Chronique de Rio+20 (5)

La dernière nuit

19 juin 2012 par Samir Abi


La persévérance a enfin payé ! La dernière nuit des négociations avant le début du sommet des chefs d’Etat, j’ai pu assister à une réunion de coordination du groupe africain. Ce n’était pas trop tôt, mais, mieux vaut tard que jamais ! Sérieusement handicapés par nos badges N (NGO - Société Civile), il nous est impossible d’avoir accès à certaines réunions et à certains pavillons. Après plusieurs tentatives infructueuses depuis mon arrivée, j’étais sur le point d’abandonner l’idée de tracker ses « Closed meetings » où beaucoup de choses se discutent, mais au sortir d’un atelier de la Via Campesina sur l’agriculture durable et profitant du manque de vigilance d’un jeune agent de sécurité, j’ai enfin pu me glisser dans une salle de réunion pour écouter les dernières informations et les dernières batailles que compte livrer le groupe africain.

La réunion a duré moins d’une heure. L’ambassadeur Kamau Macharia, représentant permanent du Kenya aux Nations Unies et chef des négociateurs africains, a fait le point sur les discussions et les actions Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
menées avec le ministre congolais des affaires étrangères sur les différents points de négociation. Pour info, la RD Congo a été mandatée comme porte-parole du groupe africain au cours des négociations. Le scoop du soir est né au cœur des négociations concernant le cadre institutionnel du développement durable, car l’appellation de la PNUE (Programme des Nations Unies pour l’Environnement), institution dont le siège se trouve à Nairobi au Kenya, a été remise en question. Ce fut un des chevaux de bataille du groupe africain qui tient à conserver cette institution sur le continent et à ce qu’elle conserve ses attributions en lieu et place d’une Organisation Mondiale de l’Environnement à l’image de l’OMC OMC
Organisation mondiale du commerce
Née le 1er janvier 1995, elle remplace le forum permanent de négociation qu’était l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) où les États avaient seulement le statut de « parties contractuelles ». Un des objectifs de l’OMC est le démantèlement, lorsqu’ils existent encore, des monopoles nationaux constitués en vertu d’une décision publique. C’est déjà le cas pour les télécommunications dont la décision a été prise dans le cadre de l’OMC en février 97. Mais il en reste d’autres comme les chemins de fer qui attirent la convoitise des grands groupes financiers.

Un autre objectif est la libéralisation totale des investissements. L’instrument utilisé a été le projet d’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI). L’AMI dont l’élaboration avait été décidée lors de la réunion ministérielle de l’OCDE de mai 1995, vise l’ensemble des investissements : directs (industrie, services, ressources naturelles) et de portefeuille. Il prévoit des dispositifs de protection, notamment pour le rapatriement total des bénéfices. L’AMI a été comme tel abandonné en 1997 mais est réapparu sous la forme d’une multitude d’Accords bilatéraux sur l’investissement, ce sont les nouveaux « habits » de l’AMI.

L’OMC fonctionne selon le mode « un pays - une voix » mais les délégués des pays du Sud ne font pas le poids face aux tonnes de documents à étudier, à l’armée de fonctionnaires, avocats, etc. des pays du Nord. Les décisions se prennent entre puissants dans les « green rooms ». Toutefois, dans la lancée de l’épisode de Seattle en novembre 1999, la conférence de Cancun (Mexique) en septembre 2003 a été marquée par la résistance d’un groupe de 22 pays émergents du Sud, qui se sont alliés en la circonstance pour mener la conférence à l’échec, face à l’intransigeance des pays du Nord.
Site :
demandée par l’Union Européenne. Les décisions n’ayant pas encore été adoptées définitivement en assemblée, un coup de théâtre est toujours possible. Le Brésil a toutefois prévenu qu’à la fin des négociations techniques entre ministres, aucune négociation politique de la part des chefs d’Etats ne serait admise.

Parmi les sujets importants toujours en discussion, l’engagement politique des pays et les mécanismes de mise en œuvre de l’accord qui sera conclu, les subventions à l’énergie et l’économie verte. Sur ce dernier point, la bataille de la nuit sur les articles à garder, à retirer, à reformuler… s’annonce rude. Et, comme toujours, l’artillerie lourde sera du côté du Nord car les pays du G77 G77 Le G77 est une émanation du Groupe des pays en voie de développement qui se sont réunis pour préparer la première Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) à Genève en 1964. Le Groupe offre un forum aux PED pour discuter des problèmes économiques et monétaires internationaux. En 2000, le G77 regroupait plus de 130 pays. n’ont pas pu adopter une position commune. Chaque région est donc appelée à défendre ses propres positions. Et à ce petit jeu, la loi des plus forts reste toujours la meilleure.




Samir Abi

ATTAC-CADTM Togo

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