Presse internationale

Réforme du FMI : tout bouge pour que rien ne change

20 septembre 2006 par François Bambou


Les réformes internes menées traduisent sa volonté d’acquérir davantage de légitimité dans le monde, sans pour autant changer sa nature d’instrument au service et aux mains d’une minorité de pays dits riches.

Plutôt que de résoudre la question de la marginalisation qui frappe les pays du Sud, la reforme du Fonds monétaire international FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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engagée à Singapour, à l’occasion des assemblées annuelles du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
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pourrait simplement contribuer à creuser davantage le fossé entre les pays qui subissent les Fmi et ceux qui le dirigent. La réforme majeure intervenue, soixante ans après la création du Fmi, consiste à revoir à la hausse les droits de vote de certains pays dits émergents, notamment la Chine, le Mexique, la Turquie et la Corée du Sud. Ces pays se sont bâtis, avec l’appui des plus pauvres, notamment d’Afrique, pour faire céder les instances du Fmi qui acceptent enfin de reconnaître que l’organisation a plus que perdu de sa légitimité en restant un instrument international aux seules mains de quelques puissances, elles-mêmes à genoux devant la toute puissance financière des Etats-Unis au sein du Fmi.

Trop de publicité a été faite autour de cette réforme du Fmi. Pourtant, les changements sont incontestablement maigres et leur portée presque nulle. Par exemple, un pays comme la Turquie voit ses droits de vote passer de 0,45 à 0,55 %. Dans une machine dominée par les Etats-Unis et qui servira exclusivement les intérêts des pays industriels qui exportent vers ceux du Sud, une telle modification n’apporte pas un ordre nouveau au sein de l’institution financière internationale, pas plus qu’elle ne lui confère plus de légitimité pour continuer à impose des politiques douloureuses aux pays dont le pouvoir de décision est quasi nul au sein de l’organisation. “ Il n’y a pas là de quoi mettre en péril la mainmise des grandes puissances. C’est néanmoins suffisant pour flatter l’ego des dirigeants des pays stratégiques aux yeux des Etats-Unis et de Wall Street ”, ironise le comité pour l’annulation de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
du tiers-monde [1]. Les dirigeants du Fmi jouent à en être conscient en promettant une redistribution plus conséquente des droits de vote en 2008. Ainsi, les pays émergents Pays émergents Les pays émergents désignent la vingtaine de pays en développement ayant accès aux marchés financiers et parmi lesquels se trouvent les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud). Ils se caractérisent par un « accroissement significatif de leur revenu par habitant et, de ce fait, leur part dans le revenu mondial est en forte progression ». (car les pays pauvres n’auront droit à rien) qui n’ont pas bénéficié de la mansuétude du staff du Fonds, espèrent-ils, en 2008, que justice leur sera rendue via une augmentation de leur pouvoir au sein des instances de décision.

Une hypothèse qui fait déjà place aux débats les plus saugrenus parmi les pays influents du Fmi puisqu’il s’agira de repartir le plus équitablement possible les pouvoirs de vote au sein de l’organisation, sur quelle base va-t-on déterminer la puissance économique d’une pays ? “ Les Etats-Unis veulent mettre l’accent sur le produit intérieur brut PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
(Pib), les Européens insistent sur l’ouverture des marchés, le Japon ne veut pas donner plus de poids aux pays ayant engrangé des réserves importantes de changes, comme la Chine voisine ”, explique la Libre Belgique, pour traduire cet embarras Autant dire que le jeu des pouvoirs ne fait que commencer, et que les pays dit nantis ont profité de cette redistribution des cartes prévue dans deux ans pour régler leurs comptes à quelques pays hostiles ou qui profitent de critères spécieux pour s’adjuger une place encore plus importante au sein de l’institution financière, en donnant une illusion de réforme. Par exemple, “si l’on mesure l’ouverture des pays de l’Union européenne à l’aune de leur commerce intra-européen, il est hautement probable que la nouvelle formule révisée donnera lieu à une représentation encore plus biaisée des économies émergentes au sein du Fmi”, a averti un responsable argentin. L’ensemble de l’Amérique du Sud est contre le projet, selon le ministre brésilien de l’économie, Guido Mantega. Mais, en pourcentage de voix, ils ne font pas le poids. “L’approbation d’une réforme avec autant de pays opposés causerait une crise de représentativité du Fmi”, a-t-il averti. Bref, la légitimité du Fmi est encore loin d’être conquise.

La preuve, l’économiste Georges Monbiot, auteur de plusieurs ouvrages de référence sur la réforme de l’économie mondiale, est plus que dubitatif sur les vertus de ces réformes du Fmi. “ Comme la plupart des concessions que font les régimes dictatoriaux, la réforme semble conçue non pas pour catalyser des changements ultérieurs mais pour les empêcher. En augmentant légèrement les parts (et donc les droits de vote) de la Chine, de la Corée du Sud, du Mexique et de la Turquie, le “ régime ” espère acheter les seigneurs de la guerre rebelles les plus puissants, tout en tenant en respect la foule. Il a même jeté quelques petits sous depuis le balcon afin que les misérables puissent se les disputer ”, analyse-t-il avant de désespérer des dirigeants de cette organisation. “ Le Fmi est une institution qui compte 184 membres. Il est dirigé par seulement sept d’entre eux : les Etats-Unis, le Japon, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la France, le Canada et l’Italie. Il se trouve que ce sont là les sept pays qui (avec la Russie) ont promis de sauver le monde lors de la réunion du G8 G8 Ce groupe correspond au G7 plus la Fédération de Russie qui, présente officieusement depuis 1995, y siège à part entière depuis juin 2002. en 2005. Cette junte justifie son contrôle en insistant sur le principe : “ un dollar, un vote ! ”. Plus grand est le quota financier d’un pays, plus il a de pouvoir pour diriger le Fmi. Cela veut donc dire que le Fmi est administré par ceux qu’il affecte le moins. Une décision importante exige 85 % des droits de vote, ce qui attribue aux Etats-Unis, qui en possèdent 17 %, un droit de veto sur les affaires importantes du Fmi. Le Royaume-Uni, l’Allemagne, la France et le Japon, ensemble, possèdent 22 % des droits de vote, et chacun a un siège permanent dans le Conseil d’administration. Grâce à un arrangement bizarre qui permet aux pays riches de parler au nom des pays pauvres, le Canada et l’Italie contrôlent effectivement 8 % supplémentaires. Les autres pays européens sont aussi remarquablement puissants : la Belgique, par exemple, jouit d’un droit de vote direct de 2,1 % et indirect de 5,1 %, soit plus du double des droits de vote de l’Inde et du Brésil. L’Europe, le Japon, le Canada et les Etats-Unis disposent d’un total de 63 %. Les 80 pays les plus pauvres, au contraire, ne possèdent que 10 %, tous réunis. Ces quotas ne reflètent même plus les véritables contributions financières au Fmi. Il se procure aujourd’hui la plus grande partie de son capital grâce aux remboursements de la dette de ses Etats vassaux. Mais les pays du G7 G7 Groupe réunissant les pays les plus puissants de la planète : Allemagne, Canada, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Japon. Leurs chefs d’État se réunissent chaque année généralement fin juin, début juillet. Le G7 s’est réuni la première fois en 1975 à l’initiative du président français, Valéry Giscard d’Estaing. continuent d’agir comme si le Fmi leur appartenait ”.
D’autant que pour les peuples du Sud, qui subissent les effets dévastateurs des politiques du Fmi depuis trois décennies, le réforme majeure à effectuer consiste réviser les statuts pour les adapter la donne actuelle et à son action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
en Afrique, et surtout corriger son mode opératoire pour que l’Afrique ne soit plus un laboratoire où on essaie impunément des politiques économiques foireuses conçues à Washington, et qui, lorsqu’elles se révèlent inefficaces et nuisibles à la croissance, sont remises sur le dos de pauvres gouvernements à qui l’on a tout imposé.




François Bambou

La Nouvelle Expression