Tchad : Macron aux côtés de la dictature tchadienne

22 novembre 2023 par Paul Martial


Macron soutient la dictature au Tchad pour préserver les bases militaires françaises en dépit d’une opposition grandissante des populations.



  Sommaire  

Le Tchad est l’illustration parfaite du double langage des autorités françaises sur la question de la démocratie en Afrique. Si elles sont promptes à condamner les coups d’État dans les pays sahéliens, elles soutiennent la prise de pouvoir dynastique de Mahamat Idriss Déby dont le défunt père a régné sur le pays plus d’une trentaine d’années.

 Jeudi noir

Cette prise du pouvoir du fils Déby en avril 2021 est issue d’un coup d’État constitutionnel mené par une clique de généraux qui se sont approprié le pays depuis des décennies. Dès le début, le fils Déby s’est installé par la répression. Pour faire bonne figure, il a promis une transition de dix-huit mois et convoqué une conférence nationale souveraine boycottée par l’opposition. Cette conférence actera les désidératas de la junte. Cette dernière annoncera la prorogation de son pouvoir de deux années.

En réponse, l’opposition politique et les organisations militantes de la société civile appellent le jeudi 22 octobre 2022 à descendre dans la rue. La répression qui s’abat sur la manifestation s’apparente à un massacre et restera dans les mémoires comme le Jeudi noir. Plus de deux cents morts, des arrestations par centaines qui continueront les semaines suivantes. Le but est de décapiter l’opposition. La plupart seront déportés à la prison de Koro Toro à 600 kilomètres de la capitale N’Djaména. Ceux qui en sont revenus racontent comment les cadavres ont été jetés lors du trajet, et les traitements inhumains de cette prison gérée par des anciens prisonniers de Boko Haram.

 Pivot sahélien

La répression sur le terrain continue, à deux mois d’un référendum sur la modification de la Constitution visant à renforcer le caractère centraliste du pouvoir, dans un pays dont la grande diversité religieuse et communautaire mériterait au contraire une organisation plus fédérale.

Du massacre du Jeudi noir aux multiples atteintes aux droits humains, la diplomatie française reste silencieuse. Son but est de préserver la stabilité du pays qu’elle associe au régime en place. Ainsi, les autorités françaises n’hésiteront pas à plusieurs reprises et en l’absence de tout contrôle parlementaire, à engager les forces françaises contre les attaques rebelles menaçant le pouvoir. Car le Tchad reste un pays décisif dans l’architecture militaire de la France en Afrique. Lors de l’opération Barkhane, les soldats tchadiens ont été envoyés en première ligne contre les djihadistes. Aujourd’hui, c’est le seul pays du Sahel qui accepte encore le positionnement de l’armée française sur son sol.

Une situation bien précaire au vu des mobilisations de plus en plus importantes qui contestent la présence militaire de la France. Une lutte à relayer et à soutenir dans l’hexagone, car le départ des troupes française du Tchad reviendrait aussi à la chute d’un régime qui n’a que trop duré.


Paul Martial

est animateur d’Afriques en Lutte, membre de la QI en France.