25 novembre - Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes

Les violences contre les femmes* : un problème systémique

25 novembre par CADTM International


(*Lorsque nous faisons référence aux femmes, nous entendons toute personne identifiée et/ou s’identifiant comme femme).

A l’occasion de la « Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes », le CADTM International insiste sur la nécessité d’adopter une vision systémique de ce problème mondial. Nous voulons un monde libéré du sexisme, du racisme et de la pauvreté. Pour construire ce nouveau monde, il est essentiel de comprendre que la violence contre les femmes n’est pas un problème individuel, confiné à l’espace privé du foyer, mais qu’il s’inscrit dans un cadre systémique, colonial, capitaliste et patriarcal. Construire une alternative émancipatrice pour lutter contre les violences faites aux femmes implique de dénoncer et d’agir sur les fondements de l’oppression. Et cela signifie aller au-delà de la partie visible de l’iceberg des violences patriarcales.



Démêler les violences pour transformer le monde

Nous faisons référence aux violences patriarcales, au pluriel, car nous considérons qu’elles revêtent de multiples formes : physique, psychologique, sexuelle, de travail, économique, coloniale, etc. Toutes ces formes de violence sont entrelacées et font partie d’un système de domination intériorisé et naturalisé : le capitalisme. Nous traversons une période où plusieurs crises avancent au niveau mondial de manière interconnectée : la crise énergétique, la crise sanitaire, la crise économique, la crise alimentaire, la crise climatique, la progression de l’extrême droite, le recours renforcé à des formes autoritaires de gouvernement, etc. Tous ces éléments conduisent à une remise en cause de nombreuses avancées réalisées dans les luttes contre la violence patriarcale, tout en transformant et en augmentant les formes de cette violence. En ce sens, les analyses des mouvements féministes sont fondamentales. En particulier celles des féminismes latino-américains, qui proposent depuis des années une lecture systémique de la violence patriarcale, dénonçant la violence financière et économique, et la corrélation entre l’endettement (externe et interne) et la grave situation des féminicides sur le continent : « Nous voulons être vivantes, libres et desendettées » (Argentine) ; « Ils nous doivent la vie » (Chili) ; « Nous contre la dette » (Porto Rico).

La dette est une violence capitaliste et patriarcale

Au Sud Global comme au Nord, les dettes illégitimes ont été et sont encore aujourd’hui un outil de domination et de transfert de richesses qui ne fait que renforcer l’imbrication du patriarcat et du capitalisme et consolider un système néolibéral basé sur l’inégalité et la violence.
Partout dans le monde, les États endettés sont contraints de mettre en œuvre des politiques d’austérité ou des plans d’ajustement structurel au nom du remboursement de la dette publique. Ces politiques mènent à la privatisation des services publics, à la réduction des dépenses publiques (santé, éducation, emploi, etc.), à la libéralisation de l’économie, à la suppression des subsides, à l’augmentation de la TVA, à l’inflation, à la précarité de l’emploi, mais aussi à la destruction des terres et des écosystèmes, à la suppression des subventions agricoles, etc. Dans le Sud Global comme au Nord, cet éventail de mesures antisociales a les mêmes conséquences désastreuses. Il pousse à l’endettement privé pour faire face à l’augmentation du coût de la vie et impacte les populations les plus vulnérables et spécifiquement les femmes en tant que travailleuses, utilisatrices majoritaires de services publics et soignantes. Partout, la guerre contre l’autonomie économique des femmes s’aggrave, augmentant leur obligation de s’endetter pour survivre et les plaçant dans des situations de violence. L’endettement (public et privé) sert d’outil pour discipliner la population.

L’imposition de mesures antisociales privilégiant le remboursement de la dette publique s’attaquent aux droits sociaux et affecte spécifiquement les femmes avec violence.

🟣  Cette violence, c’est l’impossibilité pour de nombreuses femmes d’accéder à une autonomie financière autrement qu’à travers l’endettement privé. Dans certains pays, le microcrédit est actuellement l’une des seules opportunités pour les femmes d’entrer dans le monde du travail, d’accéder à l’autonomie financière ou de pouvoir poursuivre leurs études. 

🟣  Cette violence, c’est aussi l’invisibilité du travail de soin, de reproduction sociale et d’entretien du foyer, et par conséquent, la dévalorisation du travail attribué aux femmes. Dans cette logique, le corps et la vie des femmes sont considérés comme « jetables », tant dans la dynamique de la production capitaliste qu’au niveau social : féminicides, traite des êtres humains, exploitation du travail, féminisation de la pauvreté, etc. 

🟣  Cette violence, c’est aussi « enchaîner » les femmes à des foyers dangereux parce qu’elles manquent d’autonomie économique, parce qu’elles courent le risque de perdre leur logement, de perdre la garde de leurs enfants ou parce qu’elles se sont endettées pour pouvoir assumer le coût des services essentiels pour leur famille (nourriture, santé, éducation, etc.).

🟣  Cette violence, ce sont aussi les politiques extractivistes de marchandisation et d’exploitation débridée de la nature qui dépossèdent les populations locales des ressources naturelles et des terres agricoles traditionnelles. Cela affecte particulièrement les paysannes, qui, en plus de mettre leur corps au service de la défense de la terre et d’empêcher sa destruction, voient comment ces politiques entraînent une augmentation de la violence contre les femmes et l’exacerbation des inégalités de genre dans les territoires où elles sont mises en œuvre.

Ce ne sont que quelques exemples de la manière dont les mesures antisociales imposées pour donner la priorité au remboursement du fardeau de la dette publique (telles que la destruction des emplois et des moyens de subsistance, la privatisation des services publics, la réduction des dépenses sociales, etc.) contribuent à la violence patriarcale (physique, économique et mentale) du Nord au Sud Global et vice-versa. C’est ainsi que l’endettement public et l’endettement privé s’entremêlent.  

L’endettement privé est le dernier recours pour les femmes* face au manque d’autonomie économique, à la difficulté d’accès à l’emploi, à l’absence de politiques publiques pour les libérer du poids du travail invisibilisé de reproduction sociale. C’est ainsi que la finance colonise les foyers, qu’elle perpétue la toile de la violence patriarcale.

Passons à l’action contre les violences patriarcales

Comme nous l’avons souligné au début, une alternative émancipatrice implique de dénoncer et de lutter contre les fondements de l’oppression. L’un de ces fondements sont les dettes illégitimes, celles que nous pouvons refuser de payer. Comme nous l’exposons dans le manifeste « Pour un non-paiement féministe de la dette », publié par le CADTM International le 8 mars 2021, nous revendiquons :
 
🟣  D’ANNULER LES DETTES PUBLIQUES identifiées comme illégitimes des pays du Sud à l’égard de tous les créanciers : bilatéraux, multilatéraux et privés.

🟣  DE LUTTER CONTRE L’ENDETTEMENT PRIVÉ et proposer des ALTERNATIVES AU MICROCRÉDIT comme les économies solidaires qui sont déjà expérimentées dans certaines régions du monde et peuvent nourrir nos réflexions. À court terme, nous prônons une amélioration des conditions d’endettement auprès des IMF (Institutions de microcrédit) telles qu’un taux d’intérêt zéro, imposée par l’adoption de lois nationales.

🟣  De lutter contre ce système financier dominé par une minorité de spéculateurs qui cherchent à augmenter leur profit et de remplacer par un système d’emprunt au service du bien commun.

🟣  De mettre en place un AUDIT FEMINISTE DE LA DETTE, qui doit inclure la dimension féministe. C’est-à-dire prendre en compte l’apport non reconnu des femmes à l’économie et proposer des solutions comme la socialisation des soins, qui prendre en compte aussi l’implication de tous les acteurs sociaux et économiques dans ces activités dont nous dépendons tous et toutes. 

🟣  D’instaurer une ÉDUCATION NON MACHISTE/SEXISTE et de sensibiliser quant aux discriminations et aux violences à l’égard des femmes* ainsi qu’aux droits sexuels et reproductifs et aux droits des femmes en général dans toutes les sphères de la vie.

🟣  De mettre FIN À LA RÉPARTITION DU TRAVAIL DE LA REPRODUCTION SOCIALE EN FONCTION DU SEXE.

Notre défi actuel en tant que féministes est de radicaliser les processus de luttes que nous construisons déjà à partir d’une perspective de pluralité de sujets et de résistance au modèle actuel. Nous devons aller de l’avant pour démanteler ce mode de vie fondé sur la violence, l’injustice et l’exploitation et nous diriger vers de nouvelles formes de connexion, de collaboration et d’articulation, dans lesquelles la vie est placée au centre.


(*Lorsque nous faisons référence aux femmes, nous entendons toute personne identifiée et/ou s’identifiant comme femme).

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