printer printer Cliquer sur l'icône verte à droite
Les discussions pour fixer les statuts de la Banque du Sud sont au point mort. Des luttes internes empêchent toute évolution. Explications.
par Laurent Tourneux
25 avril 2008

Les statuts de la Banque du Sud auraient déjà dû être coulés dans le marbre. Mais, rien. Silence radio.
Le 9 décembre dernier, à Buenos Aires, c’est dans un climat d’entente cordiale que les Sept (Venezuela, Brésil, Argentine, Équateur, Bolivie, Paraguay et Uruguay) ont signé la fondation de la Banque du Sud. Nouvelle institution latino-américaine initiée par Hugo Chavez et censée rendre sa souveraineté au sous-continent sur la Banque mondiale et le FMI. Ils devaient se revoir soixante jours plus tard, soit le 9 février, pour fixer les statuts, l’organisation et les financements.

Mais, plus de deux mois et demi après, l’élaboration du traité constitutif tarde. Trop, semble-t-il. « Le processus est paralysé », indique Éric Toussaint, économiste et président du CADTM (Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde) Belgique.

À cela plusieurs raisons, et deux principaux fautifs. Le géant brésilien, avec sa banque de développement qui pèse 22 milliards de dollars, et le phénix argentin, ressuscité après la crise de 2001 grâce à une croissance de 9 % depuis quatre ans, semblent vouloir faire passer leurs intérêts en priorité.

À l’origine, la règle devait être : « un pays, une voix », quel que soit l’apport dans le capital. Au contraire des institutions de Bretton Woods, où le droit de vote est proportionnel à l’apport financier. Mais voilà : la différence entre les économies brésilienne et bolivienne est abyssale. La Paz ne peut pas apporter le milliard de dollars (640 millions d’euros) demandé -un capital de départ de sept milliards de dollars (4.5 milliards d’euros) est prévu. Ce qui a amené le Brésil et l’Argentine à vouloir rediscuter les statuts de la Banque du sud. Les deux États les plus puissants du continent latino-américain souhaitent que les réunions courantes se fassent à la proportionnelle, tout en conservant le principe égalitaire pour les séances annuelles. Ce dont ne veulent pas les autres États. Et pour cause : cela reviendrait à reprendre les statuts de l’honnie Banque mondiale.

Trois possibilités se dégagent. Ou le principe « un pays, une voix » avec un apport égalitaire dans le capital de la Banque est conservé et ce serait une vraie alternative aux institutions de Bretton Wood. Ou les pays apportent dans le capital une contribution proportionnelle à l’économie de chacun en conservant le principe « un pays, une voix ». Ou, enfin, l’apport au capital est différent et le droit de vote est proportionnel à l’apport. Ce qui reviendrait à créer un FMI bis à la sauce latino. Et « ce serait un échec », grince le président du CADTM.

Autre problème : la mission de la Banque. Le Brésil et l’Argentine souhaitent qu’elle finance de gros projets d’infrastructures. En effet, Brasilia possède d’énormes sociétés de génie civil, à la différence de ses voisins. Même constat à Buenos Aires qui pense à son industrie lourde. Mais, financer de grosses entreprises capitalistes n’est pas le but de la Banque. C’est pourquoi les autres pays, l’Équateur et le Venezuela en tête, souhaitent voir naître des projets de développement régionaux réalisés par les entreprises publiques du sous-continent pour la souveraineté alimentaire.

Cette Banque du Sud devrait également « renforcer un Mercosur (marché commun entre l’Argentine, le Brésil, l’Uruguay et le Paraguay) atone, et relancer la coopération régionale », annonce Sylvain Bellefontaine, économiste à la BNP Paribas.

La Banque du sud se veut être « la première étape vers l’unification des pays latinos », selon Éric Toussaint. Mais, pour réaliser le rêve de Bolivar, il va falloir faire des compromis.


Laurent Tourneux