Protégeons les civils : arrêt immédiat des bombardements de l’Otan en Libye et accueil des populations réfugiées

15 avril 2011 par CNAPD


Durant les quelques jours qui ont précédé et amené la promulgation de la résolution 1973 du Conseil de sécurité des Nations Unies, la CNAPD rappelait déjà que d’autres méthodes, non-violentes, pouvaient et devaient être mises en œuvre afin de tout faire pour éviter un recours à la force, toujours synonyme de désastres humains et humanitaires. Dans le feu de l’actualité, le débat, encouragé par les médias, à malheureusement gravité autour d’une seule question apparemment simple : soit on soutient l’établissement d’une zone d’exclusion aérienne, soit on ne fait rien.

La résolution 1973, mandatant « par tous les moyens », la « coalition des volontaires » à « protéger les civils » libyens, est aujourd’hui largement outrepassée. Les forces occidentales, marquant leurs options politiques, s’emploient clairement à soutenir les insurgés, au prix de « dommages collatéraux » meurtriers ; et d’une illégitimité grandissante. Celle-ci s’est davantage approfondie – de notre point de vue mais surtout du point de vue des populations arabes – dès lors que l’OTAN OTAN
Organisation du traité de l’Atlantique Nord
Elle assure aux Européens la protection militaire des États-Unis en cas d’agression, mais elle offre surtout aux États-Unis la suprématie sur le bloc occidental. Les pays d’Europe occidentale ont accepté d’intégrer leurs forces armées à un système de défense placé sous commandement américain, reconnaissant de ce fait la prépondérance des États-Unis. Fondée en 1949 à Washington et passée au second plan depuis la fin de la guerre froide, l’OTAN comprenait 19 membres en 2002 : la Belgique, le Canada, le Danemark, les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne, l’Islande, l’Italie, le Luxembourg, la Norvège, les Pays-Bas, le Portugal, auxquels se sont ajoutés la Grèce et la Turquie en 1952, la République fédérale d’Allemagne en 1955 (remplacée par l’Allemagne unifiée en 1990), l’Espagne en 1982, la Hongrie, la Pologne et la République tchèque en 1999.
a officiellement pris le contrôle de l’opération ; nouvel exemple d’une relation privilégiée que l’Alliance entretient avec l’Organisation des Nations Unies, auprès de laquelle elle propose hypocritement ses services pour des missions de « maintien » de la « paix » soigneusement sélectionnées. La responsabilité de protéger n’est apparemment pas calculée partout sur base des mêmes critères.

En Belgique, la participation à l’effort de guerre a été unanimement soutenue par nos parlementaires [1] L’intensification progressive de cette participation était à prévoir. La question de savoir l’intérêt de la Belgique à prendre part à ces bombardements et la plus-value Plus-value La plus-value est la différence entre la valeur nouvellement produite par la force de travail et la valeur propre de cette force de travail, c’est-à-dire la différence entre la valeur nouvellement produite par le travailleur ou la travailleuse et les coûts de reproduction de la force de travail.
La plus-value, c’est-à-dire la somme totale des revenus de la classe possédante (profits + intérêts + rente foncière) est donc une déduction (un résidu) du produit social, une fois assurée la reproduction de la force de travail, une fois couverts ses frais d’entretien. Elle n’est donc rien d’autre que la forme monétaire du surproduit social, qui constitue la part des classes possédantes dans la répartition du produit social de toute société de classe : les revenus des maîtres d’esclaves dans une société esclavagiste ; la rente foncière féodale dans une société féodale ; le tribut dans le mode de production tributaire, etc.

Le salarié et la salariée, le prolétaire et la prolétaire, ne vendent pas « du travail », mais leur force de travail, leur capacité de production. C’est cette force de travail que la société bourgeoise transforme en marchandise. Elle a donc sa valeur propre, donnée objective comme la valeur de toute autre marchandise : ses propres coûts de production, ses propres frais de reproduction. Comme toute marchandise, elle a une utilité (valeur d’usage) pour son acheteur, utilité qui est la pré-condition de sa vente, mais qui ne détermine point le prix (la valeur) de la marchandise vendue.

Or l’utilité, la valeur d’usage, de la force de travail pour son acheteur, le capitaliste, c’est justement celle de produire de la valeur, puisque, par définition, tout travail en société marchande ajoute de la valeur à la valeur des machines et des matières premières auxquelles il s’applique. Tout salarié produit donc de la « valeur ajoutée ». Mais comme le capitaliste paye un salaire à l’ouvrier et à l’ouvrière - le salaire qui représente le coût de reproduction de la force de travail -, il n’achètera cette force de travail que si « la valeur ajoutée » par l’ouvrier ou l’ouvrière dépasse la valeur de la force de travail elle-même. Cette fraction de la valeur nouvellement produite par le salarié, Marx l’appelle plus-value.

La découverte de la plus-value comme catégorie fondamentale de la société bourgeoise et de son mode de production, ainsi que l’explication de sa nature (résultat du surtravail, du travail non compensé, non rémunéré, fourni par le salarié) et de ses origines (obligation économique pour le ou la prolétaire de vendre sa force de travail comme marchandise au capitaliste) représente l’apport principal de Marx à la science économique et aux sciences sociales en général. Mais elle constitue elle-même l’application de la théorie perfectionnée de la valeur-travail d’Adam Smith et de David Ricardo au cas spécifique d’une marchandise particulière, la force de travail (Mandel, 1986, p. 14).
que cela apporte à la situation devra se poser avec une acuité certaine dès que possible. Pour l’heure et vu l’urgence de la situation, les députés doivent prendre acte de leurs erreurs et exiger un retrait des troupes et appareillages belges.

En outre, la « protection des civils » tant soulignée s’opère dans d’autres champs d’action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
. Parmi ceux-ci doit figurer un accueil sans faille des réfugiés, premières victimes d’une situation que nous avons contribué à créer (qu’il s’agisse de la Tunisie, de la Libye ou de tout autre pays). A cet égard, la contradiction qu’entraîne la volonté affichée de plusieurs États-membres de l’Union européenne, dont la Belgique, d’un renforcement des contrôles aux frontières pour empêcher l’arrivée des réfugiés venus d’Afrique du Nord est parfaitement scandaleuse dans son principe même ; a fortiori de la part de pays qui se targuent de vouloir protéger les civils pour justifier une intervention armée. Plus qu’une quelconque solidarité entre pays membres de l’Union européenne, la question de l’accueil des réfugiés relève d’un principe humanitaire élémentaire.

La guerre en Libye s’enlise de plus en plus. Pour en sortir et éviter l’allongement de la liste déjà trop longue des dérapages, la solution est politique et l’a toujours été. Un cessez-le-feu doit être déclaré afin de donner aux belligérants la possibilité de s’expliquer (explications qui ne feront pas l’impasse de la question du départ du Colonel Kadhafi) autrement que par les mots inaudibles et assourdissants des bombes ; et des réponses sanglantes qu’ils suscitent. La CNAPD souligne à cette occasion les efforts de médiation opérés pour le moment. Il faut oser croire en la vertu pacificatrice du dialogue. Agir autrement reviendrait à rendre encore plus explicite le parti pris des interventionnistes et leur non-volonté de paix, si ce n’est au prix de la guerre ; la vraie, l’avouée. Ainsi en est-il de la position de l’OTAN qui, malgré son constat de l’absence de solution militaire en Libye, opèrent depuis 15 jours des bombardements massifs et meurtriers.

Les revendications démocratiques et sociales du peuple libyen contre la dictature doivent pouvoir se réinscrire dans le processus fondamental insufflé depuis la Tunisie vers tous les peuples d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient marquant le pas de l’injustice et de ses soubresauts postcoloniaux à l’agonie.

Pour la CNAPD

Isabelle Grippa

Présidente



Notes

[1Ceux-là même qui dénonçaient l’opacité de la prise de décision et de l’exécution des mandats militaires en Belgique, et qui se retrouvent à nouveau aujourd’hui démunis face au déroulement bellicistes des opérations.