Promenade anti-coloniale à Bruxelles, l’ancienne métropole du Congo

17 septembre 2008 par Pauline Imbach


COLLECTIF MEMOIRES COLONIALES

1908-2008

Pour le centenaire de la reprise par la Belgique du Congo de Léopold II, le Collectif Mémoires Coloniales dénonce les aspects négatifs et meurtriers de la colonisation et propose un cycle d’événements sur le thème « patrimoine public colonial contesté ».

Le Collectif « Mémoires coloniales » créé en mars 2008, à l’initiative du CADTM Belgique, réunit des associations, des individus belges et congolais. Il bénéficie déjà d’un large soutien.

Membres d’associations, écrivains, historiens, journalistes et citoyens : tous se sont engagés au sein du Collectif pour contester la lecture de l’histoire coloniale, empreint d’images d’Epinal et de discours trop souvent révisionnistes.

Pour cette première année d’action Action
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Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
, le Collectif a choisi de travailler sur le thème du patrimoine public colonial. Il entend ainsi examiner les statues, monuments et noms de rues qui glorifient la colonisation, et réfléchir sur les différents modes de contestations à mettre en place.

Trois journées d’action et de réflexion seront organisées et un mémorandum portant l’ensemble des revendications du collectif sera publié.

14 SEPTEMBRE 2008

Le dimanche 14 septembre, le Collectif Mémoires Coloniales organisait sa première journée d’action. Quoi de mieux, en guise d’introduction à de futurs débats, que de planter le décor par un voyage historique dans le patrimoine public colonial bruxellois ? A travers cette promenade, Lucas Catherine, notre guide, auteur de Léopold II, la folie des grandeurs, nous a permis de comprendre l’omniprésence du Congo et du passé colonial belge dans le quotidien bruxellois. Au fur et à mesure du parcours, des panneaux explicatifs ont été déposés devant certains monuments, pour que des promeneurs et passants puissent aussi profiter de ces précieux renseignements historiques.

Près de 70 personnes et un magnifique soleil étaient au rendez vous, place Royale devant la statue de Godefroid de Bouillon.

A 14h00, le groupe s’est dirigé vers l’Hôtel Belle-Vue, hôtel acheté en 1902 avec de l’argent originaire du Congo. Puis nous avons pris la rue de Namur et la rue Brederode, où nous avons découvert le quartier général de l’Etat indépendant du Congo et mille et une anecdotes sur Léopold II, de ses fantasmes architecturaux à ses phobies microbiennes …
Lucas Catherine nous a aussi enseigné les dessous de la donation royale. Léopold II qui avait peur de voir son patrimoine divisé, en a fait donation à la monarchie belge. Ce patrimoine colossal, dont la monarchie a l’usufruit, est composé entre autre de villages entiers, de palais bruxellois, de parcs (Elisabeth, le parc de Forest à Saint Gilles) ou encore de cinémas comme celui de Matonge, ou encore le cinéma Vendôme.

Arrivés place du Trône, nous avons appris que le majestueux Léopold II, perché sur son cheval de bronze, tourne le dos à son palais pour mieux sourire … à son banquier : le baron Lambert. Lambert était le beau-fils des Rothschild, famille qui avait financé l’Etat belge lorsque Léopold Ier est devenu le premier roi belge. Après ces révélations sur la création de la Belgique et quelques autres détails insolents, nous avons accroché sur la statue de Léopold II une plaque dénonçant les crimes de Léopold II au Congo.

Nous avons ensuite repris notre chemin rue Ducale et traversé le parc vers la rue Royale. La traversée du parc correspond à un passage d’époques : on quitte la période léopoldienne pour rencontrer les témoignages patrimoniaux de la période coloniale de l’Etat belge en tant que tel. Là, nous avons découvert l’ancien siège de la Forminière, compagnie d’exploitation forestière et minière du Congo belge et celui de l’Union Minière du Haut Katanga, qui a produit l’uranium pour les bombes à Hiroshima et Nagasaki. Nous y avons respectivement placé deux plaques explicatives pour informer les Bruxellois !

Au vue de l’engouement collectif et du soleil qui ne nous a pas fait défaut, notre guide nous a ensuite donné rendez vous au Parc du Cinquantenaire pour continuer la visite historique. Après quelques minutes de métro, changement de décor !

Nous voilà devant le plus grand monument colonial de Belgique. Ce monument commémore la guerre que Léopold II a faite contre les Zanzibarites qui contrôlaient l’est du Congo. Auparavant, on pouvait y lire que les Belges avaient anéanti l’esclavagisme arabe, mais la grande mosquée qui se trouve juste à côté, le MRAX et la ligue des droits de l’homme ont officiellement demandé que le mot « arabe » soit enlevé. Après des péripéties juridiques et de vives réactions de la droite, il a été officiellement décidé que le mot « arabe » devait être enlevé.

Ce monument est donc extrêmement important pour le collectif et autres militants qui se battent pour que le patrimoine colonial soit revisité (modifié, expliqué, contextualité …) : cette décision juridique est un précédent sur lequel on peut s’appuyer. Cette décision permet par exemple que les monuments soient dotés de notes explicatives rectificatives.

Cette journée a été très riche et la participation vraiment encourageante ! Quand nous avons créée ce collectif, nous ne savions pas que la critique de l’histoire coloniale pouvait rassembler tant de gens, de tous milieux et de tous âges.
Avec cette promenade coloniale, première étape d’un cycle d’action, nous avons appris une mine d’informations importantes et une myriade d’anecdotes cocasses. Nous avons ouvert notre appétit aux connaissances sur notre histoire et sur le patrimoine colonial qui nous entoure.
Heureusement, la journée d’étude sur le patrimoine public colonial du 27 septembre approche. Les exposés, les débats et les témoignages compléteront les connaissances acquises lors de cette promenade et nous permettront d’aller encore plus loin dans la démarche de revisiter l’histoire !

Au 27 septembre donc !




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