Que peut-on attendre d’un chef de l’État en déroute, d’un Premier ministre illégitime, d’un gouvernement convergeant avec l’extrême droite ? Comment se maintenir au pouvoir « quoi qu’il en coûte » ?
Par l’union sacrée : union sacrée contre le terrorisme, union sacrée face à la pandémie, union sacrée raciste anti-immigrés… Les sorties de Trump, son soutien à l’agression russe en Ukraine et la fin pressentie de la « protection » américaine en Europe ont offert à Macron, Bayrou et Retailleau l’occasion d’une poussée de nationalisme militariste.
Les 413 milliards de loi de programmation militaire (2023-2027) et les projets de « réarmement moral de la jeunesse » s’inscrivaient déjà dans une forte tendance à la hausse des dépenses militaires dans le monde. « 2 443 milliards de dollars en 2023, soit une augmentation de 6,8 % en termes réels par rapport à 2022. Il s’agit de la plus forte augmentation d’une année sur l’autre depuis 2009 », dont 1 341 milliards de dollars pour les 31 pays de l’Otan
OTAN
Organisation du traité de l’Atlantique Nord
Elle assure aux Européens la protection militaire des États-Unis en cas d’agression, mais elle offre surtout aux États-Unis la suprématie sur le bloc occidental. Les pays d’Europe occidentale ont accepté d’intégrer leurs forces armées à un système de défense placé sous commandement américain, reconnaissant de ce fait la prépondérance des États-Unis. Fondée en 1949 à Washington et passée au second plan depuis la fin de la guerre froide, l’OTAN comprenait 19 membres en 2002 : la Belgique, le Canada, le Danemark, les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne, l’Islande, l’Italie, le Luxembourg, la Norvège, les Pays-Bas, le Portugal, auxquels se sont ajoutés la Grèce et la Turquie en 1952, la République fédérale d’Allemagne en 1955 (remplacée par l’Allemagne unifiée en 1990), l’Espagne en 1982, la Hongrie, la Pologne et la République tchèque en 1999, la Bulgarie, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie en 2004, l’Albanie et la Croatie en 2009, le Monténégro en 2017, la Macédoine du Nord en 2020, la Finlande en 2023 et la Suède en 2024.
, explique le SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute).
Le grand projet réactionnaire de renouveau de la « grandeur » nationale (associé à la nouvelle phase de développement de l’EPR, malgré le naufrage financier et technique des chantiers et sites existants) peut maintenant espérer s’inscrire dans le cadre d’une stratégie militaire européenne à 800 milliards d’euros.
Avec la collusion entre Trump et Poutine, l’occasion est donnée à Van der Leyen, Scholz, Macron, Starmer et d’autres de se présenter en dirigeants d’une Europe de la démocratie libérale, garante du droit international (contre l’annexion du Groenland) et de « valeurs éclairées ». Rien ne pourra cependant faire oublier leur responsabilité accablante dans la situation actuelle.
Ils peuvent bien s’émouvoir de « l’isolement » inédit de l’Europe, de l’accroissement des risques de guerre. Ce sont eux qui depuis 18 mois ont intégralement soutenu et justifié l’appui militaire, politique et médiatique inconditionnel à un pouvoir ouvertement fasciste, colonial et génocidaire en Israël. Les mêmes ont participé au saccage du droit international qu’ils et elles prétendent défendre. Les mêmes avaient prospéré sur les ventes d’armes massives à l’Arabie saoudite dans sa guerre de sept ans au Yémen, et font leurs calculs sur les bénéfices qui pourront être tirés des catastrophes en cours au Soudan et en RDC.
Les mêmes — Allemagne, France, Grande-Bretagne, en particulier — ont renoncé à toute intelligence diplomatique (au moins) vis-à-vis du Sud Global et de la Chine, en adoptant les slogans et la stratégie de la tension et de la déstabilisation dans une région du monde déjà parsemée de centaines de bases militaires américaines.
Comment pleurer sur le nouvel « isolement de l’Europe » et une montée des périls au sein du bloc impérialiste historique Europe - États-Unis quand celui-ci a encouragé les pires dérives inégalitaires, militaristes, racistes, et désormais ouvertement fascistes, dans l’ignorance de la plupart des opinions publiques mondiales ?
Depuis la prise de pouvoir de Trump en janvier, l’action du fabricant d’armes allemand Rheinmetall a pris 73 % ; Thales, 65 % ; l’italien Leonardo, 60 % et le britannique BAE Systems un « modeste » 33 %.
Comme l’ont montré la crise des subprimes
Subprimes
Crédits hypothécaires spéciaux développés à partir du milieu des années 2000, principalement aux États-Unis. Spéciaux car, à l’inverse des crédits « primes », ils sont destinés à des ménages à faibles revenus déjà fortement endettés et étaient donc plus risqués ; ils étaient ainsi également potentiellement plus (« sub ») rentables, avec des taux d’intérêts variables augmentant avec le temps ; la seule garantie reposant généralement sur l’hypothèque, le prêteur se remboursant alors par la vente de la maison en cas de non-remboursement. Ces crédits ont été titrisés - leurs risques ont été « dispersés » dans des produits financiers - et achetés en masse par les grandes banques, qui se sont retrouvées avec une quantité énorme de titres qui ne valaient plus rien lorsque la bulle spéculative immobilière a éclaté fin 2007.
Voir l’outil pédagogique « Le puzzle des subprimes »
de 2008 et la pandémie de Covid-19, les ressources mêmes gigantesques ne manquent jamais pour la sainte trinité du capitalisme, de l’impérialisme et du militarisme. De quoi aller prier à Notre-Dame de Paris restaurée en quelques mois. Union sacrée, c’est le cas de le dire !
Refuser l’union sacrée doit être une ligne rouge pour une gauche convergente et solidaire, prête à combattre les attaques sur toutes les formes de redistribution encore existantes ou sur l’épargne, prête à défendre une orientation internationaliste. Une gauche tournée vers les résistances ukrainiennes et palestiniennes. Et pour une diplomatie anti-guerre sortant la France et l’Europe de leur mépris chronique des peuples de la planète. Lesquels paieront le prix de la précipitation du chaos climatique dont le militaire, avec ou sans guerre, est un facteur central désormais avéré.
Source : L’anticapitaliste
7 janvier, par Thierry Labica
22 novembre 2022, par Thierry Labica