Visite décoloniale avec le CADTM au Musée royal de l’Afrique centrale à Tervuren, Belgique

9 avril 2025 par Fernanda Gadea


Je me suis rendue à cette activité proposée par le CADTM dans son édition du 3 avril 2025 avec le sentiment motivant qu’il ne s’agirait pas d’une visite de musée à la manière habituelle : c’était autre chose.

La visite a commencé devant le nouveau bâtiment en verre inauguré en 2018, où un groupe d’une quinzaine de personnes s’est préparé à écouter les explications de François Makanga, « artiviste », guide décolonial et membre du collectif Bamko-cran. La visite (passionnante) des débuts du colonialisme européen, notamment belge, nous met dans de bonnes dispositions pour savoir, tout d’abord, où nous sommes : au cœur du capitalisme racial.



Une fois à l’intérieur du bâtiment, François Makanga nous commente la maquette du Musée et nous commençons à comprendre que la colonisation de l’Afrique par la monarchie belge est un projet que le premier roi de Belgique, Léopold Ier, avait en tête et que son fils Léopold II a mis en pratique.

François Makanga explica la maqueta del Museo. Foto de la autora.

L’un des plus grands triomphes de Léopold II à la conférence de Berlin de 1885, où l’on décidait de l’avenir de l’Afrique mais où aucun pays africain n’était présent, fut d’assurer la liberté du commerce en Afrique, mais tout ne fut pas laissé de côté. Les principaux accords furent : la liberté du commerce dans le bassin du Congo, la déclaration sur la traite des esclaves, la neutralité internationale de l’Afrique centrale, une loi sur la navigation pour les fleuves Niger et Congo, et l’introduction dans les relations internationales de règles pour les colonisations futures. La saison de la chasse commençait.

Ce musée, comme tous les musées, est une démonstration de puissance, en l’occurrence celle de l’empire de Léopold II qui repose sur trois axes : le commerce, l’Église et l’État. L’Exposition Universelle de Bruxelles de 1897 avait une section dans le Palais colonial de Tervuren, à 14 km de Bruxelles, aujourd’hui appelé Palais de l’Afrique.

Après avoir descendu les escaliers en béton, une imposante pirogue en bois de sipo, une sorte d’acajou, de 22 mètres de long, offerte au roi Léopold III, nous accompagne à travers une galerie jusqu’au musée. Nous nous arrêtons devant cette pirogue de 3 500 kg pouvant transporter une centaine de personnes et François nous interroge sur les sensations qu’elle provoque : étonnement devant l’immensité du tronc de l’arbre dans lequel elle a été taillée en une seule pièce, admiration pour la perfection du travail d’ingénierie qui a présidé à sa construction il y a tant d’années... Quant à moi, la phrase en différentes langues écrite sur le mur, « Tout passe, sauf le passé », suscite immédiatement une grande tristesse : la dureté du voyage que tant d’êtres humains effectuent depuis l’Afrique pour atteindre les côtes de l’Europe. Je vis dans les îles Canaries. Or, dans l’espoir d’entrer sur le territoire européen via les îles Canaries, environ 10 500 personnes se sont noyées dans l’Atlantique en 2024 dans ce qui est considéré comme la route migratoire la plus meurtrière du monde à l’heure actuelle. Et ces corps dans la mer me hantent où que j’aille, parce que ce ne sont pas des morts, ce sont des meurtres. Ils sont l’un des résultats du capitalisme racial dominant.

Canoa de sipo en la galería que conduce al Museo. Foto de la autora.

Après avoir passé le lieu où sont entreposées des sculptures que l’on ne voudrait plus voir, mais qui sont là, on se retrouve devant un tableau du célèbre peintre congolais Chéri Samba, qui représente la « Réorganisation du Musée ».

Depósito de esculturas. Foto de la autora.

Nous arrivons à l’impressionnante rotonde, avec ses immenses statues, où se trouve désormais l’œuvre monumentale d’art moderne africain sous la forme de deux têtes en bois se faisant face de l’artiste Aimé Mpane, l’une d’entre elles tenant une branche de métal, symbole d’un nouveau départ.
Nous en arrivons ainsi à la collection du musée. Ce qui y est exposé n’est qu’une petite partie des milliers d’objets qu’il abrite.

Colección Museo de África. Fotos de la autora.

Colección Museo de África. Fotos de la autora.

Nous ne pouvons pas ignorer que les collections créées pour le musée ont été conçues par des Européens. Le défi d’un récit colonial du point de vue africain est toujours là, tout comme chacun se confronte au colonialisme à partir de ses propres expériences, sans que cela n’enlève un iota à l’importance de la diaspora congolaise installée en Belgique. Ce groupe important a droit à sa propre représentation, ainsi qu’à la reconnaissance, à l’appropriation de son histoire et à la demande de réparation qui lui est due.

« Le néo-colonialiste est soit un imbécile qui croit encore que le système colonial peut être réparé, soit un malin qui propose des réformes parce qu’il les sait inefficaces. »
Jean Paul Sartre, lors d’une manifestation pacifiste en 1956 en Algérie.


Fernanda Gadea

Coordinadora de ATTAC España.

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