Communiqué de presse

Le CADTM se réjouit de la vitalité du processus « Forum social mondial » malgré certains choix très discutables des organisateurs à Nairobi

23 janvier 2007


Ce mardi 23 janvier, 3e jour du FSM, de 15 à 20 000 participants ont pris part aux activités du FSM. Les thèmes principalement abordés sont la paix, les accords de partenariat économique, la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque africaine de développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds européen de développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
, les droits humains, le changement climatique.

Ce matin, une nouvelle manifestation des mouvements sociaux a eu lieu devant les portes du Stade où le Forum se tient de manière à ce que le FSM soit ouvert sans frais aux Kenyans. La manifestation était cette fois-ci principalement prise en charge par le mouvement sud-africain INDABA, ATTAC Japon et des membres de « Parlement du Peuple », un mouvement social kenyan. Les Kenyans ont donc pu entrer à nouveau sans payer.

Dans le même ordre d’idées, hier, lundi 22 janvier, une manifestation a eu lieu avec la participation d’environ 200 Kenyans dans l’enceinte du FSM pour protester contre le prix trop élevé de la nourriture au FSM. En effet, un plat coûte environ 3 à 4 fois le prix habituellement pratiqué en ville. Une autre manifestation a encore été organisée parce que le comité organisateur du FSM a refusé la gratuité pour les Kenyans.

Le mouvement Parlement du Peuple a annoncé que si la gratuité n’était pas garantie pour le 4e jour, ils bloqueraient les portes et empêcheraient la tenue de la dernière journée qui doit déboucher sur des actions Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
. Ils affirment en effet qu’il est inacceptable que ces actions soient adoptées en l’absence des Kenyans qui devraient rester aux portes du stade. La coordination des mouvements sociaux, en contact avec le « Parlement du Peuple », espère qu’on n’en arrivera pas à cette extrémité et que la journée pourra se dérouler dans les meilleures conditions et dans le renforcement des énergies positives alimentées par les résistances sociales africaines à la mondialisation Mondialisation (voir aussi Globalisation)
(extrait de F. Chesnais, 1997a)
Jusqu’à une date récente, il paraissait possible d’aborder l’analyse de la mondialisation en considérant celle-ci comme une étape nouvelle du processus d’internationalisation du capital, dont le grand groupe industriel transnational a été à la fois l’expression et l’un des agents les plus actifs.
Aujourd’hui, il n’est manifestement plus possible de s’en tenir là. La « mondialisation de l’économie » (Adda, 1996) ou, plus précisément la « mondialisation du capital » (Chesnais, 1994), doit être comprise comme étant plus - ou même tout autre chose - qu’une phase supplémentaire dans le processus d’internationalisation du capital engagé depuis plus d’un siècle. C’est à un mode de fonctionnement spécifique - et à plusieurs égards important, nouveau - du capitalisme mondial que nous avons affaire, dont il faudrait chercher à comprendre les ressorts et l’orientation, de façon à en faire la caractérisation.

Les points d’inflexion par rapport aux évolutions des principales économies, internes ou externes à l’OCDE, exigent d’être abordés comme un tout, en partant de l’hypothèse que vraisemblablement, ils font « système ». Pour ma part, j’estime qu’ils traduisent le fait qu’il y a eu - en se référant à la théorie de l’impérialisme qui fut élaborée au sein de l’aile gauche de la Deuxième Internationale voici bientôt un siècle -, passage dans le cadre du stade impérialiste à une phase différant fortement de celle qui a prédominé entre la fin de Seconde Guerre mondiale et le début des années 80. Je désigne celui-ci pour l’instant (avec l’espoir qu’on m’aidera à en trouver un meilleur au travers de la discussion et au besoin de la polémique) du nom un peu compliqué de « régime d’accumulation mondial à dominante financière ».

La différenciation et la hiérarchisation de l’économie-monde contemporaine de dimension planétaire résultent tant des opérations du capital concentré que des rapports de domination et de dépendance politiques entre États, dont le rôle ne s’est nullement réduit, même si la configuration et les mécanismes de cette domination se sont modifiés. La genèse du régime d’accumulation mondialisé à dominante financière relève autant de la politique que de l’économie. Ce n’est que dans la vulgate néo-libérale que l’État est « extérieur » au « marché ». Le triomphe actuel du « marché » n’aurait pu se faire sans les interventions politiques répétées des instances politiques des États capitalistes les plus puissants (en premier lieu, les membres du G7). Cette liberté que le capital industriel et plus encore le capital financier se valorisant sous la forme argent, ont retrouvée pour se déployer mondialement comme ils n’avaient pu le faire depuis 1914, tient bien sûr aussi de la force qu’il a recouvrée grâce à la longue période d’accumulation ininterrompue des « trente glorieuses » (l’une sinon la plus longue de toute l’histoire du capitalisme). Mais le capital n’aurait pas pu parvenir à ses fins sans le succès de la « révolution conservatrice » de la fin de la décennie 1970.
néo-libérale.

Ce mardi 23 janvier, a également eu lieu une manifestation de solidarité avec les peuples de Guinée Conakry, victimes d’une répression criminelle de la part du gouvernement. On compte en effet plusieurs dizaines de morts parmi les participants à la grève générale qui paralyse le pays depuis une dizaine de jours. Cette lutte, soutenue par de nombreux syndicats guinéens, s’oppose aux mesures de privatisation, aux augmentations de taxes..., toutes recettes bien connues de l’ajustement structurel.

Au niveau de la coordination des mouvements sociaux, une grande assemblée est organisée demain 24 janvier à 16h : ce sera la dernière activité du Forum. On a décidé d’y mettre en valeur toutes les luttes des mouvements sociaux africains : les femmes, les activités de la dette, du commerce, de la paix, etc. On essayera de donner toute l’importance aux résistances africaines qui n’ont pas été suffisamment mises en valeur au cours de ce FSM.

Par rapport à ceux qui affirment à tort que le FSM est en train de mourir, ce Forum-ci démontre qu’il est un processus vivant au cours duquel les fautes des organisateurs ont suscité de très vives critiques. Ceci indique une grande vitalité qui permettra de rectifier le tir en profitant des mois qui viennent pour définir la forme que prendront les journées d’action globale à organiser en janvier 2008 ainsi que le 8e FSM qui aura lieu en 2009.

Ce FSM est mis à profit par les nombreux mouvements sociaux présents, par un certain nombre d’ONG et de réseaux internationaux, pour renforcer leur combativité, leurs convergences, préparer les prochains grands rendez-vous comme celui du contre-G8 G8 Ce groupe correspond au G7 plus la Fédération de Russie qui, présente officieusement depuis 1995, y siège à part entière depuis juin 2002. à Rostock, début juin 2007.

Le CADTM a réalisé plusieurs conférences généralement en co-organisation avec les autres campagnes « dette » : l’accent y a été mis sur les alternatives telles que l’audit de la dette et la création d’une Banque du Sud. Le stand commun du CADTM et de Jubilé Sud est fortement visité et la vente des publications CADTM en plusieurs langues bat son plein.