Communiqué de presse

Présent avec une forte délégation au Forum social mondial, le CADTM s’inquiète de certains choix des organisateurs

21 janvier 2007


Le FSM a commencé hier par une séance d’ouverture dans un grand parc central de la ville avec la participation d’un peu moins de 10 000 personnes. Le CADTM regrette que la tonalité des discours d’ouverture (à quelques exceptions près) ait été très modérée. Il a surtout été question de « bonne gouvernance » et rien n’indiquait un esprit de rupture avec le système de la mondialisation Mondialisation (voir aussi Globalisation)
(extrait de F. Chesnais, 1997a)
Jusqu’à une date récente, il paraissait possible d’aborder l’analyse de la mondialisation en considérant celle-ci comme une étape nouvelle du processus d’internationalisation du capital, dont le grand groupe industriel transnational a été à la fois l’expression et l’un des agents les plus actifs.
Aujourd’hui, il n’est manifestement plus possible de s’en tenir là. La « mondialisation de l’économie » (Adda, 1996) ou, plus précisément la « mondialisation du capital » (Chesnais, 1994), doit être comprise comme étant plus - ou même tout autre chose - qu’une phase supplémentaire dans le processus d’internationalisation du capital engagé depuis plus d’un siècle. C’est à un mode de fonctionnement spécifique - et à plusieurs égards important, nouveau - du capitalisme mondial que nous avons affaire, dont il faudrait chercher à comprendre les ressorts et l’orientation, de façon à en faire la caractérisation.

Les points d’inflexion par rapport aux évolutions des principales économies, internes ou externes à l’OCDE, exigent d’être abordés comme un tout, en partant de l’hypothèse que vraisemblablement, ils font « système ». Pour ma part, j’estime qu’ils traduisent le fait qu’il y a eu - en se référant à la théorie de l’impérialisme qui fut élaborée au sein de l’aile gauche de la Deuxième Internationale voici bientôt un siècle -, passage dans le cadre du stade impérialiste à une phase différant fortement de celle qui a prédominé entre la fin de Seconde Guerre mondiale et le début des années 80. Je désigne celui-ci pour l’instant (avec l’espoir qu’on m’aidera à en trouver un meilleur au travers de la discussion et au besoin de la polémique) du nom un peu compliqué de « régime d’accumulation mondial à dominante financière ».

La différenciation et la hiérarchisation de l’économie-monde contemporaine de dimension planétaire résultent tant des opérations du capital concentré que des rapports de domination et de dépendance politiques entre États, dont le rôle ne s’est nullement réduit, même si la configuration et les mécanismes de cette domination se sont modifiés. La genèse du régime d’accumulation mondialisé à dominante financière relève autant de la politique que de l’économie. Ce n’est que dans la vulgate néo-libérale que l’État est « extérieur » au « marché ». Le triomphe actuel du « marché » n’aurait pu se faire sans les interventions politiques répétées des instances politiques des États capitalistes les plus puissants (en premier lieu, les membres du G7). Cette liberté que le capital industriel et plus encore le capital financier se valorisant sous la forme argent, ont retrouvée pour se déployer mondialement comme ils n’avaient pu le faire depuis 1914, tient bien sûr aussi de la force qu’il a recouvrée grâce à la longue période d’accumulation ininterrompue des « trente glorieuses » (l’une sinon la plus longue de toute l’histoire du capitalisme). Mais le capital n’aurait pas pu parvenir à ses fins sans le succès de la « révolution conservatrice » de la fin de la décennie 1970.
. Rien non plus contre la guerre dans les pays voisins, contre l’intervention en Somalie (avec le soutien des Etats-unis). Heureusement, il y a tout de même eu des expressions de solidarité avec la lutte du peuple palestinien, contre le blocus de Cuba, etc.

Le CADTM déplore le fait que les organisateurs aient donné la parole à Kenneth Kaunda, ancien président de la Zambie, qui a prononcé un discours sans aucune portée mobilisatrice. Il n’avait vraiment pas sa place parmi les voix alternatives réelles.

Une réunion de travail interne au CADTM s’est tenue entre la trentaine de délégués présents (Pakistan, Inde, Iles Maldives, République Démocratique du Congo, Congo-Brazzaville, Angola, Côte d’Ivoire, Bénin, Mali, Niger, Sénégal, Maroc, Tunisie, Haïti, Belgique, France et Suisse). En même temps, d’autres délégués du CADTM participaient aux réunions internationales de la Marche mondiale des Femmes et d’ATTAC. Les campagnes « dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque africaine de développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds européen de développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
 » se sont également réunies et ont mis au point un programme d’activités commun pour ce FSM qui a été diffusé à 10 000 exemplaires. Tous les soirs, les campagnes « dette » se réunissent de manière à préparer une proposition commune pour le 4e jour du FSM.

Samedi 20 janvier au soir, une première réunion des mouvements s’est tenue avec succès puisque, bien qu’elle n’ait pas été annoncée publiquement, 200 délégués y ont participé. Le CADTM a introduit la réunion notamment pour exprimer les critiques et les inquiétudes qui nous assaillent face à l’organisation de ce FSM. Il se confirme en effet qu’il n’y a pas eu d’effort suffisant pour intégrer les mouvements sociaux du pays dans la conception du programme. Fait significatif et inacceptable : les organisateurs ont fixé un droit d’entrée de 500 shillings (soit l’équivalent d’une semaine de salaire minimum), ce qui empêche la majorité des Kenyans de participer au FSM.

Sur cette question, les mouvements sociaux, après mûre réflexion et des contacts avec les organisations populaires du Kenya, ont décidé de protester dès les conférences de 8H30 du dimanche matin et de s’organiser pour que les Kenyans puissent entrer dans le stade où a lieu le FSM. Forts de cette décision, les 30 délégués du CADTM ont manifesté devant l’entrée principale, ce qui provoqué le regroupement d’un millier de personnes qui ont bloqué les portes. Un accord a été trouvé avec une organisatrice pour ouvrir les portes aux Kenyans sans payer. Il est inconcevable que le peuple du pays où se tient le FSM, ne puisse être là massivement. A Bamako, l’année passée, il n’y avait pas de droit d’entrée pour les Maliens.

A une autre porte d’entrée, la Marche mondiale des femmes a réalisé la même action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
. Les mouvements sociaux ont constitué une délégation de trois personnes pour rencontrer à ce sujet le comité organisateur. Elle est composée d’Emilie Atchaka (CADD/CADTM Bénin), de Diane Matte (MMF Money Market Funds
MMF
Les Money Market Funds (MMF) sont des sociétés financières des États-Unis et d’Europe, très peu ou pas du contrôlées ni réglementées car elles n’ont pas de licence bancaire. Ils font partie du shadow banking. En théorie, les MMF mènent une politique prudente mais la réalité est bien différente. L’administration Obama envisage de les réglementer car, en cas de faillite d’un MMF, le risque de devoir utiliser des deniers publics pour les sauver est très élevé. Les MMF suscitent beaucoup d’inquiétude vu les fonds considérables qu’ils gèrent et la chute depuis 2008 de leur marge de profit. En 2012, les MMF états-uniens maniaient 2 700 milliards de dollars de fonds, contre 3 800 milliards en 2008. En tant que fonds d’investissement, les MMF collectent les capitaux des investisseurs (banques, fonds de pension…). Cette épargne est ensuite prêtée à très court terme, souvent au jour le jour, à des banques, des entreprises et des États.
Dans les années 2000, le financement par les MMF est devenu une composante importante du financement à court terme des banques. Parmi les principaux fonds, on trouve Prime Money Market Fund, créé par la principale banque des États-Unis JP.Morgan, qui gérait, en 2012, 115 milliards de dollars. La même année, Wells Fargo, la 4e banque aux États-Unis, gérait un MMF de 24 milliards de dollars. Goldman Sachs, la 5e banque, contrôlait un MMF de 25 milliards de dollars.
Sur le marché des MMF en euros, on trouve de nouveau des sociétés états-uniennes : JP.Morgan (avec 18 milliards d’euros), Black Rock (11,5 milliards), Goldman Sachs (10 milliards) et des européennes avec principalement BNP Paribas (7,4 milliards) et Deutsche Bank (11,3 milliards) toujours pour l’année 2012. Certains MMF opèrent également avec des livres sterling. Bien que Michel Barnier ait annoncé vouloir réglementer le secteur, jusqu’à aujourd’hui rien n’a été mis en place. Encore des déclarations d’intention...
1. L’agence de notation Moody’s a calculé que pendant la période 2007-2009, 62 MMF ont dû être sauvés de la faillite par les banques ou les fonds de pensions qui les avaient créés. Il s’est agi de 36 MMF opérant aux États-Unis et 26 en Europe, pour un coût total de 12,1 milliards de dollars. Entre 1980 et 2007, 146 MMF ont été sauvés par leurs sponsors. En 2010-2011, toujours selon Moody’s, 20 MMF ont été renfloués.
2 Cela montre à quel point ils peuvent mettre en danger la stabilité du système financier privé.
Québec) et de Trevor Mgwamé (Soweto, Afrique du Sud).

Dimanche, une conférence commune des campagnes « dette » s’est déroulée. Pour le CADTM, Emilie Atchaka (Bénin), Farouk Ta-riq (Pakistan) et Olivier Bonfond (Belgique) ont pris la parole. En même temps, le CADTM présentait le livre « Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
, le coup d’Etat permanent
 » devant un public de 80 personnes, ce qui est un très bon résultat de participation. Car, pour l’ambiance générale, les organisateurs ont été pris d’un délire de gigantisme en louant un énorme stade sportif et en installant des infrastructures à un prix exorbitant. Ces infrastructures sont capables d’accueillir au moins 60 000 personnes alors qu’à première vue, on ne doit pas dépasser les 12 000 participants. Résultat : certaines grandes salles sont vides ou pratiquement pas occupées.

Autre élément de critique : les organisateurs ont scellé un accord avec une chaîne de télécommunication privée qui a le monopole des transmissions au cours de ce forum et qui le sponsorise ! Ce qui pourrait amener le CADTM à lancer le slogan : « le FSM n’est pas une marchandise » ou ne devrait pas l’être !

Le CADTM espère, avec les autres mouvements sociaux présents, arriver à ce que la journée du 24 janvier soit une réelle journée de convergence, en dépit du fait que les organisateurs aient prévu un programme qui la rend difficile.