printer printer Cliquer sur l'icône verte à droite
Communiqué de presse
Le CADTM dénonce l’extrême marginalisation des Pygmées et le non respect de leur identité par la Banque mondiale
par CADTM
3 septembre 2008

Depuis 1994, l’Organisation des Nations unies a décidé de faire du 9 août la journée internationale des populations autochtones. Parmi celles-ci, on trouve les Pygmées de République démocratique du Congo, qui dépendent de ressources naturelles fortement liées à leur identité et leur culture. Par conséquent, ne pas tenir compte du mode de vie des Pygmées dans la gestion des forêts en RDC menace leur survie même.

C’est pourquoi le CADTM condamne avec force la politique de déforestation en RDC pilotée par la Banque mondiale dont les Pygmées sont principalement victimes. En 2005, douze organisations congolaises de défense des Pygmées avaient saisi le Panel d’inspection de la Banque mondiale, chargé d’enquêter sur les éventuels manquements de la Banque à ses propres politiques internes sur l’environnement, les forêts et les populations autochtones. Le rapport rendu par le Panel en 2007 et confirmé en 2008 par le Conseil d’administration de la Banque mondiale est sans équivoque : la Banque a commis de nombreuses violations et a ignoré l’existence de la communauté pygmée, ce qui leur a causé un grave préjudice économique, social et culturel. Malgré la reconnaissance de ses fautes, la Banque mondiale ne prévoit aucune réparation pour les dommages qu’elle a causés.

Le CADTM déplore le fait que, 14 ans après le lancement de cette journée internationale de l’ONU, le peuple pygmée soit de plus en plus marginalisé. Au lieu de préserver des domaines essentiels tels que la culture, l’éducation, la santé, la priorité est donnée à l’exportation des ressources naturelles, en l’occurrence le bois tropical, sur lequel repose le mode de vie des Pygmées. Depuis plus de 25 ans, la logique défendue par la Banque mondiale, notamment à travers les plans d’ajustement structurel, piétine les besoins fondamentaux des populations et sert avant tout les grandes entreprises privées, ce qui provoque une forte dégradation des conditions de vie des populations, notamment autochtones.

Au moment où le gouvernement congolais procède au réexamen des contrats d’exploitation forestière en RDC, souvent entachés d’irrégularités, il est indispensable d’accorder une attention particulière aux Pygmées en imposant aux exploitants forestiers des zones concernées de suivre des règles strictes respectant l’identité des Pygmées.

Tous les acteurs nationaux et internationaux doivent respecter la Déclaration des Nations Unies sur les peuples autochtones adoptée le 13 septembre 2007 [1] qui consacre notamment le droit des peuples autochtones à l’autodétermination et prévoit dans son article 20 que « les peuples autochtones privés de leurs moyens de subsistance et de développement ont droit à une indemnisation juste et équitable ».

Conformément à cette déclaration des Nations unies, le CADTM réclame que justice soit rendue au peuple Pygmée ainsi qu’à tous les autochtones privés de leurs terres. Plus largement, Il est temps de mettre en place un modèle économique radicalement différent basé sur la satisfaction des droits humains fondamentaux de tous les peuples. Cela passe nécessairement par l’annulation totale de la dette, illégitime et largement odieuse, et par une nouvelle architecture financière internationale.


Notes :

[1Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. Résolution adoptée par l’Assemblée générale, 13 septembre 2007. - http://www.un.org/esa/socdev/unpfii/fr/drip.html

CADTM