3 milliards d’euros transférés annuellement d’Europe

Bataille autour de l’argent des émigrés algériens

13 août 2007 par Salah C, pour Le Quotidien d’Oran


Une étude intitulée facilité euro-méditerranéenne d’investissement et de
partenariat (FEMIP) réalisée par la banque européenne d’investissement
révèle que les immigrés originaires des pays de la rive sud de la
méditerranée établis en Europe envoient annuellement entre 12,4 et 13,6
milliards d’euros vers leurs pays d’origine.

L’importance de ces transferts est au centre d’un autre rapport commandé
par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, rapport qui conclut
que des trois pays du Maghreb, l’Algérie vient en pôle position avec 3,15
milliards d’euros, devançant le Maroc et la Tunisie avec respectivement
2,13 et 0,84 milliards d’euros.

Néanmoins, le transfert de la moitié de ces fonds s’effectue par des
canaux informels. C’est cette importante manne financière que se disputent
plusieurs opérateurs financiers spécialisés dans le transfert d’argent du
fait que les profits obtenus sont conséquents. C’est le cas de l’américain
Western Union, détenant 17% du marché européen en 2006, qui facture 19
euros pour l’envoi de 150 euros au Maroc, assortis de frais de change. En
Algérie Western Union dispose de plus de cent points de contact, notamment
au niveau de la poste d’où il est possible de retirer du liquide sans
passer par une banque.

Ce créneau porteur a amené d’autres spécialistes du transfert, Ria et
Money Gram, à venir revendiquer leur part du marché et ce en instaurant
une concurrence farouche notamment en matière des frais d’envoi. C’est le
cas de Money Gram qui a baissé le tarif à seulement 12 euros.

Une aubaine pour les professionnels du transferts de fond

Le champ demeure encore ouvert et d’autres acteurs viendront bousculer le
monopole US et en France on avance déjà le chiffre de 20 autres
spécialistes qui viendront s’impliquer dans ce marché juteux. Néanmoins,
certaines banques de l’hexagone qui ont investi en Algérie tentent de se
ressaisir en étant plus agressifs en direction de la communauté algérienne
établie particulièrement en France. C’est le cas de Société Générale
Algérie (SOGA) qui parallèlement à l’ouverture de 17 agences à travers le
territoire national, un chiffre appelé à doubler à la fin de l’année en
cours, compte ouvrir des antennes dans toutes les agences de la banque
mère pour amener les immigrés algériens à effectuer le transfert de leur
argent. Cet intérêt survient après le constat établi en 2003 concluant que
sur les quelques 2,8 milliards d’euros transférés, seul 1,3 milliard ont
transité par le circuit officiel. Par conséquent, l’enjeu est important
d’autant que les banquiers de SOGA sont conscients du fait que le cours de
la monnaie européenne par rapport au dinar a chuté, notamment depuis
l’interdiction d’importation de véhicules de moins de 3 ans, le recours au
transfert par les réseaux banquiers est plus alléchant pour peu que les
mécanismes soient plus souples.

C’est ce qui vient d’être tenté au Maroc avec la création de Banque
Accord, filiale du groupe de distribution Auchan, et la marocaine
Attijariwafa Bank. Ce partenariat consiste à lancer des cartes de retrait
destinées à faciliter le transfert d’argent. La carte est confiée aux
proches résidant dans le pays d’origine et est créditée par le client, en
France. L’avantage et la nouveauté de la carte Flouss réside dans le fait
qu’il n’est pas nécessaire d’être client de la banque pour l’acquérir.
Présentant cette carte, un des responsables de Banque Accord dira : « On a
des clients qui ne pouvaient plus supporter de faire la queue dans un
bureau de poste » et aujourd’hui avec cette carte c’est plus simple que de
confier 200 euros à un copain qui descendait au pays ».