29 janvier par Yorgos Mitralias

Le dessin est de Sonia Mitralia
Comme les tragiques et révoltants évènements de Minneapolis font que la crise des États-Unis sous Trump semble atteindre maintenant à la fois son paroxysme et son point de non-retour, il nous faut impérativement arrêter de mâcher nos mots afin de travestir l’horrible réalité du trumpisme, et donc, appeler dorénavant les choses par leur nom. Pourquoi ? Mais, pour rendre plus claires et le plus précises possible nos idées sur la nature, les objectifs et les méthodes de Trump et du trumpisme, Car le sort du trumpisme, et par conséquent notre propre sort, sera décidé à l’intérieur et pas en dehors des États-Unis. Et tout ça, pour qu’on puisse affronter Trump et le trumpisme avec des fortes chances de succès, sachant que l’issue de cette mère de tous nos combats influencera profondément le présent et l’avenir de ce monde.
Alors, commençons par le tristement célèbre ICE (Immigration and Customs Enforcement) qui défraye actuellement la chronique avec ses assassinats de sang froid, successifs, de citoyens de Minneapolis. Aucun doute, ICE est une milice (surarmée) privée, au service de Trump et de ses politiques ouvertement racistes et fascistes. Recrutant ses agents en partie dans les milieux néonazis et suprémacistes, ICE ne répond de ses activités criminelles qu’à ses chefs totalement inféodés à Trump en personne et, en conséquence, il agit en dehors de toute légalité. Conçue initialement pour faire la chasse aux migrants, qui deviennent de fait ce qu’étaient les Juifs pour les nazis, sa mission s’élargit dorénavant à la chasse et à la répression des personnes racisées, même quand elles vivent légalement au pays. Cependant, le temps passant, force est de constater que ICE est en train d’élargir son champ d’action
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encore plus, s’en prenant aussi aux gens de gauche et à tout opposant de Trump !
Bien que les raids de ICE dans les quartiers populaires, les lieux de travail et les maisons pour arrêter ou kidnapper des personnes de tout âge, et même des enfants, le font ressembler plutôt à la Gestapo nazie, l’évolution de ses activités, combinée à la volonté clairement exprimée du trumpisme de réprimer durement ses opposants, font que ICE semble destiné a devenir l’équivalent trumpiste des SA, les sections d’assaut du nazisme avant sa prise de pouvoir en 1933. Évidemment, les 22 000 agents actuels de ICE, ne peuvent pas être comparés aux 400 000 membres des SA nazies en 1932, mais le succès de sa campagne de recrutement en cours pourrait faire gonfler ses effectifs rapidement, rendant ICE autrement dangereux. Par contre, les « qualités » de la racaille de ICE sont déjà tout à fait comparables à celles de la racaille des SA, commençant par la monstrueuse cheffe de ICE Kristi Noem qui n’a rien à envier à son équivalent ministre nazi de l’intérieur, Heinrich Himmler, quand elle exhibe fièrement son incroyable sadisme décrivant par écrit comment elle a tiré et abattu son chiot parce qu’il n’obéissait pas rapidement à ses ordres…
Mais, pourrait-on se demander, pourquoi ces références répétées au nazisme, pourquoi ces comparaisons de ICE à la Gestapo et surtout, aux SA nazies ? Notre réponse est catégorique : parce qu’il y a bien plus que des simples similitudes ou des simples affinités électives entre le trumpisme et le nazisme. Parce que, malgré leurs bien réelles différences, il y a une filiation consciente et de plus en plus assumée entre ces deux formes de la même « peste brune » fasciste ! En réalité, c’est comme si Trump suivait, souvent à la lettre, ce que Hitler a non seulement dit, mais aussi et surtout ce que Hitler a fait durant la première phase de son pouvoir dictatorial, avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale en 1939.
Cependant, il ne faut pas croire que les penchants nazis du trumpisme sont l’affaire d’une seule personne, de Trump lui-même. En réalité, la fine fleur du noyau dominant de la direction trumpiste, dont l’homme fort de la Maison Blanche, Stephen Miller, Elon Musk et ses amis d’origine sud-africaine, David Sacks et surtout Peter Thiel, ne cachent pas leur nostalgie des temps de la toute-puissance du nazisme qu’ils veulent, non seulement… réhabiliter mais aussi faire revivre aux États-Unis ! Dans leur cas, bien naïfs ceux qui croiraient qu’il s’agit des clowns inoffensifs qui se limitent à reprendre à leur compte les signes extérieurs du nazisme. Des gens comme Peter Thiel sont des milliardaires nazis convaincus, très formés, très expérimentés et intelligents et donc, terriblement dangereux car en possession d’un projet politique, social et économique cauchemardesque… qu’ils sont déjà en train de mettre en application.
Mais, attention : ce qui précède ne signifie en aucune manière que le trumpisme est invincible ou qu’on ne peut rien contre lui. Les mobilisations exemplaires anti-ICE -toujours en cours- des habitants de Minneapolis, sont la preuve vivante du contraire, de la bien réelle et tangible capacité des citoyens et surtout des masses laborieuses, de s’organiser pour résister tous ensemble aux bandes armées de la « peste brune » trumpiste. Évidemment, pour arriver à cette résistance exemplaire, laquelle constitue probablement l’évènement fondateur du réveil et de la contre-attaque de la classe ouvrière et de ceux d’en bas américains, il a fallu que Trump et ses acolytes commettent une grave erreur d’appréciation : choisir Minneapolis et Minnesota comme terrain d’expérimentation de la sauvagerie des agents de ICE.
En effet, ni la grève générale qui a paralysé le Minnesota le 23 janvier, la première grève générale aux États-Unis après 80 ans ( !), ni la manifestation de masse qui l’a suivie, ni la résistance du peuple du Minnesota, ne tombent pas du ciel. Ce petit État fédéral a une longue histoire de luttes exemplaires, surtout ouvrières, dont l’extraordinaire grève générale de 1934, qui a duré plus de deux mois et a été marquée par les affrontements sanglants entre des piquets de grève armés et des milices patronales soutenues par l’armée. [1] Une longue histoire des luttes comme celles plus récentes, victorieuses et d’envergure nationale, pour l’augmentation des salaires et l’amélioration de la condition des salariéEs, mais aussi des mobilisations de masse dont celle qui a abouti à la création du mouvement Black Lives Matter, après l’assassinat, toujours à Minneapolis, de George Floyd par un policier, en 2020.
En somme, le choix par Trump du Minnesota pour briser les résistances populaires et terroriser une fois pour toutes la population d’une importante ville américaine, était d’avance condamné à l’échec. Il a mis le feu aux poudres avec des résultats qui pourrait être catastrophiques pour le résident de la Maison Blanche, lequel voit maintenant les mobilisations de solidarité aux valeureux habitants de Minneapolis se multiplier et faire tache d’huile, [2] tandis que sa grève générale du 23 janvier est en train d’inspirer des syndicalistes ailleurs dans le pays, qui veulent désormais faire de même. Alors, bien qu’il soit encore trop tôt pour qu’on puisse mesurer tout l’impact de cette véritable démonstration de force de la classe ouvrière du Minnesota, il n’est pas du tout à exclure qu’elle reste dans l’histoire comme l’événement fondateur du réveil et de la remobilisation du gigantesque prolétariat américain trop longtemps défait et endormi. Et, pas de doute, ce réveil de ceux d’en bas américains trouvera sûrement son héro en la personne de Alex Pretti, ce jeune infirmier en réanimation, syndicalisé, de Minneapolis, assassiné par les tueurs de ICE, juste parce qu’il voulait aider les migrants pourchassés par ICE et aider ses prochains agressés et maltraités par les voyous de la milice de Trump. À cette époque de toutes les barbaries, des replis sur soi et de la montée en flèche des extrêmes droites, de l’individualisme égoïste et du retour en force de la menace fasciste, rien de mieux que de prendre pour exemple cet Alex Pretti au grand cœur, qui n’a pas hésité à affronter mains nues les brutes de ICE pour rendre tangibles ces mots terribles qu’il aimait tant de répéter : « la liberté n’est pas gratuite. Nous devons la cultiver, la nourrir, la protéger et même nous sacrifier pour elle » ...
[1] Voir Wikipedia, Minneapolis général strike of 1934 : https://en.wikipedia.org/wiki/Minneapolis_general_strike_of_1934
[2] Parmi les innombrables réactions provoquées par les actions de ICE, nous choisissons le commentaire suivant à la fois pertinent et éloquent du joueur étoile de l’équipe de basket de Cleveland (NBA) Larry NanceJr, qui a reposté sur son compte X cet extrait du journal d’Anne Frank. Écrites le 13 janvier 1043 dans l’Amsterdam occupé par les nazis, ces lignes auraient pu très bien être écrites aujourd’hui par un migrant dans les États-Unis de Trump et de ICE : « Des choses terribles se passent à l’extérieur. Des personnes démunies sont tirées de chez elles. Des familles sont déchirées. Des hommes, des femmes et des enfants sont séparés. Des enfants reviennent de l’école et voient que leurs parents ont disparu. »
Journaliste, Giorgos Mitralias est l’un des fondateurs et animateurs du Comité grec contre la dette, membre du réseau international CADTM et de la Campagne Grecque pour l’Audit de la Dette. Membre de la Commission pour la vérité sur la dette grecque et initiateur de l’appel de soutien à cette Commission.
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