FSM Dakar 2011
13 février 2011 par Christine Vanden Daelen , Monika Karbowska
Le premier jour du Forum Social Mondial de Dakar, les participant-e-s découvraient que les salles de l’Université Cheik Anta Diop qui devaient être mises à disposition du Forum étaient occupées par des étudiant-e-s. Ils/elles craignaient être dépossédé-e-s de ces salles par le Forum et par conséquent manifestaient quelque réserve voire de l’hostilité à l’égard des militant-e-s altermondialistes. C’est alors que nous avons été interpellé-e-s par une manifestation du mouvement des étudiant-e-s non orienté-e-s. Ces étudiant-e-s ont fait plusieurs marches dans le campus avec comme mot d’ordre « Oui au Forum Social Mondial. Nous réclamons à être orienté-e-s ! l’Etat doit prendre ses responsabilités ! ». Nous avons noué un contact avec ces étudiant-e-s en lutte et avons ainsi découvert leurs véritables conditions de vie et de travail.
Entretien avec Diouma SEME et Madick GUEYE, leaders du mouvement des étudiant-e-s non orienté-e-s de l’Université Cheik Anta Diop.
Dakar le 10 février 2011
Nous ne sommes ni racistes ni xénophobes mais nous ne comprenons pas pourquoi, alors que le gouvernement ne parvient pas à assurer une inscription aux 500 bachelier/ères que nous sommes, il invite 160 haïtien-ne-s pour venir étudier à l’Université Cheik Anta. En agissant de la sorte, le gouvernement cherche uniquement à se faire une bonne image sur la scène internationale. La finalité de son action
Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
est à 100% politique. Cette manœuvre diplomatique a couté pas moins d’un milliard de CFA (des bourses, des chambres, des ordinateurs portables, des abonnements internet, etc. ont été octroyés gratuitement aux étudiant-e-s haïtien-ne-s). Nous sommes le pays de la Teranga, certes, mais il faut aussi aider les fils et les filles du pays. Nous revendiquons notre droit à accéder à l’enseignement supérieur !
L’enseignement supérieur au Sénégal manque d’infrastructures. Nous sommes 25 000 étudiant-e-s à la Faculté de Lettres et des Sciences Humaines et nous n’avons même pas de toilettes ! Nous n’avons pas non plus d’amphithéâtre ni de salles de cours. Afin de pouvoir quand bien même suivre les cours, nous sommes dispersé-e-s dans toute la ville, dans les locaux d’écoles privées, dans des centres sociaux et même dans des églises. Le manque de salles d’études est énorme. Voyez à l’Université, le nombre de bâtiments en construction qui demeurent des années des chantiers et non des salles de cours ou autres infrastructures scolaires !
Nous manquons également cruellement de documentation à jour à la bibliothèque, de livres neufs. Sans parler de la Cité universitaire où nous sommes 8 par chambre et 12 avec les étudiant-e-s clandestin-e-s qui y sont hébergé-e-s car ils/elles n’ont pas d’autres lieux où aller.
Les frais d’inscription à l’Université sont très élevés et les bourses (lorsqu’elles sont effectivement octroyées) sont tout à fait insuffisantes. Beaucoup d’étudiant-e-s vivent avec aucun revenu.
Comme le budget de l’enseignement supérieur a diminué cette année alors que le nombre de bachelier/ères a augmenté, il y a beaucoup plus de problèmes.
De plus, l’Etat avait promis que TOUS/TES les bachelier-e-s auront cette année scolaire une place à l’Université ! Et à l’arrivée, plus de 500 bachelier-e-s n’en ont pas !
Ils et elles ne demandent ni bourse
Bourse
La Bourse est l’endroit où sont émises les obligations et les actions. Une obligation est un titre d’emprunt et une action est un titre de propriété d’une entreprise. Les actions et les obligations peuvent être revendues et rachetées à souhait sur le marché secondaire de la Bourse (le marché primaire est l’endroit où les nouveaux titres sont émis pour la première fois).
ni chambre mais juste la possibilité de s’inscrire dans une faculté et d’étudier.
Le syndicat SAES a soumis le problème au rectorat depuis longtemps. Le recteur est informé, le doyen de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines est informé, le ministre de l’éducation et même le Président de la République ont été interpellés sur la question. Il s’agit de notre avenir. Sans études qu’allons-nous devenir ?
Madick nous raconte aussi la lutte que les étudiant-e-s en lettres et sciences humaines ont mené pour avoir accès à des toilettes fermées à clé et inaccessibles pour eux. Le Doyen de la Faculté qui refusait des toilettes aux étudiant-e-s n’était autre que Saliou Ndiaye, nouveau Recteur de l’Université Cheik Anta Diop.
Saliou Ndiaye a refusé, une semaine avant le début du Forum Social Mondial, les salles promises par son prédécesseur et payées par les organisations du Forum, mettant ainsi en péril la tenue même du FSM. Cette manipulation visaient également à semer l’hostilité entre les étudiant-e-s et les altermondialistes.
Cette stratégie a été un échec. Nous avons soutenu les étudiant-e-s non orienté-e-s et médiatisé leur lutte. Actuellement, les étudiant-e-s ont interrompu leur grève de la faim, très dure et dangereuse pour eux. Cependant, la médiatisation nationale et internationale a porté des fruits. Ils et elles ont obtenu le soutien du Conseil des Professeurs qui a interpellé le Ministre de l’éducation.
Le sous-investissement structurel des infrastructures et de l’enseignement supérieur sénégalais est bien structurel et les conditions de vie et de travail des jeunes restent très dégradées. C’est ainsi que nous devons continuer à médiatiser la lutte des étudiant-e-s sénégalais-e-s, car, comme ils et elles le disent : « Si l’Etat ne réagit pas, l’exemple tunisien n’est pas à écarter »...
Si vous désirez entrer en contact avec Diouma SEME et Madick GUEYE, envoyez un mail à christine chez cadtm.org
[1] Etre orientés signifie au Sénégal obtenir une inscription à l’Université après le baccalauréat
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