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Porto Alegre, du 26 au 31 janvier 2005
En route vers le 5e Forum social mondial !
par Eric Toussaint
17 décembre 2004

La structure du cinquième Forum social mondial (FSM) présente de nombreux changements qui correspondent aux débats autour des expériences et des leçons qui ont surgi des éditions antérieures des forums, en particulier le quatrième FSM, tenu à Mumbai (Inde) en janvier 2004. Ces mutations se refléteront dans le nouvel aménagement territorial du Forum à Porto Alegre, au Brésil, via la constitution d’espaces thématiques qui développeront leurs activités en différents endroits situés au centre de la ville de Porto Alegre, au bord de la lagune...

Les activités, à plus de 90 % autogérées par les organisations participant au FSM, se répartiront en 11 espaces thématiques différents :

1) Assurer et défendre des biens communs de la Terre et des peuples - comme alternative à la marchandisation et à la domination des entreprises transnationales

2) Art et création : construire des cultures de résistance populaire

3) Communication : pratiques anti-hégémoniques, droits et alternatives

4) Défendre la diversité, la pluralité et les identités

5) Droits humains et dignité pour un monde juste et égalitaire

6) Économies souveraines pour et par les peuples - contre le capitalisme néolibéral

7) Éthique, cosmovisions et spiritualité - Résistances et défis pour un nouveau monde

8) Luttes sociales et alternatives démocratiques - contre la domination néolibérale

9) Paix, démilitarisation et lutte contre la guerre, le libre-échange et la dette

10) Pensée autonome, réappropriation et socialisation des savoirs et des technologies

11) Vers la construction d’un ordre démocratique international et l’intégration des peuples

L’articulation du Forum en 11 espaces thématiques pointe deux objectifs fondamentaux qui ont été discutés et sur lesquels il y a eu consensus lors des réunions du Conseil international, après le Forum de Mumbai et lors des rencontres de la Commission méthodologie et thématique de ce Conseil.

En premier lieu, on vise à ce que les espaces de débat s’articulent aux processus de lutte avec l’objectif de donner une meilleure visibilité aux résistances en cours contre la mondialisation néo-libérale, résistances dont les mouvements et organisations sociales qui participent au FSM sont protagonistes. Ainsi, la définition des 11 espaces thématiques est le résultat d’un débat sur les campagnes, les processus de lutte les plus significatifs de résistance et sur l’analyse de la consultation réalisée par internet. D’autre part, la dynamique du Forum cherche à promouvoir et à consolider les convergences des luttes et des campagnes, de manière à avancer dans l’élaboration d’alternatives pour un autre monde possible et nécessaire.

11 espaces thématiques et 4 axes transversaux [1]

Les 11 espaces thématiques sont le lieu privilégié pour l’expression de la pluralité et de la diversité qui constituent l’une des principales caractéristiques et la force du mouvement de résistance à la mondialisation néolibérale. Il s’agit précisément d’éviter une fragmentation thématique des débats qui rend difficile ou empêche les objectifs de convergence et de synthèse mentionnés plus haut. C’est pour cela que quatre axes transversaux et articulateurs ont été proposés. Ils devraient fonctionner comme « horizons » et préoccupations communes des débats de chacun des 11 espaces thématiques. Les quatre axes sélectionnés sont les suivants :

1) Emancipation sociale et dimension politique des luttes

2) Lutte contre le capitalisme et le patriarcat

3) Diversité et genre

4) Lutte contre le racisme

L’irruption sur la scène internationale depuis le milieu des années ’90 du mouvement contre la mondialisation néolibérale est sans doute le phénomène politique le plus significatif du début du nouveau siècle. L’action du mouvement international s’est révélée décisive, ces dernières années, dans la délégitimation du capitalisme présenté comme horizon historique (et prétendu naturel) indépassable de l’humanité. Les innombrables journées internationales de lutte contre la guerre ont permis de manifester l’amplitude à l’échelle mondiale du refus de la logique du « néolibéralisme armé » et de la « guerre infinie » comme tentative de relégitimation de la mondialisation néolibérale.

Les luttes constantes et diverses que ce mouvement développe sont en même temps l’espace de gestation et de diffusion de nouvelles alternatives de société et de civilisation aux formes d’oppression, de domination et de discrimination sociale inhérentes au capitalisme contemporain. La recherche et le débat concernant les dynamiques émancipatrices sont associés à un nécessaire débat sur le contenu et l’horizon politique des luttes des mouvements sociaux.

Les actions entreprises par la majorité de celles et ceux qui participent à la dynamique du Forum social mondial à tous les niveaux sont souvent confrontées à des obstacles politiques. Durant les dernières années, en de nombreuses occasions, tant au Sud qu’au Nord de la planète, une majorité de citoyens ont refusé de manière claire les politiques néolibérales tant dans la rue que par les urnes. Néanmoins, beaucoup de gouvernements élus suite à leur promesse de rompre avec le néolibéralisme ont poursuivi la même orientation que leurs prédécesseurs. Ils ont même, dans certains cas, poursuivi la politique de militarisation et de criminalisation sociale de la contestation. Face à cette réalité, il s’agit que nous, les participants au cinquième Forum social mondial, nous réfléchissions sur les moyens et les stratégies à opposer à cette « confiscation » du refus des politiques néolibérales.

Le 5e FSM : une rencontre tournée vers l’action

Différentes grandes manifestations de rue seront organisées au cours du Forum. On y attend des dizaines de milliers de participants. L’une d’elle portera sur la lutte contre le libre commerce et le projet de Zone de libre échange des Amériques - ZLEA (ALCA en espagnol).

Un grand espace autogéré par les jeunes

Un grand campement de la jeunesse autogéré réunira une vingtaine de milliers de participants. A la différence des éditions antérieures du FSM, ce campement sera pleinement intégré géographiquement à l’ensemble des activités.

Quelques inquiétudes

Le FSM, malgré les transformations positives présentées plus haut et malgré le niveau très élevé de militantisme - pensons notamment au magnifique travail des centaines d’interprètes bénévoles -, évolue progressivement vers une énorme machine dont l’activité génère une dépense considérable. Le budget de ce FSM, géré directement par le secrétariat brésilien, représente au moins six millions d’euros. C’est considérable. Des dérapages sont possibles. Notamment au niveau de la communication : affiches, contenu des conférences de presse. Autre dérive possible : une tendance à faire des propositions qui ne vont pas plus loin que ce que des gestionnaires du système sont prêts à reprendre au vol. Bref, un tournant vers la realpolitik et la frustration des espoirs de changements radicaux. Le FSM ainsi que tous ceux qui y participent et le soutiennent ne méritent pas cela. D’où la nécessité de maintenir une orientation radicale basée sur un enracinement dans les mobilisations sociales et les débats que celles-ci provoquent.

Eric TOUSSAINT
Président du CADTM Belgique et membre du Conseil international du FSM. 

L’activité du CADTM

Le CADTM a enregistré 4 activités au programme du FSM (qui en compte déjà environ 2.500) :

1) Abolir la dette odieuse de l’Afrique

2) La suspension du paiement de la dette par l’Argentine : un exemple à suivre ? (en collaboration avec trois organisations argentines EDI - Economistes de gauche -, Dialogo 2000 / Jubilé Sud et les Mères de la Place de Mai)

3) Banque mondiale / FMI : 60 ans, l’âge de la retraite (en collaboration avec Focus on the Global South, Thaïlande)

4) Lancement de l’Observatoire international de la dette (en collaboration avec EDI - Argentine -, Unafisco - Brésil -, Red Venezolana contra la deuda - Venezuela.

Le CADTM participera également à différentes activités organisées à l’initiative d’autres mouvements : Jubilé Sud, ATTAC, les confédérations syndicales internationales CMT et CISL. La principale activité consacrée à la lutte pour l’abolition de la dette s’intitulera l’ «  Assemblée des peuples créanciers de la dette écologique, sociale et historique  ».

Notes :

[1Le texte sur les axes transversaux est adapté de celui publié sur le site du Forum social mondial : www.forumsocialmundial.org.br.

Eric Toussaint

docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, porte-parole du CADTM international et membre du Conseil scientifique d’ATTAC France.
Il est l’auteur des livres, Capitulation entre adultes : Grèce 2015, une alternative était possible, Syllepse, 2020, Le Système Dette. Histoire des dettes souveraines et de leur répudiation, Les liens qui libèrent, 2017 ; Bancocratie, ADEN, Bruxelles, 2014 ; Procès d’un homme exemplaire, Éditions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Il est coauteur avec Damien Millet des livres AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; La dette ou la vie, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011. Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège.
Il a coordonné les travaux de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015 par la présidente du Parlement grec. Cette commission a fonctionné sous les auspices du parlement entre avril et octobre 2015.