Retour sur l’atelier du CADTM Asie du Sud à Colombo, au Sri Lanka, du 29 janvier au 2 février 2025

10 février 2025 par Fernanda Gadea , CADTM Asie du Sud


Le CADTM Asie du Sud a tenu son atelier annuel à Colombo, Sri Lanka, du 30 janvier au 1er février 2025. Les discussions ont été très animées et ont couvert un large éventail de sujets : la situation actuelle du Sri Lanka vis-à-vis de ses créanciers, le nouveau gouvernement sri lankais, la question du microcrédit abusif, les questions de migration au Sri Lanka et en Europe, la dette écologique, etc. Voici un résumé des différentes interventions.



  Jeudi 30 janvier :

1 : Pourquoi auditer la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque africaine de développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds européen de développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
 ? Qu’est-ce qu’une dette illégitime Dette illégitime C’est une dette contractée par les autorités publiques afin de favoriser les intérêts d’une minorité privilégiée.

Comment on détermine une dette illégitime ?

4 moyens d’analyse

* La destination des fonds :
l’utilisation ne profite pas à la population, bénéficie à une personne ou un groupe.
* Les circonstances du contrat :
rapport de force en faveur du créditeur, débiteur mal ou pas informé, peuple pas d’accord.
* Les termes du contrat :
termes abusifs, taux usuraires...
* La conduite des créanciers :
connaissance des créanciers de l’illégitimité du prêt.
et une dette odieuse Dette odieuse Selon la doctrine, pour qu’une dette soit odieuse, et donc nulle, elle doit remplir deux conditions :
1) Elle doit avoir été contractée contre les intérêts de la Nation, ou contre les intérêts du Peuple, ou contre les intérêts de l’État.
2) Les créanciers ne peuvent pas démontrer qu’ils ne pouvaient pas savoir que la dette avait été contractée contre les intérêts de la Nation.

Il faut souligner que selon la doctrine de la dette odieuse, la nature du régime ou du gouvernement qui la contracte n’est pas particulièrement importante, puisque ce qui compte, c’est l’utilisation qui est faite de cette dette. Si un gouvernement démocratique s’endette contre l’intérêt de la population, cette dette peut être qualifiée d’odieuse, si elle remplit également la deuxième condition. Par conséquent, contrairement à une version erronée de cette doctrine, la dette odieuse ne concerne pas seulement les régimes dictatoriaux.
(voir : Eric Toussaint, « La Dette odieuse selon Alexander Sack et selon le CADTM » ).

Le père de la doctrine de la dette odieuse, Alexander Nahum Sack, dit clairement que les dettes odieuses peuvent être attribuées à un gouvernement régulier. Sack considère qu’une dette régulièrement contractée par un gouvernement régulier peut être considérée comme incontestablement odieuse... si les deux critères ci-dessus sont remplis.

Il ajoute : « Ces deux points établis, c’est aux créanciers que reviendrait la charge de prouver que les fonds produits par lesdits emprunts avaient été en fait utilisés non pour des besoins odieux, nuisibles à la population de tout ou partie de l’État, mais pour des besoins généraux ou spéciaux de cet État, qui n’offrent pas un caractère odieux ».

Sack a défini un gouvernement régulier comme suit :
« On doit considérer comme gouvernement régulier le pouvoir suprême qui existe effectivement dans les limites d’un territoire déterminé. Que ce pouvoir soit monarchique (absolu ou limité) ou républicain ; qu’il procède de la « grâce de Dieu » ou de la « volonté du peuple » ; qu’il exprime la « volonté du peuple » ou non, du peuple entier ou seulement d’une partie de celui-ci ; qu’il ait été établi légalement ou non, etc., tout cela n’a pas d’importance pour le problème qui nous occupe. »

Donc, il n’y a pas de doute à avoir sur la position de Sack, tous les gouvernements réguliers, qu’ils soient despotiques ou démocratiques, sous différentes variantes, sont susceptibles de contracter des dettes odieuses.
 ? Audits de dettes : expériences internationales.
Présenté par Éric Toussaint, porte-parole du CADTM, modéré par Amali Wedagedera, chercheuse au Centre Bandaranaike d’Études Internationales à Colombo.

Eric Toussaint
(CADTM International)

Éric Toussaint a commencé par passer en revue les audits de la dette à la fois dans les pays du Nord et du Sud (Équateur, Grèce, Argentine, etc.)

Il a rappelé que des exemples de répudiation de dettes se sont produit partout dans le monde à travers l’histoire : France, Portugal, États-Unis, Russie, Mexique, Costa Rica…. Il a souligné que les lois internationales n’obligent pas les États à payer leurs dettes, même si dans de nombreux cas, les pays sont envahis militairement pour les forcer à payer leurs dettes.
Dans l’entre-deux-guerres en Europe, dans les années 1930, pratiquement aucun État ne payait ses dettes ; Après la Seconde Guerre mondiale, la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque mondiale regroupe deux organisations, la BIRD (Banque internationale pour la reconstruction et le développement) et l’AID (Association internationale de développement). La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies.

En 2022, 189 pays en sont membres.

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a été créée pour inverser cette tendance.

Lire aussi : ABC des répudiations de dettes souveraines du Nord au Sud de la planète

Toussaint explique la différence entre une dette illégitime et une dette odieuse. Une dette illégitime est celle qui enfreint les lois nationales et internationales, viole les droits de l’homme, ne profite qu’à une petite partie de la population ou lorsqu’une dette privée devient publique en raison de la pression du créancier.

La doctrine de la dette odieuse d’Alexander Sack, qui n’est pas initialement conçue comme un outil pour libérer les peuples des décisions désastreuses de leurs dirigeantes, mais plutôt pour maintenir et renforcer l’ordre international et assurer la continuité des paiements. Elle permet aux créanciers de récupérer leur argent. Mais tout en s’alignant avec les intérêts des créanciers, Alexander Sack considère qu’il existe des cas dans lesquels les dettes peuvent être annulées.
Les critères pour établir une dette odieuse sont au nombre de deux :

1. La dette contractée est contraire aux intérêts de la population.
2. Que les créanciers étaient au courant de cela (que l’argent allait être dépensé contre les intérêts de la population)

Lire aussi : La doctrine de la dette odieuse

Éric Toussaint a expliqué son expérience dans l’audit de la dette de l’Équateur entre 2007 et 2008 en tant que membre de la commission qui l’a réalisé. Cette commission était composée de différents représentantes, de divers pays, d’acteurices sociauxles féministes, d’écologistes, entre autres. Il a ensuite dressé un panorama de la situation en Grèce entre 2010 et 2015, qui a conduit au désastre. Sa description est allée de l’action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
de la Troïka Troïka Troïka : FMI, Commission européenne et Banque centrale européenne qui, ensemble, imposent au travers des prêts des mesures d’austérité aux pays en difficulté. (groupe de puissance économique européenne composé de la Commission Européenne, de la Banque Centrale Européenne BCE
Banque centrale européenne
La Banque centrale européenne est une institution européenne basée à Francfort, créée en 1998. Les pays de la zone euro lui ont transféré leurs compétences en matières monétaires et son rôle officiel est d’assurer la stabilité des prix (lutter contre l’inflation) dans la dite zone.
Ses trois organes de décision (le conseil des gouverneurs, le directoire et le conseil général) sont tous composés de gouverneurs de banques centrales des pays membres et/ou de spécialistes « reconnus ». Ses statuts la veulent « indépendante » politiquement mais elle est directement influencée par le monde financier.
et du Fonds Monétaire International FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 190 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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) à la décision de la présidente du Parlement grec, Zoe Konstantopoulou, de former une commission scientifique avec une équipe internationale de spécialistes, coordonnée par Toussaint, qui ont formé le Comité d’audit de la dette. Le processus a conclu que la dette souveraine du pays était insoutenable et qu’il existait des cas de dettes illégales, illégitimes et odieuses. La Commission pour la Vérité sur la Dette Publique en Grèce a mené l’audit et publié un rapport en avril 2015 avec des résultats. Mais le 20 janvier 2015, Yanis Varoufakis avait déjà signé un accord désastreux avec l’Eurogroupe : la Grèce s’engageait à payer ses créanciers dans les délais et à adopter de nouvelles propositions de « réformes » et de mesures d’austérité.

2 : Audit de la dette publique au Sri Lanka : par ou commence ? Gamini Wijesinghe, auditeur général des finances publiques à la retraite du Sri Lanka (2015-2019) et Saath Mayadunne, auditeurs généraux des finances publiques à la retraite du Sri Lanka (2000-2006).

Gamini Wijesinghe
Retired Auditor-General of Sri Lanka (2015-2019)

Deux anciens auditeurs des finances publiques du Sri Lanka ont partagé leurs expériences dans la réalisation d’audits. Ils sont revenus sur la situation de la dette publique et du déficit public au Sri Lanka. Les deux intervenants ont également dénoncé le manque de transparence dans les processus d’endettement du pays, qui devraient théoriquement être valisés par le Parlement, mais qui ne le sont pas.

Sarath Mayadunne
(Retd Auditor-General of Sri Lanka (2000-2006)

 Vendredi 31 janvier :

3 : Scénario de dette mondiale, FMI, Banque Mondiale et BRICS BRICS Le terme de BRICS (acronyme anglais désignant Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) a été utilisé pour la première fois en 2001 par Jim O’Neill, alors économiste à la banque Goldman Sachs. La forte croissance économique de ces pays, combinée à leur position géopolitique importante (ces 5 pays rassemblent près de la moitié de la population mondiale sur 4 continents et près d’un quart du PIB mondial) font des BRICS des acteurs majeurs des activités économiques et financières internationales. comme alternative.
Présenté par Éric Toussaint, porte-parole du CADTM, modéré par Sandun Thudugala.

Éric Toussaint a débuté sa présentation par une chronologie de la situation économique mondiale de ces dernières années, depuis la crise de la dette privée et bancaire de 2007-2008 dans les pays de l’Atlantique Nord, jusqu’à la crise de la dette publique en Europe entre 2010 et 2016, avec l’intervention directe du FMI dans de nombreux pays comme la Grèce, l’Espagne, Chypre ou l’Irlande.

Il a abordé les circonstances mondiales qui ont eu un impact dans la nouvelle crise internationale de la dette : la pandémie de Covid-19 en 2020-2022 ou encore l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022. Cette crise généralisée a grandement affecté les pays en développement.

Pour en savoir plus : Plus profonde que jamais, la crise du capitalisme à bout de souffle

Face à cette crise :

Enfin, en analysant le rôle des BRICS dans l’économie mondiale, on constate qu’ils ne constituent en rien une alternative pour les peuples. En fait, ils font la même chose que le FMI, mais d’une manière différente en termes d’extractivisme Extractivisme Modèle de développement basé sur l’exploitation des ressources naturelles, humaines et financières, guidé par la croyance en une nécessaire croissance économique. , de destruction des ressources naturelles, de production de combustibles fossiles ou de soumission au dollar. En outre, la Nouvelle Banque de Développement (NBD) a déçu en demandant aux marchés financiers Marchés financiers
Marché financier
Marché des capitaux à long terme. Il comprend un marché primaire, celui des émissions et un marché secondaire, celui de la revente. À côté des marchés réglementés, on trouve les marchés de gré à gré qui ne sont pas tenus de satisfaire à des conditions minimales.
un crédit en dollars.

4 : Crise de la dette publique en Asie du Sud.
Mostafa Monowar, Groupe de travail sur la Dette Extérieure du Bangladesh, Sangkha Subra Viswas, du Collectif pour la Justice Économique à Calcutta et Abdul Khaliq, du CADTM Pakistan, modére Nalini Ratnarajah, Réseau de l’Asie du Sud pour l’Éradication de la Pauvreté.

Abdul Khaliq
(CADTM, Pakistan)

La présentation a commencé par l’exposé d’Abdul Khaliq intitulé « Le dilemme de la dette du Pakistan », qui était au bord du défaut de paiement l’année dernière.
Comme ailleurs, l’intervention du FMI au Pakistan s’est faite au prix d’une réduction des subventions, d’une augmentation des impôts, de l’inflation Inflation Hausse cumulative de l’ensemble des prix (par exemple, une hausse du prix du pétrole, entraînant à terme un réajustement des salaires à la hausse, puis la hausse d’autres prix, etc.). L’inflation implique une perte de valeur de l’argent puisqu’au fil du temps, il faut un montant supérieur pour se procurer une marchandise donnée. Les politiques néolibérales cherchent en priorité à combattre l’inflation pour cette raison. et de la pauvreté (plus de 40% des Pakistanais vivent sous le seuil de pauvreté, soit plus de 2,6 millions de personnes en 2024). Abdul Khaliq a expliqué les conditions extrêmement dures imposées par le FMI en juillet 2024, notamment la nouvelle vague de privatisations dans tous les secteurs (compagnies aériennes et maritimes, autoroutes, services postaux, chaînes de télévision et entreprises métallurgiques).

Pour en savoir plus : Pakistan : Entre programmes du FMI et répression politique, la jeunesse quitte le pays

Le véritable problème est l’instabilité politique, avec par exemple l’emprisonnement d’Imran Khan pour des raisons politiques alors que son parti a dominé les élections.

Les revendications avancées par Abdul Khaliq sont les suivantes :

  • Création d’une commission parlementaire d’audit de la dette
  • Approbation parlementaire de tous les accords de dette proposés
  • Mise en place d’impôts progressifs pour taxer les plus riches
  • Protection sociale pour les personnes vulnérables
Monower Mostafa
(Bangladesh Working Group on External Debt)

Mostafa Monowar explique les conditions difficiles de la population du Bangladesh et comment les investissements étrangers n’apportent aucune amélioration pour eux, car les bénéfices reviennent toujours aux pays investisseurs et car ces investissements font baisser les salaires des ouvrières du textile toujours plus bas.

Pour en savoir plus  : Au Bangladesh, l’insertion dans la mondialisation rime avec misère des travailleuses

Le Bangladesh a adopté l’idéologie libérale dans les années 1990, en privatisant, en déréglementant et en détruisant les droits de toutes sortes. La dégradation de la paysannerie a conduit à une fuite massive vers les villes, pour travailler dans l’industrie textile.
Avec une inflation supérieure à 20% et une dette importante (environ 180 milliards de dollars), payer les intérêts est un défi impossible.
Les principaux créanciers bilatéraux de la dette publique extérieure sont la Russie, l’Inde et la Chine, qui sont en concurrence pour les investissements au Bangladesh.
Les devises étrangères proviennent principalement de l’émigration et de l’industrie textile.
Pour lui, la situation est critique et il faut organiser une mobilisation sociale autour de la dette, ce qu’aucun parti politique n’envisage. Dans le même temps, la fuite des capitaux et l’évasion fiscale constituent des problèmes majeurs qui doivent être résolus.

Sankha Shubra Biswas
(Collective for Economic Justice, Kolkata)

Enfin, Sangkha Subra Viswas identifie les problèmes de l’Inde.
Il explique que si les dettes des différents États qui composent l’Inde augmentent, la croissance de la dette souveraine est stable, et propose donc de mettre fin à la TPS (taxe sur les biens et services, successeur de la TVA) par le biais d’impôts plus directs et d’une plus grande autonomie.

Pour en savoir plus : L’Inde de Modi, plus inégalitaire que jamais

Ses revendications comprennent également la création d’un comité de surveillance de la dette publique, une augmentation des fonds alloués à la sécurité sociale.

5 : Sri Lanka, contexte politique, accord avec le FMI, crise de la dette et impacts sur le genre.
Kanchana Ruwanpura, de l’Institut d’Économie Politique du Sri Lanka et de Dhanusha Gihaan Pathiran de l’Alliance de Lutte du Peuple.

Dhanusha Gihan Pathirana
(People’s Struggle Alliance)

Les deux intervenantes sont revenus sur la situation politique et économique du Sri Lanka. Ils ont notamment évoqué l’accord avec le Fonds monétaire international qui impose au gouvernement une série de mesures néolibérales telles que les privatisations, la hausse de la TVA ou la baisse des prix de soutien aux agriculteurices.

Kanchana Ruwanpura
(Institute of Political Economy, Sri Lanka)

Kanchana Ruwanpura, en tant qu’économiste féministe, analyse la crise de la dette d’un point de vue féministe, dénonçant les décideurs politiques qui, une fois de plus, ignorent les intérêts et les besoins spécifiques des femmes, alors qu’elles sont les plus touchées lorsqu’il s’agit de payer la dette « odieuse » générée par l’imprudence et la corruption des élites politiques du Sri Lanka, qui ont toujours été presque entièrement masculines, malgré la figure féminine actuelle du Premier ministre Harini Amarasuriya.

6 : Sri Lanka, contexte politique, accord avec le FMI, crise de la dette et impacts sur le genre.
Madhulika Gunawardena, du Collectif Féministe pour la Justice Économique et Amali Wedagedera, du Centre Bandaranaike pour les Études Internationales, au Sri Lanka.

Amali Wedagedera
(Bandaranaike Centre for International Studies)

Amali Wedagedera a abordé les problèmes de la dette et ses conséquences dans une perspective écoféministe. Les microcrédits sont également évoqués et leurs effets sur la population féminine, avec des exemples directs comme celui des épouses de pêcheurs sri-lankais, qui sont obligées d’en faire la demande. La situation des pêcheurs est directement liée aux actions du FMI, qui porte donc une grande responsabilité dans l’avenir incertain de milliers de femmes.

Madhulika Gunawardena
(Feminist Collective for Economic Justice)

Madhulika Gunawardena a expliqué le problème des faibles revenus qui affectent les familles, leur nutrition, leur santé, le manque de conciliation familiale, etc.

La chercheuse a expliqué son activité de défense des droits humains au sein du syndicat DABINDU COLLECTIVE, une organisation à but non lucratif fondée en 1984 pour protéger et promouvoir les droits des travailleuses de la zone de libre-échange de Katunayake (FTZ). Dabindu a travaillé activement et sans relâche pour mobiliser les travailleuses, leur donner les connaissances nécessaires sur les droits humains, les droits des femmes et les droits du travail, et renforcer le leadership des travailleuses. En outre, son rapport 2019 met en évidence les violations de la Convention C-190 de l’Organisation Internationale du Travail OIT
Organisation internationale du travail
Créée en 1919 par le traité de Versailles, l’Organisation internationale du travail (OIT, siège à Genève) est devenue, en 1946, la première institution spécialisée des Nations unies. L’OIT réunit les représentants des gouvernements, des employeurs et des travailleurs, dans le but de recommander des normes internationales minimales et de rédiger des conventions internationales touchant le domaine du travail. L’OIT comprend une conférence générale annuelle, un conseil d’administration composé de 56 membres (28 représentants des gouvernements, 14 des employeurs et 14 des travailleurs) et le Bureau international du travail (BIT) qui assure le secrétariat de la conférence et du conseil. Le pouvoir du BIT (Bureau International du Travail) est très limité : il consiste à publier un rapport annuel et regroupe surtout des économistes et des statisticiens. Leurs rapports défendent depuis quelques années l’idée que le chômage provient d’un manque de croissance (de 5% dans les années 60 a 2% aujourd’hui), lui-même suscité par une baisse de la demande. Son remède est celui d’un consensus mondial sur un modèle vertueux de croissance économique, ainsi que sur des réflexions stratégiques au niveau national (du type hollandais par exemple). L’OIT affirme qu’il est naïf d’expliquer le chômage par le manque de flexibilité et que les changements technologiques n’impliquent pas une adaptation automatiquement par le bas en matière de salaires et de protection sociale.
(OIT) sur la violence et le harcèlement dans les zones franches de Gampaha, le deuxième district le plus peuplé du Sri Lanka.

 Samedi 1er février

7 : Microcrédit et endettement familial.
Omar Aziki d’ATTAC-CADTM Maroc, Suganya, Kandeepan du Collectif Féministe pour la Justice Économique et de la Société des Femmes Paysannes de Vimukthi, Hingurakgoda, Sri Lanka

Omar Aziki
(ATTAC-CADTM, Morocco)

La présentation a commencé par une analyse des dettes contractées par les familles à travers les microcrédits : surendettement, pression pour rembourser les dettes accumulées, taux d’intérêt Taux d'intérêt Quand A prête de l’argent à B, B rembourse le montant prêté par A (le capital), mais aussi une somme supplémentaire appelée intérêt, afin que A ait intérêt à effectuer cette opération financière. Le taux d’intérêt plus ou moins élevé sert à déterminer l’importance des intérêts.
Prenons un exemple très simple. Si A emprunte 100 millions de dollars sur 10 ans à un taux d’intérêt fixe de 5 %, il va rembourser la première année un dixième du capital emprunté initialement (10 millions de dollars) et 5 % du capital dû, soit 5 millions de dollars, donc en tout 15 millions de dollars. La seconde année, il rembourse encore un dixième du capital initial, mais les 5 % ne portent plus que sur 90 millions de dollars restants dus, soit 4,5 millions de dollars, donc en tout 14,5 millions de dollars. Et ainsi de suite jusqu’à la dixième année où il rembourse les derniers 10 millions de dollars, et 5 % de ces 10 millions de dollars restants, soit 0,5 millions de dollars, donc en tout 10,5 millions de dollars. Sur 10 ans, le remboursement total s’élèvera à 127,5 millions de dollars. En général, le remboursement du capital ne se fait pas en tranches égales. Les premières années, le remboursement porte surtout sur les intérêts, et la part du capital remboursé croît au fil des ans. Ainsi, en cas d’arrêt des remboursements, le capital restant dû est plus élevé…
Le taux d’intérêt nominal est le taux auquel l’emprunt est contracté. Le taux d’intérêt réel est le taux nominal diminué du taux d’inflation.
élevés, coûts élevés, difficulté à générer des profits, gestion inadéquate des ressources par manque d’éducation financière, dépendance vis-à-vis des intermédiaires et pressions au niveau social et familial.

Pour en savoir plus : La dette privée illégitime au Sud de la planète : le cas du microcrédit

Malgré les changements qui ont eu lieu dans le monde de la microfinance pour tenter de la rapprocher des plus pauvres, ces changements ne sont pas allés au-delà du changement de leurs noms d’origine pour être socialement acceptés et effacer leurs connotations négatives. Cette stratégie s’est matérialisée par une croissance significative des marchés mondiaux de la microfinance.

Suganya Kandeepan
(Feminist Collective for Economic Justice, Sri Lanka)

Pour le CADTM, la lutte contre la dette passe par la lutte contre les microcrédits. Finalement, il est conclu que les microcrédits sont illégitimes, aussi légaux qu’ils puissent paraître, ils ne constituent pas une solution et reproduisent les mécanismes qui génèrent la pauvreté.

Vimukthi Peasant Women’s Society, Hingurakgoda, Sri Lanka

Les contrats sont souvent illégaux, car ils profitent de l’inexpérience, du manque de connaissance de la langue et du manque de formation, notamment d’alphabétisation, des personnes recrutées.
Les alternatives à la dette privée illégitime sont :

  • Une banque publique éthique avec des taux d’intérêt bas
  • Créer des emplois décents et mettre fin à la précarité de l’emploi
  • Arrêter la privatisation des services publics et annuler ce qui a été privatisé, qu’il s’agisse de services, de terres agricoles…
  • Pour débloquer les moyens pour ce faire, suspendre le paiement de la dette publique

8 : La dette écologique Dette écologique La dette écologique est la dette contractée par les pays industrialisés envers les autres pays à cause des spoliations passées et présentes de leurs ressources naturelles, auxquelles s’ajoutent la délocalisation des dégradations et la libre disposition de la planète afin d’y déposer les déchets de l’industrialisation.

La dette écologique trouve son origine à l’époque coloniale et n’a cessé d’augmenter à travers diverses activités :

. Maxime Perriot, CADTM Belgique, Melani Gunathilaka, Law & Society Trust, Sri Lanka/Debt for climate

Maxime Perriot
(CADTM International, Belgium)

Maxime Perriot a abordé la question de la dette écologique. Il a d’abord analysé les responsabilités historiques des classes dirigeantes occidentales et des institutions financières internationales, qui sont en réalité responsables de la plupart des émissions historiques de gaz à effet de serre et de l’imposition d’un système économique destructeur aux pays du Sud, d’abord par la colonisation, puis par la dette. Il a ensuite critiqué les fausses solutions promues par ces mêmes institutions, comme les échanges dette-nature, qui permettent de penser que le capitalisme peut être capable de résoudre la crise écologique tout en générant davantage d’échanges financiers et de profits. Enfin, il a détaillé les solutions promues par le CADTM, telles que :

  • L’annulation de la dette
  • Paiement des réparations aux pays du Sud
  • La taxation radicale des plus riches et des grandes entreprises
Melani Gunathilaka
(Law & Society Trust, Sri Lanka/Debt for Climate)

Melani Gunathilaka, pour sa part, explique que le changement climatique est perçu de manière très différente dans les pays du Nord et dans les pays du Sud. L’impact sur les côtes sud est déjà présent avec la montée des eaux sur certaines îles. Debt for climate rejette les propositions de solutions néolibérales à l’augmentation des émissions fondées sur la marchandisation du climat et de la planète afin de continuer à profiter, par le biais des marchés financiers, du changement climatique et de la tragédie qu’il représente aujourd’hui et dans le futur.

Au Sri Lanka, la colonisation financière affecte la population en détruisant les modes de vie traditionnels, en forçant les déplacements internes et les migrations vers d’autres pays et en dégradant les ports et les plages avec des inondations de plastique, ainsi que les systèmes marins qui fournissent la seule subsistance à de nombreuses personnes. Au cours des 5 dernières années, une multitude d’agents toxiques ont été identifiés dans l’eau et chez les animaux.

Pour en savoir plus : Pour réussir la bifurcation écologique, abandonner les fausses solutions

Au Sri Lanka, il faut aussi prendre en compte la pollution transfrontalière en provenance de l’Inde, très proche de l’île, qui transporte sa pollution sans que rien ne soit fait pour la contenir. Enfin, Melani Gunathilaka a également abordé le danger silencieux des microplastiques dû à la mauvaise gestion des déchets plastiques et à la difficulté de les détecter. Plutôt que de s’attaquer aux problèmes du changement climatique en traitant les symptômes, il est nécessaire de s’attaquer aux causes, qui ne sont autres que l’architecture financière mondiale.

9 : Migration et dette. Sushovan Dhar, de CADTM International, Fernanda Gadea, d’ATTAC Espagne et Manisha Veeraddana, de l’Université de Kelaniya, au Sri Lanka, modére Vimukathi de Silva.

Fernanda Gadea
(ATTAC, Spanish State)

Sushovan Dhar a souligné les liens entre la migration et la dette. L’endettement peut être à la fois une cause et une conséquence de la migration et, dans de nombreux cas, les migrantes sont confrontés à des défis supplémentaires en raison de leur situation financière. Il s’agit d’un phénomène complexe qui nécessite des politiques publiques globales pour s’attaquer aux causes sous-jacentes, telles que la pauvreté et le manque d’opportunités. Et n’oublions pas que, une fois de plus, la situation est beaucoup plus difficile pour les femmes migrantes. Conséquences de la migration liée à l’endettement :

  • Vulnérabilité sociale : les migrantes qui arrivent dans un nouveau pays avec des dettes peuvent être confrontés à des conditions de vie précaires et à l’exploitation du travail.
  • Séparation familiale : La migration liée à l’endettement implique souvent la séparation des familles, ce qui a des conséquences émotionnelles et sociales.
  • Dépendance aux transferts de fonds : dans certains cas, les familles du pays d’origine dépendent entièrement des transferts de fonds envoyés par les migrants, ce qui perpétue le cycle migratoire.
  • Risques pendant le voyage : Les migrantes qui fuient leurs dettes ou cherchent à les rembourser peuvent être confrontés à des dangers pendant leur voyage, surtout s’ils recourent à des itinéraires irréguliers.
Pour en savoir plus : Frontex : Qui surveille le gardien ?

Fernanda Gadea a présenté le cas de la migration irrégulière dans l’État espagnol et concrètement aux Îles Canaries, tout en démasquant la figure du plus grand danger de « l’Europe forteresse », qui est FRONTEX, l’Agence Européenne de Garde-frontières et de Garde-côtes. Créé en 2004, son budget est passé de 6,2 millions d’euros en 2005 à plus de 2 milliards en 2022. La violation des droits humains est flagrante, notamment à la frontière sud de l’Europe, porte d’entrée de l’Afrique par le détroit de Gibraltar et au niveau de la route maritime meurtrière vers les Îles Canaries, au milieu de l’océan Atlantique, l’une des plus dangereuses du monde à l’heure actuelle.

2024 marque un record historique en matière d’arrivée de petites embarcations et de cayucos (pirogues à fond plat construites à partir d’un seul morceau de tronc d’arbre) : 61 000 migrants sont arrivés en Espagne de manière irrégulière par la mer, la majorité aux Îles Canaries. Plus de 10 400 d’entre eux sont morts en tentant d’atteindre les côtes espagnoles l’année dernière. L’Espagne, avec des chiffres similaires à ceux de la Grèce, est le troisième pays avec le plus de migrantes secourus sur ses côtes, dépassée par l’Italie avec près de 66 000 naufragées en mer. Au cours des deux premiers mois de 2025, environ 2 000 personnes sont arrivées sur la côte des Îles Canaries.

Manisha Weeraddana
(University of Kelaniya, Sri Lanka)

Manisha Veeraddana, pour sa part, a réalisé une analyse de la migration au Sri Lanka. Avec le lancement récent de la Politique Nationale et du Plan d’Action sur la Migration pour l’Emploi (2023-2027), celui-ci donne un aperçu des travailleuses migrantes qui retournent au Sri Lanka et des causes socio-économiques qui déterminent la prise de décision finale de ces femmes en matière de migration et/ou de réintégration. Il est important de se concentrer sur les luttes invisibles de ces travailleureuses migrantes de retour afin d’établir des domaines d’action politique possibles, notamment en matière de réintégration économique.

La conclusion est qu’il existe un grand besoin d’action, en commençant par sensibiliser aux opportunités d’emploi pour les travailleuses domestiques au Sri Lanka et en créant des liens entre le marché existant du travail de soins et le potentiel de main-d’œuvre dans les zones rurales, afin de rendre les opportunités d’emploi dans le domaine du travail de soins plus accessibles à ceux qui ont déjà terminé leur processus de migration et ne pourront pas améliorer leurs compétences ou qui ne se sentent pas enclins à l’entreprendre. Cela pourrait offrir aux femmes qui sont obligées de remigrer comme travailleuses domestiques, notamment en raison de liens familiaux, la possibilité d’envisager des opportunités dans un environnement plus familier et plus sûr. En outre, des recherches supplémentaires sont nécessaires sur la dynamique socioculturelle au sein des communautés où l’émigration féminine est répandue afin de fournir des actions politiques efficaces.

10 : Luttes populaires, alternatives et stratégies de luttes. Israel Dutra, membre du parti politique PSOL (Partido Socialismo e Libertad) du Brésil, Swastika Arulingam, de la Fédération unie du travail du Sri Lanka, Richard, de l’Institut International de Recherche et d’Éducation de Manille, Philippines et Éric Toussaint, de CADTM International.

Israel Dutra
(PSOL, Brazil)

L’activité commence avec le retour controversé au pouvoir de Donald Trump aux États-Unis, qui pose le danger de la montée du fascisme dans le monde entier. L’extrême droite a déjà choisi ses cibles : les femmes, les militants sociaux et environnementaux et, surtout, les migrantes. La solution réside dans la mobilisation sociale et dans la tenue de conférences internationales antifascistes comme espaces de rencontre et de discussion. Un exemple en est la conférence proposée à Belém, profitant de la réunion de la COP30 au cœur de l’Amazonie brésilienne à la mi-novembre 2025. C’est une bonne occasion de démontrer que le mantra « la lutte contre le fascisme n’a aucune chance de gagner » est une illusion, comme le démontrent les mobilisations au Bangladesh et au Sri Lanka, où les gens sont descendus dans la rue pour protester contre le gouvernement, obtenant un virage à gauche, sinon complètement, du moins dans la bonne direction, et qui constituent un espoir pour la gauche internationaliste. La stratégie consiste donc à ne pas abandonner.

Swasthika Arulingam
(United Federation of Labour, Sri Lanka)

Fernanda Gadea

Coordinadora de ATTAC España.

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