Le CADTM à l’Université d’Été des Mouvements Sociaux et des Solidarités (UEMSS) - août 2025

11 septembre 2025 par Jeanne Schuster


Le CADTM a participé activement à l’édition 2025 de l’Université d’Été des Mouvements Sociaux et des Solidarités (UEMSS), un grand rendez-vous international de convergences militantes qui s’est tenu à Bordeaux du 23 au 26 août. Cet événement a rassemblé 2000 militantes autour de nombreux ateliers, conférences et espaces de rencontres pour penser et construire des alternatives face aux crises systémiques actuelles.



Le CADTM était présent avec une délégation d’une quinzaine de militantes venues de Côte d’Ivoire, du Maroc, de Belgique, de France, de Suisse, d’Italie et d’Espagne. Cette diversité a permis de porter une parole internationaliste forte et d’enrichir les débats sur les dettes illégitimes, la domination néocoloniale et les alternatives solidaires.

En plus de ses interventions dans neuf ateliers (voir résumés ci-dessous), le CADTM a tenu un stand tout au long de l’UEMSS. Ce lieu d’échanges a été un espace privilégié pour créer de nouveaux contacts, renforcer des liens militants et diffuser nos publications.

Enfin, la délégation a profité de cette visibilité pour promouvoir les Rencontres d’automne du CADTM, qui auront lieu prochainement, et inviter largement les participantes à y prendre part.

La participation à l’UEMSS a constitué une expérience collective enrichissante, confirmant l’importance de ces espaces internationaux de dialogue, de formation et de mobilisation dans la construction de mouvements sociaux transnationaux.

 Dimanche 24/08/2025 : Les mouvements sociaux en Europe face à l’accélération de la déréglementation : comment riposter ?

Ce module d’une journée, divisé en trois ateliers, a réuni de nombreuses organisations européennes et internationales autour de la question de la dérégulation croissante menée par l’Union européenne.

  • Le premier atelier a permis d’analyser la manière dont les politiques européennes, soutenues par les lobbys d’entreprises et les gouvernements conservateurs, remettent en cause les droits sociaux et les objectifs climatiques. Les participantes ont discuté des stratégies possibles pour contrer cette offensive néolibérale.
  • Le deuxième atelier s’est concentré sur le rôle et le fonctionnement des mouvements sociaux en Europe, en identifiant leurs spécificités locales et les pistes pour renforcer leur capacité de riposte.
  • Le troisième atelier a ouvert la réflexion sur l’articulation entre mobilisations européennes et luttes mondiales, en soulignant l’importance d’initiatives communes comme l’ECSA (European Common Space for Alternatives) pour construire une alternative sociale et altermondialiste.

Le CADTM a apporté son expertise sur les questions de dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque africaine de développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds européen de développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
et de financiarisation, en soulignant comment l’endettement sert de levier pour imposer des politiques néolibérales et de dérégulation à l’échelle européenne comme mondiale. Cette contribution a permis d’élargir la réflexion sur les mécanismes de dépendance et de proposer des pistes de résistance collective.

Tout au long de la journée, les échanges ont mêlé apports théoriques, partage d’expériences militantes et discussions stratégiques, dans une perspective de convergence des luttes et de solidarité internationale.

 Dimanche 24/08/2025 : Non au chantage la dette publique et à l’austérité, d’autres choix sont possibles

Cet atelier a abordé la manière dont la dette publique est utilisée comme un instrument politique pour justifier les politiques d’austérité. Les intervenantes, Patrick Saurin du CADTM France, Vincent Drezet et Raphaël Pradeau de Attac France et Ophélie Gath de Solidaires, ont montré que l’augmentation de la dette n’est pas le résultat d’une prétendue « mauvaise gestion » mais découle de choix politiques délibérés, tels que les baisses d’impôts, les exonérations de cotisations sociales ou encore le CICE.

S’appuyant sur un rapport commun Attac-CADTM, les échanges ont permis de démontrer que plus d’un tiers de la hausse de la dette publique entre 2014 et 2023 provient directement de ces mesures favorisant les plus riches et les grandes entreprises. L’atelier a aussi insisté sur la nécessité de rompre avec la dépendance aux marchés financiers Marchés financiers
Marché financier
Marché des capitaux à long terme. Il comprend un marché primaire, celui des émissions et un marché secondaire, celui de la revente. À côté des marchés réglementés, on trouve les marchés de gré à gré qui ne sont pas tenus de satisfaire à des conditions minimales.
et de promouvoir une gestion démocratique de la dette, tournée vers le financement de la bifurcation sociale et écologique.

Patrick Saurin a également fait la promotion de la plaquette réalisée par le CADTM France et intitulée “La dette publique : D’où vient-elle ? À qui profite-t-elle ?”.

 Lundi 25/08/2025 : Nouvelle crise de la dette au Sud et autres défis : les Brics une alternative favorable aux peuples ?

Rapport de l’atelier : « Nouvelle crise de la dette au Sud et autres défis : les BRICS, une alternative favorable aux peuples ? » fait par Asma El Mandour.

Cet atelier a permis d’analyser la nouvelle crise de la dette qui frappe les pays du Sud et de discuter du rôle des BRICS BRICS Le terme de BRICS (acronyme anglais désignant Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) a été utilisé pour la première fois en 2001 par Jim O’Neill, alors économiste à la banque Goldman Sachs. La forte croissance économique de ces pays, combinée à leur position géopolitique importante (ces 5 pays rassemblent près de la moitié de la population mondiale sur 4 continents et près d’un quart du PIB mondial) font des BRICS des acteurs majeurs des activités économiques et financières internationales. (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) dans ce contexte. L’enjeu central était de savoir si ces pays représentent une alternative progressiste ou s’ils reproduisent les logiques de domination existantes.

  • Solange Koné (CADTM Afrique) a mis en lumière la situation en Afrique subsaharienne, où l’endettement maintient les pays dans une dépendance structurelle. Elle a montré comment les forces impérialistes continuent d’exploiter les richesses de la région, avec pour conséquences directes l’appauvrissement massif des populations, la destruction des services publics et l’aggravation des inégalités sociales.
  • Asma El Mandour (Attac - CADTM Maroc) a proposé un focus sur le Maroc, illustrant la montée rapide de la dette publique. Elle a souligné que le service de la dette Service de la dette Remboursements des intérêts et du capital emprunté. réduit drastiquement les budgets sociaux, au profit du remboursement des créanciers et de projets de prestige, ce qui accroît la dépendance et sert les intérêts des élites locales comme des puissances étrangères.
  • Éric Toussaint (CADTM international) a analysé la position des BRICS face aux crises mondiales. Il a conclu que, malgré un discours critique envers l’Occident, ces pays ne constituent pas une alternative crédible : leurs banques de développement et leurs mécanismes financiers restent arrimés au néolibéralisme, et ils ne remettent pas en cause les logiques capitalistes mondiales. Il a aussi souligné leurs contradictions, notamment leurs relations économiques avec Israël et leur silence face au génocide en cours à Gaza.

Les participantes ont manifesté un vif intérêt pour la question des BRICS, ce qui a orienté une grande partie du débat vers les analyses d’Éric Toussaint. Quelques échanges ont néanmoins porté plus directement sur la crise de la dette dans les pays du Sud, venant compléter la réflexion.

Conclusion de l’atelier : la nouvelle crise de la dette est structurelle et fragilise davantage les pays du Sud. Quant aux BRICS, ils ne représentent pas une véritable alternative pour les peuples : ils s’inscrivent dans une logique capitaliste concurrentielle sans remettre en cause les rapports d’exploitation.

 Lundi 25/08/2025 : Pénétration croissante des fonds d’investissement dans l’économie européenne

Cet atelier a porté sur l’expansion massive des fonds d’investissement Fonds d’investissement Les fonds d’investissement (private equity) ont pour objectif d’investir dans des sociétés qu’ils ont sélectionnées selon certains critères. Ils sont le plus souvent spécialisés suivant l’objectif de leur intervention : fonds de capital-risque, fonds de capital développement, fonds de LBO (voir infra) qui correspondent à des stades différents de maturité de l’entreprise. dans l’économie européenne et sur leurs conséquences sociales, économiques et politiques. Les intervenantes ont montré que ces acteurs financiers détiennent désormais une part importante du capital d’entreprises non financières et s’immiscent dans des secteurs stratégiques comme les services publics, le logement ou la santé.

L’analyse a mis en lumière les mécanismes d’accumulation de pouvoir de ces fonds, qui, en quête de rentabilité rapide, imposent des logiques de restructuration et de précarisation : suppressions d’emplois, dégradation des conditions de travail, privatisation des services publics.

Le CADTM, par l’intervention de Claude Quemar, a apporté un éclairage spécifique sur les fonds vautours Fonds vautour
Fonds vautours
Fonds d’investissement qui achètent sur le marché secondaire (la brocante de la dette) des titres de dette de pays qui connaissent des difficultés financières. Ils les obtiennent à un montant très inférieur à leur valeur nominale, en les achetant à d’autres investisseurs qui préfèrent s’en débarrasser à moindre coût, quitte à essuyer une perte, de peur que le pays en question se place en défaut de paiement. Les fonds vautours réclament ensuite le paiement intégral de la dette qu’ils viennent d’acquérir, allant jusqu’à attaquer le pays débiteur devant des tribunaux qui privilégient les intérêts des investisseurs, typiquement les tribunaux américains et britanniques.
, en soulignant comment ces acteurs exploitent les crises de dette publique et privée pour engranger des profits exorbitants au détriment des populations. Cette analyse a permis de relier la question des fonds d’investissement à la problématique plus large de l’endettement et de la domination financière.

L’atelier s’est conclu sur la nécessité de renforcer le contrôle citoyen des pratiques de ces fonds, de promouvoir des mécanismes de transparence et de régulation, et d’avancer vers la création d’un observatoire européen citoyen capable de surveiller et dénoncer leurs abus.

 Lundi 25/08/2025 : Haïti, la rançon de l’indépendance !

À l’occasion du bicentenaire de la rançon imposée par la France à Haïti en 1825, l’atelier est revenu sur cet épisode fondateur d’une dette odieuse Dette odieuse Selon la doctrine, pour qu’une dette soit odieuse, et donc nulle, elle doit remplir deux conditions :
1) Elle doit avoir été contractée contre les intérêts de la Nation, ou contre les intérêts du Peuple, ou contre les intérêts de l’État.
2) Les créanciers ne peuvent pas démontrer qu’ils ne pouvaient pas savoir que la dette avait été contractée contre les intérêts de la Nation.

Il faut souligner que selon la doctrine de la dette odieuse, la nature du régime ou du gouvernement qui la contracte n’est pas particulièrement importante, puisque ce qui compte, c’est l’utilisation qui est faite de cette dette. Si un gouvernement démocratique s’endette contre l’intérêt de la population, cette dette peut être qualifiée d’odieuse, si elle remplit également la deuxième condition. Par conséquent, contrairement à une version erronée de cette doctrine, la dette odieuse ne concerne pas seulement les régimes dictatoriaux.
(voir : Eric Toussaint, « La Dette odieuse selon Alexander Sack et selon le CADTM » ).

Le père de la doctrine de la dette odieuse, Alexander Nahum Sack, dit clairement que les dettes odieuses peuvent être attribuées à un gouvernement régulier. Sack considère qu’une dette régulièrement contractée par un gouvernement régulier peut être considérée comme incontestablement odieuse... si les deux critères ci-dessus sont remplis.

Il ajoute : « Ces deux points établis, c’est aux créanciers que reviendrait la charge de prouver que les fonds produits par lesdits emprunts avaient été en fait utilisés non pour des besoins odieux, nuisibles à la population de tout ou partie de l’État, mais pour des besoins généraux ou spéciaux de cet État, qui n’offrent pas un caractère odieux ».

Sack a défini un gouvernement régulier comme suit :
« On doit considérer comme gouvernement régulier le pouvoir suprême qui existe effectivement dans les limites d’un territoire déterminé. Que ce pouvoir soit monarchique (absolu ou limité) ou républicain ; qu’il procède de la « grâce de Dieu » ou de la « volonté du peuple » ; qu’il exprime la « volonté du peuple » ou non, du peuple entier ou seulement d’une partie de celui-ci ; qu’il ait été établi légalement ou non, etc., tout cela n’a pas d’importance pour le problème qui nous occupe. »

Donc, il n’y a pas de doute à avoir sur la position de Sack, tous les gouvernements réguliers, qu’ils soient despotiques ou démocratiques, sous différentes variantes, sont susceptibles de contracter des dettes odieuses.
qui a marqué durablement l’histoire du pays. Après s’être libéré de l’esclavage et avoir proclamé son indépendance, Haïti a dû payer à ses anciens bourreaux une indemnité colossale, qui a plongé la nation dans une spirale d’endettement et freiné son développement pendant plus d’un siècle.

Les intervenantes ont souligné que cette rançon reste un cas d’école pour comprendre la mécanique des dettes illégitimes, souvent imposées par des institutions comme le FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 190 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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ou la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque mondiale regroupe deux organisations, la BIRD (Banque internationale pour la reconstruction et le développement) et l’AID (Association internationale de développement). La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies.

En 2022, 189 pays en sont membres.

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, et qui maintiennent encore aujourd’hui de nombreux pays du Sud dans une position de dépendance.

La discussion a également mis en lumière les conséquences actuelles de cette histoire : corruption endémique, État affaibli, violences des gangs et tutelle néocoloniale exercée par le Core Group. Ces éléments s’inscrivent dans la continuité des rapports de domination et montrent comment l’héritage de la dette coloniale pèse encore sur la société haïtienne.

La dette d’Haïti n’est pas seulement une question historique, mais un combat politique et moral actuel. Les échanges ont insisté sur la nécessité de mener une lutte internationale pour exiger réparation, mettre en lumière les responsabilités de la France et des institutions financières, et inscrire Haïti au cœur des mobilisations contre toutes les dettes illégitimes.

 Mardi 26/08/2025 : Mondialisation en crise : quelles alternatives solidaires ?

Cet atelier a questionné les mutations de la mondialisation Mondialisation (voir aussi Globalisation)
(extrait de F. Chesnais, 1997a)
Jusqu’à une date récente, il paraissait possible d’aborder l’analyse de la mondialisation en considérant celle-ci comme une étape nouvelle du processus d’internationalisation du capital, dont le grand groupe industriel transnational a été à la fois l’expression et l’un des agents les plus actifs.
Aujourd’hui, il n’est manifestement plus possible de s’en tenir là. La « mondialisation de l’économie » (Adda, 1996) ou, plus précisément la « mondialisation du capital » (Chesnais, 1994), doit être comprise comme étant plus - ou même tout autre chose - qu’une phase supplémentaire dans le processus d’internationalisation du capital engagé depuis plus d’un siècle. C’est à un mode de fonctionnement spécifique - et à plusieurs égards important, nouveau - du capitalisme mondial que nous avons affaire, dont il faudrait chercher à comprendre les ressorts et l’orientation, de façon à en faire la caractérisation.

Les points d’inflexion par rapport aux évolutions des principales économies, internes ou externes à l’OCDE, exigent d’être abordés comme un tout, en partant de l’hypothèse que vraisemblablement, ils font « système ». Pour ma part, j’estime qu’ils traduisent le fait qu’il y a eu - en se référant à la théorie de l’impérialisme qui fut élaborée au sein de l’aile gauche de la Deuxième Internationale voici bientôt un siècle -, passage dans le cadre du stade impérialiste à une phase différant fortement de celle qui a prédominé entre la fin de Seconde Guerre mondiale et le début des années 80. Je désigne celui-ci pour l’instant (avec l’espoir qu’on m’aidera à en trouver un meilleur au travers de la discussion et au besoin de la polémique) du nom un peu compliqué de « régime d’accumulation mondial à dominante financière ».

La différenciation et la hiérarchisation de l’économie-monde contemporaine de dimension planétaire résultent tant des opérations du capital concentré que des rapports de domination et de dépendance politiques entre États, dont le rôle ne s’est nullement réduit, même si la configuration et les mécanismes de cette domination se sont modifiés. La genèse du régime d’accumulation mondialisé à dominante financière relève autant de la politique que de l’économie. Ce n’est que dans la vulgate néo-libérale que l’État est « extérieur » au « marché ». Le triomphe actuel du « marché » n’aurait pu se faire sans les interventions politiques répétées des instances politiques des États capitalistes les plus puissants (en premier lieu, les membres du G7). Cette liberté que le capital industriel et plus encore le capital financier se valorisant sous la forme argent, ont retrouvée pour se déployer mondialement comme ils n’avaient pu le faire depuis 1914, tient bien sûr aussi de la force qu’il a recouvrée grâce à la longue période d’accumulation ininterrompue des « trente glorieuses » (l’une sinon la plus longue de toute l’histoire du capitalisme). Mais le capital n’aurait pas pu parvenir à ses fins sans le succès de la « révolution conservatrice » de la fin de la décennie 1970.
dans un contexte marqué par le retour au pouvoir de Donald Trump, la persistance des logiques libre-échangistes de l’Union européenne et la montée d’une nouvelle crise de la dette. Les intervenantes ont mis en évidence les effets de ces dynamiques sur les filières agricoles globalisées, la souveraineté alimentaire et l’équilibre Nord-Sud.

Les discussions ont porté sur les limites du libre-échange et du protectionnisme impérialiste, tout en explorant des pistes pour construire une économie solidaire reposant sur la relocalisation de la production, la défense des biens communs et des formes de coopération équitables. L’accent a été mis sur la nécessité d’articuler les mobilisations du Nord et du Sud afin de renforcer les luttes contre les politiques néolibérales et le réarmement.

Le CADTM, représenté par Solange Koné, de Côte d’Ivoire, a souligné l’importance d’intégrer la question de la dette dans cette réflexion : l’endettement constitue un frein structurel aux alternatives solidaires, puisqu’il enferme les pays du Sud dans une dépendance aux marchés financiers et réduit leur marge de manœuvre pour investir dans la transition sociale et écologique.

 Mardi 26/08/2025 : Dépasser la modernité coloniale et ses héritages – comment ? Vers un horizon décolonial par le CARE ?

Cet atelier est parti du constat que les mécanismes actuels de la mondialisation, de la dette et des prêts du FMI et de la Banque mondiale à la coopération internationale et à « l’aide au développement », perpétuent des rapports de domination hérités de l’histoire coloniale et esclavagiste. Il a mis en lumière comment la promesse de modernité s’est accompagnée, hier comme aujourd’hui, de spoliations des savoirs, d’exploitations des terres, de pillages de ressources et d’atteintes aux communs de l’humanité.

Les échanges ont exploré les alternatives décoloniales, en particulier celles portées par les mouvements féministes, qui placent le care Care Le concept de « care work » (travail de soin) fait référence à un ensemble de pratiques matérielles et psychologiques destinées à apporter une réponse concrète aux besoins des autres et d’une communauté (dont des écosystèmes). On préfère le concept de care à celui de travail « domestique » ou de « reproduction » car il intègre les dimensions émotionnelles et psychologiques (charge mentale, affection, soutien), et il ne se limite pas aux aspects « privés » et gratuit en englobant également les activités rémunérées nécessaires à la reproduction de la vie humaine. au centre de leurs pratiques. Le soin, envisagé comme horizon politique, a été présenté comme un levier de transformation profonde, permettant de renouveler nos visions du monde et d’ouvrir des perspectives de justice et de solidarité au-delà des héritages coloniaux.

Le CADTM, représenté par Emmanuelle Carton, a souligné le rôle central de la dette dans la perpétuation des rapports coloniaux, en montrant comment l’endettement structurel des pays du Sud maintient des dépendances économiques et politiques. Cette analyse a nourri la réflexion collective sur la nécessité de dépasser la colonialité moderne en réinventant des pratiques de solidarité internationale ancrées dans la justice sociale, écologique et féministe.

En conclusion, l’atelier a insisté sur l’importance d’articuler critique du patriarcat et critique de la colonialité, et sur la capacité des luttes décoloniales et féministes à ouvrir un horizon politique émancipateur.

 Mardi 26/08/2025 : Finance contre souveraineté alimentaire : la dette comme outil de domination néocoloniale

Cet atelier a montré comment la finance internationale et les grandes entreprises menacent directement la souveraineté alimentaire des peuples. Les pratiques d’accaparement de terres, de spéculation Spéculation Opération consistant à prendre position sur un marché, souvent à contre-courant, dans l’espoir de dégager un profit.
Activité consistant à rechercher des gains sous forme de plus-value en pariant sur la valeur future des biens et des actifs financiers ou monétaires. La spéculation génère un divorce entre la sphère financière et la sphère productive. Les marchés des changes constituent le principal lieu de spéculation.
sur les denrées, de monocultures imposées et de contrôle privatif des semences privent les communautés de leur droit à une alimentation saine, durable et accessible.

Un point central a été l’analyse du rôle de la dette comme instrument de coercition : de nombreux pays du Sud, contraints par le poids de dettes souvent illégitimes, privilégient les cultures d’exportation destinées aux marchés mondiaux plutôt que la satisfaction des besoins locaux. Ce mécanisme accentue la dépendance, la fragilisation des agricultures paysannes et la destruction des équilibres sociaux et environnementaux.

Le CADTM, à travers les interventions de Pablo Laixhay et de Solange Koné, a insisté sur la manière dont la dette fonctionne comme un levier néocolonial au service des intérêts financiers et des élites locales complices. Ils ont rappelé l’importance de l’annulation des dettes illégitimes et de la construction de modèles économiques centrés sur les droits fondamentaux, en particulier l’alimentation.

Conclusion de l’atelier : rompre le lien entre dette et agriculture d’exportation est une condition essentielle pour reconquérir la souveraineté alimentaire et garantir la justice sociale et écologique.

 Mardi 26/08/2025 : L’Amérique centrale au cœur d’enjeux politiques et géoéconomiques

L’atelier a proposé une analyse des dynamiques géopolitiques actuelles en Amérique centrale, une région stratégique en raison de son rôle historique de zone de transit interocéanique. Les discussions ont mis en lumière l’impact de l’arrivée de Donald Trump à la présidence des États-Unis, marquée par une volonté de « récupérer » le canal de Panama et de renforcer la mainmise américaine sur la région.

Les intervenantes ont également exploré la montée en puissance de la Chine, qui tisse de nouvelles alliances économiques et politiques en Amérique centrale, ainsi que les réponses des gouvernements, notamment celui du Panama. Des projets alternatifs tels que les “canaux secs” au Honduras et au Guatemala ou encore le projet controversé de canal interocéanique au Nicaragua ont été évoqués, en lien avec les enjeux d’extractivisme Extractivisme Modèle de développement basé sur l’exploitation des ressources naturelles, humaines et financières, guidé par la croyance en une nécessaire croissance économique. et de souveraineté.

Un autre sujet central a été celui des Zones spéciales de développement et d’emploi (ZEDE) au Honduras, véritables enclaves néolibérales qui privatisent des territoires entiers au profit des investisseurs, au détriment des populations locales. La discussion a aussi montré comment les migrants centroaméricains deviennent une « monnaie d’échange » dans les négociations géopolitiques, révélant la brutalité des rapports de force entre puissances.

Enfin, l’atelier a abordé les projets portés par l’Union européenne, notamment dans le domaine environnemental, souvent présentés comme « verts » mais qui masquent des logiques de domination économique similaires.

Conclusion de l’atelier : L’Amérique centrale illustre à la fois les rivalités impérialistes et les résistances populaires. Pour contrer la recolonisation par les puissances économiques mondiales, le rôle des mouvements sociaux et des réseaux de solidarité internationale est crucial.


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