AVP Dette & Souveraineté alimentaire

Liban : Une crise alimentaire sur fond de guerre et d’exploitation capitaliste

16 mai 2025 par CADTM Belgique , Ghassan Makarem


ICARDA - Science for Resilient Livelihoods in Dry, CC, Flickr, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:SoI-War_23-10-07_IDF_05-5.jpg

Chaque vendredi pendant plusieurs mois, nous publierons un article qui se trouve dans le nouvel AVP « Dette et souveraineté alimentaire ». Au programme ce vendredi, un article de Ghassan Makarem,
chercheur et traducteur libanais, membre fondateur du Mouvement agricole libanais et du Collectif d’action socio-économique (SEAC).

Pour commander l’AVP, c’est ici.


  1. La crise de l’alimentation, de la terre et de l’eau à la lumière de l’extermination sioniste du peuple palestinien à Gaza
  2. UPOV, main basse sur les semences en Argentine
  3. Pas de transition agroécologique sans abolition de la dette des agriculteurices
  4. La crise alimentaire internationale et les propositions pour en sortir
  5. Éradiquer la faim en 2030 : une chimère ?
  6. Dette extérieure et droit à l’alimentation
  7. Solange Koné : « Il faut lier les cultures agricoles aux besoins de la population »
  8. Agricultrices et souveraineté alimentaire en Côte d’Ivoire
  9. Haïti : Dette et souveraineté alimentaire, l’impossible cohabitation
  10. Madagascar : La lutte pour la souveraineté foncière continue
  11. La nuit tombe sur la souveraineté alimentaire mexicaine
  12. Argentine : le gouvernement d’extrême droite de Javier Milei s’attaque à la souveraineté alimentaire
  13. Les défis de la souveraineté alimentaire en Inde
  14. La Tunisie face à l’impérialisme économique : analyse des enjeux autour de l’eau, l’alimentation et l’agriculture
  15. Liban : Une crise alimentaire sur fond de guerre et d’exploitation capitaliste
  16. Maroc : crise alimentaire et stress hydrique dans le contexte de la crise économique, de la dette et des pressions des institutions financières mondiales
  17. Morgan Ody : « À la Via Campesina, nous voulons des politiques de régulation des marchés qui soutiennent et protègent les productions locales »
  18. Sortir du libre-échange : vers un commerce international axé sur la souveraineté alimentaire
  19. La politique d’exportation dans l’agriculture égyptienne : repenser le dilemme
  20. Roxane Mitralias : « Le secteur agroalimentaire fait partie du noyau dur du capitalisme mondial »
  21. L’accès à la terre : le champ de bataille ?
  22. Belgique : La transition du système alimentaire – Bilan de 10 années de luttes
  23. La Tunisie face à l’impérialisme économique : une analyse des enjeux autour de l’eau, l’alimentation et l’agriculture
  24. [Visuel] Comment la dette impacte la souveraineté alimentaire

 Crise après crise

La guerre génocidaire d’Israël contre Gaza s’est étendue au Liban dès le premier jour. Bien que les violations par Israël des frontières et de l’espace aérien libanais aient été constantes, l’escalade actuelle a atteint des niveaux inégalés depuis sa dernière incursion (ratée) au Liban en juillet 2006. Entre oc-tobre 2023 et avril 2024, les agressions israéliennes contre les zones frontalières du Sud-Liban ont coûté la vie à plus de 330 personnes, dont plus de 50 civils, y compris trois journalistes clairement identifiées, et ont fait environ 1000 blessées. Dès la première semaine d’avril 2024, le gouvernement a déclaré qu’environ 100 000 personnes [1] avaient été déplacées de leurs villages et villes [2].

800 hectares de terres ont été détruits, notamment par des munitions internationalement in-terdites comme le phosphore blanc

Le secteur agricole, qui représente 80 % du PIB PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
du Sud-Liban, a été dévasté. Environ 800 hectares de terres ont été détruits, notamment par des munitions internationalement interdites comme le phosphore blanc, perturbant les écosystèmes, affectant les eaux souterraines et rendant de vastes étendues inhabi-tables et impropres à la culture. 340 000 têtes de bétail ont été tuées et près des trois quarts des agricul-teurices de la région ont perdu leur principale source de revenus [3].

Les dégâts décrits ci-dessus ne sont rien en comparaison avec la bande de Gaza, où Israël affame déli-bérément la population dans le cadre de sa campagne génocidaire et écocidaire [4]. L’agression israé-lienne ne fait que s’ajouter à la myriade de crises auxquelles le Liban est confronté depuis 2019 et aux différentes failles structurelles du système agricole et alimentaire du pays.

 La sécurité alimentaire : la plus grande victime

Actuellement, on estime que les deux tiers de la population libanaise sont confrontés à une forme ou une autre d’insécurité alimentaire

Actuellement, on estime que les deux tiers de la population libanaise, qui comprend environ 1,5 million de réfugiées, sont confrontés à différents niveaux d’insécurité alimentaire, et que 19 % sont en situation de crise [5].

L’inflation Inflation Hausse cumulative de l’ensemble des prix (par exemple, une hausse du prix du pétrole, entraînant à terme un réajustement des salaires à la hausse, puis la hausse d’autres prix, etc.). L’inflation implique une perte de valeur de l’argent puisqu’au fil du temps, il faut un montant supérieur pour se procurer une marchandise donnée. Les politiques néolibérales cherchent en priorité à combattre l’inflation pour cette raison. alimentaire annuelle a atteint 280 %

Cette situation est notamment due à l’un des taux d’inflation les plus élevés au monde, « 254 % depuis juin 2022, tandis que l’inflation alimentaire annuelle a atteint 280 % » [6]. La grave crise économique qui a débuté dans les derniers mois de 2019 a entraîné une forte baisse du niveau de vie et l’érosion presque totale du pouvoir d’achat de la population. En 2021, malgré les avertissements des organisa-tions spécialisées, le gouvernement libanais a décidé de cesser de subventionner les carburants et les produits alimentaires de première nécessité, y compris le blé, dont la distribution était déjà impactée par la guerre en Ukraine, plongeant de nombreuses familles dans le désespoir.

Des années de mauvaise gestion, de corruption et d’instabilité politique ont conduit au gaspillage des ressources en eau et à des niveaux de pollution extrêmes, exacerbés par l’utilisation de produits chi-miques nocifs dans l’agriculture, encouragée par l’État. Toujours en 2021, un rapport de la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque mondiale regroupe deux organisations, la BIRD (Banque internationale pour la reconstruction et le développement) et l’AID (Association internationale de développement). La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies.

En 2022, 189 pays en sont membres.

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soulignait que la crise était « délibérée », et qu’elle était « imposée à l’ensemble de la popula-tion par l’élite qui a longtemps gouverné le pays et s’est emparée de l’État et des rentes économiques qui y sont associées » [7]. Ce qu’elle oublie de dire, c’est que certaines de ces politiques, telles que la suppression des subventions et la dépréciation Dépréciation Dans un régime de taux de changes flottants, une dépréciation consiste en une diminution de la valeur de la monnaie nationale par rapport aux autres monnaies due à une contraction de la demande par les marchés de cette monnaie nationale. de la livre libanaise, étaient des « conseils » de la Banque mondiale et du FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 190 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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à cette même élite.

 Agriculture : Le secteur oublié

Les deux tiers des terres agricoles sont contrôlés par 10 % des propriétaires terriens liés à des personnalités politiques clés

La crise actuelle ne fait qu’accentuer les problèmes structurels déjà existants, notamment dus à des situations de monopoles, à une production orientée vers l’exportation telle que la culture d’avocats (à forte consommation d’eau et de produits chimiques) promue par l’USAID au détriment de l’agriculture traditionnelle, et à un manque de viabilité environnementale [8]. La dépendance du secteur agro-alimentaire libanais à l’égard du capital financier, du commerce international et la répartition inégale des ressources, caractéristiques fondamentales d’un système alimentaire néolibéral, entrainent une polari-sation claire entre, d’une part, les grandes exploitations agricoles et industrielles orientées vers l’expor-tation et, d’autre part, les petites propriétaires qui souffrent d’un manque de capital [9].

Le Liban continue de dépendre des importations pour 80 % de ses besoins alimentaires et deux tiers des terres agricoles sont contrôlés par 10 % des propriétaires terriens liés à des personnali-tés politiques clés

Aujourd’hui, le Liban continue ainsi de dépendre des importations pour 80 % de ses besoins alimentaires [10] et deux tiers des terres agricoles sont contrôlés par 10 % des propriétaires terriens liés à des personnalités politiques clés, laissant un nombre important de travailleureuses agricoles libanaises, ainsi que l’entièreté des travailleureuses agricoles syriennes, sans terre [11].

 Sur le dos des démunies

Récemment, le gouvernement libanais a signé plusieurs accords avec des donateurs afin d’atténuer l’insécurité alimentaire et réformer le secteur. Toutefois, ces initiatives continuent de négliger les be-soins des travailleureuses agricoles (desquels 85% sont des réfugiées syriennes), des petites pro-ducteurices et agriculteurices qui représentent environ 6 % de la population libanaise et 24 % des réfugiées syriennes au Liban, soit environ 200 000 personnes [12].

Les petites agriculteurices sont contraintes de contracter une série de dettes liées au coût des semences hybrides industrielles, aux produits chimiques et à la capacité d’accéder aux marchés de gros et de détail

La dynamique clientéliste et néolibérale décrite ci-dessus entre directement en conflit avec les intérêts des petites exploitantes, les obligeant à adopter des pratiques industrielles de monoculture Monoculture Culture d’un seul produit. De nombreux pays du Sud ont été amenés à se spécialiser dans la culture d’une denrée destinée à l’exportation (coton, café, cacao, arachide, tabac, etc.) pour se procurer les devises permettant le remboursement de la dette. et à inté-grer des chaînes de production monopolisée par des entreprises agroalimentaires et chimiques trans-continentales. Par conséquent, iels sont contraintes de contracter une série de dettes liées au coût des semences hybrides industrielles, aux produits chimiques et aux exigences d’accès aux marchés de gros et de détail. Cela les entraîne dans une spirale sans fin d’endettement et de dégradation de l’envi-ronnement liée aux fortes fluctuations des prix, au coût élevé de l’énergie et des intrants Intrants Éléments entrant dans la production d’un bien. En agriculture, les engrais, pesticides, herbicides sont des intrants destinés à améliorer la production. Pour se procurer les devises nécessaires au remboursement de la dette, les meilleurs intrants sont réservés aux cultures d’exportation, au détriment des cultures vivrières essentielles pour les populations. importés, aux droits imposés par les intermédiaires et les négociants et à la faiblesse des infrastructures et d’un sec-teur coopératif contrôlé par des intérêts politiques. En ce qui concerne la main-d’œuvre, la quasi-totalité de celle-ci est informelle. Cela implique l’absence de toute protection sociale pour les travailleureuses agricoles [13], leur laissant pour seule option de devenir esclaves d’un marché capitaliste brutal.

La plupart des femmes qui travaillent dans l’agriculture sont des réfugiées

La plupart des femmes qui travaillent dans l’agriculture sont des réfugiées qui doivent relever toute une série de défis. Elles se sentent souvent piégées dans des emplois sans sécurité ni contrat, avec des sa-laires minimes (y compris un écart considérable entre les femmes et les hommes), de longues heures de travail, un manque de protection, une exposition à de multiples risques sanitaires, des conditions de travail déplorables et une pauvreté cyclique. Les travailleureuses agricoles réfugiées se voient également refuser le droit à l’éducation et à la formation, ou le droit de former des coopératives ou d’adhérer à des syndicats existants. Les restrictions légales et le climat général de xénophobie qui a suivi la crise des réfugiées syriennes entravent leur capacité à s’organiser autour de leurs problèmes quotidiens. Dès lors, ils se distancient activement de toute forme de mobilisation en cas d’exploitation. Cependant, il existe des cas de solidarité, où les réfugiées, en particulier les femmes, s’occupent les unes des autres et se protègent mutuellement.

Les petites agriculteurices ne sont pas mieux loties, puisqu’en l’absence de filet de sécurité et de couverture sociale, 67 % des familles d’agriculteurices vivent sous le seuil de pauvreté [14].

Les agriculteurices libanaises sont endettées auprès des entreprises, des banques et des conservatoires agricoles associés aux compagnies transcontinentales

Bien que le secteur se soit construit sur leur dos, les agriculteurices libanaises, endettées, interdites de former des coopératives et tenues à l’écart des décisions relatives à la gouvernance du secteur, sont ainsi le maillon faible de la chaîne d’approvisionnement alimentaire.

 À la recherche d’alternatives

L’exacerbation de l’insécurité alimentaire a suscité un regain d’intérêt pour le secteur agricole, que ce soit au niveau de l’État, des organisations internationales, du secteur privé ou de la société civile et des initiatives communautaires. Cependant, la plupart de ces initiatives se concentrent sur l’amélioration de la qualité et de l’image de marque en vue de l’exportation plutôt que sur les besoins du marché local et des producteurices de denrées alimentaires.

D’autre part, ces dernières années ont vu l’émergence de différents types de groupes et de mouvements agricoles qui adoptent des pratiques durables et fournissent des intrants aux agriculteurices, tout en encourageant des pratiques respectueuses de l’environnement et la propagation et l’échange de se-mences locales. Toutefois, leur impact à long terme demeure incertain, notamment pour ce qui est de convaincre les producteurices de denrées alimentaires et d’offrir des alternatives viables aux mono-poles et à l’exploitation actuels.

La réalité de l’occupation et de l’écocide a toujours croisé l’exploitation capitaliste et le rentiérisme pour écraser les communautés les plus vulnérables

Le Liban, qui entre en 2024 dans sa cinquième année d’une crise économique consécutive, offre un exemple clair des ramifications de la dépendance aux marchés mondiaux et de l’attitude de laisser-faire en ce qui concerne la nutrition et le droit à l’alimentation. Il est donc urgent de réévaluer le système alimentaire et agroéconomique existant et de réclamer la souveraineté alimentaire. Cela implique de résister aux paradigmes actuels imposés par les sociétés transnationales et les agences internationales de développement qui continuent à promouvoir une dynamique désastreuse.

Enfin, les réformes agroéconomiques seraient incomplètes et vouées à l’échec si elles négligeaient la situation de celles et ceux qui travaillent la terre et produisent la nourriture. L’innovation technique et les initiatives agricoles écologiques ont peu de chances d’atteindre leur potentiel social si elles restent confinées au sein d’une élite. Les petites agriculteurices et les travailleureuses agricoles doivent être à l’avant-garde de la refonte du système alimentaire. Leur droit de s’organiser en syndicats et en coopératives doit être protégé, inclure les migrantes et les réfugiées, et s’opposer à l’atmosphère xénophobe et classiste soutenue par l’État.

Une telle transformation ne peut être réalisée que par ceux et celles qui sont le plus investies dans le système et qui supportent le fardeau de ses maux et de ses risques, affectant leurs moyens de subsistance et leur santé. La réalité de l’occupation et de l’écocide a toujours croisé l’exploitation capitaliste et le rentiérisme pour écraser les communautés les plus vulnérables. Cependant, il y a beaucoup à ap-prendre de la réaction des peuples occupés dans la construction d’un mouvement de résistance agricole contre l’empiètement des sociétés transnationales et les intérêts des grandes puissances sur notre ali-mentation.


Notes

[1Olivia Le Poidevin, Jaimee Haddad, Guilhem DORANDEU, «  100 days of conflict in southern Lebanon : Key facts,  » L’Orient Today, 15/1/2024, https://today.lorientlejour.com/article/1363529/100-days-of-conflict-in-southern-lebanon-key-facts.htm

[2National News Agency, «  MIKATI ADDRESSES CABINET ON ISRAELI AGGRESSION, OTHER KEY ISSUES,  » NNA-Lebanon, Beirut, 4/4/2024, https://www.nna-leb.gov.lb/en/%D8%B3%D9%8A%D8%A7%D8%B3%D8%A9/685241/mikati-addresses-cabinet-on-israeli-aggression-oth

[3NNA, 4/4/2024, op. cit.

[4MEMO, «  UN rights expert : ‘Israel’s starvation of Gaza is genocide’,  » Middle East Monitor, 8/3/2024, https://www.middleeastmonitor.com/20240308-un-rights-expert-israels-starvation-of-gaza-is-genocide

[7World Bank, «  The Great Denial,  » Lebanon Economic Monitor, World Bank, Winter 2021, https://openknowledge.worldbank.org/server/api/core/bitstreams/438f7cc4-253d-5533-af22-bffbcd6bfcbc/content

[8Nur Arafeh, «  Breaking the Cycle : Toward a New Imaginary of the Food System in Lebanon,  » Carnegie Middle East Cen-ter, 3/7/2023, https://carnegie-mec.org/2023/07/03/breaking-cycle-toward-new-imaginary-of-food-system-in-lebanon-pub-90110

[9Kanj Hamade, «  Right to Food in Lebanon,  » Arab Watch on Economic and Social Rights : Right to Food, Arab NGO Network for Development, Beirut, 2019, available online at : https://tinyurl.com/yrewhez7

[10Lebanon - Country Commercial Guide,«  International Trade Administration, 2022, https://www.trade.gov/country-commercial-guides/lebanon-agricultural-sector

[11Nour Turkmani and Kanj Hamade,  »Dynamics of Syrian Refugees in Lebanon’s Agriculture Sector," Issam Fares Institute for Public Policy and International Affairs, American University of Beirut, 2020, https://www.aub.edu.lb/ifi/Documents/publications/research_reports/2019-2020/20200215_dynamics_of_syrian_refugees_in_lebanon_agriculture_sector.pdf

[12Chaden el-Daif (ed.), «  Access to Legal Stay and Labor for Syrians in Lebanon : Status and Prospects,  » Refugees=Partners and Heinrich Boll Stiftung, Beirut, 2018, https://lb.boell.org/sites/default/files/2022-07/Access-to-legal-stay-and-residency-EN.pdf

[13Kanj Hamade, «  Lebanon’s Food Insecurity and the Path Toward Agricultural Reform,  » Carnegie Middle East Center, Bei-rut, November 13, 2020, https://carnegie-mec.org/2020/11/13/lebanon-s-food-insecurity-and-path-toward-agricultural-reform-pub-83224.

[14Hamade, 2019.

Ghassan Makarem

Chercheur et traducteur libanais.
Membre fondateur du Mouvement agricole libanais et du Collectif d’action socio-économique (SEAC)