Communiqué de presse

La proposition britannique sur la dette est un leurre

28 septembre 2004 par CADTM




Hier, la Grande-Bretagne, par la voix de Gordon Brown, a annoncé qu’elle annulait unilatéralement la part lui revenant de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque africaine de développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds européen de développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
des pays les plus pauvres envers la Banque Mondiale Banque mondiale
BM
La Banque mondiale regroupe deux organisations, la BIRD (Banque internationale pour la reconstruction et le développement) et l’AID (Association internationale de développement). La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies.

En 2022, 189 pays en sont membres.

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et la Banque africaine de développement.

Londres, qui avait prévu une augmentation de son aide au développement, utilisera une partie de cette aide pour effectuer les paiements à la place de ces pays. Cela représente environ 150 millions de dollars par an qui iront dans les coffres de la Banque mondiale. Il ne s’agit donc pas à proprement parler d’une annulation. De plus cette mesure ne concerne qu’un nombre très limité de pays.

Le CADTM considère qu’après la proposition des Etats-Unis la semaine dernière [1], il s’agit d’une nouvelle initiative de créanciers ne prenant pas la mesure de la faillite du modèle actuel, incapable de garantir la satisfaction des besoins humains fondamentaux. Les pays pauvres eux-mêmes ne sont pas consultés et leurs difficultés sont telles que les sommes libérées ne permettront toujours pas de financer le développement de ces pays.

L’initiative PPTE PPTE
Pays pauvres très endettés
L’initiative PPTE, mise en place en 1996 et renforcée en septembre 1999, est destinée à alléger la dette des pays très pauvres et très endettés, avec le modeste objectif de la rendre juste soutenable.

Elle se déroule en plusieurs étapes particulièrement exigeantes et complexes.

Tout d’abord, le pays doit mener pendant trois ans des politiques économiques approuvées par le FMI et la Banque mondiale, sous forme de programmes d’ajustement structurel. Il continue alors à recevoir l’aide classique de tous les bailleurs de fonds concernés. Pendant ce temps, il doit adopter un document de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP), parfois juste sous une forme intérimaire. À la fin de ces trois années, arrive le point de décision : le FMI analyse le caractère soutenable ou non de l’endettement du pays candidat. Si la valeur nette du ratio stock de la dette extérieure / exportations est supérieure à 150 % après application des mécanismes traditionnels d’allégement de la dette, le pays peut être déclaré éligible. Cependant, les pays à niveau d’exportations élevé (ratio exportations/PIB supérieur à 30 %) sont pénalisés par le choix de ce critère, et on privilégie alors leurs recettes budgétaires plutôt que leurs exportations. Donc si leur endettement est manifestement très élevé malgré un bon recouvrement de l’impôt (recettes budgétaires supérieures à 15 % du PIB, afin d’éviter tout laxisme dans ce domaine), l’objectif retenu est un ratio valeur nette du stock de la dette / recettes budgétaires supérieur à 250 %. Si le pays est déclaré admissible, il bénéficie de premiers allégements de son service de la dette et doit poursuivre avec les politiques agréées par le FMI et la Banque mondiale. La durée de cette période varie entre un et trois ans, selon la vitesse de mise en œuvre des réformes clés convenues au point de décision. À l’issue, arrive le point d’achèvement. L’allégement de la dette devient alors acquis pour le pays.

Le coût de cette initiative est estimé par le FMI en 2019 à 76,2 milliards de dollars, soit environ 2,54 % de la dette extérieure publique du Tiers Monde actuelle. Les PPTE sont au nombre de 39 seulement, dont 33 en Afrique subsaharienne, auxquels il convient d’ajouter l’Afghanistan, la Bolivie, le Guyana, Haïti, le Honduras et le Nicaragua. Au 31 mars 2006, 29 pays avaient atteint le point de décision, et seulement 18 étaient parvenus au point d’achèvement. Au 30 juin 2020, 36 pays ont atteint le point d’achèvement. La Somalie a atteint le point de décision en 2020. L’Érythrée et le Soudan n’ont pas encore atteint le point de décision.

Alors qu’elle devait régler définitivement le problème de la dette de ces 39 pays, cette initiative a tourné au fiasco : leur dette extérieure publique est passée de 126 à 133 milliards de dollars, soit une augmentation de 5,5 % entre 1996 et 2003.

Devant ce constat, le sommet du G8 de 2005 a décidé un allégement supplémentaire, appelée IADM (Initiative d’allégement de la dette multilatérale), concernant une partie de la dette multilatérale des pays parvenus au point de décision, c’est-à-dire des pays ayant soumis leur économie aux volontés des créanciers. Les 43,3 milliards de dollars annulés via l’IADM pèsent bien peu au regard de la dette extérieure publique de 209,8 milliards de dollars ces 39 pays au 31 décembre 2018.
(Pays pauvres très endettés), lancée il y a 8 ans, se révèle être un fiasco. Les grandes puissances ont compris que le problème de la dette reste entier. Mais au lieu d’envisager une autre logique, elles persistent dans leur erreur : elles proposent des initiatives insuffisantes et inadaptées qui vont continuer de faire payer des sommes colossales aux pays dits en développement (de l’ordre de 350 milliards de dollars en 2003) et de les maintenir dans l’étau de la dette pour mieux les dominer.

Au lieu de ce rafistolage fort médiatisé, le CADTM réclame une annulation totale de la dette extérieure publique de tous les pays en développement et une redistribution massive des richesses dans le monde. Les mesures politiques et économiques concernant les pays du Sud doivent enfin être prises démocratiquement dans ces pays, et non à Washington, Londres ou Paris.

Ce qu’a dit l’AFP :

Londres annule sa part de la dette des pays pauvres

La Grande-Bretagne a annoncé dimanche qu’elle annulait unilatéralement la part lui revenant de la dette des pays les plus pauvres du monde à la Banque Mondiale, un geste audacieux destiné à mettre la pression sur ses partenaires du G7 G7 Groupe informel réunissant : Allemagne, Canada, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Japon. Leurs chefs d’État se réunissent chaque année généralement fin juin, début juillet. Le G7 s’est réuni la première fois en 1975 à l’initiative du président français, Valéry Giscard d’Estaing. .

La Grande-Bretagne a annoncé dimanche qu’elle annulait unilatéralement la part lui revenant de la dette des pays les plus pauvres du monde à la Banque Mondiale, un geste audacieux destiné à mettre la pression sur ses partenaires du G7.

La décision a été annoncée par le Chancelier de l’Echiquier Gordon Brown, lors d’un discours adressé à près de 400 militants pour l’annulation de la dette et le commerce équitable à Brighton, dans le sud-est de l’Angleterre, où le Parti travailliste tient son congrès annuel.

« Bien qu’il n’y ait pas d’accord international sur une annulation de 100% de la dette, le Grande Bretagne ira plus loin », a-t-il déclaré, ajoutant : « nous paierons notre part des remboursements de la dette multilatérale des pays pauvres en cours de réforme ».

« Nous effectuerons les paiements à leur place à la Banque mondiale et à la Banque africaine de développement, pour la portion représentant le part de ces dettes revenant à la Grande-Bretagne », a expliqué le ministre des Finances britannique.

« Nous nous lançons seuls aujourd’hui, mais j’appelle d’autres pays à suivre l’exemple afin que les pays endettés soient soulagés du fardeau que représente le service de toutes les dettes multilatérales inacquitables », a-t-il déclaré à quelques jours d’une réunion à Washington des ministres des Finances du groupe des sept pays les plus industrialisés (Royaume-Uni, Canada, France, Allemagne, Italie, Japon et Etats-Unis).

La Grande Bretagne détient près de 10% de la totalité de la dette due à la Banque mondiale et à d’autres banques de développement, qui elle-même représente 70% des dettes dues par les pays les plus pauvres du monde.

Selon des experts, la décision britannique, annoncée à quelques jours d’une rencontre des responsables de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, accentue les pressions sur les autres membres du G7 appelés à faire de même.

Les plus visés sont les Etats-Unis, le Japon et l’Allemagne, les plus gros actionnaires de la Banque Mondiale, alors que le Canada et la France se prépareraient à faire des annonces similaires.

L’annonce faite par Gordon Brown fait écho à la volonté de Tony Blair de faire de la lutte contre la pauvreté en Afrique le thème central de la présidence britannique de l’Union européenne et du G8 G8 Ce groupe correspond au G7 plus la Fédération de Russie qui, présente officieusement depuis 1995, y siège à part entière depuis juin 2002. en 2005.

Dans son discours, longuement applaudi, le ministre travailliste a condamné le « scandale et le gâchis » de la politique agricole commune (Pac) européenne, accusant les nations riches de ne pas abolir les subventions agricoles et le protectionnisme qui maintiennent dans la pauvreté les pays pauvres.

Notes

[1Voir notre communiqué de presse précédent : article.php3 ?id_article=804.

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