AVP Dette & Souveraineté alimentaire

La crise de l’alimentation, de la terre et de l’eau à la lumière de l’extermination sioniste du peuple palestinien à Gaza

22 novembre 2024 par Moayyad Ahmad


Photo : rajatonvimma /// VJ Group Random Doctors, Wikimedia Commons, CC, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Stop_the_genocide,_Free_Palestine_023_Mielenosoitus_palestiinalaisten_tueksi_%2853274234547%29.jpg

Chaque vendredi pendant plusieurs mois, nous publions un article qui se trouve dans le nouvel AVP « Dette et souveraineté alimentaire ». Au programme ce vendredi, un article essentiel de Moayyad Ahmad, coordinateur régional de la Via Campesina pour la région arabe et Afrique du Nord.

Pour commander l’AVP, c’est ici.


  1. La crise de l’alimentation, de la terre et de l’eau à la lumière de l’extermination sioniste du peuple palestinien à Gaza
  2. UPOV, main basse sur les semences en Argentine
  3. Pas de transition agroécologique sans abolition de la dette des agriculteurices
  4. La crise alimentaire internationale et les propositions pour en sortir
  5. Éradiquer la faim en 2030 : une chimère ?
  6. Dette extérieure et droit à l’alimentation
  7. Solange Koné : « Il faut lier les cultures agricoles aux besoins de la population »
  8. Agricultrices et souveraineté alimentaire en Côte d’Ivoire
  9. Haïti : Dette et souveraineté alimentaire, l’impossible cohabitation
  10. Madagascar : La lutte pour la souveraineté foncière continue
  11. La nuit tombe sur la souveraineté alimentaire mexicaine
  12. Argentine : le gouvernement d’extrême droite de Javier Milei s’attaque à la souveraineté alimentaire
  13. Les défis de la souveraineté alimentaire en Inde
  14. La Tunisie face à l’impérialisme économique : analyse des enjeux autour de l’eau, l’alimentation et l’agriculture
  15. Liban : Une crise alimentaire sur fond de guerre et d’exploitation capitaliste
  16. Maroc : crise alimentaire et stress hydrique dans le contexte de la crise économique, de la dette et des pressions des institutions financières mondiales
  17. Morgan Ody : « À la Via Campesina, nous voulons des politiques de régulation des marchés qui soutiennent et protègent les productions locales »
  18. Sortir du libre-échange : vers un commerce international axé sur la souveraineté alimentaire
  19. La politique d’exportation dans l’agriculture égyptienne : repenser le dilemme
  20. Roxane Mitralias : « Le secteur agroalimentaire fait partie du noyau dur du capitalisme mondial »
  21. L’accès à la terre : le champ de bataille ?
  22. Belgique : La transition du système alimentaire – Bilan de 10 années de luttes
  23. La Tunisie face à l’impérialisme économique : une analyse des enjeux autour de l’eau, l’alimentation et l’agriculture
  24. [Visuel] Comment la dette impacte la souveraineté alimentaire

Depuis 1948, l’occupation israélienne de la Palestine n’a pas seulement consisté à remplacer la popula-tion par de nouveaux colons venus de différentes parties du monde. Il s’agissait plutôt d’un colonia-lisme de peuplement exhaustif, compte tenu du contrôle des ressources naturelles dès le début de l’oc-cupation. Ils ont établi des colonies sur les ruines des villages palestiniens déplacés et ont contrôlé la terre et l’eau afin qu’elles puissent assurer la durabilité du projet impérial sioniste.

L’entité sioniste constitue un outil pour les puissances impérialistes, dirigées par les États-Unis et les pays européens, en faisant obstacle à l’unité du monde arabe et au progrès sur les questions nationales et régionales, ainsi qu’à la justice sociale pour ses peuples.

La bande de Gaza est un modèle palestinien de lutte depuis le colonialisme britannique et l’occupation israélienne qui a suivi. Des tentatives successives ont été faites pour supprimer ses forces de lutte contre l’injustice, le racisme et l’épuisement des ressources naturelles. Gaza a été le théâtre de plusieurs guerres qui ont entrainé la mort de dizaines de milliers de Palestiniennes, pour la plupart des femmes et des enfants, dans un silence arabe, islamique et international total. L’occupation n’a pas été condamnée ou placée sur les listes noires mondiales des pays organisant et soutenant le terrorisme. Des sanc-tions n’ont pas été imposées, en particulier économiques et militaires, qui auraient pu limiter la capacité de sa machine à tuer.

L’occupation a détruit 75 % de la superficie de la bande de Gaza ainsi que le secteur agricole, les terres agricoles associées, les sources d’eau et le secteur de la pêche

Depuis le 8 octobre 2023, l’entité sioniste attaque la bande de Gaza, cette petite zone géographique qui ne dépasse pas 365 kilomètres carrés et qui abrite la zone la plus densément peuplée au monde, avec un nombre de Palestiniennes atteignant 2,3 millions, dont environ un million d’enfants. Cette guerre sanglante, que les expertes internationauxales ont qualifiée de crime de guerre contre l’humanité, est une guerre de nettoyage ethnique contre l’ensemble des Palestiniennes. Dès le premier jour de cette guerre, le ministre de la Guerre israélien a annoncé que l’eau, la nourriture, l’électricité et le carburant seraient coupés dans l’ensemble de la bande de Gaza. Cela relève de la punition collective, qui est éga-lement considérée comme un crime de guerre et contre l’humanité. L’occupation a détruit 75 % de la superficie de la bande de Gaza, ainsi que le secteur agricole, les terres agricoles associées, les sources d’eau et le secteur de la pêche. Un tiers des terres agricoles sont devenues inutilisables. Selon le Bu-reau central palestinien des statistiques, le secteur agricole palestinien représentait, en 2022, 11 % du produit intérieur brut PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
palestinien. Le pourcentage des exportations agricoles de la bande de Gaza attei-gnait 55 % la même année. La région nord de Gaza représente environ 33 % de la superficie allouée à la culture agricole dans la bande et fournit 30 % des besoins en légumes de la population de Gaza. Pendant la guerre, l’occupation a isolé le nord des régions centrales et méridionales. Depuis le début de l’agression, personne n’a pu accéder à ses terres en raison des bombardements incessants, de sorte que la productivité de Gaza est réduite à néant et que le secteur de l’élevage a été détruit.

Gaza produisait plus de 4 000 tonnes de viande de poisson par an, ce qui n’est plus possible depuis que l’occupation a détruit 1 400 bateaux et le port de Gaza

Gaza produisait plus de 4 000 tonnes de viande de poisson par an, ce qui n’est plus possible depuis que l’occupation a détruit 1 400 bateaux et le port de Gaza. Des dizaines de Palestiniennes sont tombées en martyrs sur la plage alors qu’iels tentaient d’attraper du poisson. Tous ces chiffres sont des estimations. Les chiffres les plus choquants ne seront disponibles qu’après la guerre.

Les pertes quotidiennes dans le secteur agricole ont été estimées à 2 millions de dollars, ce qui dépasse les 360 millions de dollars à la date de rédaction de cet article (9 avril 2024).

Il est évident que cette organisation coloniale ne voit aucun côté humain dans les peuples de la région, mais qu’elle les déshumanise. Ils n’ont aucun problème à affamer des centaines de milliers d’enfants et de femmes dans la bande de Gaza, et ils n’ont aucun problème à les priver d’électricité et de carburant.

Dans ce contexte, les régimes arabes réactionnaires ont adopté une position neutre et passive par rap-port à ce qui se passait à Gaza en termes de destruction massive, de tueries et de famine. Ces régimes ont clairement montré qu’ils étaient des régimes régressifs, soumis aux politiques de la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque mondiale regroupe deux organisations, la BIRD (Banque internationale pour la reconstruction et le développement) et l’AID (Association internationale de développement). La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies.

En 2022, 189 pays en sont membres.

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et aux diktats des superpuissances impérialistes, et qu’ils étaient sous les ordres de l’administra-tion américaine et de leurs opérateurs de certains pays européens.

 Correction de la déclaration Balfour

Il y a quelques mois, on a célébré le 106e anniversaire de la promesse britannique malheureuse connue sous le nom de « Déclaration Balfour », par laquelle le gouvernement britannique a accordé au peuple juif le droit d’établir un foyer national pour les Juifs en Palestine.

Ce que la plupart des gens ignorent, c’est que la plupart des textes précédant le texte final de cette pro-messe stipulaient la transformation de la Palestine en un État pour les Juifs, comme indiqué dans la version pré-finale de la déclaration Balfour, qui stipulait : « La nécessité de rétablir la Palestine comme patrie nationale pour le peuple juif », à la demande de l’Union sioniste britannique. Cette phrase a été modifiée dans la version finale par la phrase suivante : « Un foyer national pour les Juifs en Pales-tine » ; qui tient compte des circonstances de la région arabe qui a coopéré avec le colonialisme britan-nique pendant la Première Guerre mondiale contre l’Empire ottoman.

L’Union sioniste britannique était alors dirigée par Chaim Weizmann (1874-1952), le premier chef d’État de l’entité sioniste au cours de la période 1949-1952, qui a déclaré après la déclaration Balfour : « La Palestine sera pour les Juifs, comme la Grande-Bretagne est pour les Britanniques ». C’est ce qu’a fait le Premier ministre sioniste Benjamin Netanyahou lorsqu’il a présenté une carte de son État lors des réunions de l’Assemblée générale des Nations unies, en septembre dernier, comprenant l’en-semble des territoires palestiniens, y compris la Cisjordanie, la bande de Gaza et Jérusalem-Est.

Benjamin Netanyahou place le conflit dans un cercle continu entre le bien et le mal, basé sur une approche orientaliste dont le but est d’attirer les forces du colonialisme impérial mondial

La position du Royaume-Uni, à l’époque, dans les pays arabes, était similaire à celle des États-Unis aujourd’hui. Tout le monde recherchait son affection, craignait sa colère et personne ne rejetait ses de-mandes. Si nécessaire, ils acceptaient en secret et rejetaient en public en fonction des sentiments du peuple agité, et espéraient également son soutien en matière alimentaire, de médicaments, d’argent, d’armes, de modernisation, d’organisation et de développement... ou aspiraient à l’indépendance à la suite de l’accord Sykes-Picot entre le Royaume-Uni et la France.

L’État sioniste n’a pas été créé immédiatement après la publication de la déclaration Balfour. Il a fallu 30 ans de soutien militaire et politique occidental et de nombreux massacres pour forcer le peuple pa-lestinien à quitter sa terre. Cela s’est terminé par le déclenchement par les forces sionistes de la guerre de la Nakba en 1948 et la proclamation de l’État (Israël), qui a donné lieu à des protestations diploma-tiques, populaires et militaires limitées de la part des Arabes et des musulmanes.

 L’achèvement de la déclaration Balfour

Les États-Unis jouent actuellement le même rôle que le Royaume-Uni a joué il y a plus d’un siècle, au service de l’entité sioniste. Ils s’efforcent de l’aider à achever la deuxième partie de la déclaration Bal-four, que le Royaume-Uni n’a pas déclarée à l’époque, concernant l’annexion des territoires palesti-niens, en commençant par la bande de Gaza et en terminant par la Cisjordanie :

1. Les États-Unis sont entrés politiquement, militairement, diplomatiquement et financièrement dans cette guerre, et ont supervisé sa gestion dans tous ces domaines, ce qui n’était jamais arrivé aupa-ravant, et ont menacé tous les pays de la région des conséquences de l’entrée dans cette guerre.
2. Les États-Unis justifient les crimes de génocide commis par l’entité sioniste. Ils participent à la planification, à la gestion et à l’information. Ils insistent pour ne pas arrêter la guerre jusqu’à l’élimina-tion complète du mouvement Hamas. Ils ferment les yeux sur toutes les violations du droit internatio-nal et humanitaire qui ont lieu.
3. Les États-Unis prennent des dispositions pour ouvrir un couloir humanitaire sous supervision internationale pour la sortie des malades et des personnes déplacées de la bande de Gaza vers la fron-tière égyptienne, à l’intérieur ou à l’extérieur des territoires palestiniens. Il s’agit d’un déplacement tem-poraire jusqu’à ce que des procédures d’absorption soient mises en place aux niveaux régional et inter-national.
4. L’administration américaine ne cesse de faire référence de temps à autre à la solution des deux États pour jeter de la poudre aux yeux.
5. Le gouvernement de l’entité sioniste n’a pas encore défini sa vision de la situation dans la bande de Gaza après l’élimination du Hamas. Cela a ouvert la voie à des spéculations dans les cercles régio-naux et internationaux.
Ce plan prendra beaucoup de temps à se réaliser, un temps au cours duquel nous assisterons à de nombreuses actions Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
, protestations, conférences et programmes régionaux et internationaux, mais il cherchera à s’imposer à la fin pour devenir un fait accompli en raison de l’hégémonie américaine. Le gouvernement sioniste procède actuellement par étapes successives, qui deviendront plus claires après l’achèvement des procédures d’ouverture du couloir humanitaire sûr. Les citoyennes de Gaza ont commencé à s’y engouffrer pour échapper à l’enfer de la destruction et de la tuerie qui les entoure de toutes parts, sans penser au sort qui les attend.

Le sionisme est la forme la plus laide, la plus violente et la plus sanglante du colonialisme, pour preuve les déclarations nihilistes basées sur la déshumanisation et le pillage du peuple palestinien. Il s’agit d’une perspective dérivée d’une structure impérialiste mondiale basée notamment sur le complexe de supériorité de l’homme blanc.

Le sionisme est la forme la plus laide, la plus violente et la plus sanglante du colonialisme, pour preuve les déclarations nihilistes basées sur la déshumanisation et le pillage du peuple palestinien

Benjamin Netanyahou place le conflit dans un cercle continu entre le bien et le mal, basé sur une ap-proche orientaliste dont le but est d’attirer les forces du colonialisme impérial mondial : la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie et des États-Unis d’Amérique.

L’entité sioniste cible la sécurité psychologique et sociale par la destruction massive d’universités, d’hôpitaux, de mosquées, de maisons, de complexes, de tours résidentielles, de boulangeries et de moulins, et l’imposition d’un siège complet et étouffant représenté dans la déclaration de Yoav Gallant (ministre de la Défense) au début de l’agression d’octobre 2023, lorsqu’il a déclaré : « Ni électricité, ni nourriture, ni eau, ni carburant (n’atteindront la bande de Gaza) ».

L’objectif de l’agression est de pousser un million de Palestiniennes, par la force du feu et des des-tructions massives, à être évacuées de la zone nord de la bande de Gaza et déplacées vers le sud pour s’y regrouper, tout en les laissant sans certitude sur la possibilité de leur retour dans leurs maisons qui ont été totalement ou partiellement détruites. Cette guerre psychologique crée une sorte d’incertitude parmi les Palestiniennes.

Le conflit entre les sionistes et les Palestiniennes est un conflit entre une société oppressive et agres-sive qui s’est peint une image de supériorité, et une société résistante qui exige sa liberté. Il s’agit d’une lutte entre deux mentalités, deux peuples, deux images et deux systèmes moraux.

La bataille que les Palestinien.nes mènent aujourd’hui, et chaque jour depuis leur grande catastrophe de 1948, n’est pas seulement dirigée contre une entité ou un État voyou, mais aussi contre les niveaux les plus élevés d’horreur et de criminalité du système impérialiste et colonial mondial.


Moayyad Ahmad

Coordinateur régional de la Via Campesina pour la région arabe et Afrique du Nord

Traduction(s)