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A Fana, les peuples africains avancent dans leur organisation malgré le cynisme du G8
par Collectif
11 juillet 2005

Nous publions ci-dessous une déclaration en provenance du Mali où s’est tenu le 4e Forum des Peuples, en contrepoint du sommet du G8 de Gleneagles. Le texte a été rédigé par Victor Nzuzi (R.D.Congo), Jean Mpélé (Congo Brazzaville), Olivier Bonfond (Belgique), délégués du réseau CADTM international.

Du 6 au 8 juillet 2005, dans le village de Fana au Mali, paysan/nes, éleveurs, chasseurs, pêcheurs, femmes, travailleurs et travailleuses victimes des privatisations et des licenciements, jeunes, chômeurs et chômeuses, intellectuel/les, mouvements sociaux d’Afrique et du monde entier, se sont réunis en plein air et en toute transparence, dans le cadre de la 4e édition du « Forum des peuples », contre-sommet africain au G8.

Initiative unique en terme de mobilisation populaire et d’immersion en milieu rural, ce Forum a pour objectif de s’appuyer sur l’intérêt des populations, en particulier des couches paysannes (80% de la population africaine vit de l’agriculture) pour élaborer des alternatives et des stratégies de résistances et d’action.

Pendant 4 jours d’échanges et de débats, les paysan/nes et les autres participant/es ont discuté des différents thèmes de résistance à l’ordre néolibéral, dont ceux relatifs à l’agriculture, tels les OGM, la souveraineté alimentaire, la réforme agraire (accès à la terre aux paysans, notamment aux femmes, contre leur spoliation par l’agrobusiness multinational et les classes dominantes locales)...

Au même moment, en Ecosse, les mouvements sociaux et altermondialistes de tout bord contestaient énergiquement la rencontre, dans la forteresse de Gleaneagles, des dirigeants du G8, en présence de 7 chefs d’Etats de l’Union Africaine ainsi que des musiciens Bono et Bob Geldof, venus se réunir pour discuter, en toute opacité, de l’avenir de la planète.

Le G8, institution illégitime, a placé au centre de ses discussions la réduction de la pauvreté en Afrique et la question du réchauffement de la planète. Mais, les solutions préconisées n’ont consisté une fois de plus qu’en promesses d’actions de charité qui ne s’attaquent nullement aux causes profondes de la croissance de la pauvreté et des inégalités, à savoir les politiques néolibérales.

En effet, le doublement de l’aide publique au développement prête à « sourire » lorsqu’on sait que l’engagement pris il y a 35 ans (0,7 % du PNB) n’est toujours pas respecté.

Par ailleurs, l’annonce de l’annulation de la dette multilatérale de quelques pays pauvres ne va en rien mettre un terme à la tragédie de la pauvreté, ni à l’esclavage de l’endettement.

Quant à la suppression des subventions à l’exportation, les agriculteurs du Tiers Monde doivent se contenter d’une vague promesse de réalisation « à une date crédible ».

La reconnaissance subite par Georges Bush du lien existant entre les déséquilibres grandissants de l’écosystème et « l’activité humaine », ne s’accompagnant même pas d’une promesse de ratification du Protocole de Kyoto, révèle tout le cynisme du G8, cautionné par les représentants de l’Union Africaine.

Dans ces conditions, le Forum des peuples s’est engagé à mieux lutter solidairement contre l’ordre néolibéral, en particulier pour :

- Une annulation totale et inconditionnelle de la dette publique des pays d’Afrique et du Tiers-Monde.

- L’arrêt immédiat de la privatisation des entreprises publiques, la rétrocession immédiate des entreprises privatisées aux pouvoirs publics, sous le contrôle actif des travailleurs et travailleuses en particulier, et du peuple en général.

- L’accès à la terre pour la petite paysannerie, en particulier l’accès des femmes paysannes à la terre et aux autres facteurs de production.

- La cessation de tout projet d’introduction voire d’expérimentation des OGM, ainsi que l’instauration d’un véritable ordre écologique mondial.

- La mise en place de règles internationales justes en faveur d’un commerce équitable et favorisant la souveraineté alimentaire des peuples d’Afrique et du monde.

- Des politiques économiques qui placent en priorité la satisfaction des droits humains fondamentaux tel que l’eau, l’emploi, la santé, l’éducation par les services publics

- La cessation des conflits, trop souvent orchestrés pour le contrôle néocolonial des ressources.

- La mobilisation massive à l’occasion des prochaines échéances, telles que l’arrivée de la Marche Mondiale des femmes à Ouagadougou en octobre 2005, le Forum Social Mondial polycentrique de 2006 à Bamako...

Commencé sous la pluie, le Forum de Fana s’est aussi terminé sous la pluie, promesse de fertilité de la lutte des peuples africains.

Ecrit à Fana (Mali) le 10 juillet 2005. Signé : Victor Nzuzi (R.D.Congo), Jean Mpélé (Congo Brazzaville), Olivier Bonfond (Belgique), délégués du réseau CADTM international.


Collectif