Lettre des paysannes et paysans, pêcheuses et pêcheurs des mouvements sociaux d’Afrique et d’Amérique du Sud aux Chefs d’État et de gouvernement réunis au IIe Sommet Amérique du Sud – Afrique

29 septembre 2009


Dimanche 27 septembre 2009

Nous, mouvements et organisations sociales d’Afrique et d’Amérique du Sud, réunis en cette Journée de paysans et pêcheurs africains et sud-américains, réunis en cette Journée de paysans et pêcheurs africains et sud-américains, nous saluons avec enthousiasme le IIe Sommet Amérique du Sud – Afrique (ASA) qui se tient au Vénézuéla, et espérons que les Chefs d’État et de gouvernement réunis s’entendent sur des actions Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
pouvant renforcer la coopération entre les peuples du Sud.

Nous nous sommes réunis en la ville de Caracas, Venezuela, les 21 et 22 septembre 2009, pour dresser un panorama de la situation que nous vivons dans nos territoires. Nous, peuples du SUD, partageons une même histoire de pillage, d’exploitation, de mépris et de marginalité. Mais nous partageons aussi les mêmes rêves pour l’avenir. Nous transcrivons ici le fruit de nos discussions en cette Journée. Écoutez donc nos paroles…

Nous, peuples d’Afrique et d’Amérique du Sud, nous partageons une même histoire.

Nous qui vivons en Amérique du Sud, regardons l’Afrique comme ses garçons et ses filles. Et nous qui vivons en Afrique, nous voyons des frères et des soeurs en regardant ceux qui vivent en Amérique du Sud. Rien de surprenant, donc, si nous nous retrouvons dans nos luttes, entre membres d’une même famille.

L’exploiteur, avec sa soif d’argent et de pouvoir, nous a rapprochés par des procédés indignes.

Au cours des 500 dernières années, notre histoire a eu en commun l’exploitation, le pillage, le mépris et la répression. Les coupables, des deux côtés de l’Atlantique, ne font qu’un : c’est le capitalisme transnational.

Jadis, tout comme maintenant, en nous taxant de sauvages, d’ignorants, de non civilisés, voire d’inhumains, dans leur guerre de conquête « civilisatrice », ils ont réussi à nous faire générer leurs énormes richesses.

Mais nous, peuples du Sud, jamais nous ne nous sommes tus ; jamais nous ne sommes restés passifs face à la malveillance du puissant capitaliste. Nous avons toujours lutté, et luttons encore, pour la liberté. La révolte et la résistance font partie de l’histoire commune que nous, peuples d’Afrique et d’Amérique du Sud, partageons.

Le capitalisme poursuit et amplifie sa guerre de conquête pour se reproduire et se renforcer toujours davantage, en créant de nouveaux produits et en s’appropriant de nouveaux marchés pour vendre et acheter. Sur nos territoires, le bilan de cette guerre de conquête est le suivant :

L’eau : pour le capitaliste, elle est désormais une marchandise. Mais pour nous, elle représente la vie.

La terre : volée, exploitée et vendue par le capitaliste. Pour nous, elle est notre mère. Et une mère ne se vend pas, et s’exploite encore moins.

Les paysages : ils ne servent qu’au tourisme destructeur de l’environnement. Nous y voyons les lieux sacrés où vivent nos ancêtres.

Souveraineté alimentaire, migration, culture.

Pétrole, gaz, minerais, forêts, terres, glaciers, paysages : voilà toutes les ressources que le capitalisme veut nous prendre. Il suffit pour s’en convaincre d’examiner une carte du bassin de l’Orénoque ou du Nil, du fleuve Paraguay ou du Niger, ou encore du bassin amazonien.

Si le puissant capitaliste continue sa guerre de conquête, nous poursuivrons notre lutte de libération. Nous, les Noirs, les indigènes, les paysans et paysannes, sommes ceux qui rejoignîmes les mouvements libérateurs commandés par Simon Bolivar, le Negro Primero, Antonio Conseilheiro, Ezequiel Zamora, ou encore Nelson Mandela, Camel Nasser, et encore bien d’autres camarades. Nous le savons : les lois positives promulguées par les peuples, avec leurs gouvernements progressistes et révolutionnaires, ne suffisent pas pour soulager les problèmes des peuples opprimés. C’est d’ailleurs avec enthousiasme que nous saluons les lois et politiques des gouvernements socialistes, révolutionnaires et progressistes. Mais notre rôle protagoniste est fondamental dans la lutte pour la restitution de nos droits légitimes. C’est pourquoi nous, paysans et paysannes, pêcheurs et pêcheuses, nous proposons de lutter pour la souveraineté alimentaire, en poursuivant les objectifs ci-après :

Premier : éliminer la pauvreté en milieu rural.

Deuxième : Combattre les inégalités sociales et la dégradation de la Nature, dont les causes se trouvent dans la structure de la propriété et de la production à la campagne.

Troisième : Garantir le travail pour tous et toutes, en conjonction avec la répartition des revenus.

Quatrième : Garantir la souveraineté alimentaire de toute la population par la production d’aliments de qualité et le développement des marchés locaux.

Cinquième : Garantir aux femmes paysannes des conditions égalitaires de participation dans toutes les activités, et notamment l’accès à la terre, la production et la gestion des activités, et ainsi en finir avec l’oppression historique imposée aux femmes, en particulier en milieu rural.

Sixième : Préserver la diversité végétale, animale et culturelle qui existe dans toutes les régions du monde, et plus spécialement sur nos continents africain et sud-américain.

Septième : Garantir les conditions pour relever le niveau de vie de tous et toutes, et donner accès à toutes les opportunités de travail, de revenu, d’éducation et de loisirs, notamment en encourageant la permanence en milieu rural, plus particulièrement parmi les jeunes paysans.

Certains aspects fondamentaux doivent être pris en compte :

- L’alimentation ne peut être négociée (mercantilisée) sur les places boursières.

Les peuples doivent avoir la mainmise sur la production, la commercialisation et les réserves d’aliments, et en être les souverains.

- Les pays doivent prioriser la production pour la consommation interne.

- Les modèles alimentaires ne peuvent être homogénéisés ; il convient de récupérer les bonnes habitudes de la culture culinaire des peuples.

- Contrôle territorial : promotion du développement territorial ; développement endogène.

- Encourager une vaste réforme agraire pouvant garantir :

· L’accès à la terre pour toutes les familles qui la travaillent.

· L’expropriation de toutes les terres aux mains de sociétés étrangères.

· L’expropriation des grands latifundia qui ne remplissent pas leur fonction sociale.

- Protéger les semences au titre de patrimoine de l’Humanité. Non aux semences transgéniques ! Non aux brevets ! Non aux transnationales de l’agriculture !

- Création de nouveaux modèles technologiques :

· L’agroécologie comme fondement de cette nouvelle matrice technologique.

· Convivialité avec la nature et préservation des ressources naturelles.

· Augmentation de la productivité agricole et du travail.

· Un modèle technologique qui permette d’améliorer les conditions de vie en milieu rural.

· Production d’aliments sains.

- Contrôle du secteur agroalimentaire de la part des petits producteurs, pour que ce secteur devienne un outil donnant de la valeur à la production et permettant le traitement et la conservation des aliments. Non à la pêche chalutière ! Oui à la pêche traditionnelle qui préserve l’environnement. En résumé : garantir des mesures pour relever le niveau de vie en milieu rural, notamment en ce qui concerne l’éducation, la santé, les infrastructures et le logement. Autrement dit, une vie digne et en paix. Par la guerre, l’impérialisme veut imposer SA paix, une paix pour diviser les peuples. Il crée artificiellement des nations, aux dépens de l’autodétermination des peuples et de leurs cultures. L’impérialisme doit maintenir son industrie belliciste en activité, indépendamment des conséquences. Par ailleurs, la paix ne saurait être garantie alors que plus de la moitié de la population de la planète manque des ressources les plus fondamentales pour survivre. La paix impériale a décrété la guerre pour les aliments, l’eau et les ressources de base des pays du Sud. Voilà pourquoi nous crions : Non à la guerre ! Oui à la vie, la justice et la dignité !

Pour toutes les raisons mentionnées, nous proposons : Que les Chefs d’État et de gouvernement condamnent vigoureusement l’installation de bases militaires, et toute autre présence militaire de troupes étrangères sur leurs territoires, que ce soit en Amérique du Sud ou en Afrique, comme telle en est maintenant la prétention au Ghana avec le plan Africom. Nous lançons un appel aux Chefs d’État d’Amérique du Sud et d’Afrique pour qu’ils se joignent à la clameur des peuples qui cherchent à vivre dans la dignité, dans le respect de nos cultures, de nos territoires, de nos droits à l’éducation et à la santé, et de notre droit à l’autodétermination.

Les organisations ici présentes rejettent énergiquement le coup d’État au Honduras et demandent aux Chefs d’État et de gouvernement de le rejeter également. Nous exigeons la libre détermination des peuples.

Que nos voix ne soient pas étouffées.

Que notre marche ne s’arrête pas.

Que nos liens ne se dénouent pas.

Que nos liens se resserrent.

Vive les paysans et paysannes du monde !

Vive les pêcheurs et pêcheuses du monde !

Mondialisons la lutte, mondialisons l’espoir !