Mesures sanitaires : ce que nous (ne) voulons (pas)

28 octobre par CADTM Belgique


Source : http://www.krasnyicollective.com/NEWS/grande-manifestation-de-la-sante/

La sidération est passée, il est plus que temps de nous organiser face à l’irresponsabilité manifeste de ceux qui prétendent nous gouverner, mais aussi face au déni sanitaire et au darwinisme social alimentés par les extrêmes droites partout dans le monde.

Nous refusons de sauver l’appareil productif capitaliste pendant que nos vies sociales et nos santés sont sacrifiées

Voici ce que nous écrivions en mars : Les contradictions inhérentes au capitalisme sont en train de nous exploser à la figure et la manière dont nous allons réagir à cette expérience va être déterminante pour nos avenirs. Cet avenir et le présent que nous sommes en train de traverser ne sont pas vécus de la même manière par tout le monde. Les plus précaires travaillent, malgré le manque criant de moyens, pour permettre le confinement (voire la fuite temporaire) des autres. Les oublié·es sont encore plus soumis·es à l’injonction de disparaître qu’en temps « normal ». Cette expérience peut être utilisée par le pouvoir en place comme « stratégie du choc » (à l’image de ce que tente l’État français), mais elle est aussi une brèche qui pourrait chambouler nos rapports sociaux et nos rapports au reste du vivant. Nous devrons vivre avec ce virus et très probablement d’autres dans le futur, d’où l’extrême nécessité de tirer des leçons de cette situation lors de l’accalmie à venir, plutôt que de se boucher le nez et d’accepter un illusoire « retour à la normale » dans une société profondément fragilisée par le capitalisme.

 Ce que nous voulons

- Nous voulons la formation et l’embauche de plus de personnel dans la santé au sens large (hôpitaux, maisons de repos, soins à domicile, santé mentale, etc. - en ce compris les personnels d’entretien et de logistique), ainsi que l’amélioration de leurs conditions de travail (salaires inclus). Actuellement, une partie conséquente de ce personnel (épuisé et de plus en plus absent) continue de prodiguer des soins tout en étant positif à la covid19... par manque de personnel disponible.

- Nous voulons un soutien de la population aux mobilisations du secteur de la santé, aux revendications de La Santé en Lutte et à tou·tes les travailleuses/eurs organisé·es.

- Nous voulons du matériel adéquat et en suffisance pour remplir ces missions, et donc la réquisition de ce qui est nécessaire (production et outils de production) afin de fournir ce matériel nécessaire.

- Nous voulons la capacité de dépistage (sur base volontaire et gratuite) promise depuis 7 mois. Nous voulons le dépistage prioritaire des personnes symptomatiques et des personnes à risques.

- Nous voulons un suivi médical et des conseils réels pour les malades non hospitalisé·es, pas seulement des boites d’antidouleurs.

- Nous voulons des revalorisations salariales immédiates, ainsi que l’amélioration des conditions de travail, dans les secteurs de premières lignes : aides-soignantes, gardes d’enfants, institutrices/teurs, secteur du nettoyage, livreurs/euses, éboueurs/euses, magasiniers/ères, caissières/ers, agricultrices/eurs, travailleuses/eurs sociaux, pompiers, etc.

- Nous voulons plus de profs pour des classes moins nombreuses et nous voulons des systèmes d’aération valables.

- Nous voulons une augmentation de l’offre de transports en commun pendant les heures de pointe.

- Nous voulons une participation majoritaire de travailleuses/eurs de terrain dans les groupes de réflexion et de travail prétendument interdisciplinaires censés gérer la situation, ainsi qu’une présence beaucoup plus importante de celles et ceux-ci sur les plateaux télé.

- Nous voulons de l’aide aux PME, individus et structures en difficulté (culture, événementiel, horeca ...). Ces aides ne doivent pas prendre la forme d’exonérations de cotisations sociales (qui détruisent la sécurité sociale) mais de dons, de prêts viables et d’annulation de factures et loyers exigés par les propriétaires et fournisseurs en temps de pandémie (qui doivent prouver qu’ils en ont besoin pour subvenir à leurs besoins). Ces aides doivent être conditionnées à des critères sociaux et environnementaux. Elles devront être refusées (ou récupérées) aux entreprises qui distribuent des dividendes à leurs actionnaires ou des bonus à leurs dirigeants, licencient abusivement ou utilisent l’évasion fiscale.
Rq : Les possibilités de financement pour ces aides directes sont nombreuses : une taxe exceptionnelle sur les entreprises qui ont fait le plus de bénéfices depuis le début de la pandémie (dont la grande distribution et le pharmaceutique) ; une taxe structurelle sur les plus gros patrimoines de Belgique (les 10% les plus riches détiennent la moitié du patrimoine en Belgique, soit pas moins de 1 500 milliards d’euros...) ; l’utilisation de la banque publique Belfius pour faire des crédits à taux zéro (voire négatifs) via ses emprunts à la BCE BCE
Banque centrale européenne
La Banque centrale européenne est une institution européenne basée à Francfort, créée en 1998. Les pays de la zone euro lui ont transféré leurs compétences en matières monétaires et son rôle officiel est d’assurer la stabilité des prix (lutter contre l’inflation) dans la dite zone.
Ses trois organes de décision (le conseil des gouverneurs, le directoire et le conseil général) sont tous composés de gouverneurs de banques centrales des pays membres et/ou de spécialistes « reconnus ». Ses statuts la veulent « indépendante » politiquement mais elle est directement influencée par le monde financier.
 ; la répudiation de certaines dettes publiques (l’explosion de l’endettement en cours ne sert d’ailleurs pas à financer des politiques publiques au service de l’intérêt général mais sert surtout les intérêts d’une minorité déjà privilégiée) ainsi que de certaines dettes privées illégitimes (paysannes, étudiantes, de ménage précarisées, ...) ; etc. Nous ne voulons pas augmenter la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
publique (collectivement remboursée), nous exigeons un moratoire Moratoire Situation dans laquelle une dette est gelée par le créancier, qui renonce à en exiger le paiement dans les délais convenus. Cependant, durant la période de moratoire, les intérêts continuent de courir. Un moratoire peut également être décidé par le débiteur, comme ce fut le cas de la Russie en 1998 et de l’Équateur en 1999. sur son remboursement qui permettrait de dégager immédiatement des fonds (plus de 10 milliards sur l’année, rien que pour les intérêts) afin de couvrir les nombreuses urgences et les besoins fondamentaux de la population.

- Nous voulons en profiter pour tirer des leçons et inverser les échelles de valeurs. Entre métiers vitaux (dévalorisés, sous-payés) et métiers destructeurs (survalorisés). Entre propriétés privatives et usages communs : qui possède quoi ? Quels sont les domaines qui devraient sortir au plus vite de la valorisation capitaliste ? (hôpitaux, alimentation, énergie, eau, banques, enseignement...).

- Nous voulons une recherche, production et distribution pharmaceutique libérée des brevets et de la nécessité de valoriser du capital via la course au profit.

- Nous voulons la fermeture des secteurs non essentiels (dont les centres commerciaux qui constituent des clusters avérés) avec un salaire de remplacement pour leurs travailleuses/eurs. Les congés maladie doivent maintenir un salaire suffisant pour ne pas inciter les gens à continuer d’aller travailler malgré qu’ils soient malades.

- Nous voulons imposer le droit de retrait par des actions syndicales concertées. Les travailleuses/eurs ne devraient pas être réduit·es à se débrouiller entreprise par entreprise face aux risques qu’elles et ils prennent. Chaque secteur doit avoir accès au droit de retrait, ce qui serait le seul « confinement » politiquement porteur et décidé par le monde du travail plutôt que dicté par un gouvernement irresponsable.

Voici ce que nous écrivions en mai : En lieu et place de ce sursaut de survie, nous laissons le gouvernement décider un « déconfinement » (sic) sélectif et inégalitaire aujourd’hui, lundi 4 mai, au profit du maintien du système économique actuel et en opposition frontale avec les recommandations du monde médical. Les moyens des hôpitaux n’ont pas été sérieusement augmentés ; nous ne dépistons pas suffisamment ; les personnels de santé sont à 60 % en risque d’épuisement ; les lits en soins intensifs sont occupés à 50 % et non à 25 % comme l’exigeait le secteur de la santé ; une circulaire gouvernemental leur a été envoyée pour… qu’ils se préparent à une « deuxième vague » ; les masques ne sont pas disponibles où il le faut ; etc. Un « guide » de bonnes pratiques a été mis en place par les « partenaires sociaux » au sein du G10. On sait qu’il ne sera pas respecté, mais il constitue une base parmi d’autres pour exercer son droit de retrait et/ou organiser des arrêts de travail. Nous en sommes réduit·e·s à l’autodéfense sanitaire.

- Nous voulons des contrôles (quasi inexistants à l’heure actuelle) et des sanctions pour les grandes entreprises qui n’appliquent pas les mesures sanitaires adéquates alors qu’il est connu qu’elles concentrent une grande partie des foyers de contamination. Nous voulons des sanctions plus conséquentes pour les entreprises qui ont mis la pression sur leurs travailleuses/eurs afin qu’ils ne se protègent pas et ne protestent pas (on l’a vu dans de nombreuses usines, transports, plateformes logistiques, supermarchés, etc.).

- Nous voulons un plafonnement des prix des masques, des gels, des médicaments, des blouses, des appareils respiratoires etc. et des sanctions pour les acteurs qui ont spéculé sur cette pandémie.

- Nous voulons nous organiser, comme dans d’autres pays/régions/communautés, en autodéfense sanitaire. Nous voulons informer (sur le virus lui-même, les outils, les aides...) et discuter (sur les problèmes, les ressources, la répression), quartier par quartier. Les savoirs et les pratiques populaires font partie des meilleures manières de répondre à une épidémie, mais comme l’a dit Céline Nieuwenhuys (de la fédération des services sociaux) ceux-ci sont sous-estimés et méprisés.

- Nous voulons une communication claire sur la situation actuelle, l’organisation de débats mettant en avant la pluralité des points de vue des spécialistes et des personnes de vécu, et ce de manière impartiale. Une accessibilité plus grande (en termes de publication et de compréhension) des rapports fondant les décisions gouvernementales.

- Nous voulons la publication des mort·es de la covid19 par profils sociologiques (secteurs d’activités, types d’habitats, niveaux de revenus...). Nous voulons des estimations sur les origines des foyers de contaminations.

- Dans le plus long terme (à démarrer dès maintenant) : un travail sur les causes des pandémies (déforestation, bétonisation, anéantissement de la biodiversité, élevages industriels, pollutions de l’air, modes de déplacements des classes dirigeantes et d’affaires, sous-financement et privatisation de la recherche, etc.).

 Ce que nous ne voulons pas

- Nous ne voulons pas de réquisition de personnel non formé et/ou pour travailler gratuitement dans la santé.

- Nous ne voulons pas de la généralisation de l’enseignement à distance qui accentue les inégalités (entre autres problèmes).

- Nous ne voulons pas de couvre-feu. Nous ne sommes pas en guerre.

- Nous ne voulons pas de rues vides et mortes, qui augmentent en plus les risques d’agressions (pour les femmes et les personnes sdf, en particulier).

- Nous ne voulons pas de confinement « généralisé » dicté par le haut (rappelons qu’un tiers des travailleuses/eurs - souvent les moins qualifié·es et les plus exposé·es - n’ont jamais été confiné·es mais sont resté·es sur le terrain). Nous voulons décider de rester chez nous (lorsque nous avons un chez nous), temporairement, de manière préventive lorsque c’est nécessaire, en fonction des origines des foyers et de diagnostics fiables sur notre contagiosité. Lorsque la vitesse de propagation nécessite un confinement préventif (comme c’est le cas actuellement puisque nous n’avons pas mis en place les mesures nécessaires pour lutter contre le virus), ce confinement devrait être réel (c’est-à-dire que les secteurs non essentiels devraient être fermés) et il devrait être lancé par une grève générale, organisée et solidaire, pas subis par un gouvernement dans lequel la population n’a pas confiance. Ravitaillement en nourriture et autres biens ou services de base, grèves de loyers, accès à des espaces extérieurs de qualité pour tout le monde, réquisition d’espaces d’hébergement vides pour les personnes sans habitat, autodéfense face aux harcèlements policiers, lignes de discussion et visites les plus sûres possibles pour les personnes isolées, soutien aux parents (souvent des mères) seuls, etc.

- Nous ne voulons pas de paternalisme, de mépris et d’individualisation de la responsabilité de la propagation d’un virus et de son traitement.

- Nous ne voulons pas d’obligation de porter un masque à l’extérieur quand la distance physique est évidente.

- Nous ne voulons pas de répression sur base individuelle (qui encourage la délation). Cette répression s’est particulièrement libérée, en utilisant le prétexte sanitaire de manière hypocrite, dans les quartiers précarisés et sur les jeunes personnes racisées. Nous appelons la population à se solidariser plus fortement contre cet acharnement et nous appelons à refuser collectivement les amendes policières.

- Nous ne voulons pas de traçage numérique. Nous voulons prendre nos responsabilités et prévenir toutes les personnes qui doivent l’être lorsque nous sommes dépistées positives, lorsque nous sommes symptomatiques ou en contact direct avec des personnes qui le sont.

- Nous ne voulons pas que des mesures soient mises en place du jour au lendemain mais de la continuité et de l’anticipation. Par exemple, les secteurs de l’horeca auraient dû pouvoir diminuer leurs horaires et leur nombre de client·es plutôt que de devoir (re)fermer tout en quelques jours. Ne parlons pas des écoles qui découvrent par les journaux qu’elles doivent fermer en deux jours, sans que le secteur n’ait rien mis en place de sérieux pour « l’enseignement à distance » (sic).

- Nous ne voulons pas des interdictions de visites dans les prisons, les centres fermés, les maisons de repos ou tout autre lieu d’isolement.

- Nous ne voulons pas de l’impossibilité d’accompagner nos mort·es comme nous le jugeons bon.

- Nous ne voulons pas exclure les personnes les plus à risque de nos moments collectifs. Nous voulons décider avec elles des meilleures manières de nous retrouver ensemble, au cas par cas.

#maintenantonvaréglernoscomptes
#pasderetouralanormale




Pour une prise de position plus complète politiquement, lire : http://www.cadtm.org/Nous-ne-paierons-plus-leurs-crises

Pour une liste de mesures plus étoffée, lire : https://www.cadtm.org/Serie-Covid-19-mise-a-jour-3-4-Propositions-de-mesures-a-prendre

Autres articles en français de CADTM Belgique (137)

0 | 10 | 20 | 30 | 40 | 50 | 60 | 70 | 80 | ... | 130