30 juin par Luis Reygada , Luis Alejandro Avila Gomez

« Le FMI avance pour rétablir des relations formelles avec le Venezuela » De gauche à droite : Delcy Rodriguez, présidente par interim, Jorge Rodriguez, président Assemblée nationale et Diosdado Cabello, Ministre de l’Intérieur du Venezuela. Illustration de Canarias Semanal
Nous mettons en ligne une interview publiée par le quotidien L’Humanité le 14 juin 2026 car elle permet de mieux comprendre la situation dans laquelle se trouve le Venezuela et la tutelle qu’exercice Trump sur les autorités de Caracas et sur les ressources naturelles du pays. Le drame humain que constitue la succession de tremblements de terre qui a frappé le Venezuela le 24 juin 2026 aggrave un peu plus la situation et l’emprise de Washington.
Vidéo à l’appui, le président Donald Trump a annoncé, vendredi 12 juin, que l’armée états-unienne avait mené une opération militaire (un bombardement ciblé visant un supposé chef de gang) sur le territoire du Venezuela, « en coordination » avec ses autorités locales.
Alors que le gouvernement de son homologue Delcy Rodriguez a confirmé une « opération conjointe », cette nouvelle concession alimente les questions quant à la nature des nouvelles relations avec l’ancien ennemi juré. Le chercheur Luis Alejandro Avila Gomez décrypte cette nouvelle phase qui a permis à Washington de contrôler des ressources énergétiques.
Pour Washington le changement de régime n’est plus un impératif immédiat, même s’il demeure, à terme, un objectif. L’administration trumpiste s’accommode très bien du maintien de Delcy Rodriguez au pouvoir, tandis que l’opposition de droite est devenue, pour le moment, un paramètre secondaire. Les objectifs des États-Unis restent l’encadrement stratégique et l’accès aux ressources : l’idéologie du gouvernement passe au second plan.
Après la séquestration de Nicolas Maduro le 3 janvier, ils appliquent un réajustement tactique qui s’explique, entre autres, par une correction de diagnostic. Le chavisme n’est pas un château de cartes dépendant d’un seul homme, mais il constitue une force politique structurée, portée par une matrice idéologique, enracinée socialement et territorialement, appuyée sur un appareil de gouvernement et institutionnel cohésif.
La question électorale n’est pas encore d’actualité : il s’agit pour le moment de terminer progressivement les poutres porteuses de cet édifice bolivarien, depuis l’intérieur. Les États-Unis ont aujourd’hui besoin de composer avec sa large structure précisément parce que la réalisation de leurs objectifs nécessite une stabilité.
Ainsi, Washington opte maintenant pour la « négociation imposée ». Il s’agit de contraindre le chavisme, notamment en contrôlant les flux d’hydrocarbures, en s’appuyant en particulier sur le département du Trésor états-unien (DT-EU). Et plus précisément sur le Bureau de contrôle des avoirs étrangers (Office of Foreign Assets Control : OFAC), chargé d’appliquer le dispositif administrant les sanctions économiques et commerciales décidées par l’exécutif. On peut parler d’un encadrement coercitif.
Washington est passé d’une logique d’interdiction (régime de sanctions en vigueur des dernières années) à une logique de permission architecturée, sous contrainte, adossée à l’usage de la force, juridiquement blindée et financièrement surveillée.
Le tout s’appuie sur l’application extraterritoriale du droit états-unien, et est destiné à consolider l’emprise sur Caracas.
Pour l’essentiel, la rente pétrolière du Venezuela a été mise sous contrôle états-unien. En vertu de l’Executive Order 14373 du 9 janvier 2026 et des licences de l’OFAC, tout paiement monétaire destiné à l’État vénézuélien ou à ses entreprises – comme la pétrolière PDVSA – doit être versé au Fonds de dépôt destiné aux gouvernements étrangers, administré par le DT-EU.
En synthèse, Washington n’a pas juridiquement confisqué les revenus pétroliers vénézuéliens, mais il en a placé l’essentiel sous séquestre, dans le cadre d’un régime plus large de tutelle exercée notamment sur les relations économiques internationales du pays, et qui a aussi un impact sur la législation et les politiques économiques internes.
Caracas demeure formellement propriétaire des fonds, mais leur usage effectif dépend d’un mécanisme d’autorisation administré par les États-Unis.
Cette situation choque certaines figures historiques du chavisme, alors que l’anti-impérialisme et le souverainisme ont toujours été au cœur de la révolution bolivarienne.
Le nouveau gouvernement a été obligé d’avaler plusieurs couleuvres ces derniers mois, avec des charges symboliques très fortes. Avec l’exercice d’évacuation de l’ambassade des États-Unis à Caracas le 23 mai, ou encore l’annonce, ce vendredi 12 juin, d’une opération militaire du Pentagone réalisée sur le territoire vénézuélien, Washington confirme un message clair.
Sa projection n’est plus seulement diplomatique ou coercitive et menée depuis la distance, mais ponctuellement visible, tangible, militaire et située. Nous sommes dans le premier volet d’un plan en trois phases annoncé en janvier par le secrétaire d’État Marco Rubio : stabilisation du terrain, redressement économique, transition politique.
Pour Delcy Rodriguez, la ligne d’équilibre est mince. Washington met en place une désarticulation lente, proche de la métaphore de la grenouille ébouillantée : faire monter graduellement la température, de sorte que chaque concession, prise isolément, paraisse encore supportable.
Alors que Donald Trump affirme être aux commandes du pays, le chavisme pro-Rodriguez se justifie en parlant de « repli stratégique »…
La stratégie du repli stratégique implique un risque : une mauvaise lecture de la situation pourrait ouvrir la porte à un point de non-retour, avec des concessions dont les effets seraient difficilement réversibles.
Source : L’Humanité
24 novembre 2025, par Luis Reygada
1er avril 2024, par Franck Gaudichaud , Luis Reygada
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