17 avril par Collectif , Leïla Chaibi

Leila Chaibi pendant son intervention lors de la conférence antifa à un Porto Alegre le 27 mars 2026. Photo : Alice Portal, CC
Le CADTM publie l’intervention réalisée par Leïla Chaibi lors de la conférence antifasciste et anti-impérialiste de Porto Alegre. Son intervention se déroulait dans le cadre d’une plénière sur les luttes des travailleureuses face au patronnat et à l’extrême droite. Elle a centrée son propos sur l’ubérisation du travail en Europe et ailleurs, synonyme de précarisation de millions de travailleureuses.
Je suis très heureuse et émue d’être avec vous aujourd’hui à Porto Alegre. C’est un nom qui résonne particulièrement quand on vient de France et que, comme moi, on a commencé à militer il y a 25 ans, portée par ce slogan : « Un autre monde est possible ».
Ce slogan reste plus que jamais d’actualité. Aujourd’hui, nous ne nous battons pas seulement contre le néolibéralisme : nous faisons face à une internationale réactionnaire, à une véritable internationale fasciste. Notre rassemblement vise précisément à construire une alternative à cette offensive. C’est pour cela que je suis très heureuse d’être ici et d’intervenir à cette table ronde.
Je suis députée européenne depuis 2019, et je travaille principalement sur les questions d’emploi et d’affaires sociales. À mon arrivée au Parlement européen, je pensais que mes principaux adversaires seraient les eurodéputés de droite. Mais j’ai vite compris que les véritables acteurs du rapport de force sont ailleurs : ce sont les entreprises transnationales. Elles ont parfaitement saisi l’intérêt de s’organiser à l’échelle européenne et internationale pour asseoir leur domination, intensifier l’exploitation et maximiser les profits, tout en empêchant les travailleurs de s’organiser.
Concrètement, dans les batailles que nous menons contre l’ubérisation, nous voyons comment ces entreprises piétinent les droits existants, fragmentent les travailleurs et entravent leur organisation collective. Leur stratégie est simple : contourner le droit du travail en classant les travailleurs comme indépendants, alors même qu’ils sont en réalité totalement subordonnés. C’est le cas emblématique des livreurs de plateformes : officiellement autonomes, mais dans les faits privés de toute capacité de décision, sans protection sociale ni droits collectifs.
Autre exemple : Amazon. Cette entreprise exerce une influence considérable sur les politiques européennes. Elle exploite les différences de salaires entre pays pour organiser un véritable dumping social : des livraisons en Allemagne sont assurées depuis des entrepôts en Pologne, simplement parce que la main-d’œuvre y est moins chère. Là encore, elle tire parti d’une organisation transnationale pour maximiser ses profits au détriment des droits sociaux.
Même logique chez McDonald’s. Que vous achetiez un Big Mac à Porto Alegre, Madrid, Paris ou Porto Alegre, il aura le même goût, produit selon les mêmes méthodes, par des travailleurs exposés aux mêmes conditions, avec une brûlure au même endroit car partout le même procédé est appliqué. Pourtant, ces travailleurs dépendent juridiquement d’entités différentes, en raison du système de franchise. L’objectif est clair, j’assoie mon pouvoir au niveau international et je fais en sorte que les travailleurs soient atomisés, qu’ils ne parlent pas entre eux, pour ne pas avoir à respecter les droits collectifs.
À Bruxelles, ces multinationales disposent d’un accès privilégié au pouvoir. Le Parlement européen est entouré d’un quartier entier dédié aux lobbies
Lobby
Lobbies
Un lobby est une structure organisée pour représenter et défendre les intérêts d’un groupe donné en exerçant des pressions ou influences sur des personnes ou institutions détentrices de pouvoir. Le lobbying consiste ainsi en des interventions destinées à influencer directement ou indirectement l’élaboration, l’application ou l’interprétation de mesures législatives, normes, règlements et plus généralement, toute intervention ou décision des pouvoirs publics. Ainsi, le rôle d’un lobby est d’infléchir une norme, d’en créer une nouvelle ou de supprimer des dispositions existantes.
, 2km carrés de bâtiment en verre ou des représentants du secteur privé œuvrent à influencer les lois européennes. Les eurodéputés sont loin de leurs électeurs, mais au quotidien, ils sont en contact permanent avec ces groupes d’intérêt. Il est donc essentiel de s’organiser face à ça. En nous organisant, nous ne luttons pas seulement contre le néolibéralisme ou la toute-puissance des entreprises, mais aussi contre le fascisme. Car les deux sont profondément liés. L’objectif du fascisme en divisant les travailleurs, c’est de maximiser l’accumulation de profits.
On constate en France, en Europe et partout dans le monde une inversion totale des valeurs. Au Parlement européen, nous avons régulièrement des propositions de résolution qui visent à placer les organisations antifascistes sur une liste noire des organisations terroristes. En France, cette inversion des valeurs se caractérise par le fait que les antifascistes, ceux qui se battent contre le fascisme, pour la solidarité, contre le racisme, sont désormais présentés comme les ennemis à abattre. Tout ça n’a qu’un seul but : empêcher une alternative, empêcher notre projet de société progressiste. Empêcher que ce soit la justice sociale, la répartition des richesses et la solidarité qui accèdent au pouvoir. La lutte antifasciste est étroitement liée à la lutte contre le capitalisme. Plus on a des régimes autoritaires, plus on contrôle les travailleurs, moins ils s’organisent et plus les profits sont maximisés.
Nous avons déjà commencé à écrire une alternative pour l’organisation mondiale des travailleurs. Je voudrais citer la campagne Make Amazon Pay, qui rassemble des travailleurs d’Amazon du monde entier, des syndicats, des habitants et des petits commerçants qui subissent la concurrence d’Amazon. Aujourd’hui, ce sont 80 organisations et 400 parlementaires qui se mobilisent. Cette coalition commence à faire trembler Amazon : à Bruxelles, leurs représentants sont en panique, nous avons même réussi à désactiver leurs badges d’accès au Parlement.
Autre exemple : la lutte contre l’ubérisation. Nous avons obtenu une victoire majeure avec l’adoption d’une directive européenne instaurant une présomption de salariat. Désormais, les travailleurs des plateformes seront considérés comme salariés, sauf preuve contraire apportée par l’entreprise. Cette victoire était imprévue et inédite. Quand il y a quelques années, la Commission européenne a annoncé un texte sur le sujet, les plateformes se frottaient les mains. S’est alors posé la question de comment organiser des travailleurs atomisés, chacun dans leur véhicule. Grâce à l’irruption des principaux concernés, grâce au fait que des livreurs et des chauffeurs VTC du monde entier, y compris de Colombie et des États-Unis sont venus à Bruxelles, ont fédéré leurs luttes locales en un collectif transnational puissant et organisé à même de faire pression sur le processus législatif en cours, nous avons pu renverser le rapport de force. C’est un véritable contre lobby qui a émergé et a permis cette victoire. Nous sommes parvenus à arracher au royaume du libéralisme une directive qui va renverser le rapport de force. Bientôt les travailleurs disposeront également d’une convention internationale de l’OIT
OIT
Organisation internationale du travail
Créée en 1919 par le traité de Versailles, l’Organisation internationale du travail (OIT, siège à Genève) est devenue, en 1946, la première institution spécialisée des Nations unies. L’OIT réunit les représentants des gouvernements, des employeurs et des travailleurs, dans le but de recommander des normes internationales minimales et de rédiger des conventions internationales touchant le domaine du travail. L’OIT comprend une conférence générale annuelle, un conseil d’administration composé de 56 membres (28 représentants des gouvernements, 14 des employeurs et 14 des travailleurs) et le Bureau international du travail (BIT) qui assure le secrétariat de la conférence et du conseil. Le pouvoir du BIT (Bureau International du Travail) est très limité : il consiste à publier un rapport annuel et regroupe surtout des économistes et des statisticiens. Leurs rapports défendent depuis quelques années l’idée que le chômage provient d’un manque de croissance (de 5% dans les années 60 a 2% aujourd’hui), lui-même suscité par une baisse de la demande. Son remède est celui d’un consensus mondial sur un modèle vertueux de croissance économique, ainsi que sur des réflexions stratégiques au niveau national (du type hollandais par exemple). L’OIT affirme qu’il est naïf d’expliquer le chômage par le manque de flexibilité et que les changements technologiques n’impliquent pas une adaptation automatiquement par le bas en matière de salaires et de protection sociale.
pour faire valoir leurs droits.
L’union fait la force. Unissons-nous dans notre diversité face à l’international réactionnaire. Faisons gagner le camp du progrès. Merci.
Qui représente plusieurs individus considérés comme formant un ensemble caractérisé par des traits, des comportements communs.
Qui est le fait, l’œuvre de plusieurs individus.
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