Et maintenant, vous le voyez le travail des femmes* ?!

Quand les femmes* s’arrêtent, le monde s’arrête

8 avril par Collectif 8 Mars Liège


(CC - Illustration Collecti.e.f 8 ma.a.rs

Un mois après le 8 Mars, journée de lutte et grève féministe internationale, en plein dans les mesures de confinement et de « distancement social » souhaitées par une bonne partie des gouvernements du monde pour faire face au Covid-19, nos revendications sont plus que jamais d’actualité.

Déjà, il rend d’autant plus visible l’ampleur et l’indispensabilité du travail considéré « féminin », et du travail précarisé en général (exercé par une majorité de femmes*).
Il rend aussi visible les violences et injustices auxquels elles, nous, faisons face.
De fait, ce confinement est profondément inégalitaire

On constate qu’il y a les confiné.e.s et les non-confiné.e.s.

Celles qui continuent à bosser
Celleux qui ne peuvent pas se confiner (sans logement, migrant.e.s,..) mais à qui sans cesse la police demande de partir (pour aller où ?)
Il y a celles qui ont toujours été confinées au foyer dont certain.e.s peuvent commencer à entrevoir l’usure du quotidien
Il y a celleux qui étaient déjà confiné.e.s, en prison, en Centres fermés, en maison de repos (EHPAD) dont la situation déjà déplorable s’empire dans l’impunité la plus totale
Il y a celles pour qui le confinement n’est pas un congé payé mais une condamnation à mort
Celles qui continuent en télétravail avec en plus les enfants et la désinfection des poignées de porte à charge
Celles qui n’ont plus le temps de faire leurs courses et subvenir à des besoins essentiels car leurs heures de travail ne le permettent plus et les réseaux de soutien sont absents
Il y a celles qui craquent à l’hôpital, en maisons médicales, en EHPAD. Qu’on applaudit 5 minutes à 20h après avoir fermé les yeux sur la dégradation de leur situation et leurs luttes depuis 10 ans
Il y a celles qui risquent leur vies quotidiennement pour un salaire de misère (caissièr.e.s, infirmièr.e.s, ..) 
Il y a celles en situation irrégulière qui n’ont aucune compensation et continuent à bosser
Il y a les personnes dépendantes de services ou soins spécifiques qui n’y ont plus accès
Il y a celleux pour qui les séquelles psychologiques de cette situation anxiogène seront insurmontables
Il y a ces enfants qui croulent sous les coups et n’ont aucun foyer pour les accueillir
Il y a celles qui assument les personnes nécessitant des prises en charges spécifiques faute d’alternative
Celleux confiné.e.s dans un 20m2 en famille nombreuse qui n’ont plus d’échappatoire
Celleux qui doivent faire face à la délation des « voisin.e.s vigilant.e.s » parce qu’iels dorment dehors
Celleux qui ne recevront pas ou peu de compensation financière car leur activité est jugée immorale (travailleur.euse.s du seXe) ou inutile (artistes)
Celleux qui subissent encore un peu plus la stigmatisation : personnes racisé.e.s, personnes queer, personnes pauvres, personnes malades, en situation de handicap, mères célibataires...
Il y a celles qui se font encore plus harceler le soir dans la rue
Il y a toutes celleux qui n’ont plus aucune porte de sortie et sont plongé.e.s dans un isolement total
Il y a la police et les autorités violentes qui pénalisent au lieu de soutenir
Il y a, comme avant, celleux qui font tourner le monde et celleux qui en profitent

Cette liste non-exhaustive nous rappelle à quel point le fonctionnement et la survie de la société repose sur du travail gratuit et sur les épaules des métiers précaires, invisibilisés, souvent effectués par des femmes* tout aussi précaires.

Les inégalités sociales se creusent ; entre les confiné.e.s confortables et les non-confiné.e.s vulnérables, qu’on distingue, sans surprise souvent sur des critères de genre, race et classe. 

Cette crise multidimensionnelle que l’on voit arriver depuis plusieurs mois et déclenchée (rendue encore plus visible ?) par la pandémie nous montre ce qui compte vraiment, nous montre le non-sens des politiques d’austérité menées depuis 12 ans. 

Elle nous montre à quel point ce système est défectueux.
Plus que jamais, l’enjeu d’une réelle grève féministe se fait sentir.  

Pendant ce temps, des centaines de milliards sont injectés par la BCE BCE
Banque centrale européenne
La Banque centrale européenne est une institution européenne basée à Francfort, créée en 1998. Les pays de la zone euro lui ont transféré leurs compétences en matières monétaires et son rôle officiel est d’assurer la stabilité des prix (lutter contre l’inflation) dans la dite zone.
Ses trois organes de décision (le conseil des gouverneurs, le directoire et le conseil général) sont tous composés de gouverneurs de banques centrales des pays membres et/ou de spécialistes « reconnus ». Ses statuts la veulent « indépendante » politiquement mais elle est directement influencée par le monde financier.
et autres instances pour « sauver l’économie ». Non, il ne s’agit pas de préserver vos économies et la nôtre ; non il ne s’agit pas de réinvestir dans de réels services publics ou de venir en assistances aux plus démuni.e.s. Mais bien de sauver la finance, le profit des actionnaires, le secteur privé, les marchés. Et ainsi faire exploser les dettes publiques. C’est une terrifiante répétition de ce qui s’est passé en 2008 et justifia une décennie de casse des services publics et sociaux, mesures anti-sociales qui ont spécifiquement affecté les femmes* et le secteur de la santé. 

Ils préparent l’après. Pas question de ressortir de cette crise avec une remise en cause du système qui l’a rendue possible ! Plutôt, assurons nous d’une main d’œuvre pas chère et endettée, d’une organisation politique affaiblie par des mois d’absence de liens sociaux et une normalisation du télétravail et de la surveillance,...

Préparons nous aussi ! Comme le revendique Santé en Lutte : on réglera nos compte après le confinement. Et continuerons à affirmer que l’espace public nous appartient. En attendant, appuyons quelques unes de nos revendications :

  • Visibilisation et revalorisation des secteurs du soin et des autres activités dites « féminines »
  • L’accès à un logement décent pour toustes
  • Des lieux d’accueil pour lutter efficacement et inconditionnellement contre toutes les violences faites aux femmes et aux minorités de genre
  • La régularisation et l’accès aux soins pour toustes
  • La fin des mesures d’austérité

Nous vous invitons toustes à prendre des initiatives de solidarité, à occuper l’espace public dans les mesures du possible, à refuser de se taire et d’accepter les reculs sociaux engagés. 

VOUS NE CONFINEREZ PAS NOTRE COLÈRE
En grève le 8 mars, en lutte tous les jours

Liens utiles :

Pour joindre le Collectif 8 Mars Liège pour trouver du soutien maintenant et/ou nous rencontrer et rejoindre notre lutte après le confinement : 8maarsliege chez bawet.org



Des membres du Collectif 8 Mars Liège, 8 avril 2020

* Toute personne s’identifiant comme femme et / ou subissant des oppressions sur base de son identité de genre : hommes transgenres, personnes non-binaires, agenres, aux genres fluides…