Communiqué de presse

Le CADTM se réjouit de la mise en place d’un audit de la dette de la RDC mais s’inquiète des choix qui sont faits par le gouvernement Gizenga à ce sujet

13 mars 2007 par CADTM


Depuis plusieurs années, le CADTM défend avec acharnement l’idée d’un audit de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
publique des pays en développement afin de pointer les différentes responsabilités dans la situation de surendettement actuelle. De récentes annonces à propos de la République démocratique du Congo (RDC) vont dans ce sens mais les choix qui sont faits posent sérieusement problème et risquent de nuire sérieusement à l’ensemble de la démarche elle-même.

En effet, alors que le Premier ministre de la RDC, Antoine Gizenga, annonce la mise en place d’une commission d’audit pour évaluer la gestion des finances publiques pendant la période de transition (2002-2006), le CADTM critique le manque d’ambition de cet audit qui ne présente qu’un faible intérêt pour la population congolaise.

Pour le CADTM, cet audit comporte trois points faibles qui portent atteinte à l’utilité d’un tel travail.

1. Il ne porte que sur une période de quatre ans. Bien que cette période soit marquée par la signature de contrats léonins entre les différents vice-présidents et les sociétés transnationales du Nord, en particulier dans le secteur minier avec la privatisation « scandaleuse » de la Gécamines, cet audit ne permettra pas d’établir l’étendue du pillage des ressources naturelles organisé via le mécanisme de la dette par la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
, le FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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et les puissances occidentales depuis l’indépendance de la RDC en 1960. A cette fin, il est essentiel d’étudier l’évolution de l’endettement de la RDC depuis la période coloniale pour comprendre la situation actuelle du pays et ainsi poursuivre les responsables de la détérioration des conditions de vie des Congolais.

2. Le travail de la commission ne pourra servir de base à la mise en cause des différentes responsabilités puisque l’actuel président Joseph Kabila ainsi que les quatre anciens vice-présidents durant cette période sont couverts par une immunité injustifiable, en vertu d’un décret du 13 novembre 2006.

3. Le but fondamental de cet audit n’est pas de remettre en cause la dette colossale supportée aujourd’hui par les populations congolaises, mais il est bel et bien de séduire les bailleurs de fonds, principalement les institutions financières internationales et l’Union européenne : en fait, d’importants responsables de la situation chaotique du pays.

Ce n’est pas les prêts de 186 millions de dollars et 161 millions d’euros promis la semaine dernière respectivement par Paul Wolfowitz, Président de la Banque mondiale, et Louis Michel, Commissaire européen au développement, qui permettront de satisfaire les besoins humains fondamentaux et de réparer les dommages subis par la population congolaise à travers les plans d’ajustement structurel Ajustement structurel Les Plans d’ajustement structurel ont été imposés par les IFI en contrepartie de l’octroi de nouveaux prêts ou de l’échelonnement d’anciens prêts, projets financés par la Banque mondiale, conditionnalités du FMI, etc.
Les Plans d’austérité, appliqués depuis aux pays endettés du Nord, sont des copiés/collés des Plans d’ajustement structurel subits par les pays du Sud depuis 30 ans.
rebaptisés aujourd’hui « Documents stratégiques de réduction de la pauvreté ». Ces nouveaux outils mis en avant par la Banque mondiale et le FMI pour retrouver une certaine légitimité contiennent toujours les même recettes néo-libérales : augmentation des exportation pour le remboursement de la dette, réduction drastique des budgets sociaux, privatisation des entreprises publiques, ouverture des frontières augmentation de la TVA...

Le CADTM dénonce donc la responsabilité solidaire de ces créanciers avec les dirigeants de la RDC et soutient pleinement un audit qui servirait de fondement à l’annulation de la dette n’ayant pas profité à la population ; une action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
juridique contre les responsables de l’endettement dont la Banque mondiale ; le rapatriement des bien mal acquis comme la fortune de Mobutu, estimée à 8 milliards de dollars, et de son clan, ou les profits illégaux des transnationales résultant des pillages des ressources naturelles. Pour le CADTM, l’audit doit également entraîner le versement de réparations dans un fonds géré par les populations locales.




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