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[ITW Vidéo] RDC : Entre faux allègements de dettes, exploitation et pillage des ressources
par Victor Nzuzi , Chiara Filoni , Rémi Vilain
18 janvier 2018

En 2001, la République démocratique du Congo (RDC) est rentrée dans l’initiative Pays pauvres très endettés (PPTE) et en 2005 dans l’Initiative d’allègement de la dette multilatérale (IADM) [1] conçues par la Banque mondiale et le FMI dans le but d’alléger le remboursement de la dette qui empêchait le développement de son économie. En 2010, le pays a atteint le soi-disant « point d’achèvement » au prix de mesures néolibérales oppressantes qui piétinent les droits de la population congolaise déjà éprouvée par des décennies de colonisation, d’ajustement structurel, de dictatures...

Selon Victor Nzuzi, avec la réalisation du point d’achèvement de l’initiative PPTE et IADM, en 2010, il n’y a pas eu de véritable amélioration des conditions de vie des citoyen-ne-s de la République démocratique du Congo (RDC) car une partie de la dette reste toujours à rembourser et les conditions d’annulation de la partie restante ont pour ainsi dire pris toute notre économie en otage. Sur un total de 14 milliards de dollars de dette, à peu près 11 milliards ont été annulés. Comme pour tout pays ayant « bénéficié de cette faveur » du FMI et de la Banque mondiale (BM), les deux institutions ont imposé la libéralisation de toute l’économie (du secteur minier à l’énergie en passant par l’agriculture) au détriment de la population.

Les conditions de vie en RDC ne se sont clairement pas améliorées au cours du temps : l’éducation, la santé, les routes, tout est dans un état catastrophique.


Pour atteindre la croissance économique le Document de stratégie de croissance et de réduction de la pauvreté [2] prévoit la réalisation d’Inga III, d’un Plan national d’investissement agricole...

INGA III sera construit sur le même site que Inga I et II qui ont déjà fortement endetté le pays [3]. Le nouveau programme Inga III prévoit un nouveau barrage 4800 mégawatts qui exploitera le fleuve Congo pour alimenter les industries en Afrique du Sud et la RDC. Mais Inga III est juste le premier d’une série de projets hydroélectriques connus collectivement sous le nom de Grand Inga qui alimenterait également les industries en Afrique du Nord, au Nigeria (pour l’Afrique de l ’Ouest), en Somalie, en Éthiopie (pour atteindre l’Est du continent) et qui arriverait jusqu’au Moyen-Orient. C’est ce qu’on appelle les autoroutes de l’énergie (une première autoroute vers l’Afrique du Sud, une deuxième en Afrique du Nord via le Sahara, la troisième vers le Nigeria et la quatrième vers le Moyen Orient).

Pour ce qui est d’Inga III, le projet sera géré par des entreprises privées étrangères [4] et coûtera, dit-on, au moins 8 milliards de dollars. Or, on sait déjà que les coûts seront beaucoup plus élevés et qu’ils atteindront facilement les 14 milliards de dollars [5]. Pour pouvoir réaliser ce projet ambitieux, les entreprises privées n’auront d’autre choix que de s’endetter… et l’État congolais devra s’en porter garant. Cela voudra dire que si ces entreprises n’arrivent pas à payer c’est le peuple congolais qui payera la facture.

De plus, la répartition de l’électricité produite est prévue de la manière suivante : 2500 mégawatts vers l’Afrique du Sud, 1500 mégawatts desserviront les entreprises minières du Katanga et seulement moins de 1000 mégawatts seront distribués et vendus à la population congolaise via la SNEL (Société Nationale d’Électricité). Le document du projet stipule également qu’en cas de déficit énergétique (par exemple un étiage prolongé du fleuve Congo dû aux changements climatiques), la RDC ne recevrait que 600 mégawatts.

Pour finir, le traité d’Inga III avec l’Afrique du Sud stipule que le non-respect des engagements en terme de fourniture d’électricité (2500 mégawatts) justifierait le déploiement de moyens militaires par l’Afrique du Sud en RDC et ce, en guise de dédommagement !


Ces projets ne vont ni apporter de la croissance ni résoudre les problèmes d’approvisionnement en électricité. Au contraire, derrière tout cela se cache le dépouillement du Congo, de toutes ses matières premières et une nouvelle dette illégitime qu’on devrait refuser de payer !

Le Plan national d’investissement agricole (PNIA) a été conçu par les bailleurs de fonds pour intervenir dans le secteur de l’agriculture de la RDC. Le projet prévoit d’utiliser uniquement des semences commerciales certifiées et en ligne avec l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Ces semences industrielles répondent aux normes de l’agro-industrie et mettent en danger la biodiversité, le patrimoine naturel du pays et les traditions semencières des paysan-ne-s.

Mais il y a d’autres projets pilotes qu’ils sont en train d’imposer au Congo : les parcs agro-industriels. Il en existe déjà un à Kinshasa de 80000 hectares et le projet dans son entièreté prévoit d’en créer 22 au total. L’État congolais est prêt à verser la somme de 80 millions aux investisseurs pour l’exploitation des terres. Plus grave encore, 11000 personnes seront obligées de se déplacer pour leur permettre d’exploiter les terres de cette zone. Et peut-être beaucoup plus vu qu’on prévoit d’en construire un autre au Kivu, la région la plus peuplée et riche de la RDC.

Pour finir, des pesticides (comme le glyphosate fabriqué par Monsanto et fortement nocif pour la santé humaine) ont été utilisés pour nettoyer la zone tout en pulvérisant les autres herbes et les cultures de paysan-ne-s qui habitent près du parc.

Le troisième axe de cette réforme est la création de la zone spéciale économique de libre échange, c’est-à-dire un paradis fiscal pour les entreprises étrangères avec le prétexte – aussi vieux que la nuit des temps – de la création de l’emploi. La fameuse création d’emplois ne s’est jamais vérifiée aussi à cause de la mécanisation de l’agriculture (par ailleurs la même chose s’est passée en Europe avec la perte de milliers d’emplois dans les zones rurales). Les institutions financières internationales disent qu’il faut industrialiser l’agriculture de la RDC : mais qu’en sera-t-il des 70 % de la population qui vivent de l’agriculture ? Quelles solutions lorsque ces personnes perdront leur travail et leur souveraineté alimentaire ?


À propos de résistances et d’alternatives

Beaucoup d’occupations de terres en ce moment se font sur les terrains anciennement possédés par l’entreprise belge, Gilles van Lancker, ou par le Centre de recherche agronomique ou encore dans les parcs naturels, malgré la répression terrible et parfois mortelle. Il s’agit d’occupations des terres exactement comme on l’a vu au Brésil grâce au mouvement Sem Terra (MST).

La population congolaise paye un coût trop élevé à cause du pillage des ressources naturelles et du dogme de la croissance à tout prix qui ne font qu’enrichir les grands intérêts privés étrangers et des élites locales avec la complicité des créanciers.

L’exploitation de l’or, du mercure et d’autres minerais par les puissances occidentales provoque des dégâts énormes, à la fois sur l’environnement et la santé de la population congolaise. Les grands projets d’infrastructures comme Inga I, II et III et la libéralisation de l’économie au nom d’une dette largement illégitime et odieuse, ne font qu’endetter encore plus la population qui continue de payer pour des politiques économiquement nocives et antisociales servant les intérêts d’une minorité.

Voilà pourquoi non seulement une annulation totale de la dette du pays mais aussi des réparations doivent être exigées !


Merci à Najla Mulhondi pour sa relecture


Notes :

[1Cette dernière concernant exclusivement les créances dues à l’IDA, le FMI et le Fonds africain de développement)

[2Il s’agit de documents opérationnels élaborés par les gouvernements du Sud et les institutions de Bretton Woods. En RDC le premier de ces DSCRP a été introduit en 2006 pour accompagner l’Initiative PPTE. En général les DSCRP désignent les objectifs et les orientations des politiques macroéconomiques pour le pays sous tutelle de la BM et du FMI dans le but de se conformer aux Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). En fait, ces documents poursuivent et approfondissent la politique d’ajustement structurel en cherchant à obtenir une légitimation de celle-ci par l’assentiment des acteurs sociaux.

[3Ces deux projets constituent à eux seuls près de la moitié de la dette congolaise. Néanmoins, moins de 9 % de la population congolaise a aujourd’hui accès à l’électricité.

[4Il s’agit de la compagnie chinoise « Three gorges corporation » et de l’entreprise espagnole BTP avec à sa tête l’entreprise ACS

[5Pour plus d’infos sur le projet lire le rapport par Tim Jones : Endetté et à l’aveuglette : Analyse économique du projet d’Inga 3 en RDC, juin 2017, International rivers. Disponible en ligne : https://www.internationalrivers.org/fr/resources/endett%C3%A9-et-%C3%A0-l%E2%80%99aveuglette-analyse-%C3%A9conomique-du-projet-d%E2%80%99inga-3-en-rdc-16497

Victor Nzuzi

NAD UNIKIN Kinshasa RDCongo

Chiara Filoni

Permanente au CADTM Belgique

Rémi Vilain

Permanent au CADTM Belgique