir

2) la complicité des prêteurs : les créanciers savaient (ou étaient en mesure de savoir) que les fonds prêtés ne profiteraient pas à la population.

Pour Sack, la nature despotique ou démocratique d’un régime n’entre pas en ligne de compte. Une dette contractée par un régime autoritaire doit, selon Sack, être remboursée si elle sert les intérêts de la population. Un changement de régime n’est pas de nature à remettre en cause l’obligation pour le nouveau régime de payer les dettes du gouvernement précédent sauf s’il s’agit de dettes odieuses.

Traité juridique et financier par A.-N. SACK, ancien professeur agrégé à la Faculté de droit de l’Université de Petrograd.

Depuis cette définition « conservatrice », d’autres juristes et mouvement sociaux comme le CADTM ont élargi la définition de la dette odieuse en prenant notamment en compte la nature du régime emprunteur et la consultation ou nom des parlements nationaux dans l’approbation ou l’octroi du prêt.

Citons notamment la définition de la dette odieuse utilisée par la Commission pour la Vérité sur la dette grecque, qui s’appuie à la fois sur la doctrine de Sack mais aussi sur les Traités internationaux et les principes généraux du droit international :

Une dette odieuse est soit
1) une dette qui a été contractée en violation des principes démocratiques (ce qui comprend l’assentiment, la participation, la transparence et la responsabilité) et a été employée contre les plus hauts intérêts de la population de l’État débiteur alors que le créancier savait ou était en mesure de savoir ce qui précède." soit
2) une dette qui a pour conséquence de dénier les droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels de la population alors que le créancier savait ou était en mesure de savoir ce qui précède"
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avec tout ce que cela comporte comme conséquences : la confiscation de la caisse de l’Etat par « l’autorité morale de l’AMP », la restriction des droits sociaux et économiques des Congolais(es) (les salaires impayés, les emplois non créés et/ou mal rémunérés quand cela est possible, les soins de santé inaccessibles pour le commun de Congolais, etc.).

Ce contexte mortifère fait le lit de la corruption : vous voulez avoir des sous, ok. ; souscrivez à la pensée unique d’un Congo chasse-gardée des impérialistes.. Dès que vous le faites, les valets de l’impérialisme peuvent délier le cordon de la bourse. Et le 28 décembre, Muzito lui-même confiait à ses interlocuteurs qu’il ne pouvait pas verser les salaires par respect pour les diktats du Fonds monétaire international FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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Le Ministre belge de la coopération inscrit, lui aussi, l’aide liée de la Belgique au Congo de Lumumba dans la même perspective. L’une des conditions auxquelles le Congo devra satisfaire pour bénéficier des 75 millions de la Belgique est le respect des règles édictées par le FMI. S’expliquant sur le contenu réel de l’enveloppe de l’aide au développement Charles Michel souligne : « Il sera doté de 75 millions d’euros les deux premières années (2010 et 2011). Une évaluation sera alors menée à mi-parcours pour voir « si on peut élargir l’enveloppe » pour les années 2012 et 2013 sur base de quatre critères : le climat des affaires, des objectifs de gouvernance et de bonne gestion macro-économique selon les normes du Fonds monétaire international (FMI) et le déroulement des élections générales prévues en 2011 en RDC, a expliqué le ministre. » Voilà comment la boucle se boucle.

Résumons. Sous la botte de deux sous-traitants de l’impérialisme US et de ses alliés, guidé économiquement par le bras financier de cet impérialisme (le FMI et la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
), notre pays est asphyxié.

Quand, dans ce contexte, le gouverneur de la Banque du Congo clame tout haut que les perspectives économiques pour le Congo de demain sont bonnes, il insulte l’intelligence des filles et fils du Congo qui ont maîtrisé, tant soit peu, les outils auxquels l’impérialisme occidental recourt pour mettre le Congo au fond du gouffre.

Pour demain, nous n’avons pas beaucoup de choix : nous devons poursuivre la résistance contre cet ordre impérialiste en identifiant au mieux les instruments dont il se sert et en constituant, le plus que nous le pouvons, un autre leadership (collectif) pour notre pays.

En tenant compte des rapports de force en présence, nous avons que la tâche de la refondation d’un autre Congo est titanesque. Elle vaut la peine d’être au fondement de nos raisons de vivre et de mourir. Pour 2010, il nous faudra encore beaucoup de courage et de persévérance !