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G20. ATTAC dénonce la « supercherie »
Les altermondialistes préconisent de « dégonfler le capitalisme » plutôt que de « rhabiller le capitalisme ».
par Thomas Lemahieu
26 septembre 2009

« Le G20 de Pittsburgh est une mascarade qui intervient après les shows
médiatiques déjà organisés à Washington et à Londres, dénonceDominique
Plihon, président du conseil scientifique de l’association
altermondialiste ATTAC. On fait monter la pression, on annonce de
grandes mesures, on prépare de belles déclarations tonitruantes et
ambitieuses, mais au fond, la montagne va accoucher d’une souris et tout
le monde le sait. Dans cette affaire, on est bien obligé de constater
que les gouvernements des pays considérés comme les plus puissants
jouent vraiment petit bras. Même sur des sujets aussi périphériques que
les bonus des traders, ils sont incapables de prendre la moindre
décision ! » Plutôt que de « rhabiller le capitalisme », les
altermondialistes appellent à « dégonfler la finance pour désarmer le
capitalisme » : hier matin, en prélude à une intervention théâtrale sur
la place du Palais-Royal à Paris, au cours de laquelle les pantins de
Nicolas Sarkozy, Angela Merkel et Barack Obama ont, en avant-première,
allumé leur écran de fumée, ATTAC a présenté dix mesures immédiates pour
sortir de cette farce et « nous engager dans une sortie durable de la
crise ».

À rebours de la dépénalisation croissante du droit des affaires en
France, l’association préconise une pénalisation totale des
« exactions » qui ont provoqué le désastre : démantèlement de tous les
paradis fiscaux - « contrairement à ce qu’on tente de nous faire croire
avec la liste blanche, il n’y a pas de bon paradis fiscal », explique
Dominique Plihon -, éradication de la spéculation sur les matières
premières, mise à bas des hedge funds, encadrement drastique des
« innovations financières » comme les produits dérivés et la
titrisation, etc. Pour Thomas Coutrot, lui aussi membre du conseil
scientifique d’ATTAC, la stabilité financière est à la fois un enjeu
démocratique et économique : « La crise a montré que la stabilité
financière est un bien public et donc le système doit être placé sous
contrôle public. On pourrait imaginer d’avoir un pôle bancaire public
qui fonctionne comme un service public, pas forcément à l’ancienne avec
des technocrates à sa tête, mais avec des règles démocratiques et
transparentes, sous la surveillance des représentants des salariés, des
usagers, des petites entreprises et des associations… » Les
altermondialistes veulent également relancer le débat sur les
inégalités. « On a bien vu le lien entre les inégalités et cette crise
aux États-Unis, fait remarquer Dominique Plihon. Les banques ont acculé
dans le surendettement les ménages les plus fragilisés par le gel des
salaires et les pertes de pouvoir d’achat… »

ATTAC propose de défendre un système d’impôt progressif qui permettrait,
par taux d’imposition « prohibitifs sur les hauts revenus », d’aboutir à
un écart maximal de 1 à 5 entre les plus bas et les plus hauts revenus.
Alors que, par exemple, Bernard Kouchner, le ministre français des
Affaires étrangères, se déclare désormais favorable à une très
improbable forme de taxation « facultative » sur les transactions
financières, les altermondialistes fustigent la manœuvre emblématique
des opérations à l’œuvre. « C’est pittoresque d’imaginer que des
entreprises voudraient contribuer volontairement à un impôt, relève
Thomas Coutrot. On le voit bien, derrière les envolées contre quelques
excès de la finance, le G20 cherche à sanctuariser la financiarisation
du monde. Il s’agit de prolonger la domination de la finance. »


Thomas Lemahieu

L’Humanité