Ni G8, ni Live 8 !

3 juillet 2005 par CADTM


Quand on réclame l’annulation de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
du tiers-monde, on doit se poser en permanence la question des moyens à utiliser pour y parvenir. La musique peut être un excellent véhicule pour porter cette revendication et la partager avec un public plus large, d’excellentes illustrations en sont données par la compilation « Drop the debt », vendue dans une vingtaine de pays, ou des festivals engagés comme les Nuits atypiques à Langon, Esperanzah ! au sud de Bruxelles [1] et bien d’autres festivals aux quatre coins de la planète. Mais que penser de la démarche du Live 8, qui, pour pousser les dirigeants du G8 G8 Ce groupe correspond au G7 plus la Fédération de Russie qui, présente officieusement depuis 1995, y siège à part entière depuis juin 2002. à annuler la dette et à augmenter l’aide à l’Afrique, a fait appel à des méga-stars dans d’immenses shows planétaires très commerciaux et très stéréotypés ?

Bob Geldof, Bono et quelques autres n’ont pas choisi la bonne voie pour plusieurs raisons. Primo, le choix de ceux qui ont été autorisés à monter sur la sainte tribune du Live 8 fut subjectif et les critères mercantiles ont été omniprésents. Combien d’artistes africains pour clamer leur colère et s’exprimer sur le vécu de leurs compatriotes ? Pour en être, il fallait avant tout vendre des disques, nul besoin d’avoir un message à délivrer. Le choix de Geldof et de ses associés révèle implicitement qu’une fois de plus, la voix de ceux qui subissent la dette n’est pas prise en compte. Pourtant, rappelons avec l’historien burkinabè Joseph Ki-Zerbo : « on ne développe pas, on se développe ». Toute initiative visant à lutter contre la pauvreté sans impliquer fondamentalement les plus pauvres est vouée à l’échec. Le G8 ne l’a pas compris, le Live 8 non plus.

Deuzio, dépenser 38 millions d’euros pour ces concerts géants à travers le monde pose question. Pour réunir cette somme, le Live 8 a recouru à des méthodes qu’il serait bon par ailleurs de condamner : des entreprises multinationales ont été sollicitées, alors que c’est sous la pression de ces grandes entreprises privées qu’ont été imposées aux pays du Sud depuis les années 1980 la libéralisation économique, l’ouverture des marchés et des privatisations massives. Accompagnées de l’augmentation des frais scolaires, des frais de santé, de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), ainsi que de la suppression des subventions aux produits de base, ces mesures ont joué un rôle majeur dans l’augmentation de la pauvreté en Afrique. Un changement d’attitude ne peut se mettre en place en adoptant celle de ses contradicteurs.

Tertio, quelle est la culture qui est mise en valeur par le Live 8 ? Celle qui est fabriquée en Amérique du Nord et en Europe, principalement anglo-saxonne. Une culture qui s’impose à tous les peuples de la planète véhiculée par l’industrie du loisir (qui constitue la principale industrie exportatrice des Etats-Unis). Une culture qui étouffe les autres cultures, celles des pays endettés notamment.

Quarto, en s’affichant avec MM. Tony Blair, Gordon Brown, George W. Bush ou Jacques Chirac, les promoteurs de Live 8 tendent finalement à légitimer une instance profondément illégitime. Le G8 n’est au fond qu’un regroupement des pays les plus riches qui prétend régler les affaires du monde sans en référer à qui que ce soit. Par exemple, le 11 juin dernier, le G8 a annoncé avec fracas l’effacement de la dette de 18 pays pauvres envers la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
, la Banque africaine de développement et le FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

Cliquez pour plus.
. Il est révélateur que cette annonce, qui traduit surtout un échec des mesures adoptées jusque là et une modeste prime à des pays bien dociles, soit une décision des seuls dirigeants du G8, au mépris des règles démocratiques de base, puisque les populations du Sud n’ont pas été invitées à s’exprimer et les institutions multilatérales concernées n’ont pas eu leur mot à dire. Le G8 est illégitime, et un changement conséquent ne pourra avoir lieu qu’en refusant d’entrer dans son jeu.

Après ce déferlement d’annonces historiques de la part du G8, après ce déferlement tout aussi médiatisé de la bonne parole de quelques chanteurs occidentaux plus ou moins messianiques, dont trois pop stars et entrepreneurs anoblis par la Reine d’Angleterre (Bob Geldof, Elton John, Paul McCartney), tous les citoyens épris de justice vont continuer leur lutte pour un modèle dont les valeurs sont à l’opposé du modèle actuel, que les projecteurs de Hyde Park et de Versailles ont finalement renforcé : un monde dans lequel la dette n’opprime plus des milliards d’individus, les droits humains fondamentaux sont garantis. Un monde dans lequel les cultures et les voix des peuples concernés s’expriment pleinement. Reléguons la pauvreté dans la poubelle de l’histoire, le G8 aussi.

Damien Millet est président du Comité pour l’annulation de la dette du tiers monde (CADTM) France, auteur de L’Afrique sans dette (CADTM/Syllepse, 2005).

Victor Nzuzi (RD Congo), paysan, coordinateur du NAD RD Congo

Aminata Touré Barry (Mali), présidente du CAD Mali

Eric Toussaint (Belgique), président du CADTM Belgique, auteur de La finance contre les peuples (CADTM/Syllepse/Cetim, Liège-Paris, 2004).

Ibrahim Yacouba (Niger), syndicaliste, responsable du RNDD-Niger.

Tous membres du réseau international CADTM

Le Comité pour l’annulation de la dette critique vis-à-vis du Live 8

Le Comité pour l’annulation de la dette critique vis-à-vis du Live 8

PARIS, 2 juil 2005 (AFP) - Le Comité pour l’annulation de la dette du tiers monde (CADTM) a contesté samedi le bien-fondé de Live 8, une série planétaire de méga-concerts humanitaires, à l’initiative du rocker engagé irlandais Bob Geldof qui selon le CADTM n’a « pas choisi la bonne voie ».

« Que penser de la démarche du Live 8, qui pour pousser les dirigeants du G8 à annuler la dette et augmenter l’aide à l’Afrique, a fait appel à des méga-stars dans d’immenses shows planétaires très commerciaux et stéréotypés ? », s’interrogent dans un communiqué commun plusieurs responsables du CADTM de différentes nationalités (France, RDCongo, Mali, Belgique, Niger).

Le Comité critique notamment « les critères mercantiles » ayant présidé au choix des artistes conviés au Live 8, en regrettant la prédominance de vedettes internationales dans la programmation, au détriment d’artistes africains.

« La voix de ceux qui subissent la dette n’est pas prise en compte », et « la culture mise en valeur par le Live 8 » est « fabriquée en Amérique du Nord et en Europe », déplorent ses membres.

En outre, souligne le CADTM, « dépenser 38 millions d’euros pour ces concerts géants à travers le monde pose question ».

Le Comité estime enfin qu’« en s’affichant avec MM. Tony Blair, Gordon Brown, George W. Bush ou Jacques Chirac, les promoteurs de Live 8 tendent à légitimer le G8, une instance profondément illégitime ».

Le CADTM est un réseau international à but non lucratif présent dans 22 pays, en Europe, en Amérique Latine, en Afrique et en Inde, qui milite pour l’« annulation totale et inconditionnelle de la dette des pays du Tiers Monde ».



Autres articles en français de CADTM (278)

0 | 10 | 20 | 30 | 40 | 50 | 60 | 70 | 80 | ... | 270