Un front social, écologique et démocratique pour réinventer l’avenir

27 mai par CADTM Belgique , Collectif


Photo : Dominique Botte - Jérôme Peraya- Collectif Krasnyi

Cette initiative collective fait suite à la carte blanche « Gérer l’urgence puis réinventer l’avenir » (https://plus.lesoir.be/291488/article/2020-04-01/gerer-lurgence-puis-reinventer-lavenir )

Des syndicalistes, des membres d’associations, de collectifs, des citoyens engagés, ont décidé de lancer un front des luttes.

Le CADTM Belgique participe à cette démarche unitaire qui vise à créer une force capable de concrétiser des conquêtes sociales et une rupture écologique.

Pour rejoindre le front : http://www.gresea.be/Un-front-social-ecologique-et-democratique-pour-reinventer-l-avenir.

 I. Comment en sommes-nous arrivé·es là ?

Une crise, qu’elle soit économique, politique, sanitaire, est toujours l’occasion d’une confrontation des récits. En fonction d’où nous parlons, de ce que nous représentons, de notre situation sociale, nous ressentons et racontons différemment les causes, le déroulement ou les conséquences de la pandémie liés au Coronavirus.

En 2008, le monde progressiste dans sa large diversité a perdu cette bataille des récits. Les inégalités économiques croissantes et la mauvaise gestion des banques n’ont pas été considérées durablement comme les causes de la crise. Rapidement, on a voulu nous faire croire que la crise bancaire et la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
privée étaient une « crise de la dette publique ». Ce mensonge a déterminé l’évolution économique, sociale et démocratique de l’Europe notamment. Les dispositifs de protection sociale, les services publics ou encore la culture, jugés trop chers, ont été sommés de se serrer la ceinture. Cette nouvelle cure d’austérité a fait des ravages dans notre système de santé, nos services publics et notre sécurité sociale, et a préparé les crises suivantes avec le macabre résultat que nous connaissons aujourd’hui. Elle a par contre permis aux milieux d’affaires, aux actionnaires, aux banques, aux multinationales, aux spéculateur·trices, d’accumuler des centaines de milliards et de renforcer leur pouvoir sur la société et sur nos vies.

Avec la pandémie de Coronavirus, la bataille du récit connaît un nouvel épisode. Le monde progressiste ne peut se permettre un nouvel échec, car nos services publics et notre sécurité sociale sont largement fragilisés par la décennie écoulée et parce que les basculements écologiques en cours nous promettent malheureusement de nouvelles catastrophes. De plus, le Coronavirus révèle, encore plus peut-être que les crédits « subprimes Subprimes Crédits hypothécaires spéciaux développés à partir du milieu des années 2000, principalement aux États-Unis. Spéciaux car, à l’inverse des crédits « primes », ils sont destinés à des ménages à faibles revenus déjà fortement endettés et étaient donc plus risqués ; ils étaient ainsi également potentiellement plus (« sub ») rentables, avec des taux d’intérêts variables augmentant avec le temps ; la seule garantie reposant généralement sur l’hypothèque, le prêteur se remboursant alors par la vente de la maison en cas de non-remboursement. Ces crédits ont été titrisés - leurs risques ont été « dispersés » dans des produits financiers - et achetés en masse par les grandes banques, qui se sont retrouvées avec une quantité énorme de titres qui ne valaient plus rien lorsque la bulle spéculative immobilière a éclaté fin 2007.
Voir l’outil pédagogique « Le puzzle des subprimes »
 », les contradictions fondamentales du capitalisme. Défendre un récit de ce qui s’est passé et de ce qui se passe n’est pas qu’une affaire de morale ou de sincérité : c’est d’abord un problème d’intérêts divergents (ceux des travailleurs et des travailleuses ne sont pas ceux des rentier·ières) : le récit qui s’imposera transformera le monde – en bien ou en mal.

La pandémie et le confinement confirment plusieurs choses :

  1. Quand vient le moment d’assurer les besoins vitaux et la continuité de nos sociétés, ce n’est pas sur les entreprises multinationales et les acteur·trices dominant·es du système financier et boursier que nous pouvons compter. Au contraire, ces acteur·trices du néolibéralisme flamboyant, si prompts à donner des leçons de bonne gouvernance aux administrations publiques depuis des décennies, viennent demander de l’aide à la collectivité afin que celle-ci prenne en charge leurs pertes, de préférence inconditionnellement.
  2. La sécurité sociale, le logement social, les services publics – y compris l’enseignement – et le secteur non-marchand sont des dispositifs irremplaçables pour surmonter les crises, pour lutter contre les inégalités et, plus généralement, pour vivre dans une démocratie réelle qui, rappelons-le, inclut aussi la dignité humaine pour toutes et tous.
  3. Ce sont des travailleuses et des travailleurs mal payé·es et mal considéré·es dans la classification néolibérale des métiers qui sont les plus utiles à la société. Et que – sans surprise – ces métiers mal payés sont très largement occupés par des femmes. Ce sont en effet le corps médical au sens large, les infirmier·ères, les aide-soignant·es, les gardes d’enfants, les salarié·es des services chômage, les caissier·ères, les magasinier·ères, les nettoyeur·euses, les coursier·ères et les livreur·euses, les chercheur·euses, les éboueur·euses, les agent·es de gardiennage, les paysan·nes ou encore les sans-papiers qui – comble du cynisme – retrouvent pour certain·es une « utilité économique », etc. qui affrontent le virus en première ligne et permettent à notre société de tenir debout. Les traders Trader
    Traders
    Le terme « trader » est d’origine anglo-saxonne. Il signifie littéralement « opérateur de marché ». C’est un opérateur spécialisé qui achète et vend des valeurs mobilières (actions, obligations, produits dérivés, options…), des devises, pour le compte d’un tiers (OPCVM, entreprise, personne, institutionnels…), ou pour l’établissement qu’il représente en tentant de dégager des profits.
    , les spéculateur·trices, les rentier·ères ou les actionnaires brillent par leur inutilité. Et lorsqu’il·elles donnent leur avis, c’est pour relancer les secteurs essentiels, non pas à la vie, mais à leurs profits, au mépris de la santé.
  4. Les grands engagements pris pour la solidarité internationale, le climat ou la transition énergétique sont rapidement jetés par-dessus bord dès qu’une nouvelle crise économique se présente. Plusieurs gouvernements et lobbys de multinationales ont déjà demandé de renvoyer aux calendes grecques les objectifs de Paris : aucun n’a proposé de renvoyer à 2050 le prochain versement de dividendes ou le prochain accord de libre-échange…
  5. L’agriculture intensive et la destruction des milieux de vie (par la déforestation, entre autres) produisent de plus en plus d’épidémies. La (sur)production basée sur les flux tendus et le grand déménagement du monde est un système d’approvisionnement destructeur de la vie, très fragile et intenable au niveau planétaire.
  6. La concentration du pouvoir économique et politique entre les mains de quelques grands actionnaires et de la direction de quelques partis politiques nous mène systématiquement au désastre. Ces institutions ne sont pas prêtes à faire face aux défis à venir, et elles viennent une nouvelle fois de le prouver. Au contraire, c’est principalement le dévouement du personnel des services publics (au sens large) et la solidarité entre les gens qui permettent aujourd’hui de fournir des masques, d’aider les personnes oubliées, d’assurer une continuité dans l’éducation des enfants... C’est la démocratie et l’engagement collectif de toutes et de tous qui nous sauvent, pas les pouvoirs spéciaux ou la restriction de nos libertés fondamentales.

La question aujourd’hui n’est plus de savoir qui a tort, qui a raison, tant la réponse est évidente. La vraie question est de savoir comment bâtir et défendre ensemble le bien commun. Pour ce faire, il est essentiel d’organiser dès aujourd’hui le débat et la concertation des forces d’émancipation pour permettre à nos récits de se propager pour changer les rapports de force en faveur de la majorité de la population.

 II. Débattre des priorités fondamentales [1]

Le plus facile est sans doute d’affirmer sans détour ce que nous ne voulons pas – mais qui risque pourtant bien d’arriver si nous laissons faire :

  • Non, ce n’est pas aux travailleur·euses (avec ou sans emploi) ni aux personnes déjà précarisées de payer cette crise (sur leurs salaires, leur temps et conditions de travail, leurs conditions de logement, leurs droits et libertés, leurs aides sociales…) ;
  • Non, la sécurité sociale, les services publics et les fonctions collectives vitales en général (santé, social, enseignement, éducation permanente, culture) ne peuvent être raboté·es ;
  • Non, les (trop) timides efforts pour répondre à l’urgence écologique ne peuvent pas être abandonnés ;
  • Non, les libertés civiles, les droits des femmes, les droits des minorités, le droit à un logement décent, l’accueil des personnes migrantes, les droits culturels ne peuvent pas être davantage détruits.

À l’inverse de ces 4 risques très réels, nous sommes d’accord sur 4 principes généraux.


1. Mettre l’égalité et la dignité au cœur du projet

La Belgique est un des pays les plus riches de la planète, et l’article 23 de notre Constitution garantit à chacun·e le droit à une vie digne. On était pourtant déjà très loin du compte avant la crise du Coronavirus. Les inégalités ont explosé depuis 30 ans : 1 enfant sur 4 grandit dans une famille pauvre, 15 % des Belges vivent avec moins de 1.000 euros par mois et 48 % des travailleur·euses belges sont pauvres ; 400.000 ménages sont en situation de précarité énergétique, les femmes continuent à être largement discriminées à de multiples égards, un nombre croissant de personnes sont mal logées ou à la rue, les personnes en situation de handicap sont victimes de ségrégation, des êtres humains survivent sans papiers et d’autres sont enfermés pour cette raison… L’égalité réelle et la dignité doivent constituer les éléments fondamentaux pour repenser notre système. Afin d’avancer dans cette direction, une autre distribution de la richesse produite ainsi qu’un renforcement de la sécurité sociale sont fondamentales.


2. Prendre soin de notre planète

Longtemps avant le Coronavirus, notre santé souffrait durement de la dégradation des conditions écologiques : dérèglement climatique, pollution de l’air, pesticides, paysages dévastés, extinction massive de la biodiversité favorisant les pandémies… Même s’il est trop tard pour éviter certaines catastrophes, il n’est pas trop tard pour en limiter l’ampleur et engager une véritable transition écologique juste. Cette transition passe nécessairement par une transformation radicale de nos modes de production et d’échanges. La situation présente nous invite à valoriser les activités essentielles (dont les activités régénératrices comme l’agriculture paysanne), dévaloriser les activités destructrices et faciliter les reconversions entre les deux.


3. Vers une démocratie réelle

Le droit de vote universel, la liberté d’expression, le droit de se réunir et d’agir et le multipartisme sont des caractéristiques essentielles de la démocratie. Mais elles ne sont pas suffisantes pour pouvoir parler de démocratie réelle. Les élu·es respectent-il·elles leurs engagements ? La séparation des pouvoirs n’est-elle pas de plus en plus mise à mal ? Les grands lobbys n’influencent-ils pas impunément les orientations prises ? Les marchés financiers Marchés financiers
Marché financier
Marché des capitaux à long terme. Il comprend un marché primaire, celui des émissions et un marché secondaire, celui de la revente. À côté des marchés réglementés, on trouve les marchés de gré à gré qui ne sont pas tenus de satisfaire à des conditions minimales.
ne dictent-ils par leurs lois ? Notre parlement est-il suffisamment représentatif ? Les politicien·nes corrompu·es sont-il·elles écarté·es du pouvoir ? Le vote blanc est-il reconnu ? Le rôle social et démocratique de la culture est-il apprécié à sa juste valeur ? Les citoyen·nes peuvent-il·elles intervenir sur les décisions importantes qui n’ont jamais été discutées auparavant ? Voulons-nous réellement vivre dans une société où chaque geste et chaque mouvement est surveillé et contrôlé, au mépris de nos libertés fondamentales ? Nous ne pouvons nous contenter de cette petite dose de démocratie et nos droits démocratiques ne peuvent en aucun cas devenir des variables d’ajustement. Les propositions, mais aussi les pratiques concrètes de terrain pour approfondir la démocratie sont nombreuses et il est fondamental d’en tenir compte.


4. Solidarité internationale

Parce qu’il est stupide et vain de vouloir changer le monde sur le dos de son·sa voisin·e, nous nous inscrivons radicalement dans une perspective internationaliste. La guerre économique et l’exigence de compétitivité, ça suffit ! Il s’agit d’une impasse, d’un modèle qui tire le monde entier vers le bas, avec des injustices encore plus criantes dans certaines régions et pour certaines catégories des populations. Tout comme l’enjeu des migrations ou celui du climat, la pandémie actuelle montre avec force et simplicité que nous avons besoin de relations internationales basées sur la coopération et la solidarité, et non pas sur des marchés concurrentiels ou sur des traités de libre-échange.

Ces 4 grands principes peuvent sans doute recueillir un large consensus parce qu’ils sont généraux : c’est leur force et leur faiblesse. Ce n’est pas avec des principes seuls, mais avec des propositions concrètes, stratégiquement pensées et appliquées dans la diversité en fonction des réalités vécues, que nous pèserons sur notre destin d’après-Corona. Nous voulons donc mettre en débat 4 priorités politiques.

Bien entendu, nous ne partons pas d’une page blanche : de multiples propositions alternatives portées par des mouvements sociaux et citoyens étaient et sont toujours d’actualité. D’autres émergent face à l’urgence sanitaire ou aux leçons durement apprises depuis 3 mois. Un front populaire n’a pas pour vocation d’émettre des exclusives, il est logique et désirable que coexistent des revendications multiples. Notre préoccupation est de dégager quelques revendications fondamentales qui permettront aux mouvements, collectifs, propositions et agendas de se renforcer mutuellement autour de ces priorités afin de créer les conditions d’une société plus égalitaire, plus écologique et plus démocratique.

4 propositions politiques fortes :

2 propositions pour créer des moyens budgétaires massifs, et 2 propositions pour les utiliser pour le bien commun :

  1. Dégager massivement de nouvelles ressources en remettant en cause les politiques budgétaires et monétaires qui empêchent de recourir à la dépense publique à des fins d’investissements nécessaires à la collectivité.
  2. Faire payer les riches, le monde de la finance et les multinationales, via une refonte radicale, solidaire et transparente des politiques fiscales, des monnaies et des dettes, aux différentes échelles appropriées, nationales, européenne et mondiale (globalisation Globalisation (voir aussi Mondialisation) (extrait de Chesnais, 1997a)

    Origine et sens de ce terme anglo-saxon. En anglais, le mot « global » se réfère aussi bien à des phénomènes intéressant la (ou les) société(s) humaine(s) au niveau du globe comme tel (c’est le cas de l’expression global warming désignant l’effet de serre) qu’à des processus dont le propre est d’être « global » uniquement dans la perspective stratégique d’un « agent économique » ou d’un « acteur social » précis. En l’occurrence, le terme « globalisation » est né dans les Business Schools américaines et a revêtu le second sens. Il se réfère aux paramètres pertinents de l’action stratégique du très grand groupe industriel. Il en va de même dans la sphère financière. A la capacité stratégique du grand groupe d’adopter une approche et conduite « globales » portant sur les marchés à demande solvable, ses sources d’approvisionnement, les stratégies des principaux rivaux oligopolistiques, font pièce ici les opérations effectuées par les investisseurs financiers, ainsi que la composition de leurs portefeuilles. C’est en raison du sens que le terme global a pour le grand groupe industriel ou le grand investisseur financier que le terme « mondialisation du capital » plutôt que « mondialisation de l’économie » m’a toujours paru - indépendamment de la filiation théorique française de l’internationalisation dont je reconnais toujours l’héritage - la traduction la plus fidèle du terme anglo-saxon. C’est l’équivalence la plus proche de l’expression « globalisation » dans la seule acceptation tant soit peu scientifique que ce terme peut avoir.
    Dans un débat public, le patron d’un des plus grands groupes européens a expliqué en substance que la « globalisation » représentait « la liberté pour son groupe de s’implanter où il le veut, le temps qu’il veut, pour produire ce qu’il veut, en s’approvisionnant et en vendant où il veut, et en ayant à supporter le moins de contraintes possible en matière de droit du travail et de conventions sociales »
    des revenus, action déterminée contre la fraude et l’évasion fiscale, taxation progressive des revenus et des grandes fortunes, imposition minimale et taxation unitaire des multinationales, etc.).
  3. Renforcer et élargir la protection sociale, les services publics et non-marchands – y compris l’enseignement, l’économie sociale et solidaire, le logement social, l’action associative et la culture. Tant pour refinancer les secteurs désargentés de la sécurité sociale que pour créer de nouveaux droits (augmentation du salaire minimum, réduction collective du temps de travail, individualisation des droits, protection des artistes, logement social de qualité, etc.). Il s’agit également de faire sortir de la logique de marché et du profit une série de secteurs essentiels, tels que l’énergie, la santé, la culture, le logement, les transports, la Poste, les banques, etc., afin de garantir une réappropriation et un contrôle citoyen sur ces productions de richesses essentielles.
  4. Investir en urgence dans la transition écologique par des investissements publics dans les secteurs nécessaires à la pérennisation de la société (infrastructures énergétiques, politiques publiques d’isolation du bâti, investissements dans la relocalisation, développement de l’agroécologie paysanne, des transports publics et légers etc.).

 III- Construire un front démocratique

Au-delà des réponses apportées aux situations d’urgence, comment faire mouvement social dans la durée, et répandre dans les esprits et dans la réalité politique les 4 priorités ci-dessus ?

La situation actuelle représente tout autant une opportunité d’infléchir ou de renverser les structures du capitalisme qu’une immense menace de les conforter et de voir se renforcer un État autoritaire et discriminant.

Pour saisir cette opportunité, il nous faut construire un front d’alliances larges pour gagner un rapport de force favorable. Cela ne veut pas dire nier les spécificités. Par contre, il nous faut éviter l’éparpillement, ou pire, une division des forces qui nous rendrait incapables d’éviter que le scénario de 2008 ne se reproduise : socialisation des pertes via des « sauvetages » de grandes entreprises, licenciements massifs, nouvelles mesures d’austérité, pressions pour augmenter le rythme des privatisations, attaques supplémentaires sur les droits sociaux, la sécurité sociale et le code du travail, reprise de la course à la croissance et à la compétitivité, augmentation des inégalités et de la précarité, poursuite de la destruction des écosystèmes…
Pour ce faire, quoique conscient·es de l’urgence, nous refusons la précipitation politique. Un mouvement social large, solidaire, populaire, puissant et offensif ne se construit pas en quelques jours sur les réseaux sociaux.

Dès lors, nous instaurons un comité de liaison au service du front social, écologique et démocratique que nous appelons de nos vœux. Nous le faisons avec détermination, mais avec modestie : d’autres initiatives existent en Wallonie et à Bruxelles, y compris sectorielles, avec qui nous pouvons nous coordonner (si elles acceptent nos options fondamentales), et bien sûr en Flandre, au niveau fédéral et en Europe. Notre modestie consiste aussi à nous inspirer des mobilisations larges de ces 10 dernières années, en analysant leurs réussites et leurs limites.

Nous poursuivons les 3 objectifs suivants :

  1. Gagner la bataille du récit : À court terme, nous voulons réfléchir et échanger entre nous pour empêcher qu’un récit réactionnaire ou néolibéral de la crise s’impose dans les esprits. Nous pouvons enrichir et compléter mutuellement les outils des un·es et des autres, et nous pouvons aussi chercher à produire des éléments communs pour un récit progressiste de cette crise et des alternatives.
  2. Une mobilisation démocratique pour un nouveau pacte social, écologique et démocratique : Il s’agit de mettre en place un dispositif démocratique qui mobiliserait et articulerait les contributions du monde associatif, des collectifs militants, des syndicats, des mutuelles etc., afin d’initier, préparer et mettre en œuvre, dès l’automne 2020 et jusqu’en juin 2021, des États généraux pour un pacte social, écologique et démocratique. Le contexte a changé et notre société ne peut plus se permettre de reposer sur un pacte productiviste et propriétariste tel qu’il fut progressivement dessiné il y a un peu moins d’un siècle. Mais, comme notre histoire sociale le démontre, un pacte ne se décrète pas, il se gagne par la lutte.
  3. Renforcer et faire converger les luttes : L’objectif est de se mettre d’accord de manière large sur les 4 priorités ci-dessus pour nous renforcer mutuellement et créer un front populaire capable de concevoir et porter des conquêtes sociales et écologiques.

Nous sommes conscient·es que pour réussir à créer un front dynamique, légitime et solide dans le temps, il est essentiel de partir des expériences existantes, de les valoriser et de faire remonter des propositions concrètes issues de l’intelligence collective née de l’expérience de l’épidémie et des précédentes.

Les coopératives de couturières, les syndicats étudiants, les organisations paysannes, les réseaux d’initiatives solidaires (colis alimentaires et d’hygiène dans les quartiers, etc.), les équipes populaires, les centres sociaux, les organisations de livreurs, les collectifs de personnes sans-papiers, les associations qui s’occupent des personnes sans-abri, les comités de soutien aux personnes enfermées, les associations de parents de quartiers populaires, les gilets jaunes, les collectifs de chômeur·euses et d’allocataires sociaux, les regroupements d’habitant·es pour la défense des territoires… doivent, avec les autres formes plus « traditionnelles » d’organisation, prendre la place qu’ils méritent dans le champ du débat politique et dans un front commun.

Fort·es de ce rassemblement large et diversifié, et tout en respectant l’autonomie d’action de chacun·e, nous pourrons nous coordonner sur certaines priorités ou agendas afin de « taper sur le même clou » tous et toutes ensemble à différents moments.

Ce front, à la fois espace politique de discussion et outil au service des luttes en cours, pourra alors devenir un moteur puissant pour encourager la solidarité intersectorielle et décloisonner les luttes.




Source : Gresea

Notes

[1Cette partie se structure comme suit : 4 « Non » ; 4 principes généraux ; 4 propositions concrètes à débattre.

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