Coups de chocs en pyramide

19 novembre 2011 par Charlotte Géhin


« L’Union européenne ajoute l’humiliation à l’injustice » peut-on lire et entendre ces derniers jours dans nos sources médiatiques. Georges Papandréou est botté en touche après avoir fait l’injure d’annoncer la consultation du peuple grec. Silvio Berlusconi est sommé de démissionner avant que le peuple italien ne manifeste un peu trop d’ardeur à son encontre. Illico Presto, c’est le moins que l’on puisse dire. Le G20 G20 G20 : Le Groupe des vingt (G20) est un groupe composé de dix-neuf pays et de l’Union européenne dont les ministres, les chefs de banques centrales et les chefs d’État se réunissent régulièrement. Il a été créé en 1999, après la succession de crises financières dans les années 1990. Il vise à favoriser la concertation internationale, en intégrant le principe d’un dialogue élargi compte tenu du poids économique croissant pris par un certain nombre de pays. Sont membres : Allemagne, Afrique du Sud, Arabie saoudite, Argentine, Australie, Brésil, Canada, Chine, Corée du Sud, États-Unis, France, Inde, Indonésie, Italie, Japon, Mexique, Royaume-Uni, Russie, Turquie, l’Union européenne (représentée par le Président du conseil et celui de la Banque centrale européenne). s’est tenu du 3 au 4 novembre. Le 12 novembre, les deux départs sont officiels. Qu’est-ce qui presse autant ?

Un petit tour vers l’histoire. Celle de des années 70 par pur hasard. C’est le moment des coups d’Etats. Argentine, 1976, le général Juan Perón. Indonésie, 1965, le général Suharto. Chili, 11 Septembre 1973, le général Pinochet. Jusque-là, il n’y a guère ressemblance avec notre situation. Non, le tout réside dans la désignation des équipes à la tête des programmes économiques. De fait, les noms sont moins connus. Mais il s’agit bien de désigner dans la hâte des gestionnaires économiques et financiers de l’école libérale pure : les chicago boys. A cette époque, l’oligarchie politique ne pouvait mettre en œuvre de tels programmes de rigueur dans des démocraties. Sans vergogne, elle est allée tester ses plans de rigueur sous les dictatures. De beaux résultats ! Au Chili, l’inflation Inflation Hausse cumulative de l’ensemble des prix (par exemple, une hausse du prix du pétrole, entraînant à terme un réajustement des salaires à la hausse, puis la hausse d’autres prix, etc.). L’inflation implique une perte de valeur de l’argent puisqu’au fil du temps, il faut un montant supérieur pour se procurer une marchandise donné. Les politiques néolibérales cherchent en priorité à combattre l’inflation pour cette raison. atteignit 375% en un an, résultat de la « brique » : la politique d’austérité concoctée par cette élite libérale imposée au peuple chilien. En Argentine, les salaires perdirent 40% de leur valeur en moins d’un an. En Indonésie, 100% des richesses naturelles furent vendues aux sociétés étrangères avec exonérations d’impôts temporaires.

Les résultats des plans de rigueur sont dans nos livres d’histoires. Pauvreté, hausse du chômage, pillage de la démocratie. Aujourd’hui, le parallèle semble nous sauter aux yeux. Partout en Europe où le peuple tend à se soulever contre le pouvoir en place et contre les plans d’austérité qui les accompagnent, on jette les gouverneurs à la porte, on tait toute réaction populaire légitime et on en profite pour mettre en place les élèves bien formés du système financier. En Grèce, Lucas Papademos est l’ancien vice-président de la BCE BCE
Banque centrale européenne
La Banque centrale européenne est une institution européenne basée à Francfort, créée en 1998. Les pays de la zone euro lui ont transféré leurs compétences en matières monétaires et son rôle officiel est d’assurer la stabilité des prix (lutter contre l’inflation) dans la dite zone.
Ses trois organes de décision (le conseil des gouverneurs, le directoire et le conseil général) sont tous composés de gouverneurs de banques centrales des pays membres et/ou de spécialistes « reconnus ». Ses statuts la veulent « indépendante » politiquement mais elle est directement influencée par le monde financier.
. En Italie, Mario Monti est l’ancien commissaire européen à la concurrence et membre de la Trilatérale. Dans le contexte des traités européens montés de toutes pièces, déjà, à la faveur des intérêts du capital, c’est-à-dire selon des logiques économiques libérales, ces deux portraits rappellent furieusement ceux des chicago boys des années 70. Leurs nominations, quant à elles, n’a rien à se réclamer de plus démocratique. De nouvelles élections auraient été largement possibles. Comme excuses : la folie excessive et si rapide des marchés financiers Marchés financiers
Marché financier
Marché des capitaux à long terme. Il comprend un marché primaire, celui des émissions et un marché secondaire, celui de la revente. À côté des marchés réglementés, on trouve les marchés de gré à gré qui ne sont pas tenus de satisfaire à des conditions minimales.
et l’incrédulité des agences de notations. Ceux-là même qui ont pris tout leur pouvoir dans les articles du TCE, traités de Lisbonne etc. Comme argumentaire : la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
. Ces titres de la dette Titres de la dette Les titres de la dette publique sont des emprunts qu’un État effectue pour financer son déficit (la différence entre ses recettes et ses dépenses). Il émet alors différents titres (bons d’état, certificats de trésorerie, bons du trésor, obligations linéaires, notes etc.) sur les marchés financiers – principalement actuellement – qui lui verseront de l’argent en échange d’un remboursement avec intérêts après une période déterminée (pouvant aller de 3 mois à 30 ans).
Il existe un marché primaire et secondaire de la dette publique.
qui se baladent impunément sur les marchés financiers, qui passent des acteurs privés au secteur public à coup de nationalisations des pertes et qui risquent toute envolée critique de leurs valeurs en cas d’inquiétude des agences de notation Agences de notation Les agences de notation (Standard and Poor’s, Moody’s et Fitch en tête) sont des agences privées qui évaluent la solvabilité et la crédibilité d’un émetteur d’obligations (État, entreprise). Jusqu’aux années 1970 elle étaient payées par les acheteurs potentiels d’obligations, depuis la libéralisation financière la situation s’est inversée : ce sont les émetteurs d’obligations qui rémunèrent les agences pour qu’elles les évaluent... Reconnaissons leur qualité de travail : c’est ainsi que Lehman Brothers se voyait attribuer la meilleure note juste avant de faire faillite. . A cause d’elle : « tout le système est en péril » ! L’euro, le risque de faillite des Etats ! Balivernes. Déjà, parce qu’un Etat ne fait pas faillite. Un Etat n’est pas une entreprise soumis au droit commercial. Un Etat a pour rôle de gérer les intérêts de ses citoyens. Un Etat a le devoir de faire primer les droits sociaux en tout état de cause. Le droit international stipule qu’il doit suspendre ses dettes si elles portent atteinte à l’exécution de ses devoirs. Le peuple doit faire pression pour les annuler. Nous n’avons plus d’Etat, nous avons des oligarchies capitalistes au pouvoir qui ne craignent pas de priver les peuples de leur capacité de prendre part aux décisions de la communauté.

L’heure est grave. Sous couvert d’un tissu de mensonges, l’oligarchie capitaliste (qui inclut donc les politiques) se précipite pour installer les pires mesures libérales. Règles d’Or, mesures internationales antisociales, usurpation des élections, pillage financiers par la dette, plans de rigueur : hausse des impôts indirects, sapes dans les dépenses sociales, privatisations, désindexation des revenus sur l’inflation. Des véritables coups de chocs ! Réagissons à la mesure de l’agression. Le pouvoir au peuple. On n’acceptera pas de payer pour les banques. On n’acceptera pas d’abandonner notre héritage démocratique. La réponse est un devoir.