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AlterSummit
Athènes 7-8 Juin 2013 : l’Altersommet des peuples européens
par Chiara Filoni
20 juin 2013

Les 7 et 8 juin derniers, l’Altersommet a été lancé à Athènes, triste symbole de la violence des plans d’austérité européens. Plus d’un millier de participant-e-s, représentant environ 180 organisations altermondialistes européennes (mouvements sociaux, syndicats, ONG, etc.) était réuni pour dénoncer les fausses recettes imposées aux peuples par la Troïka. Non seulement les plans d’austérités violent les droits démocratiques des populations, car ils n’ont en aucun cas fait l’objet de consultation, mais leur impact tant économique que social est désastreux.

Ce rassemblement s’inscrit en continuité notamment avec le travail mené il y a moins d’un an à l’occasion du rassemblement de Firenze 10+10. Différentes organisations s’étaient alors rassemblées pour commencer à travailler à la création d’un front commun contre l’austérité en Europe. L’objectif est d’affirmer que d’autres politiques sont possibles et qu’il est nécessaire que celles-ci s’inscrivent dans le respect des droits humains et visent l’amélioration des conditions de vie des populations et le respect de la nature. Ainsi les participant-e-s de l’Altersommet affirment qu’en rupture avec une Europe du capital, une Europe solidaire est possible. Une Europe assurant des services publics de qualité et garantissant à chacun-e ses droits sociaux, sans aucune forme de discrimination.

La rencontre s’est ouverte le vendredi 7 juin par une assemblée féministe qui a réuni environ 200 personnes. Les femmes, bien qu’en première ligne des attaques sociales, sont par leurs luttes et leur ténacité un des espoirs majeurs de résistance. Elles ont partagé à Athènes leurs expériences respectives pour créer un front commun et faire converger leurs actions dans le cadre d’une stratégie globale. Dans toute l’Europe, les attaques menées contres les droits sociaux en général et les droits des femmes en particulier sont similaires. Les femmes sont doublement impactées, spécifiquement exploitées par le système capitaliste et patriarcal. Les femmes sont une armée de réserve de travailleuses bon marché, flexibles, etc. et de nombreuses coupes budgétaires touchent directement les secteurs dans lesquels elles sont employées. D’autre part, les femmes, en temps de crise, jouent un rôle palliatif à l’État social, en assurant de facto, un certain nombre de services qui doivent être pris en charge par la société (garde des enfants, des personnes âgées, des malades, etc.). Face à cette situation, il est temps de dire basta !

Deux dates de convergence ont été actées : le 8 mars (journée des femmes) et le 25 novembre (journée internationale contre les violences faites aux femmes). Espérons que ces temps seront marqués par des convergences concrètes et engageront d’autre temps et espaces de mise en commun, pour dépasser les rendez-vous classiques de cette lutte spécifique et primordiale.

Trois axes prioritaires communs de luttes ont été choisis : la santé (les femmes y sont impliquées comme travailleuses et comme bénéficiaires de services), l’emploi (le taux de chômage est partout plus élevé pour les femmes) et les violences faites aux femmes (qui ne cessent d’augmenter).

Quatre autres assemblées thématiques ont été organisées ce jour-là sur l’éducation, la santé, le logement et la situation des migrant-e-s en Europe.
A noter aussi qu’en parallèle à ces assemblées la GUE/NGL (le parti de la gauche unitaire européen) a organisé une rencontre entre les mouvements sociaux, les partis politiques et des économistes.

La journée s’est clôturée en plénière par la présentation et l’adoption du “Manifeste des peuples” qui contient des propositions urgentes face à la crise et à la dette ainsi que des alternatives économiques, sociales et écologiques [1].

Enfin, un concert avec des groupes venant de toute l’Europe a clôturé de manière plus festive la journée.

Le samedi a été consacré à différentes assemblées thématiques sur la montée de l’extrême droite, la paix, la lutte contre la pauvreté et les droits sociaux, l’écologie, la solidarité, les biens communs et le pillage des ressources naturelles, la démocratie, le travail, et la dette, les banques, la finance et les paradis fiscaux.

L’assemblée sur la dette, les banques, la finance et les paradis fiscaux, co-organisée entre autres par le CADTM, a rassemblée environ 80 personnes. Cette assemblée a été l’occasion de démontrer que malgré des divergences entre les différentes organisations parties prenantes, une série d’alternatives claires et concrètes est portée collectivement. On peut par exemple citer la nécessité de réformer radicalement les banques européennes (plus de transparence, séparation entre les banques de dépôts et celles d’investissement, audit des banques, etc.), la Banque Centrale Européenne (qui devrait prêter directement aux États pour garantir des taux d’intérêts bas sur leurs prêts et prendre en charge les opérations de clearing, actuellement faites par des compagnies privées), et la fiscalité (un système fiscal plus juste et plus re-distributif). Quant à l’annulation des dettes illégitimes, un débat est encore ouvert parmi les différentes organisations sur cette alternative. Cependant, il existe un large consensus sur le moratoire et la restructuration des dettes illégitimes et sur le renforcement de l’alliance entre les différentes initiatives d’audit en cours.

Pour ce qui concerne le calendrier d’action strictement lié à ces propositions politiques, une mobilisation est prévue à l’automne prochain au moment des discussions sur les budgets des différents pays européens. Une autre mobilisation a été décidée contre la BCE à l’occasion du déménagement de celle-ci et de l’ouverture de son nouveau siège en 2014. En outre, les participant-e-s ont décidé d’organiser une conférence européenne sur la dette pendant le premier semestre 2014 en élargissant la participation aux pays du sud de la Méditerranée, et à d’autres acteurs de la société civile.

Les deux journées d’assemblées se sont clôturées avec une manifestation dans le centre d’Athènes, du Musée archéologique à la célèbre place Syntagma. Le cortège comptait plus de 2000 personnes et demandait à grande force de rejeter l’austérité et exigeait une démocratie réelle ! L’arrivée de cette manifestation a coïncidé avec celle de la Gay Pride qui avait une importance particulière cette année dans un contexte d’homophobie grandissante sous l’impulsion des mouvements d’extrême droite grecs.

Lors de l’évaluation de cette rencontre, après que le rapport de chaque assemblée thématique ait été fait, il est ressorti qu’il y a eu une faible participation et plus particulièrement des mouvements grecs qui accusent une fatigue plus les mobilisations se multiplient. Le mouvement altermondialiste n’est pas le seul à décider du rythme des mobilisations. Il est donc nécessaire d’intensifier encore plus les convergences notamment avec d’autres types de mouvements (Occupy, indignés...) et de rejoindre les mobilisations existantes et celles à venir. La mobilisation autour de la fermeture de la télé ERT deux jours après la tenue de l’Altersommet à Athènes a bien montré cela.


Chiara Filoni

CADTM Belgique