La dette et l’Afrique

1er avril 2007 par RNDD


Depuis les années 90, on assiste à une transformation radicale de l’économie migratoire impliquant, au-delà des réseaux délictueux habituels en matière de trafic de migrants, des données nouvelles liées à la paupérisation ou au contexte de belligérance de certaines régions d’Afrique. En effet, la contre productivité actuelle des courants migratoires Intra africains, liée à la crise des pays d’accueil, a ouvert d’autres Directions de flux à destination de l’Europe dans lesquelles apparaissent de nombreux intermédiaires qui font de la clandestinité une ressource.

Cette catégorie, connue sous le nom de « passeurs », sévit auprès des Candidats à l’émigration vers l’Europe dans des formes qui bafouillent les droits élémentaires de la personne humaine.

Un véritable marché de la clandestinité s’est institué dans certaines zones en Afrique où des travailleurs migrants clandestins par dizaines de milliers transitent pour rejoindre la Libye ou l’Algérie avant le passage ultime vers un pays de l’Union Européenne. C’est dans ces zones de transit où ils subissent des violations graves portant sur leur intégrité physique, morale et financière.

Le coût de ces voyages est extrêmement onéreux et les oblige à travailler dans des conditions proches de la servitude ou à se livrer à la prostitution ou à toutes sortes de trafic. Pour ces régions déshéritées, cette migration clandestine représente une source de revenus importante pour l’économie locale. Ce transit peut durer plusieurs mois et les expose à toutes sortes de surenchères. Démunis et dépourvus de soutien logistique, ils sont à la merci d’intermédiaires qui peuvent même parfois les vendre à quelques employeurs véreux.

Ainsi, les malheureux événements des migrants africains sur le territoire marocain et les enclaves espagnoles de Ceuta et Melina ont confirmé le discrédit sur la capacité, pour ne pas dire l’incapacité des dirigeants africains, à trouver des solutions justes et durables aux problèmes épineux qui entravent le développement de l’Afrique.

La scène des clandestins qui prennent l’assaut des barbelés qui délimitent les frontières espagnoles et le traitement qui leur a été réservé est tout simplement inhumain. Beaucoup de clandestins ont été abattus comme des chiens, d’autres ont été déportés loin dans le désert. Ce comportement n’est ni plus ni moins qu’un crime contre la nature.

Le rapatriement n’est pas en fait une solution adéquate au phénomène de la migration qui a toujours existé et continuera aussi longtemps que durera des disparités dans l’accumulation des richesses entre les peuples, des inégalités sociales entre les couches à l’intérieur des pays et entre les pays eux-mêmes.

Face à cette situation, les responsabilités sont partagées entre les grandes puissances du Nord appuyées par les institutions financières internationales et les dirigeants africains.

La politique appliquée par les institutions financières internationales et l’incurie des dirigeants africains après les indépendances qui a consisté à endetter les pays du Sud sont la base, en partie, de la déliquescence des économies africaines.

Plus que jamais la question de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
représente aujourd’hui un obstacle majeur à la satisfaction des besoins essentiels de base. Dans l’écrasante majorité des pays pauvres et notamment ceux d’Afrique, les sommes allouées au service de la dette Service de la dette Somme des intérêts et de l’amortissement du capital emprunté. extérieure sont supérieures à celles affectées à l’éducation et à la santé réunies. Pire, les nouveaux prêts contractés sont consacrés au remboursement d’autres dettes. Nous avons donc à gérer une dette doublement improductive et qui se nourrit de ses propres travers.

De 100 milliards de dollar en 1970, la dette du Sud a atteint aujourd’hui 2700 milliards de dollar. Il s’agit simplement d’indicateurs qui expliquent la croissance de la migration pendant que s’appliquait allégrement le modèle économique néolibéral. Malheureusement, durant la même période, alors que l’encours de la dette extérieure a explosé et a été multiplié par 40, les conditions de vie des africains particulièrement, se sont terriblement dégradées.

Il y a donc un parallèle malsain entre une dette extérieure énorme et des conditions de vie des populations désastreuses.

Sous le couvert des politiques d’ajustement structurel Ajustement structurel Les Plans d’ajustement structurel ont été imposés par les IFI en contrepartie de l’octroi de nouveaux prêts ou de l’échelonnement d’anciens prêts, projets financés par la Banque mondiale, conditionnalités du FMI, etc.
Les Plans d’austérité, appliqués depuis aux pays endettés du Nord, sont des copiés/collés des Plans d’ajustement structurel subits par les pays du Sud depuis 30 ans.
, les pays créanciers et les institutions financières internationales ont imposé des mesures structurelles et institutionnelles qui n’ont de résultats (selon le PNUD PNUD
Programme des Nations unies pour le développement
Créé en 1965 et basé à New York, le PNUD est le principal organe d’assistance technique de l’ONU. Il aide - sans restriction politique - les pays en développement à se doter de services administratifs et techniques de base, forme des cadres, cherche à répondre à certains besoins essentiels des populations, prend l’initiative de programmes de coopération régionale, et coordonne, en principe, les activités sur place de l’ensemble des programmes opérationnels des Nations unies. Le PNUD s’appuie généralement sur un savoir-faire et des techniques occidentales, mais parmi son contingent d’experts, un tiers est originaire du Tiers-Monde. Le PNUD publie annuellement un Rapport sur le développement humain qui classe notamment les pays selon l’Indicateur de développement humain (IDH).
Site :
) que « l’élargissement et l’aggravation de l’ampleur de la pauvreté ». Ainsi donc, la dette, outre le détournement des ressources qu’elle occasionne, est devenue un mécanisme subtil et sournois de perpétuation de la domination des pays du Nord sur les nôtres.

Aujourd’hui, chaque sou consacré au remboursement de la dette est un sou perdu pour l’école, l’alphabétisation, la lutte contre le paludisme ou d’autres maladies facilement curables. Il faut donc briser cette chaîne de la dette qui, de manière irréversible, nous condamne à la pauvreté.

Le combat pour l’annulation de la dette comporte des enjeux majeurs pour nos pays. Cela nous impose le choix d’un modèle de développement qui correspond aux besoins des populations, notamment les plus vulnérables. C’est tout simplement retrouver la maîtrise de notre destinée et l’espoir d’un avenir meilleur pour nous et les générations à venir.

C’est enfin pour toutes ces raisons, qu’après cinq siècles de pillage, d’esclavage et de colonisation et vingt années de politiques d’ajustement structurel, que les populations du Sud sont en droit d’exiger des réparations pour toutes les souffrances subies et causées par un mécanisme invisible mis en place par les créanciers du Nord et les classes dominantes du Sud qui les appuient. L’annulation totale de cette dette est la première des réparations.

Trop d’habitants des pays riches n’ont pas compris ces mécanismes pervers qui forcent les habitants du PED à quitter leurs terres et leurs proches pour tenter de survivre au Nord. Ils n’ont souvent pas d’autres choix, car les richesses qu’ils produisent sont systématiquement aspirées par le Nord.

L’aide envoyée par les pays riches est bien maigre, très loin de compenser ce transfert de richesses depuis le Sud. L’insupportable montée des égoïsmes, que l’on peut observer notamment en Europe et qui provoque des relents de racisme et de xénophobie, est la conséquence de l’ignorance des uns et de la mauvaise foi des autres.

Il est urgent de lever le voile et d’expliquer l’intérêt commun des populations du Nord et du Sud à s’unir pour réclamer d’une part l’annulation totale de la dette extérieure publique des PED et d’autre part le renoncement aux politiques d’ajustement structurel.

Les différents programmes des puissances occidentales ont, de toute façon, montré leur limite et il est évident que personne ne viendra construire l’Afrique à notre place.

Alors, il nous appartient de réunir les conditions de créer un environnement socioéconomique capable de relancer les économies et capable de répondre aux nouveaux défis du développement dans le domaine de l’éducation, de la santé, de création des emplois, de l’accès à l’eau potable et celui de la souveraineté alimentaire.

La souveraineté alimentaire constitue, en effet, un défi à relever pour l’amélioration de nos conditions de vie. La vitesse de croissance démographique est bien plus grande en Afrique que dans n’importe quelle autre région du monde.

Aussi, dans beaucoup de pays d’Afrique subsaharienne, y’a-t-il nécessité plus forte pour passer des systèmes traditionnels à faibles entrant vers des systèmes plus productifs. Les sols et les climats imposent également de grandes contraintes à l’intensification du travail agricole. La production doit augmenter et pour cela les méthodes doivent être économiquement viables et socialement acceptables.

Parmi les principaux problèmes figure la gestion de la fertilité du sol qui est liée à la disponibilité des terres arables, l’utilisation d’engrais minéraux, la restauration de la fertilité du sol, la gestion de l’eau et les fluctuations du climat.

Il est essentiel que la production et les sols soient gérés d’une manière durable, afin que la génération actuelle soit nourrie et que les conditions des sols soient améliorées pour permettre d’alimenter les générations futures.

Aussi pour garantir le bien être social, il y a lieu d’asseoir une démocratie véritable qui jure d’avec les pratiques et comportements malsains observés ça et là notamment en Afrique Subsaharienne.

Depuis le retour du multipartisme (même de façade) et la pression légitime des peuples à se choisir librement ses dirigeants, l’Afrique recense très peu d’expériences d’élections qui ne souffriraient d’aucune contestation de la part de l’une ou de l’autre des parties ; beaucoup font l’objet des contestations conduisant parfois à des violences ou des intimidations de la part de ceux qui détiennent le pouvoir (se rappeler le cas gabonais où le leader de l’opposition Pierre MAMBOUNDOU, candidat malheureux à l’élection présidentielle fut obligé de se réfugier dans une ambassade étrangère pour échapper à l’armée suite à sa contestation du verdict).

Une autre caractéristique de ces élections c’est cette impression que l’issue est connue d’avance du fait même du peu de possibilités d’alternances qu’elles devraient normalement offrir. Cette situation dans beaucoup de cas conduit l’opposition à jeter l’éponge pour ne pas porter sa caution à une honteuse mascarade, c’est le cas du Tchad récemment.

En dehors de quelques rares exceptions constatées dans des pays comme le Mali, le Bénin, le Ghana, le Sénégal, la plupart des pays africains ayant fait l’expérience des ouvertures démocratiques de début des années 1990 ont connu des coups d’Etats au sommet de leur Etat ou des guerres inciviles.

Les tenants des élections comme mode de prise de pouvoir face à des dictatures ou des situations de guerre civile, pensent qu’elles ont la vertu d’éliminer la violence et d’installer la démocratie. On peut toujours évoquer le cas de l’Afrique du Sud et du Libéria, mais ces deux cas restent minoritaires.
Dans tous les cas on peut toujours souligner que la violence prédomine en Afrique comme mode de prise de pouvoir.

Dans ces conditions de violences, la fonction assignée aux élections est celle de servir à légitimer un pouvoir obtenu par la force, face à la pression interne et aussi des institutions internationales qui cherchent à se couvrir de l’opinion publique de plus en plus importante dans les débats et choix électoraux se déroulant dans des systèmes contrôlés par les pays occidentaux.

En conclusion on peut dire que les élections restent le meilleur moyen de départager de façon pacifique des compétiteurs du pouvoir que lorsque l’on se trouve réellement dans un système démocratique. Un système où les acteurs sont sincères et fondamentalement convaincu de la vertu démocratique du suffrage universel. Il faut aussi que les acteurs politiques et les élites admettent l’idée que le pouvoir appartient au peuple qui ne fait que le confier sur un temps limité.




RNDD

Le réseau national dette et developpement RNDD est l’organisation membre du réseau CADTM au Niger.

Réseau National Dette & Développement Niger Rue N° CI-50, Villa N°100 quartier Poudrière Niamey BP : 10766 – Tel : 00227 96 29 22 38/ 94 67 78 78 Email : rnddniger2000 chez gmail.com Site web : http://www.rndd.free.fr

Autres articles en français de RNDD (6)