Renforçons la lutte contre les dettes illégitimes, le système patriarcal, le capitalisme écocidaire, le néofascisme et les agressions impérialistes

Déclaration de l’Assemblée mondiale du réseau international CADTM à Cotonou le 3 août 2026

4 août par CADTM




  1. Nous, déléguées de la 8e Assemblée mondiale du CADTM — Comité pour l’abolition des dettes illégitimes —, venues d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine et des Caraïbes, du Moyen-Orient, d’Europe et d’Amérique du Nord, réunies à Cotonou, au Bénin, du 31 juillet au 3 août 2026, réaffirmons notre lutte commune contre la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque africaine de développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds européen de développement.
    Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
    Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
    illégitime, mécanisme qui transfère la richesse créée par les travailleureuses, les paysannes et les classes populaires au profit des créancieres, des capitalistes et des classes dominantes tant du Sud que du Nord. Nous sommes déterminées à poursuivre notre lutte contre le système capitaliste qui détruit la Nature, engendre, exacerbe et entretient l’exploitation, les inégalités et l’oppression à travers la planète, et qui perpétue et renforce le patriarcat, le racisme, le système des castes, le communautarisme, la xénophobie, l’ultranationalisme et le fondamentalisme religieux.
  2. Nous déclarons que les peuples du monde sont confrontés à une nouvelle crise de la dette et de plus en plus grave, provoquée non pas par leurs propres choix, mais par des politiques imposées par les classes dominantes notamment au Nord avec la complicité des élites du Sud en profitant des chocs externes successifs : la pandémie de Covid-19 ; la guerre en Ukraine et l’explosion des prix des denrées alimentaires et de l’énergie ; les hausses brutales des taux d’intérêt Taux d'intérêt Quand A prête de l’argent à B, B rembourse le montant prêté par A (le capital), mais aussi une somme supplémentaire appelée intérêt, afin que A ait intérêt à effectuer cette opération financière. Le taux d’intérêt plus ou moins élevé sert à déterminer l’importance des intérêts.
    Prenons un exemple très simple. Si A emprunte 100 millions de dollars sur 10 ans à un taux d’intérêt fixe de 5 %, il va rembourser la première année un dixième du capital emprunté initialement (10 millions de dollars) et 5 % du capital dû, soit 5 millions de dollars, donc en tout 15 millions de dollars. La seconde année, il rembourse encore un dixième du capital initial, mais les 5 % ne portent plus que sur 90 millions de dollars restants dus, soit 4,5 millions de dollars, donc en tout 14,5 millions de dollars. Et ainsi de suite jusqu’à la dixième année où il rembourse les derniers 10 millions de dollars, et 5 % de ces 10 millions de dollars restants, soit 0,5 millions de dollars, donc en tout 10,5 millions de dollars. Sur 10 ans, le remboursement total s’élèvera à 127,5 millions de dollars. En général, le remboursement du capital ne se fait pas en tranches égales. Les premières années, le remboursement porte surtout sur les intérêts, et la part du capital remboursé croît au fil des ans. Ainsi, en cas d’arrêt des remboursements, le capital restant dû est plus élevé…
    Le taux d’intérêt nominal est le taux auquel l’emprunt est contracté. Le taux d’intérêt réel est le taux nominal diminué du taux d’inflation.
    décidées par les banques centrales du Nord à partir de 2022 ; et désormais les répercussions de la guerre contre l’Iran et dans le détroit d’Ormuz et plus largement la région du Golfe, qui ont fait grimper les coûts de l’énergie, du fret et des engrais, détruit des moyens de subsistance et déplacé des travailleureuses dans des régions entières. Les pays du Sud sont contraints de payer le prix de chocs générés au cœur même du système mondial, tandis que l’endettement des ménages écrase les classes populaires tant au Nord qu’au Sud.
  3. Nous dénonçons les mécanismes imposés par les créancieres et présentés comme des « solutions » à cette crise. Les restructurations menées dans le cadre du Cadre commun du G20 G20 Le G20 est une structure informelle créée par le G7 (Allemagne, Canada, États-Unis, France, Italie, Japon, Royaume-Uni) à la fin des années 1990 et réactivée par lui en 2008 en pleine crise financière dans le Nord. Les membres du G20 sont : Afrique du Sud, Allemagne, Arabie saoudite, Argentine, Australie, Brésil, Canada, Chine, Corée du Sud, États-Unis, France, Inde, Indonésie, Italie, Japon, Mexique, Royaume-Uni, Russie, Turquie, Union européenne (représentée par le pays assurant la présidence de l’UE et la Banque Centrale européenne ; la Commission européenne assiste également aux réunions). L’Espagne est devenue invitée permanente. Des institutions internationales sont également invitées aux réunions : le Fonds monétaire international, la Banque mondiale. Le Conseil de stabilité financière, la BRI et l’OCDE assistent aussi aux réunions. et des programmes du FMI FMI
    Fonds monétaire international
    Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

    À ce jour, 190 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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    ont bien mieux protégé les créancieres privées et multilatérauxales que les populations concernées. Le G20 a concédé des réductions dérisoires sur la dette bilatérale et s’est limité à reporter les échéances de paiement. En conséquence, les pays concernés ont été forcés de reprendre les remboursements. Les conditionnalités Conditionnalités Ensemble des mesures néolibérales imposées par le FMI et la Banque mondiale aux pays qui signent un accord, notamment pour obtenir un aménagement du remboursement de leur dette. Ces mesures sont censées favoriser l’« attractivité » du pays pour les investisseurs internationaux mais pénalisent durement les populations. Par extension, ce terme désigne toute condition imposée en vue de l’octroi d’une aide ou d’un prêt. néolibérales imposées notamment par le FMI et la Banque mondiale Banque mondiale
    BM
    La Banque mondiale regroupe deux organisations, la BIRD (Banque internationale pour la reconstruction et le développement) et l’AID (Association internationale de développement). La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies.

    En 2022, 189 pays en sont membres.

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    ont été renforcées et ont conduit à une aggravation dramatique de la situation des économies et des classes populaires.
  4. Nous exigeons l’annulation immédiate et inconditionnelle de toutes les dettes illégitimes, illégales, odieuses et insoutenables — publiques et privées, extérieures et intérieures. Nous appelons les gouvernements du Sud à exercer leur droit souverain de suspendre unilatéralement le remboursement de la dette, de procéder à un audit de leurs dettes avec la pleine participation des mouvements sociaux et des masses laborieuses, et de répudier les dettes contractées contre les intérêts de leurs peuples. De récentes victoires judiciaires et constitutionnelles ont concrètement démontré que les dettes illégitimes peuvent être identifiées, déclarées nulles et annulées. Nous nous engageons à généraliser les audits citoyens et citoyennes de la dette et l’éducation populaire qui rendent compréhensible, pour chaque travailleureuse, paysanne, étudiante et habitante des quartiers populaires, une architecture financière délibérément opaque.
  5. Notre exigence de transparence, d’audit et d’annulation s’applique à tous les créancieres sans exception : prêteureuses privées, institutions multilatérales, prêteureuses bilatérauxales. Nous rejetons à la fois la propagande qui désigne une seule créanciere pour en absoudre les autres, et toute complaisance envers des puissances dont les prêts reproduisent la même logique que les autres prêteureuses. Les BRICS BRICS Le terme de BRICS (acronyme anglais désignant Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) a été utilisé pour la première fois en 2001 par Jim O’Neill, alors économiste à la banque Goldman Sachs. La forte croissance économique de ces pays, combinée à leur position géopolitique importante (ces 5 pays rassemblent près de la moitié de la population mondiale sur 4 continents et près d’un quart du PIB mondial) font des BRICS des acteurs majeurs des activités économiques et financières internationales. et leur Nouvelle Banque de développement ne constituent pas une alternative pour les peuples : leurs gouvernements appliquent les mêmes recettes néolibérales, entretiennent des liens commerciaux et militaires croissants avec l’entité israélienne génocidaire, et plusieurs d’entre eux mènent leurs propres politiques impérialistes ou sous-impérialistes. Ce qui compte pour le CADTM, c’est l’exercice de la souveraineté des peuples sur leurs ressources et leurs budgets.
  6. Nous réitérons notre appel à l’abolition de toutes les formes de dette privée illégitime réclamée aux classes populaires : microcrédit abusif, fintech et prêts numériques, dette paysanne, dette étudiante et dette des ménages contractée simplement pour survivre. Présentés comme des instruments d’« inclusion financière » et d’émancipation des femmes — qui constituent la majorité de leurs victimes —, ces systèmes d’intérêts prédateurs et de dépossession ont plongé des centaines de millions de familles dans la servitude pour dettes, dans la dépossession de leurs terres et ont produit une augmentation des suicides. La lutte contre le système de la dette est indissociable de la lutte féministe : l’austérité impose aux femmes de pallier la carence des services publics par le travail gratuit d’éducation et de soins qu’elles assurent au foyer. Les femmes sont exploitées tant comme salariées que comme petites productrices, petites commerçantes, artisanes et au niveau de la reproduction sociale dans le cadre des tâches ménagères dont elles supportent principalement le poids. La privatisation et la réduction des subventions aux services publics impactent plus fortement les femmes que les hommes. Toutes les femmes qu’elles soient salariées ou non sont très fortement exploitées et participent activement aux luttes d’émancipation. Ce sont les femmes qui sont en première ligne de la résistance.
  7. Nous déclarons que la catastrophe climatique et le système de la dette forment désormais un seul et même mécanisme de dépossession. Les pays dévastés par des cyclones, des inondations, des sécheresses et des vagues de chaleur auxquelles ils n’ont pratiquement pas contribué sont contraints d’emprunter pour leur propre reconstruction auprès des institutions mêmes dont le modèle a engendré leur vulnérabilité. Nous rejetons le financement climatique sous la forme d’instruments générateurs de dette — marchés du carbone, échanges « dette contre nature » et « dette contre climat », obligations Obligations
    Obligation
    Part d’un emprunt émis par une société ou une collectivité publique. Le détenteur de l’obligation, l’obligataire, a droit à un intérêt et au remboursement du montant souscrit. L’obligation est souvent l’objet de négociations sur le marché secondaire.
    de résilience et mécanismes conditionnels — et exigeons que ce financement prenne la forme de subventions inconditionnelles et de réparations pour la dette écologique Dette écologique La dette écologique est la dette contractée par les pays industrialisés envers les autres pays à cause des spoliations passées et présentes de leurs ressources naturelles, auxquelles s’ajoutent la délocalisation des dégradations et la libre disposition de la planète afin d’y déposer les déchets de l’industrialisation.

    La dette écologique trouve son origine à l’époque coloniale et n’a cessé d’augmenter à travers diverses activités :

    • La « dette du carbone ». C’est la dette accumulée en raison de la pollution atmosphérique disproportionnée due aux grandes émissions de gaz de certains pays industriels, avec, à la clé, la détérioration de la couche d’ozone et l’augmentation de l’effet de serre.
    • La « biopiraterie ». C’est l’appropriation intellectuelle des connaissances ancestrales sur les semences et sur l’utilisation des plantes médicinales et d’autres végétaux par l’agro-industrie moderne et les laboratoires des pays industrialisés qui, comble de l’usurpation, perçoivent des royalties sur ces connaissances.
    • Les « passifs environnementaux ». C’est la dette due au titre de l’exploitation sous-rémunérée des ressources naturelles, grevant de surcroît les possibilités de développement des peuples lésés : pétrole, minéraux, ressources forestières, marines et génétiques.
    • L’exportation vers les pays les plus pauvres de produits dangereux fabriqués dans les pays industriels.

      Dette écologique et dette extérieure sont indissociables. L’obligation de payer la dette extérieure et ses intérêts impose aux pays débiteurs de réaliser un excédent monétaire. Cet excédent provient pour une part d’une amélioration effective de la productivité et, pour une autre part, de l’appauvrissement des populations de ces pays et de l’abus de la nature. La détérioration des termes de l’échange accentue le processus : les pays les plus endettés exportent de plus en plus pour obtenir les mêmes maigres recettes tout en aggravant mécaniquement la pression sur les ressources naturelles.
    que le Nord industrialisé et ses entreprises doivent aux peuples du Sud.
  8. Nous exigeons des réparations pour les crimes historiques sur lesquels l’ordre mondial actuel a été bâti : la colonisation, l’esclavage et la traite négrière, le génocide et les déplacements forcés. Nous exigeons la restitution du tribut extorqué aux peuples qui ont payé des rançons pour leur propre liberté, l’annulation des dettes héritées des régimes coloniaux, d’apartheid et dictatoriaux, ainsi que la restitution inconditionnelle des avoirs souverains gelés par les puissances impérialistes à titre de punition collective infligée à des populations entières.
  9. L’assemblée mondiale du Comité pour l’abolition des dettes illégitimes (CADTM) condamne la répression étatique et internationale en Haïti, exige le remboursement intégral de la « dette d’indépendance » historique et rejette catégoriquement toute forme d’intervention militaire ou d’ingérence étrangère. Nous dénonçons le fait que les bandes criminelles qui terrorisent la population civile ont été instrumentalisées par les pouvoirs en place pour fragmenter le tissu social et freiner les mobilisations populaires. Nous condamnons la persécution officielle dont sont victimes les syndicats, les organisations paysannes et les collectifs étudiants qui résistent pacifiquement dans les rues. De même, nous rejetons la crise humanitaire délibérée, qui se produit avec la complicité des autorités locales face au manque structurel de nourriture, de soins de santé et de services de base, ce qui aggrave les souffrances du peuple haïtien ; Nous exigeons donc une réparation historique pour la double dette : celle que la France a contractée en raison de l’extorsion coloniale qui a contraint Haïti à payer 150 millions de francs, et la réparation pour l’entrave mise en place par les banques françaises qui ont prêté de l’argent à des taux usuraires afin qu’Haïti puisse s’acquitter de cette dette.
  10. Nous réaffirmons notre solidarité inconditionnelle avec le peuple palestinien, victime du génocide sioniste en cours qui constitue le fait politique central de notre époque. Nous exigeons la fin immédiate du génocide, de l’occupation et de l’écocide, la reconnaissance des droits du peuple palestinien, la rupture des Accords d’Abraham et de tous les accords militaires, économiques, universitaires et culturels avec Israël, ainsi qu’un soutien total aux procédures engagées devant la Cour internationale de justice et la Cour pénale internationale. Nous dénonçons l’agression israélienne contre le Liban et l’écocide en cours sur son territoire. Nous condamnons la guerre d’agression américano-israélienne contre l’Iran, dont les conséquences sont supportées par les classes populaires du monde entier.
  11. Nous apportons notre soutien aux populations de l’Est de la République Démocratique du Congo qui depuis plusieurs décennies subissent le pillage de leurs ressources naturelles par des grandes entreprises privées et des pays comme le Rwanda qui utilisent la violence des groupes armés et de leurs propres troupes pour atteindre leurs objectifs. Nous sommes solidaires de toutes les populations locales et en particulier des femmes qui sont les premières victimes de ces agressions car le viol est utilisé comme arme de guerre et de soumission. Le nombre de victimes se compte par millions.
  12. Nous sommes également solidaires des populations du Soudan et sa région qui après s’être débarrassées d’une dictature subissent depuis plusieurs années les violences qui proviennent aussi bien de l’armée officielle que des Forces de Soutien Rapide (RSF) soutenues par les Émirats Arabes Unis responsables d’une grande quantité de massacres.
  13. Nous dénonçons l’ingérence des grandes puissances et leur appui aux régimes dictatoriaux, totalitaires, policiers et militaires qui se propagent à l’échelle planétaire alors même que les peuples luttent pour leur émancipation, leur dignité, leurs droits et pour la reconstruction de leur souveraineté sur leurs ressources et leurs territoires. Nous dénonçons les attaques impérialistes et terroristes contre les pays du Sahel.
  14. Nous condamnons l’agression impérialiste contre Cuba et exigeons la levée immédiate du blocus criminel qui étrangle le peuple cubain depuis plus de six décennies. Nous condamnons également l’agression contre le Venezuela et la mainmise sur ses ressources, ainsi que tout acte d’agression impérialiste contre la souveraineté des peuples, quel qu’en soit l’origine. Nous sommes contre le camp impérialiste mené par les États-Unis, et nous nous opposons tout autant à l’invasion russe de l’Ukraine qu’à toute guerre menée par les grandes puissances au détriment des peuples.
  15. Nous tirons la sonnette d’alarme face à la montée en puissance mondiale de l’extrême droite et du néofascisme — dans les Amériques, en Europe, en Asie et au-delà — par laquelle certaines franges du grand capital cherchent à écraser les acquis sociaux par la force ouverte, à faire des personnes migrantes et des minorités des boucs émissaires et à démanteler les droits démocratiques. La lutte contre le fascisme, le racisme et toute forme de suprémacisme (blanc, culturel, religieux, etc.) est aujourd’hui indissociable de la lutte contre le système de la dette et l’impérialisme. Dans cet esprit, nous saluons la Première Conférence internationale antifasciste pour la souveraineté des peuples qui s’est tenue à Porto Alegre en mars 2026 et qui a réuni des militantes et des personnalités publiques d’une quarantaine de pays afin de former un front mondial commun contre le néofascisme et l’impérialisme, ce qui constitue une étape décisive dans la construction de la résistance internationale qu’exige notre époque. Le CADTM s’engage à intégrer ce combat antifasciste et anti-impérialiste dans toutes les dimensions de son action Action
    Actions
    Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
    , et à contribuer activement aux tentatives de formation d’un espace international le plus large possible contre la montée du fascisme et contre les agressions impérialistes quelle qu’en soit l’origine.
  16. Nous condamnons l’escalade des atteintes aux droits des femmes, des minorités religieuses, ethniques, linguistiques et nationales, des peuples autochtones, des Dalits et des castes opprimées, et de tous les groupes marginalisés et opprimés à travers le monde. Le l’apartheid de genre, l’effacement des femmes de la vie publique, les violences communautaires, les atteintes aux droits à la diversité, la création de populations apatrides et « expulsables », la spoliation des communautés autochtones au profit de projets extractivistes ainsi que la persécution des descendantes d’esclaves,… ne sont pas des aberrations, mais des instruments par lesquels les classes dominantes divisent les personnes exploitées, détournent la colère suscitée par le système de la dette et l’austérité vers des boucs émissaires, et disciplinent la main-d’œuvre des plus opprimées. Nous affirmons qu’il n’y a pas de justice de la dette sans l’égalité, la dignité et les droits pleins et entiers des femmes et de tous les peuples et communautés opprimés, et nous nous engageons à placer leurs luttes au cœur de notre combat commun.
  17. Nous dénonçons l’externalisation par des pays européens et par les États-Unis de leurs frontières vers des pays tiers, les camps de détention, les expulsions massives et la criminalisation de la solidarité. Loin d’être des débiteurrices, les migrantes sont des créancieres de ce système : leurs transferts de fonds contribuent au remboursement de la dette extérieure de leur pays, tandis que leur travail crée des richesses dont bénéficient les économies qui les exploitent et les persécutent. Nous défendons le droit de chaque être humain à se déplacer et à s’établir, et nous exigeons des réparations pour les peuples dont le déplacement a été provoqué par la guerre, le pillage, l’ajustement structurel et le changement climatique.
  18. Nous condamnons la militarisation effrénée de la planète : l’explosion des budgets militaires, le réarmement des puissances impérialistes et de leurs alliées, ainsi que l’économie de guerre qui détourne des ressources colossales de la santé, de l’éducation, du logement et de la lutte contre le changement climatique, tandis que de nouvelles dettes sont contractées pour financer l’achat d’armes. Nous exigeons que les budgets soient réorientés vers les secteurs sociaux vitaux avec une priorité pour les services publics. Pas un centime pour la guerre : tout pour la vie.
  19. Nous exigeons l’abrogation des accords de libre-échange, d’investissement et de partenariat économique qui, tout comme le système de la dette, constituent des instruments complémentaires de domination, de pillage et d’asservissement des peuples des pays du Sud appauvri. Alors que la dette sert à imposer les politiques néolibérales, les programmes d’ajustement structurel et le démantèlement des protections économiques et sociales, ces accords imposent juridiquement la libéralisation des échanges et des investissements, renforcent le pouvoir des multinationales sur les ressources, les services publics et les secteurs stratégiques, et perpétuent la dépendance économique, alimentaire, technologique et financière. Nous exigeons la construction d’un autre modèle de coopération économique et commerciale fondé sur la solidarité entre les peuples, la complémentarité, la justice sociale, la souveraineté populaire et le respect des droits humains et de l’environnement, en plaçant les besoins des populations avant les profits des multinationales.
  20. Nous exigeons la justice fiscale comme alternative à l’endettement perpétuel : une fiscalité fortement progressive sur la fortune, sur les bénéfices des entreprises et du secteur financier, ainsi que sur les industries extractives ; la suppression des paradis fiscaux Paradis fiscaux
    Paradis fiscal
    Territoire caractérisé par les cinq critères (non cumulatifs) suivants :
    (a) l’opacité (via le secret bancaire ou un autre mécanisme comme les trusts) ;
    (b) une fiscalité très basse, voire une imposition nulle pour les non-résidents ;
    (c) des facilités législatives permettant de créer des sociétés écrans, sans aucune obligation pour les non-résidents d’avoir une activité réelle sur le territoire ;
    (d) l’absence de coopération avec les administrations fiscales, douanières et/ou judiciaires des autres pays ;
    (e) la faiblesse ou l’absence de régulation financière.

    La Suisse, la City de Londres et le Luxembourg accueillent la majorité des capitaux placés dans les paradis fiscaux. Il y a bien sûr également les Iles Caïmans, les Iles anglo-normandes, Hong-Kong, et d’autres lieux exotiques. Les détenteurs de fortunes qui veulent échapper au fisc ou ceux qui veulent blanchir des capitaux qui proviennent d’activités criminelles sont directement aidés par les banques qui font « passer » les capitaux par une succession de paradis fiscaux. Les capitaux généralement sont d’abord placés en Suisse, à la City de Londres ou au Luxembourg, transitent ensuite par d’autres paradis fiscaux encore plus opaques afin de compliquer la tâche des autorités qui voudraient suivre leurs traces et finissent par réapparaître la plupart du temps à Genève, Zurich, Berne, Londres ou Luxembourg, d’où ils peuvent se rendre si nécessaires vers d’autres destinations.
     ; et le recouvrement des flux financiers illicites qui privent chaque année le Sud de sommes bien supérieures à ce qu’il reçoit au titre de la soi-disant « aide ». Les gouvernements qui prétendent servir leurs peuples doivent faire payer les personnes riches au lieu d’emprunter auprès d’elles à des taux usuraires et d’imposer les personnes pauvres par le biais de la TVA.
  21. Nous revendiquons la souveraineté alimentaire et la souveraineté des peuples sur leurs terres, leur eau, leurs pêcheries, leurs forêts et leurs ressources minérales : la propriété publique et la gestion démocratique des ressources stratégiques, le droit exécutoire des communautés au consentement, la fin de l’accaparement des terres, de l’eau et des océans, et la rupture avec le modèle agrobusiness exportateur et extractiviste — y compris l’extractivisme Extractivisme Modèle de développement basé sur l’exploitation des ressources naturelles, humaines et financières, guidé par la croyance en une nécessaire croissance économique. « vert » d’une fausse transition énergétique qui reproduit le pillage colonial sous un nouveau nom.
  22. Nous saluons l’extraordinaire vague de soulèvements populaires qui a secoué le monde ces dernières années, menée avant tout par la jeunesse et les femmes — depuis les mouvements de masse contre l’austérité, la corruption et l’autoritarisme sur plusieurs continents jusqu’aux immenses mobilisations de solidarité avec la Palestine. Ces révoltes ont démontré qu’aucun régime n’est invincible. Leur leçon est tout aussi claire : les révoltes dépourvues d’instruments politiques populaires organisés sont récupérées par les forces mêmes contre lesquelles elles se sont dressées. Nous nous engageons à nous inscrire au sein et aux côtés de ces mouvements, de leurs formes de résistance et d’organisation, à lutter pour leur contenu social et démocratique — emplois, salaires, services publics, démocratie, annulation de la dette — et à contribuer à transformer l’énergie de la révolte en une organisation durable.
  23. Nous quittons Cotonou déterminées à renforcer le réseau international du CADTM sur tous les continents : pour développer l’éducation populaire sur la dette dans les langues des peuples ; pour soutenir et lancer des audits citoyens et citoyennes de la dette ; pour approfondir l’alliance de la lutte contre la dette avec les mouvements féministes, écologistes, paysannes, syndicaux, antifascistes et anti-impérialistes ; et d’avancer vers un monde libéré de la dictature de la dette — un monde de souveraineté populaire, de justice sociale, de justice climatique et d’égalité entre tous les êtres humains. Conformément à la règle morale fondamentale de notre réseau, nous sommes toujours aux côtés de celles et ceux qui luttent : nous sommes du côté de toutes les personnes exploitées et opprimées qui résistent, partout sur la planète.
    Adopté par l’Assemblée mondiale du CADTM, Cotonou, Bénin, août 2026

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