Le CADTM France réclame l’annulation totale de la dette du Pakistan

10 octobre 2005 par CADTM France


Le Cachemire pakistanais vient de connaître le pire tremblement de terre depuis plus d’un siècle. A l’heure actuelle, le nombre estimé de victimes dépasse 30 000. Le CADTM France tient d’abord à exprimer son entière solidarité envers les populations touchées.

Très vite, le président pakistanais Pervez Musharraf a déclaré : « Nous appelons à l’aide internationale, nous avons assez de moyens humains mais nous avons besoin d’aide financière ». Dans la foulée, plusieurs pays ont annoncé des dons, alors que la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
a offert 20 millions de dollars et la Banque asiatique de développement 10 millions de dollars.

Ces chiffres ne doivent pas cacher que dans le même temps, pays riches et institutions multilatérales continuent cyniquement de recevoir, de la part des pouvoirs publics pakistanais, des sommes bien plus importantes en remboursement d’une dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque africaine de développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds européen de développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
devenue illégitime. En effet, en 2003, le Pakistan a envoyé vers ses riches créanciers environ 2,5 milliards de dollars, dont plus de 500 millions de dollars pour la Banque mondiale et 600 millions de dollars pour le FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

Cliquez pour plus.
.

De plus, les politiques d’ajustement structurel imposées par ces institutions pilotées par les dirigeants des pays riches, avec la complicité du général Musharraf, privent l’Etat des moyens de faire face à cette terrible catastrophe, laminant les services de santé, de prévention et d’urgence notamment.

Moins d’un an après le tsunami qui a frappé au large de l’Indonésie, les mêmes causes produisent les mêmes effets. La dette est aujourd’hui pour le Pakistan le principal obstacle à la satisfaction des besoins humains fondamentaux. Or elle a déjà été plusieurs fois remboursée : le Pakistan a remboursé plus de 5 fois ce qu’il devait en 1980 mais il est 3,5 fois plus endetté.

Par conséquent, le CADTM France exige l’annulation totale et immédiate de la dette extérieure publique du Pakistan et l’abandon des politiques d’ajustement structurel qui favorisent les investisseurs internationaux et les grandes entreprises au détriment des populations en détresse. Nous devons refuser que ce séisme vienne multiplier les tragiques effets de la dette et de la pauvreté.