Idées pour faire face au Coronavirus

Série Covid-19 (1/4) : Comment fonctionne le virus

19 mars par CADTM Belgique


Visuel insipré de « La gauche anticapitaliste »

Ce texte fait partie d’une série de quatre articles. Ceux-ci seront mis à jour suivant l’évolution de la situation. N’hésitez pas à nous envoyer vos éventuelles idées ou remarques à info(at)cadtm.org. Dernière mise à jour : 29 mars.

Les autres articles de la série :

Les effets de la Covid-19 [1] illustrent à quel point le système économique actuel nous rend fragiles. Face aux basculements écologiques en cours, cette nouvelle pandémie mondiale [2] n’est qu’un avertissement. Un avertissement dont il faut nous saisir.

En parallèle de la pandémie (partie 1), une crise financière a démarré [3]. Les détenteurs de capitaux sont en train de négocier avec les gouvernements et les « corps intermédiaires » (dont les syndicats) pour maintenir au maximum les bénéfices qu’ils avaient prévus pour 2020 et, surtout, leur modèle économique. Les contradictions inhérentes au capitalisme sont en train de nous exploser à la figure et la manière dont nous allons réagir à ce « premier » exercice grandeur nature va être déterminante pour nos avenirs.

Nous aurions dû stopper la production non essentielle depuis la semaine dernière et mettre en place une allocation de quarantaine, sous la forme d’un impôt de crise

Cet avenir et le présent que nous sommes en train de traverser ne sont pas vécus de la même manière par tout le monde. Les plus précaires travaillent, malgré le manque criant de moyens, pour permettre le confinement (voire la fuite temporaire) des autres. Nous aurions dû stopper la production non essentielle depuis la semaine dernière et mettre en place une allocation de quarantaine, sous la forme d’un impôt de crise (partie 2). Les oublié·e·s sont encore plus soumis·es à l’injonction de disparaître qu’en temps « normal ».

Heureusement, les solidarités et luttes en cours font toute la différence (partie 3), et elles vont déterminer à quoi ressemblera « l’après Coronavirus ». Cette expérience peut être utilisée par le pouvoir en place comme « stratégie du choc » (à l’image de ce que tente l’État français), mais elle est aussi une brèche qui pourrait chambouler nos rapports sociaux et nos rapports au reste du vivant (partie 4).

 Comment fonctionne la COVID-19 ?

Ce 11 mars, l’OMS a déclaré que la Covid-19 passait du stade d’épidémie à celui de pandémie. Nous n’avons plus vécu cette situation depuis une centaine d’années (la grippe H1N1 de 2009 était différente dans le sens où elle était moins contagieuse et où notre système immunitaire y était moins étranger). Il est donc correcte de dire que la situation revêt un caractère inédit.

Nous connaissons encore mal le virus à ce jour, c’est pourquoi une partie des informations ci-dessous restent conjuguées au conditionnel et seront modifiées au fur et à mesure. Il ne s’agit pas non plus de livrer les dix commandements à suivre, mais bien de s’approprier le sujet et d’en produire nos analyses en tant que mouvements sociaux.

 Le but est de limiter la vitesse de la pandémie

Le but est d’atténuer au mieux le rythme de la contagion.

D’une part, ce n’est pas la létalité actuelle du virus qui est le plus à redouter mais l’afflux de personnes à hospitaliser. Si elles sont trop nombreuses trop vite les soins intensifs, postes de réanimation, assistances respiratoires seront saturés et cela empêchera de prendre en charge d’autres personnes (comme on l’a vu dans d’autres pays). D’autre part, si trop de personnes tombent malades, cela peut paralyser involontairement de nombreuses activités, certaines qui ne sont pas essentielles mais aussi d’autres dont nous dépendons directement.

Philippe Devos (président du Syndicat belge des Médecins ABSYM et membre du personnel hospitalier du CHC Liège) dans l’émission Arrêt sur Images (13 mars)

 La Covid-19 a un taux de létalité moyen actuellement évalué à plus ou moins 4,5%

Soit moins que le SRAS 2003, le MRES 2012, et beaucoup moins que l’Ebola 2014. Ce taux varie (de moins de 1% en Allemagne à plus de 10% en Italie) en fonction des mesures prises et du caractère solide ou fragile des services de santé (mais aussi de l’importance des foyers, des types de souche, des densités de population, des habitudes de vie, potentiellement des particules fines, etc.). En Europe, il est pour l’instant évalué à 5,9 % en moyenne (contre 4,2 % il y a deux semaines).

À ce jour (29 mars - mise à jour), les chiffres disponibles indiquent 26 500 personnes qui en sont mortes dans le monde (pour 572 000 personnes atteintes). Pour l’instant, en Belgique, sur 11 000 cas confirmés (contre 700 il y a deux semaines), 431 personnes sont mortes. Ces chiffres de cas confirmés sont en deçà de la réalité puisque toutes les personnes atteintes ne sont pas diagnostiquées. 1 400 patient·e·s sont sorti·e·s de l’hôpital.

 Les personnes âgées et/ou fragilisées sont les publics les plus à risque

Hypertension, maladies cardio-vasculaires, pulmonaires, diabète, insuffisances rénales, asthme, tabac intensif, cancers, insuffisances immunitaires… Nous ne parlons pas en termes de contamination, pour laquelle tout le monde est concerné, mais en termes de plus faible résistance à la maladie (les plus de 65 ans en meurent le plus pour l’instant).

Les enfants sont peu à risque mais contagieux. L’origine du virus (voir la partie 4 pour une lecture plus politique de cette « origine ») est zoonotique - c’est-à-dire transmise entre animal et humain - mais les animaux de compagnie ne sont en principe pas vecteurs (il y a certains cas, rares, de transmission de l’homme vers des chats ou des chiens mais en principe pas l’inverse). Donc : pour prendre soin de « son » animal, faire attention à son hygiène, et ne pas oublier que – comme nous – ils peuvent véhiculer le virus sur eux (via des gouttelettes d’humain·e·s contaminé·e·s). Le virus ne se communiquerait pas entre les femmes enceintes et leurs fœtus (mais ses conséquences peuvent bien sûr avoir un impact sur la grossesse). Une personne sur dix atteintes pourrait garder des séquelles respiratoires.

 Il serait un peu plus contagieux que la grippe saisonnière

Il est plus contagieux que le SRAS, le MRES et l’Ebola mais moins létal, donc.

La contagiosité d’une personne atteinte durerait 20 jours en médiane (certains cas vont jusqu’à 40 jours), sans certitude.

Il se transmet par gouttelettes respiratoires (nez et bouche), contact physique (si des gouttelettes sont ensuite amenées au visage) et, indirectement, par le touché d’objets infectés (qui le resteraient, comme pour les autres coronavirus, entre plusieurs heures et trois jours en fonction du type de surface, de la température, de l’humidité ambiante, etc.). Il y aurait peu de cas de contagion par aérosols, mais le virus pourrait persister jusqu’à trois heures dans l’air. Pour faire court : se laver les mains sert principalement à se protéger soi et porter un masque sert principalement à protéger les autres.

L’idéal – nous ne prétendons pas que cela soit possible pour tout le monde, mais bien un idéal – est donc de ne pas se retrouver dans des endroits fermés avec d’autres personnes au-delà des proches avec qui on vit au jour le jour (et avec qui il est important de pouvoir s’accorder sur des comportements compatibles) ; à l’extérieur, et dans les lieux inévitables (commerces alimentaires, hôpitaux…) de garder une distance d’un mètre et demi voire deux ; de se dire bonjour sans s’approcher ; de s’échanger les objets en les déposant, avec des gants, dans un sac à distance (comme dans les films) ; de se laver les mains (pour du vrai, pas à moitié) très régulièrement ; d’ouvrir les portes, de tenir les caddies, les chaises, d’appuyer sur les boutons d’ascenseurs, etc., avec des gants si possible (attention que porter des gants peut donner une fausse impression de sécurité, alors qu’ils peuvent à leur tour être véhicule) et en tout cas de nettoyer souvent ces surfaces communes (ainsi que les lunettes de wc, tables, poubelles) ; d’éviter de se toucher le visage avec les mains ; d’utiliser des mouchoirs à usage unique ; de ne pas tousser ou éternuer en direction d’autres personnes (voire d’objets) mais dans son coude ; de laisser ses chaussures et vestes à l’entrée ; si on se sent malade, d’appeler un·e médecin et de rester chez soi. Ne pas aller aux urgences et en salle d’attente.

Rq : Une des faiblesses de la Belgique est de faire peu de dépistages. Une « taskforce » vient enfin d’être mise en place pour cela ce dimanche 22 mars. Une autre faiblesse (ou plutôt irresponsabilité) est le fait de ne pas protéger le personnel soignant avec suffisamment de matériel - alors que sa présence est non seulement cruciale, mais qu’en plus il est un vecteur important du virus de par sa sur-exposition.

Une des faiblesses de la Belgique est de faire peu de dépistages.

Il ne faut pas prendre d’antibiotiques (qui n’agissent pas contre les virus mais contre les bactéries) ou d’anti-inflammatoires (qui affaiblissent l’organisme) sans avis d’un·e médecin. Les antidouleurs (exemple : paracétamol) ne posent pas de problème dans les conditions d’usage normales (de trop fortes doses sont nocives pour le foie, voire très dangereuses), ils ne guérissent bien sûr pas mais peuvent soulager de certains maux. En préventif, on peut bien sûr renforcer son immunité (propolis, echinacea, acerola, extraits de pépin de pamplemousse, huiles essentielles de tea tree, ravintsara ou thym – pas pour les enfants, en petites quantités, pas sur une longue durée et pas n’importe comment puisqu’elles peuvent être toxiques – vitamines C et D, soleil, fruits, aération, exercice, diminuer le sucre…). Il faut éviter dans la mesure du possible de s’affaiblir, soi et les autres, avec d’autres microbes, même si ces derniers n’auraient rien à voir avec la covid-19. Enfin, le stress et les angoisses diminuent l’immunité. Rire et vivre ensemble est une des meilleures manières de garder une bonne santé mentale et donc un bon système immunitaire, nous ne sommes pas des machines.

 Il faudrait entre 1 et 15 jours (5 en moyenne) pour que les symptômes se déclarent

C’est ce qu’on appelle la période d’incubation. La contagiosité commence avant cette déclaration de symptômes. Les symptômes les plus observés sur les personnes traitées sont fièvre, toux sèche, fatigue, difficultés respiratoires (parfois rhume, maux ou diarrhée). La majorité des personnes atteintes guérit sans avoir besoin de traitement particulier. Une proportion importante (plus de 50%) des personnes malades sont asymptomatiques, ou « porteuses saines », c’est-à-dire qu’elles ne présentent pas de symptômes, et beaucoup d’autres présentent des symptômes légers. On ne sait pas encore combien de temps les personnes qui ont été atteintes garderaient une immunité. De plus, il ne faut pas oublier qu’on peut porter le virus sur nous sans l’avoir contracté pour autant. En somme, nous sommes dans ce contexte des véhicules du virus et/ou d’affaiblissements divers pour les autres.

Rq : Plus une maladie est contagieuse, plus la proportion des personnes immunisées doit être élevée pour stopper l’épidémie, et en attendant on peut juste la ralentir pour nous donner le temps de « l’apprivoiser ».

 Nous n’avons pour l’instant ni immunité, ni vaccin, ni médicament

D’où le fort caractère pandémique du virus. En Chine, les nouveaux cas locaux détectés par jour viendraient de tomber à zéro ce 19 mars, mais une « réplique » est tout à fait possible.

Comme d’autres coronavirus, il est possible qu’il ait une évolution saisonnière et donc que le printemps le fasse ralentir, mais rien n’est moins sûr pour l’instant. Comme la grippe, il peut muter. Il peut disparaître en apparences puis revenir. Nous devrons probablement apprendre à vivre avec lui (et certainement d’autres dans le futur), d’où l’extrême nécessité de tirer des leçons de cette situation lors de l’accalmie à venir, plutôt que de se boucher le nez et d’accepter un illusoire « retour à la normale » dans une société profondément fragilisée par le capitalisme.

Sources :



Notes

[1Covi = corona virus, d = disease et 19 = 2019

[2Épidémie = propagation d’une maladie infectieuse à un grand nombre de personnes ; Pandémie = propagation qui s’étend à toute la population ; Pandémie mondiale = qui s’étend à tous les continents.