Le Maroc est-il surendetté ?

5 janvier 2010 par Fatima-Zohra Jdily


Chaque année, une part importante de la richesse nationale repart vers le Nord pour le remboursement de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque africaine de développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds européen de développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
. Néanmoins, assure Zouhair Chorfi, directeur du Trésor et des finances extérieures au ministère de l’Economie et des finances, le royaume a vu la part de sa dette dans le PIB PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
baisser substantiellement durant ces dernières années. Un avis que ne partage pas tout à fait Mimoun Rahmani. Ce membre du Comité d’annulation de la dette du Tiers-monde (CADTM) reconnaît que le gouvernement a réussi à faire passer sa dette extérieure de 21,3 milliards de dollars à fin 1992 à 14,3 milliards de dollars fin 2003. Mais, ajoute-t-il, cette baisse n’est pas le résultat d’une « quelconque gestion rationnelle et efficace ». D’après lui, elle a surtout profité aux créanciers du Nord et aux « classes capitalistes locales ». M. Rahmani va plus loin encore. Il estime que la diminution de la dette extérieure n’est que temporaire car les mécanismes mis en œuvre ne sont pas viables à long terme. « Un petit calcul montre que l’Etat marocain n’a baissé le solde de sa dette extérieure que de 7 milliards de dollars, alors qu’il a transféré, dans le même temps, des sommes cinq fois plus importantes », argumente-t-il. « Pire, on a assisté dans le pays ces dernières années à un transfert d’une dette externe vers une dette interne », note-t-il. Alors que la dette extérieure a diminué de 7 milliards de dollars entre 1992 et 2003, la dette intérieure a quant à elle été multipliée par deux, passant de 12,3 à 24,8 milliards de dollars.

De son côté, Z. Chorfi confirme que 80% de la dette globale sont constitués de dette intérieure. N’empêche, le Maroc recourt désormais et de plus en plus au marché international. La raison ? D’après Mimoun Rahmani, la politique de réduction de la dette extérieure par la dette intérieure a rapidement montré ses limites. Ainsi, le maintien par l’Etat d’un budget d’investissement colossal sur les cinq prochaines années dans un contexte d’assèchement des liquidités Liquidité
Liquidités
Capitaux dont une économie ou une entreprise peut disposer à un instant T. Un manque de liquidités peut conduire une entreprise à la liquidation et une économie à la récession.
domestiques peut l’orienter vers un nouvel alourdissement de sa dette extérieure. D’ailleurs, cette dernière a de nouveau augmenté ces trois dernières années, passant de 13,6 milliards de dollars en 2006 à 15,9 milliards de dollars en 2007. De ce fait, le processus d’endettement extérieur a déjà recommencé. La Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
, dans son dernier rapport sur le Maroc, estime que la dette extérieure du Maroc atteindra 20 milliards de dollars en 2009. Cependant, le directeur du Trésor et des finances extérieures demeure optimiste. Contrairement à Rahmani, il estime que le Maroc est loin d’être surendetté .

Source : L’Observateur (Maroc)