Les femmes pakistanaises davantage touchées par le changement climatique

16 décembre 2009 par Bushra Khaliq


Le Pakistan, 12e pays le plus vulnérable du monde face au changement climatique, souffre de manière disproportionnée

Le Pakistan se trouve parmi les pays qui seront les plus touchés dans un avenir proche par les effets du changement climatique et ce, bien qu’il contribue très peu au réchauffement global. Le pays fait face à de sérieuses pressions sur ses ressources naturelles et son environnement. Le premier ministre pakistanais, Yousaf Raza Gillani, a récemment fait une déclaration au sujet du réchauffement. Il a alerté sur le fait que le réchauffement coûtera au Pakistan, 12e pays le plus vulnérable à la dégradation environnementale, 5% du PIB PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
chaque année.

Très peu de Pakistanais ont pris ces avertissements au sérieux. Les médias n’en parlent pas et il n’y a pas de mouvement populaire ni de revendication politique sur cette question. C’est triste ! La majorité des décideurs politiques pakistanais n’ont pas le temps de mener une réflexion sur cette perspective terrible que l’aggravation des conditions climatiques fait planer sur le futur. Le pays est occupé à mener une guerre contre le terrorisme téléguidée par les USA et se retrouve complètement empêtré dans un bourbier politique complexe qui lui fait livrer une guerre contre lui-même. De ce fait, les décideurs ne trouvent pas le temps d’informer le peuple pakistanais des répercussions funestes des changements climatiques.

Les experts climatiques dans le pays mettent en garde contre la sévère pénurie en eau : selon eux, la fourniture d’eau, qui est déjà un problème sérieux dans plusieurs endroits du pays, va diminuer considérablement, ce qui va affecter la production de nourriture. Les industries exportatrices telles que l’agriculture, la production textile et les activités liées à la pêche seront également affectées tandis que les zones côtières risquent d’être inondées, touchant des millions de foyers situés dans des zones de basse altitude.

La région nord-est du Pakistan a déjà connu en 1999 et 2000 des sécheresses qui ont provoqué une diminution drastique du niveau des nappes phréatiques, ont asséché des zones humides et sérieusement dégradé les écosystèmes. Bien que le Pakistan contribue très peu au réchauffement global – il représente 1/35e des émissions mondiales de dioxyde de carbone - les températures de ses zones côtières ont augmenté de 0,6 à 1°C depuis le début des années 1990. Les précipitations ont elles diminué d’entre 10 à 15% sur la ceinture côtière et les plaines hyper-arides au cours des 40 dernières années [1] alors qu’elles augmentent pendant l’été et l’hiver dans le nord du pays.

Alors que ses émissions de chlorofluorocarbures sont minimes et celles de dioxyde de soufre faibles, contribuant de ce fait de manière tout à fait négligeable à la destruction de la couche d’ozone et aux pluies acides, le Pakistan souffrira de manière disproportionnée du changement climatique et d’autres problèmes environnementaux globaux. Des millions de personnes verront leur santé affectée par des maladies diarrhéiques associées à l’augmentation des inondations et des sécheresses. L’augmentation de la pauvreté rurale occasionnera certainement une augmentation de l’exode rural ainsi que de l’émigration vers d’autres pays. Etant donné l’ampleur de l’impact, il est fondamental de mettre en place des mesures d’atténuation et d’adaptation.

L’écosystème pakistanais a grandement souffert du changement climatique. Keti Bandar est un exemple parmi d’autres de ce préjudice : autrefois un des ports les plus riches de la ceinture côtière du Pakistan, Keti Bandar a désormais perdu ce statut. Les anciennes installations portuaires qui longeaient les deux rives du delta de l’Indus ont été submergées par l’érosion côtière laissant seulement une fine bande de terre de 2km de long comme seul lien terrestre vers l’intérieur du territoire [2].

Autrefois, cette zone était connue comme étant une région prospère, grâce à son écosystème de mangroves et sa riche agriculture, et pouvait se vanter d’abriter un port débordant d’activités. Dorénavant, quelques maisons aux toits de chaume construites sur des bancs de boue se détachent sur un paysage nu. Les terres submergées et la salinité représentent le problème majeur ; l’élévation du niveau de la mer a pratiquement fait disparaître les villages. Des milliers de familles de paysans et de pêcheurs ont déjà dû émigrer vers d’autres zones en quête d’un nouveau gagne-pain.

La situation est si grave que la région est maintenant affectée par de nombreux cyclones qui ont considérablement gagné en intensité. Les paysans pauvres et les communautés de pêcheurs en subissent durement les conséquences. La communauté résidant à Keti Bandar est menacée par le changement climatique global. La zone côtière est considérée comme la plus vulnérable au changement climatique du fait de l’élévation de la température de l’eau et de la quantité accrue de vapeur d’eau dans l’atmosphère qui provoque une augmentation de l’intensité des cyclones et de la pluviométrie.

Lorsque l’on parle de changement climatique, la population entre (ou doit entrer) en ligne de compte, en particulier pour des pays comme le Pakistan qui, avec un taux d’accroissement démographique de 2,69% par an [3], est le 6e pays le plus peuplé du monde. La lutte pour la survie des familles pauvres augmentera la dégradation écologique. Les objectifs de développement durable sur le long terme sont mis de côté au profit des besoins de subsistance immédiats, laissant ainsi les communautés vulnérables, et en particulier les femmes, à la merci des affres du climat. L’usage accru du bois comme combustible tout comme l’utilisation abusive des eaux et des terres par le surpâturage, la surpêche, l’épuisement des ressources en eau potable et la désertification sont monnaie courante dans les régions rurales du Pakistan.

Il ne semble pas y avoir de frein à la croissance démographique continue car le contrôle des naissances est souvent décrit comme allant à l’encontre du peuple. Ce sont les dirigeants politiques et religieux, qui pourraient faire la différence, qui en portent la responsabilité. Ils ont simplement ignoré le caractère explosif de la croissance démographique. Le contrôle des naissances est un sujet tabou au Pakistan. Dans notre culture, plus les familles ont d’enfants, plus elles se sentent fortes. Il semble que la pauvreté ne compte pas. Les mollahs (le clergé islamique) ne sont pas favorables au contrôle des naissances.

Les populations des régions rurales ont été maintenues dans l’illettrisme. Au lieu de construire des écoles, on a mis sur pied des armées. Les propriétaires terriens ont veillé à ce que ces populations n’aient pas accès à l’éducation. Les mollahs présentent l’éducation des filles comme étant contraire à l’Islam. Lorsqu’il arrive que des femmes veuillent espacer les naissances, elles se trouvent confrontées à des difficultés pour avoir accès à des services de planning familial. Elles ne reçoivent pas de soutien de leur famille et se trouvent confrontées à des conceptions erronées et à de la désinformation à propos de l’utilisation du planning familial.

Au niveau régional, selon les experts, le sous-continent indien abritera à l’horizon 2050, 350 millions de Pakistanais, 1,65 milliard d’Indiens, 40 millions de Népalais, 300 millions de Bangladeshis et 30 millions de Sri Lankais. Le total représentant environ 2,4 milliards de personnes. C’était la population de la planète entière vers 1950 [4]. La pression sur les ressources de la région sera considérable et les conséquences catastrophiques. Les glaciers de l’Himalaya auront fondu, les moussons seront irrégulières, amenant parfois trop, parfois trop peu de pluies. De nouvelles maladies incontrôlables seront apparues. Cela se produira du jour au lendemain. On se réveillera et on constatera que ce que l’on avait hier (du point de vue de la nourriture, de l’eau et de l’électricité) aura disparu.

Ce tableau horrible est sans nul doute un sujet de préoccupation pour l’ensemble de la population vivant dans ces régions du globe, mais relève de l’urgence pour les couches marginalisées de la population, en particulier les femmes qui seront les premières et les plus gravement touchées par la bombe climatique. Il est urgent aujourd’hui de souligner la gravité de la question et d’exiger la prise en compte des droits des pauvres et des couches marginalisées dans la politique de planification à venir concernant le changement climatique.

Dans les pays en développement comme le Pakistan, les femmes souffrent déjà de manière disproportionnée des conséquences du changement climatique. Les écologistes pakistanais estiment que 70% des pauvres, qui sont de loin les plus vulnérables aux dommages causés à l’environnement, sont des femmes. Pour cette raison, les femmes sont beaucoup plus susceptibles d’être les victimes invisibles des guerres pour les ressources et de la violence provoquées par le changement climatique. Nous avons été témoins de ces phénomènes lorsque, en 1999 et 2000, des milliers de familles pauvres ont dû fuir les régions affectées par la sécheresse au Balouchistan, la région la moins développée du Pakistan. Les femmes et les enfants sont ceux qui ont le plus souffert.

De même que dans d’autres pays pauvres, au Pakistan, le changement climatique frappe plus durement les femmes qui, en tant que mères, doivent rester dans des zones affectées par les sécheresses, la déforestation ou les mauvaises récoltes. Bien des activités destructrices de l’environnement les affectent car les femmes sont pour la plupart dépendantes des ressources naturelles primaires comme la terre, les forêts et les ressources aquifères. En cas de sécheresse, elles sont directement affectées et en général les femmes et les enfants ne peuvent s’en aller. Contrairement aux hommes qui peuvent partir à la recherche de perspectives meilleures dans d’autres régions du pays, voire dans d’autres pays, les femmes n’ont guère cette possibilité et en sont généralement réduites à demeurer sur place et à subir les conséquences.

Alors que les femmes sont les principales productrices de nourriture au Pakistan, des barrières leur limitent l’accès à la propriété et à la terre. 67% des femmes exercent une activité liée à l’agriculture mais seules 1% détiennent une terre. Avec l’impact négatif du changement climatique, les femmes perdent en même temps leurs moyens de subsistance et leur capacité de faire face un désastre. Le changement climatique fait que les tâches domestiques comme d’aller chercher de l’eau et du bois pour la cuisson des aliments deviennent plus lourdes et demandent davantage de temps. Comme les filles assistent généralement leurs mères dans ces tâches, il leur reste moins de temps pour l’école ou d’autres activités économiques.

Les données récentes montrent que du fait du changement climatique, les récoltes ont diminué de 30% (Lead, 2008). Les experts sont d’avis que le changement climatique augmente la vulnérabilité de l’agriculture aux inondations, à la sécheresse et aux orages. Il faut signaler que l’agriculture est le principal secteur économique du pays, représentant 21% au PIB et employant 43% de la force de travail (Lead, 2008) parmi laquelle les femmes sont majoritaires.

Il est communément admis que « les agriculteurs sont des hommes ». Cependant, contrairement à cette perception, les femmes pakistanaises produisent entre 60 et 80% de la nourriture qui est consommée dans les foyers (IUCN). Les hommes, en particulier dans les régions montagneuses, émigrent à la recherche d’opportunités (entre 50 et 63% des foyers selon le rapport 2005 de la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
) et ce sont les femmes qui restent pour continuer à travailler la terre à côté de nombreuses autres responsabilités. Il est intéressant de noter à quel point les femmes réalisent de travail en dehors de leurs foyers mais leur travail est généralement moins visible et fait moins l’objet d’une reconnaissance publique.

L’augmentation de la température va affecter l’entièreté des communautés paysannes mais aura un impact plus sévère sur les femmes qui sont les plus vulnérables du point de vue social, politique et économique.

Il faut noter que le Pakistan a été un des premiers pays à ratifier en 1994 la Convention Cadre des Nations unies sur le changement climatique (CCNUCC) et a également signé d’autres Protocoles comme ceux de Kyoto et Montréal mais sa politique en matière de changement climatique est toujours en cours d’élaboration. Les experts s’accordent pour dire qu’il ne faudra pas espérer grand-chose en termes de « genre » de la politique à venir en matière de changement climatique étant donné que les réponses nécessaires ne peuvent venir que d’instances qui sont sensibles à ces questions, et où hommes et femmes sont représenté-e-s de manière égalitaire. L’autorité nationale de gestion des catastrophes (NDMA) est un nouveau mécanisme du gouvernement pakistanais qui tente de répondre aux vulnérabilités des populations vivant dans des régions à risque, en gardant à l’esprit les aspects liés au genre.
Etant donné qu’il s’agit d’un nouveau mécanisme, on ne peut pas en dire grand-chose à ce stade mais si les femmes ne sont pas impliquées dans l’élaboration et le suivi des mesures politiques et législatives importantes, les questions liées au genre passeront à la trappe.

Bref, le changement climatique pourrait empêcher la réalisation de nombreux Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), y compris ceux qui concernent l’éradication de la pauvreté, la mortalité infantile, la malaria et d’autres maladies ainsi qu’un environnement durable. Une grande partie de ces dommages se traduira par des chocs économiques sévères. De plus, les impacts du changement climatique exacerberont les problèmes sociaux et environnementaux existants et provoqueront des migrations tant à l’intérieur des frontières que vers d’autres pays.

Traduit par Virginie de Romanet




Notes

[1Dr R.K. Pachauri, président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

[2Daily The News, 26 mai 2009, Saadia Qamar.

[3Chiffre de l’Annuaire statistique 2006 du gouvernement.

[4Daily Dawn, 31 juillet 09, Zofeen Ebrahim.