Les annulations de dettes et les mobilisations paysannes en Europe de l’Antiquité au XXe siècle

16 avril 2025 par Eric Toussaint


Source : Via Campesina, https://viacampesina.org/fr/evenement/17-avril-journee-internationale-des-luttes-paysannes-pour-la-defense-des-semences-paysannes/

Source : Via Campesina, https://viacampesina.org/fr/evenement/17-avril-journee-internationale-des-luttes-paysannes-pour-la-defense-des-semences-paysannes/

En 2025, nous commémorons le 500e anniversaire de l’énorme soulèvement paysan qui a ébranlé toute la région germanique de l’Alsace à l’Autriche, en passant par la majorité des principautés d’Allemagne et par la Suisse alémanique. En 1524-1525, au moins 300 000 paysan-nes se sont insurgé-es. Le mouvement a été écrasé en mai 1525 et la répression brutale a provoqué la mort d’au moins 100 000 paysan-nes. Parmi les raisons de la révolte, le niveau insoutenable de l’endettement paysan a joué un rôle important. Un des principaux leaders du soulèvement, Thomas Münzer, prédicateur opposé à Luther, affirmait qu’il fallait instaurer sur terre un système basé sur les Évangiles, ce qui impliquait l’annulation des dettes et l’égalité de richesse. Dans cette contribution, Éric Toussaint revient sur les grands mouvements paysans qui ont marqué l’histoire européenne de l’Atlantique à la mer Caspienne, de la Baltique à la mer Méditerranée et sur la tradition des annulations de dette.



 Le rôle historique de la dette dans l’exploitation des paysannes

Depuis cinq millénaires, l’endettement des paysannes a constitué une forme d’exploitation et de dépossession qui a produit à répétition des soulèvements dans les campagnes et qui a touché les villes.

Le processus d’exploitation et de dépossession par la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque africaine de développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds européen de développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
est simple : le prêteur exige de l’emprunteur que celui-ci ou celle-ci mette en gage ce qu’il possède. Il s’agit, par exemple, de la terre possédée et cultivée par le paysan, et/ou de ses outils et du bétail. Le remboursement du prêt se fait en nature ou en monnaie. Comme le taux d’intérêt Taux d'intérêt Quand A prête de l’argent à B, B rembourse le montant prêté par A (le capital), mais aussi une somme supplémentaire appelée intérêt, afin que A ait intérêt à effectuer cette opération financière. Le taux d’intérêt plus ou moins élevé sert à déterminer l’importance des intérêts.
Prenons un exemple très simple. Si A emprunte 100 millions de dollars sur 10 ans à un taux d’intérêt fixe de 5 %, il va rembourser la première année un dixième du capital emprunté initialement (10 millions de dollars) et 5 % du capital dû, soit 5 millions de dollars, donc en tout 15 millions de dollars. La seconde année, il rembourse encore un dixième du capital initial, mais les 5 % ne portent plus que sur 90 millions de dollars restants dus, soit 4,5 millions de dollars, donc en tout 14,5 millions de dollars. Et ainsi de suite jusqu’à la dixième année où il rembourse les derniers 10 millions de dollars, et 5 % de ces 10 millions de dollars restants, soit 0,5 millions de dollars, donc en tout 10,5 millions de dollars. Sur 10 ans, le remboursement total s’élèvera à 127,5 millions de dollars. En général, le remboursement du capital ne se fait pas en tranches égales. Les premières années, le remboursement porte surtout sur les intérêts, et la part du capital remboursé croît au fil des ans. Ainsi, en cas d’arrêt des remboursements, le capital restant dû est plus élevé…
Le taux d’intérêt nominal est le taux auquel l’emprunt est contracté. Le taux d’intérêt réel est le taux nominal diminué du taux d’inflation.
est élevé, l’emprunteur-se, pour rembourser le prêt, est obligée de transférer au prêteur une grande partie du produit de son travail et s’appauvrit. S’il entre en défaut de paiement, le prêteur le dépossède du bien qui a été mis en gage. Dans certaines sociétés, cela peut, en plus, aboutir à la perte de la liberté du débiteur et/ou de membres de sa famille. C’est l’esclavage pour dette.

Depuis 5 000 ans, les dettes privées jouent un rôle central dans les relations sociales. La lutte entre les riches et les pauvres, entre exploiteurs et exploitées, a pris très souvent la forme d’un conflit entre créanciers et débiteurs/trices. Comme l’a souligné David Graeber, avec une régularité remarquable, des insurrections populaires ont commencé de la même manière : par la destruction rituelle des documents concernant la dette (tablettes, papyrus, parchemins, livres de comptes, registres d’impôts…) [1]. Dans plusieurs cas, la lutte pour l’annulation des dettes a débouché sur des situations révolutionnaires.

Avant d’arriver au Moyen Âge et au contexte de la guerre des paysannes allemands, il convient de souligner que la pratique des annulations de dettes a toute une histoire. On ne peut pas comprendre les idées au nom desquelles les paysannes allemandes se sont mobilisées si on ne tient pas compte de la force de la tradition des annulations de dette dans la vision chrétienne originelle du monde. Thomas Münzer, comme les nombreux prédicateurs radicaux de son époque et les leaders des luttes paysannes, se revendiquait des évangiles et considérait notamment que l’annulation des dettes devait être réalisée.

Mais d’où vient cette tradition d’annulation de dettes ?

 L’origine des annulations de dettes

En Mésopotamie pendant l’âge du bronze, les monarques proclamaient périodiquement des annulations de dette qui avaient pour but de rétablir la paix sociale en mettant fin à l’endettement abusif qui débouchait régulièrement sur l’esclavage pour dette et la dépossession complète [2]. Il y a eu une trentaine d’annulations générales de dettes privées en Mésopotamie entre 2400 et 1400 avant l’ère chrétienne. Ces annulations bénéficiaient principalement aux paysannes. Un des décrets d’annulation précise que les créanciers officiels et les collecteurs de taxes qui ont expulsé des paysannes doivent les indemniser.

Il y a également eu des annulations de dettes proclamées par des empereurs assyriens au premier millénaire avant JC et par des pharaons en Égypte. Au VIIIe siècle av. J-C, on trouve en Égypte des proclamations d’annulation de dettes et de libération des esclaves pour dette. C’est le cas du règne du pharaon Bocchoris (717-711 av. J-C).

Plus tard cette tradition, bien qu’abandonnée dans la pratique, a été intégrée au judaïsme et ensuite au christianisme originels comme un principe fondateur. La tradition des annulations généralisées de dette a fait partie de la religion juive et des premiers textes du christianisme via le Deutéronome qui proclame l’obligation Obligations
Obligation
Part d’un emprunt émis par une société ou une collectivité publique. Le détenteur de l’obligation, l’obligataire, a droit à un intérêt et au remboursement du montant souscrit. L’obligation est souvent l’objet de négociations sur le marché secondaire.
d’annuler les dettes tous les sept ans et le Lévitique qui l’exige à chaque jubilé, soit tous les 50 ans [3]. L’interdiction du prêt à intérêt a également fait partie des principes de la religion chrétienne, du judaïsme et plus tard de l’islam.

Dans le « Notre père », la prière de Jésus la plus connue, au lieu de la traduction actuelle « Seigneur pardonnez-nous nos offenses (péchés) comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés », le texte grec originel de Matthieu (ch.6, verset 12) dit : « Seigneur, annulez nos dettes comme nous annulons les dettes de ceux qui nous en doivent ». Cette prière dans la version actuelle en espagnol utilise toujours le mot dette (deuda) et pas péché (pecado). D’ailleurs, en allemand, en néerlandais, en suédois, le mot « Schuld » exprime à la fois le péché et la dette. Alleluia, ce terme qui est signe d’allégresse et est utilisé dans les religions juives et chrétiennes, provient de la langue parlée à Babylone au IIe millénaire avant l’ère chrétienne et signifiait la libération des esclaves pour dette [4].

Il faut souligner que la tradition d’annulation des dettes tous les 7 ans et à l’occasion du jubilé tous les 50 ans n’a jamais été respectée car en contradiction avec les intérêts des classes dominantes et des différents modes de production qui se sont succédé à partir de la deuxième moitié du premier millénaire avant JC. Quand il y a eu annulation de dettes, cela a été le produit de grandes mobilisations populaires et de grandes crises au sein des classes dirigeantes.

À l’époque de l’antiquité grecque et romaine, l’endettement des paysannes qui avait pris des proportions énormes, a débouché sur l’esclavage pour dette et a provoqué des révoltes à répétition. À Athènes, les réformes de Solon au VIe s. avant JC aboutirent notamment à l’annulation des dettes et à l’interdiction de l’esclavage pour dette [5].

Au début de la féodalité en Europe occidentale, une grande partie des producteurs libres a été asservie car les paysannes accablées de dettes étaient incapables de rembourser leurs dettes. C’est le cas notamment pendant le règne de Charlemagne à la fin du VIIIe et au début du IXe siècle [6].

À partir du XIVe siècle, une série de puissants mouvements de protestation de la paysannerie secoue l’Europe occidentale et centrale. Aux XIVe et XVe siècles, on assiste à une succession de grands mouvements paysannes en Flandres, en France, en Angleterre, en Bohème et en Allemagne.

The Harvesters, Pieter Bruegel the Elder Netherlandish, 1565.
Fonte : The Met, CC, https://www.metmuseum.org/art/collection/search/435809

 Succession de grands mouvements paysans aux XIVe et XVe siècles en Europe occidentale et centrale

La guerre des paysannes allemandes de 1524-25 s’inscrit dans un mouvement qui a démarré deux siècles auparavant avec de grandes mobilisations paysannes en Italie, dans le Piémont, sous la conduite de Fra Dolcino [7] (1300-1307), en Flandres (1323–1328) [8], en France (Révolte des Pastoureaux en 1320, la Grande Jacquerie de 1358 dans une vaste région au Nord de Paris [9], Révolte des Tuschins dans le Languedoc 1381-1384…), en Angleterre (révolte menée par Wat Tyler et John Ball en 1381 [10] ) qui ont marqué le XIVe siècle. La guerre des paysannes allemandes prolonge aussi dans une certaine mesure le grand mouvement hussite et les Taborites qui avaient secoué la Bohème au XVe siècle [11]. Sans oublier en Espagne, la guerre des Remensas (1462-1485) qui avait abouti, fait exceptionnel, à une annulation des dettes des paysannes concédée par le pouvoir royal pour rétablir son contrôle sur la Catalogne [12].

Dans toutes ces mobilisations durant le Moyen Âge, on retrouve comme points communs : l’opposition de la paysannerie aux privilèges de la noblesse (les seigneurs féodaux) et du haut clergé qui sont exonérés d’impôts, le rejet des corvées et des taxes abusives qui frappaient très durement les familles paysannes, la volonté de défendre les terres communales contre leur appropriation privée par la noblesse et le haut clergé, l’accès aux forêts avec le droit du ramassage du bois mort, l’accès aux cours d’eau et aux étangs avec le droit de pêche, l’opposition aux dettes abusives et aux prêts à intérêt usuraire, l’exigence de changements profonds dans la manière de rendre justice. Là où le servage était encore en application : l’abolition du servage. Dans certains cas, on trouve aussi l’exigence de l’expropriation des biens de l’Église catholique. Dans le cas du mouvement paysan de 1524-1525 est également exigé l’élection des prêtres par les paroissiens, le droit à les révoquer et des prêches conformes aux Évangiles [13].

 Vers la grande révolte paysanne germanique de 1524-1525

Étendue géographique de la guerre des Paysans allemands de l’Alsace à l’Autriche.
Source : https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/82/Karte_bauernkrieg3.jpg

Dans un texte anonyme qui a circulé en Allemagne à partir de 1521, on pouvait lire ce dialogue entre un paysan et un notable qui décrit bien l’utilisation de l’endettement pour déposséder le travailleur de son outil ou de sa terre :

Paysan : Qu’est-ce qui m’amène ? Eh bien, je voudrais savoir à quoi vous passez votre temps.
Notable : Comment devrais-je le passer ? Je suis là, assis à compter mon argent, ne vois-tu pas ?
Paysan : Dites-moi, Monsieur, qui vous a donné tant d’argent que vous passez votre temps à compter ?
Notable : Tu veux savoir qui m’a donné cet argent ? Je vais te le dire. Un paysan vient frapper à ma porte pour me demander de lui prêter 10 ou 20 guldens. Je m’enquiers de savoir s’il possède un lopin de bonne terre. Il dit : « Oui, Monsieur, j’ai une bonne prairie et un champ excellent qui à eux deux valent une centaine de guldens ». Je réponds : « Parfait ! Mets en gage ta prairie et ton champ, et si tu t’engages à payer un gulden par an d’intérêt, tu peux avoir ton prêt de 20 guldens ». Content d’entendre de telles bonnes nouvelles, le paysan réplique : « Je vous donne bien volontiers ma parole ». « Mais je dois te prévenir », j’ajoute alors, « que si tu venais à ne pas honorer ton paiement à temps, je prendrais possession de ta terre et en ferais ma propriété. » Et cela n’inquiète pas le paysan, il engage sa pâture et son champ envers moi. Je lui prête l’argent et il paie les intérêts ponctuellement pendant un an ou deux ; puis survient une mauvaise récolte et il est bientôt en retard de paiement. Je confisque sa terre, je l’expulse et son champ et sa prairie sont à moi. Et je fais cela non seulement avec les paysannes mais avec les artisans. [14]

De 1470 à 1525, une multitude de soulèvements paysannes de l’Alsace à l’Autriche, en passant par la majorité des régions d’Allemagne, la Bohême, la Suisse, la Slovénie, la Hongrie (en 1514) et la Croatie, sont liés en grande partie aux rejets des dettes réclamées aux paysannes et aux citadines des classes dominées. Des centaines de milliers de paysannes prirent les armes, détruisirent des centaines de châteaux, des dizaines de monastères et des couvents. Ils brûlèrent aussi régulièrement les archives seigneuriales pour faire disparaître les reconnaissances de dette et des titres de propriété abusivement acquis par les seigneurs. La répression fit plus de 100 000 morts parmi les paysannes [15]. Lors d’une des rébellions, en 1493, les paysannes soulevés exigèrent notamment la mise en pratique d’une année jubilaire, où toutes les dettes seraient annulées [16]. Thomas Münzer, un des leaders des soulèvements paysannes, décapité le 27 mai 1525 à l’âge de 35 ou 36 ans, en appelait à l’application intégrale des Évangiles et notamment à l’annulation des dettes. Il s’opposait à Martin Luther qui, après avoir commencé en 1519-1520 par dénoncer l’usure et la vente des indulgences par l’Église catholique, en était venu à défendre à partir de 1524 les prêts à intérêt et à exiger que les paysannes et tous les endettées remboursent leurs dettes.

Luther prônait, en opposition aux soulèvements paysannes :

« un gouvernement temporel sévère et dur qui impose aux méchants (…) de rendre ce qu’ils ont emprunté… Personne ne doit s’imaginer que le monde puisse être gouverné sans que le sang coule ; le glaive temporel ne peut qu’être rouge et sanglant, car le monde veut et doit être mauvais ; et le glaive, c’est la verge de Dieu et sa vengeance contre le monde » [17].

Dans le conflit qui opposaient les paysannes soutenues par d’autres composantes du peuple (notamment la plèbe urbaine ainsi que les secteurs les plus paupérisés, vagabonds, mendiants…) aux classes dominantes locales, Martin Luther avait choisi son camp et proclamait que les lois de l’Ancien Testament comme l’année jubilaire n’étaient plus d’application. Selon Luther, l’Évangile décrit seulement le comportement idéal. Selon lui, dans la vie réelle, une dette doit toujours être remboursée. Thomas Münzer, très influent dans la guerre des paysannes de 1524-1525 et frontalement opposé à Luther, affirmait qu’il fallait instaurer sur terre un système basé sur les Évangiles ce qui impliquait l’annulation des dettes et l’égalité de richesse.

Portrait (non authentifié) de Thomas Müntzer par Christoffel Van Sichem (1608).
Wikimedia Commons, CC, https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_des_Paysans_allemands#/media/Fichier:Thomas_Muentzer.jpg

Le caractère de classes de la révolte de 1524-1525 est évident quand on constate que les princes protestants et catholiques se sont unis malgré leur antagonisme religieux pour écraser le mouvement. Une autre preuve : le fait que le principal banquier allemand, la famille des Fugger basée à Augsbourg, finança une armée de mercenaires pour participer à la répression de la révolte.

Comme dans la plupart des mouvements paysannes qui ont secoué l’Europe du XIVe au XVIe siècle la répression par l’aristocratie et les monarques a été d’une brutalité extrême. Elle ne s’est pas limitée à l’exécution des leaders et elle s’est étendue à une proportion énorme des insurgé-es. Quelques exemples : la répression contre la Jacquerie de 1358 aurait fait 20 000 morts en moins de 10 jours (Dommanget, 1958, p. 95), 60 000 morts parmi les paysannes en Hongrie en 1514 (Engels, 1850, p. 105), 100 000 morts en 1525 en Allemagne (Graeber, 2013, p. 391). Par contre, le nombre de victimes du côté de l’aristocratie et du haut clergé a été infime. Les victoires des paysannes sont extrêmement rares ou temporaires.

Supplice d’un meneur de la guerre des Paysans (Jäcklein Rohrbach)
Source : CC, Wikimedia Commons, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Rohrbach-verbrennung-1525.jpg?uselang=fr#Conditions%20d%E2%80%99utilisation

Les méthodes barbares utilisées par les conquistadors espagnols pour réprimer la résistance des peuples natifs dans ce que les Européens ont appelé le nouveau monde au XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles étaient directement inspirées du traitement horrible appliqué pour réprimer les révoltes paysannes en Europe aux XVe et XVIe siècles.

Après la répression violente et massive de mai 1525, le mouvement ne s’est pas complètement éteint. Des partisans de Thomas Münzer restèrent actifs Actif
Actifs
En général, le terme « actif » fait référence à un bien qui possède une valeur réalisable, ou qui peut générer des revenus. Dans le cas contraire, on parle de « passif », c’est-à-dire la partie du bilan composé des ressources dont dispose une entreprise (les capitaux propres apportés par les associés, les provisions pour risques et charges ainsi que les dettes).
et tentèrent de rallumer la flamme de la révolte mais ils n’y parvinrent pas. Il faut néanmoins souligner l’importance du mouvement religieux des anabaptistes qui eut une véritable influence en Allemagne, aux Pays Bas, en Suisse au cours du XVIe siècle, dont certains leaders revendiquaient les idées de Münzer et fut fortement réprimé (Bloch, 1921, p. 116-121).

L’écrasement des soulèvements paysans en Allemagne au XVIe siècle a un effet durable dans cette partie de l’Europe. Selon F. Engels, durant près de trois siècles, en Allemagne, il n’y aura pas mobilisation de l’ampleur de celle de la guerre des paysannes même si des flambées de rébellions paysannes se produire comme dans le Brandebourg en 1645, 1646, 1648, 1650 et 1656 (Anderson, 1976, t. 2, p. 26). Il a fallu attendre les grandes mobilisations paysannes et populaires de 1848 qui touchent l’Allemagne (et plusieurs pays d’Europe) pour assister à un renouveau des luttes paysannes dans le monde germanique (Engels, 1850).

Supplice de Martin Aichinger et de ses compagnons à Linz (Autriche)
Source : Wikimedia Commons, CC, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Hinrichtung_des_Laimbauern.png?uselang=fr#Conditions%20d%E2%80%99utilisation

Par contre en France, en Angleterre, en Bohème, en Pologne, en Ukraine et en Russie, de puissantes mobilisations paysannes se déroulent du XVIe au XVIIIe siècle.

 Mouvements paysans du XVIe au XVIIIe siècle en Angleterre, en France, en Bohème, en Pologne, en Ukraine et en Russie

En Angleterre, il y a eu de nombreux mouvements paysans contre l’enclosure des terres et en défense de biens communaux. En 1549 dans le Norfolk un mouvement rassemblant jusqu’à 16 000 paysannes décida de détruire les clôtures des champs, s’opposa aux lois de répression du vagabondage qui frappaient notamment les paysannes dépossédées de leur terre ou de leur emploi. Ils réussirent à occuper Norwich (Federici, 2004, p. 142-144). Le roi et les seigneurs durent recourir à une armée de 12 000 hommes composés de mercenaires étrangers pour venir à bout de la révolte en exterminant au moins 3 000 rebelles [18]. Après la guerre civile anglaise (1642-1651), des mouvements comme les Diggers (ou « Bêcheux ») 1649 et 1651 réclamaient une réforme agraire et l’annulation des dettes paysannes, s’opposaient aux enclosures et exigeaient la fin des privilèges féodaux. Silvia Federici dans le livre Caliban et la Sorcière, montre l’importance de la participation des femmes dans les luttes contre l’enclosure en Angleterre (Federici, 2014, p. 144-147). Elle insiste également sur l’énorme répression des femmes sous la forme de la chasse aux sorcières qui atteint son apogée entre 1580 et 1630 et fit des centaines de milliers de victimes (Federici, 2014, p. 299 et svtes).

En France : Il y a eu une succession de révoltes paysannes (dans le sud-ouest en 1593-1595 et aussi en Bourgogne, dans la région de Cahors en 1624, en Guyenne et dans le Périgord en 1636-37, en Normandie en 1639, en 1643 dans le Rouergue, en 1707 à Cahors). Ces révoltes qui ont chacune leurs spécificités ont en commun une opposition aux augmentations des impôts qui généraient très souvent une augmentation des dettes.

En Bohème, en 1680, la paysannerie se souleva contre les seigneurs et il fallut l’intervention de l’armée autrichienne pour en venir à bout (Anderson, 1976, t. 2, p. 26).

Dans l’Est de l’Europe, à partir du XVIe siècle on assiste à la généralisation du servage qui était en train de disparaître à l’ouest du continent. Par ailleurs, l’esclavage paysan se maintenait dans une série de régions de Russie. À la fin du XVIe siècle, des esclaves cultivaient encore 9 à 15 % des domaines russes.

Le durcissement des conditions de vie de la paysannerie avec la généralisation du servage entraîna d’importants mouvements paysans. Les paysannes avaient deux moyens de résister : soit la révolte organisée, soit la fuite et l’installation sur des terres non cultivées. C’était possible car la densité de population et d’occupation des terres à l’Est était beaucoup plus faible qu’en Europe occidentale et centrale. Lors d’un recensement ordonné par le tsar Pierre le Grand en 1718-1719, on a dénombré 200 000 serfs fugitifs sur le territoire russe (Anderson, 1978, t. 2, p. 23). Cela montre l’ampleur du phénomène.

En 1648-1651, en Ukraine, qui faisait alors partie de la république des Deux Nations (royaume de Pologne et grand-duché de Lituanie), éclate une grande rébellion paysanne dirigée par Bohdan Khmelnytsky, leader des Cosaques zaporogues. Ces cosaques étaient d’anciens fugitifs de Russie ou de Ruthénie qui s’étaient établis dans une vaste zone frontalière s’étendant entre la Pologne, la Russie et la Crimée (de population tatare) et étaient soutenus par la paysannerie ukrainienne. Ils menaient une vie équestre semi-nomade tout comme les Tatars et étaient de redoutables guerriers. Selon Anderson, « l’instabilité paysanne avait donné naissance dans cette zone de prairies situées autour de la mer Noire à un phénomène sociologique pratiquement inconnu à l’Ouest en ce temps-là : des masses rurales roturières capables de mettre sur pied des armées organisées contre une aristocratie féodale. » (Anderson, t. 2 , p. 25). En 1648, la rébellion contre les nobles polonais dirigée par le cosaque Khmelnytsky, à la tête d’une élite guerrière relativement nantie, déclencha un vaste soulèvement des serfs d’Ukraine qui combattirent avec la paysannerie cosaque pauvre. Bien que l’annulation des dettes paysannes ne soit pas explicitement mentionnée comme un objectif central, la révolte était profondément enracinée dans les injustices économiques et sociales subies par les paysannes ukrainiennes sous la domination polono-lituanienne. Les rebelles affrontèrent l’armée polono-lituanienne et les troupes privées des grands seigneurs, les magnats. D’abord victorieux (1648-1649), les insurgés sont battus en 1651. Les leaders cosaques changent de camp et s’allient au tsar de Russie qui étend ainsi le territoire sous son contrôle [19]. La base paysanne passe de la domination de la noblesse polonaise à une autre forme d’exploitation.

En Pologne, se développent des luttes paysannes dans la région de Podhale (près de Cracovie) entre 1650 et 1651, contre l’oppression nobiliaire et fiscale dans le contexte plus large des tensions sociales et politiques de la République des Deux Nations (Pologne-Lituanie). Leur manifeste, aujourd’hui perdu, appelait à la libération des paysans du servage et à l’égalité sociale.

En Russie, éclate une succession de révoltes paysannes au XVIIe et au XVIIIe siècles.

-En 1606-1607, paysannes libres, serfs et Cosaques de la région du Dniepr, sous la direction de l’ancien esclave Bolotnikov [20], au plus fort du soulèvement, contrôlaient plus de 70 villes dans le sud-ouest et le sud de la Russie et le bassin moyen et inférieur de la Volga. En octobre-décembre 1606, ils assiégèrent Moscou mais furent battus et se retirèrent. Bolotnikov fut exécuté. Le mouvement réclamait notamment l’abolition du servage.

-En 1670, une révolte a commencé dans la région de la Volga, sous la direction de Stenka Razine, un chef cosaque charismatique. Elle a rapidement gagné du terrain, attirant des milliers de paysannes, de serfs et de Cosaques. Les révoltés ont pris plusieurs villes d’Astrakhan à Simbirsk, couvrant presque tout le sud-est de la Russie et ont mené des attaques contre les propriétés des nobles. Les révoltés dénonçaient les abus des nobles et des fonctionnaires, réclamant une répartition plus équitable des richesses et des terres. Les paysannes et les serfs étaient souvent endettés, et une de leurs principales demandes était la réduction ou l’annulation de ces dettes. Les Cosaques, en particulier, cherchaient à préserver leur mode de vie et leur autonomie face à l’emprise grandissante de l’État. Le gouvernement tsariste a réagi avec une grande brutalité, mobilisant des troupes pour écraser la révolte. Stenka Razine a été capturé en 1671, torturé et exécuté publiquement à Moscou pour servir d’exemple. Bien que la révolte ait été écrasée, Stenka Razine est resté une figure emblématique de la résistance populaire en Russie. Son nom est souvent associé à la lutte contre l’oppression et à la quête de justice sociale.

-En 1707-1708, sous la direction du cosaque Boulavine [21] eut lieu un soulèvement majeur des Cosaques du Don contre le tsar Pierre le Grand. Les Cosaques du Don accueillaient traditionnellement des serfs fugitifs fuyant le servage en Russie centrale. Pierre le Grand cherchait à les récupérer, ce qui provoqua des tensions avec les Cosaques, attachés à leur autonomie. Ceux-ci dénonçaient également les impôts trop lourds et les corvées multiples. À son pic, Boulavine rassembla près de 100 000 hommes, unissant Cosaques, paysannes et ouvrieres de l’Oural. En juillet 1708, les forces gouvernementales écrasèrent la rébellion près d’Azov. Boulavine fut tué, et la révolte s’effondra.

-En 1773-1775, eut lieu la plus importante révolte paysanne de l’histoire de l’Empire russe. Dirigée par le cosaque Pougatchev, cette insurrection a mobilisé des serfs et d’autres populations exploitées (chrétiennes et musulmanes notamment) depuis les contreforts de l’Oural et les déserts de Bachkirie jusqu’aux rivages de la Caspienne. Selon Anderson, « tous unis, Cosaques des steppes et des montagnes, opprimés des manufactures, paysannes des plaines, tribus de pasteurs se lancèrent dans une série de soulèvement qui ne purent être écrasés que par le déploiement au grand complet des armées impériales » (Anderson, t. 2, p. 26). Pougatchev durant la lutte fit publier des décrets qui promettaient l’abolition du servage, la redistribution des terres, la fin des taxes injustes et la liberté religieuse. Suite à l’écrasement de la révolte, la tsarine Catherine la Grande intensifia le servage, renforça le contrôle central et fit disparaître toute trace de la révolte (changement de nom de villes, interdiction du nom « Pougatchev »).

En France, la révolution de 1789-1793, permit de mettre fin aux privilèges de la noblesse et du clergé, mit fin aux corvées exigées par l’aristocratie et aux taxes diverses prélevées le clergé et supprima la monarchie. Mais la révolution bénéficia principalement à la bourgeoisie qui acheta massivement les biens confisqués à l’Église, à la noblesse et à ceux qui avaient fui la France révolutionnaire. Les paysannes pauvres furent exclus de la vente des biens confisqués et les biens communaux ne furent pas rétabli (Guérin, 1946, t. 1, chapitre VII). Certains cahiers de doléance élaborés par les paysannes mentionnaient explicitement le souhait de voir les dettes paysannes annulées ou restructurées, notamment pour les dettes contractées envers des créanciers privés. Mais leurs dettes ne furent pas annulées. Or les paysannes étaient souvent endettées envers des créanciers privés (notaires, bourgeois, ou même d’autres paysans plus aisés) en raison des mauvaises récoltes, des impôts excessifs, et des conditions économiques difficiles.

Au XIXe siècle, lors de la vague révolutionnaire de 1848 en Allemagne, les paysannes allemandes se sont soulevés dans plusieurs régions, notamment en Bade, dans le Wurtemberg, en Bavière et en Prusse, où des révoltes ont éclaté contre les seigneurs locaux. Les paysannes ont souvent brûlé les archives seigneuriales contenant les titres de propriété et les dettes, symbolisant leur rejet du système féodal. Dans plusieurs États allemands, les gouvernements provisoires ont promis l’abolition des droits féodaux et l’annulation des dettes paysannes pour apaiser les révoltes. Par exemple, en Prusse, le gouvernement a adopté des lois pour abolir les corvées et les redevances seigneuriales, mais ces réformes étaient souvent incomplètes et devaient être rachetées par les paysans, ce qui limitait leur portée. Les paysans les plus pauvres ont souvent été exclus des bénéfices de ces réformes, car ils ne pouvaient pas payer les indemnités exigées pour l’abolition des droits seigneuriaux.
Les luttes révolutionnaires de 1848 ont finalement été réprimées, et beaucoup des réformes promises ont été partiellement annulées ou affaiblies par la réaction conservatrice qui a suivi.

 L’annulation des dettes paysannes grâce à la révolution russe de 1917

Avant la révolution de 1917, la majorité de la population russe était composée de paysannes, souvent écrasées par des dettes contractées auprès des propriétaires terriens, des banques ou de l’État. Ces dettes étaient le résultat de l’exploitation féodale persistante, de l’endettement pour l’achat de terres après l’abolition du servage en 1861 et du développement rapide du capitalisme en Russie (Lénine, 1899).

Alors qu’une première révolution a permis de renverser le tsar en février 1917 et qu’un gouvernement provisoire bourgeois a été mis en place, les paysannes passent massivement à l’action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
pendant l’été 1917, et s’emparent des terres des seigneurs, du clergé et des grands propriétaires bourgeois, sans plus attendre la réforme agraire promise et constamment retardée par le gouvernement provisoire (Léon Trotsky, 1932, t. 2. p. 371 et svtes). La paysannerie russe renoue en fait avec sa longue tradition de vastes soulèvements qui avaient déjà marqué le passé national, ainsi lors des grandes révoltes de Stenka Razine au XVIIe siècle ou de Pougatchev au XVIIIe siècle au temps de Catherine la Grande.

Après la victoire de la révolution d’octobre 1917, le gouvernement des soviets où se retrouvaient ensemble les bolcheviks et les socialistes révolutionnaires de gauche a adopté plusieurs décrets pour améliorer fondamentalement les conditions de vie et les droits des paysannes :

 Le décret sur la terre (1917) a nationalisé toutes les terres et annulé les dettes liées à leur acquisition.

Extrait de l’article 1 du décret sur la terre : « Toute la terre : terre d’État, des apanages, de la couronne, des monastères, de l’Église, des possessions, des majorats, des propriétés privées, sociales et paysannes, etc., est aliénée sans indemnité, elle devient bien national et est donnée en jouissance à tous ceux qui la travaillent. » Article 5 : « Les terres des simples paysannes et des simples Cosaques ne sont pas confisquées. » https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1917/10/2-co-so/vil19171025-04.htm
 Les dettes envers les propriétaires terriens et les banques ont été annulées. Les banques ont été nationalisées.
 Des mesures ont été prises pour organiser des coopératives agricoles et fournir un soutien financier aux es pauvres.
Il faut également ajouter la répudiation totale en février 1918 de la dette tsariste et de celle contractée par le gouvernement provisoire de Kerenski entre février et octobre 1917, incluant les emprunts étrangers, considérés comme illégitimes car contractés pour financer des guerres et l’oppression, et non le développement du pays (Toussaint, 2024).

 Y a-t-il eu d’autres annulations de dettes des paysannes en Europe au XXe siècle ?

Pendant la Guerre Civile espagnole (1936-1939), les paysannes pauvres étaient lourdement endettées envers les grands propriétaires terriens. Dans les zones républicaines avec forte influence anarchiste ou du POUM, ont été décidées des annulations de dettes paysannes comme mesure de justice sociale mais ces mesures ont été de courte durée, car la victoire des putschistes réactionnaires sous Franco a rétabli les anciennes structures de propriété et de dette.
Après la Seconde Guerre mondiale, les pays d’Europe de l’Est sous influence soviétique ont connu des réformes agraires radicales. Les dettes des paysannes ont souvent été annulées dans le cadre de la collectivisation des terres et de la nationalisation de l’agriculture. Ces réformes ont permis à certaines paysannes de se libérer de leurs dettes.

 Et en dehors de l’Europe au XXe siècle, y a-t-il eu des annulations de dettes paysannes ?

Oui cela a été notamment le cas après la victoire de la révolution chinoise de 1949. Cette question mériterait un article complet.

 Conclusion

Lors des mobilisations du monde rural en Europe en 2024, on a pu constater que le modèle de production qui prévaut est générateur d’un endettement croissant des familles paysannes. La dette constitue toujours un outil d’exploitation et de dépossession des paysannes même si son annulation ne figure pas dans les revendications mises en avant. Cet article montre que la problématique des dettes paysannes a joué un rôle historique majeur dans les révoltes paysannes. Dans quelques cas, ces luttes ont effectivement abouti à l’annulation de la dette et à d’autres mesures comme la distribution des terres. Cela a été notamment le cas lors de la révolution russe de 1917.

L’auteur remercie pour leur relecture Omar Aziki, Claude Quémar et Maxime Perriot. Il remercie également Fernanda Gadea, Claude Quémar et Sushovan Dhar pour la recherche documentaire.

 Bibliographie

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Via Campesina (2002), Une Alternative paysanne, Cetim, Genève, 255 p.


Notes

[1David Graeber, Debt : The First 5000 Years, Melvillehouse, New York, 2011, 542 p. Dette : 5 000 ans d’histoire, Les Liens qui Libèrent, Paris, 2013, 623 p.

[2Michael Hudson, «  The Lost Tradition of Biblical Debt Cancellations  », 1993, 87 pages  ; «  The Archaeology of Money  », 2004. Voir aussi : David Graeber, op. cit. Voir Éric Toussaint, La longue tradition des annulations de dettes en Mésopotamie et en Égypte du 3e au 1er millénaire av. J-C, CADTM, publié le 24 décembre 2024, http://www.cadtm.org/La-longue-tradition-des

[3Isabelle Ponet, «  La remise des dettes au pays de Canaan au premier millénaire avant l’ère chrétienne  », CADTM, publié le 27 décembre 2024, https://www.cadtm.org/La-remise-des-dettes-au-pays-de

[4Michael Hudson, The Lost Tradition of Biblical Debt Cancellations, p. 27.

[5Fabienne Manière, «  594 av. J.-C. Solon consolide la démocratie à Athènes  », Hérodote, publié 2 février 2022, https://www.herodote.net/594_av_J_C-evenement--5940000.php

[6Voir Karl Marx, Le Capital, Livre 3, chapitre 19, Remarques sur l’usure précapitaliste. Voir également Ernest Mandel, Traité d’économie marxiste, tome 1, chapitre 4, le passage intitulé “Le capital usurier”.

[7Dolcino et ses partisans, les Dolciniens, défendent une société égalitaire, la mise en commun des biens, l’égalité des sexes et la libération des contraintes féodales. Ils rejettent également l’autorité de l’Église romaine

[8Jan Dumolyn, «  La Flandre, épicentre du conflit de classes dans l’Europe médiévale  », publié le 23 juillet 2023, https://lavamedia.be/fr/la-flandre-epicentre-du-conflit-de-classes-dans-leurope-medievale/ Voir aussi Federici, 2004, p. 86-87.

[9Dommanget, 1958.

[12Voir Perry Anderson, 1976, p. 69. Voir également en esp Judith Torquemada, «  Las guerras remensas : contra los malos usos de las clases altas  », publicado 19 de febrero de 2025 https://www.espanafascinante.com/articulo/revoluciones-pueblo/guerras-remensas-malos-usos/20220822100000275456.html consultado el 1 de Abril de 2025. Voir aussi Federici, 2004, p. 97.

[13Cette revendication figure en tête d’une liste de revendications adoptée le 20 mars 1525 en Souabe https://fr.wikipedia.org/wiki/Douze_articles_(XII_Articles).

[14Cité par Silvia Federici, Caliban et la Sorcière, p. 152 d’après G. Strauss (éd.), Manifestations of Discontent on the Eve of the Reformation, Bloomington, Indiana University Press, 1971, pp. 110-111

[15Voir Friedrich Engels (1850), La guerre des paysans en Allemagne, Éd. Sociales, Paris, 1974. Voir aussi David Graeber, op. cit., pp. 390-395. Voir également Ernst Bloch (1921), Thomas Münzer.

[16Friedrich Engels (1850), La guerre des paysans en Allemagne, p. 92.

[17Martin Luther. 1524. “Du commerce et de l’usure”, in Œuvres, tome 1, Gallimard (La Pléiade), Paris, 1999, p. 386. Cité par David Graeber, 5000 ans, p. 391.

[19Pour des raisons d’espace, il n’est pas possible de développer ici les pogromes anti-juifs qui eurent lieu pendant la rébellion. A ce propos lire : https://fr.wikipedia.org/wiki/Soul%C3%A8vement_de_Khmelnytsky Dans d’autres mouvements paysans comme la Révolte des Pastoureaux en 1320 en France il y eut également des pogromes contre les juifs. Lire notamment https://www.universalis.fr/encyclopedie/pastoureaux/ Le fait que au sein des communautés juives, il y ait eu, principalement à partir du 12e siècle, une spécialisation dans le commerce de l’argent et des prêts explique que la communauté juive (Rodinson 1968, p. XXXV à XXXIX) a été la cible de la violence provoquée par les charges élevées liées aux prêts à taux d’intérêt usuraire. La colère des paysan-nes et d’autres secteurs de la population au lieu d’être dirigée contre le système qui générait une forte augmentation de la nécessité de s’endetter pour payer les multiples taxes et impôts s’est portée sur le agents prêteurs et la communauté dont ils étaient issus.

Eric Toussaint

Docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, porte-parole du CADTM international et membre du Conseil scientifique d’ATTAC France.
Il est l’auteur des livres, Banque mondiale - Une histoire critique, Syllepse, 2022, Capitulation entre adultes : Grèce 2015, une alternative était possible, Syllepse, 2020, Le Système Dette. Histoire des dettes souveraines et de leur répudiation, Les liens qui libèrent, 2017 ; Bancocratie, ADEN, Bruxelles, 2014 ; Procès d’un homme exemplaire, Éditions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Il est coauteur avec Damien Millet des livres AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; La dette ou la vie, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011. Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège.
Il a coordonné les travaux de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015 par la présidente du Parlement grec. Cette commission a fonctionné sous les auspices du parlement entre avril et octobre 2015.