Thèse de doctorat en sciences politiques présentée en 2004 à aux universités de Liège et de Paris VIII par Éric Toussaint

Enjeux politiques de l’action de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international envers le tiers-monde

23 août 2013 par Eric Toussaint

Via internet, le CADTM est très heureux de mettre à disposition d’un vaste public cette thèse de doctorat et des documents qui la complètent. Cette thèse peut être reprise librement par d’autres sites à condition de prévenir l’auteur via info@cadtm.org et de faire un lien vers le site www.cadtm.org. Elle peut être reproduite à condition que ce soit dans son intégralité et pour un usage strictement non commercial. On peut extraire des parties de cette thèse à condition que Éric Toussaint soit clairement identifié comme l’auteur. N’hésitez pas à envoyer vos commentaires et des informations sur l’usage personnel ou collectif que vous faites de cette thèse à info@cadtm.org. Vos messages seront transmis à Éric Toussaint.

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Schema exposé EricT 22­nov2004
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Rapport Toussaint par J.M.Harrib­ey
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Rapport Rene Passet_ these Toussaint

Analyse de l’influence des logiques financières mondiales impulsées par le
FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

Cliquez pour plus.
et la BIRD sur les pratiques politiques des pays en développement, suivie de
propositions d’alternatives.

Exposé d’Éric Toussaint présenté le 22 novembre 2004 à l’Université de Liège pour la soutenance de thèse

Thèse de doctorat en Sciences Politiques

Université de Liège – Université de Paris 8

Titre : Enjeux politiques de l’action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
de la Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement et du Fonds Monétaire International envers le tiers-monde

1)La question centrale renvoie au titre de la thèse : Quels sont les Enjeux politiques de l’action de la Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement et du Fonds Monétaire International envers le tiers-monde ?

2) Structure de la thèse
La thèse est constituée de quatre parties.

La première partie, composée de quatre chapitres, aborde les transformations du capitalisme mondial intervenues depuis 1979 de différents points de vue : l’évolution des conditions d’existence des populations de la planète (chapitre 1), l’évolution du capital vers une concentration accentuée menant à une situation d’oligopole Oligopole La situation d’oligopole tient à l’interdépendance entre firmes qu’il comporte, « les firmes ne réagissant plus à des forces impersonnelles en provenance du marché, mais personnellement et directement à leurs rivales » (Pickering, 1974). L’oligopole mondial est un « espace de rivalité », délimité par les rapports de dépendance mutuelle de marché reliant le petit nombre de grands groupes qui parviennent, dans une industrie (ou dans un complexe d’industries à technologie générique commune), à acquérir et à conserver le statut de concurrent effectif au plan mondial. L’oligopole est un lieu de concurrence féroce, mais aussi de collaboration entre groupes (Chesnais, 1996). (chapitre 2), l’évolution de la hiérarchie dans l’économie-monde en prenant en compte notamment les investissements à l’étranger et le commerce (chapitre 3), les étapes de la déréglementation financière et l’entrée en crise de la mondialisation Mondialisation (voir aussi Globalisation)
(extrait de F. Chesnais, 1997a)
Jusqu’à une date récente, il paraissait possible d’aborder l’analyse de la mondialisation en considérant celle-ci comme une étape nouvelle du processus d’internationalisation du capital, dont le grand groupe industriel transnational a été à la fois l’expression et l’un des agents les plus actifs.
Aujourd’hui, il n’est manifestement plus possible de s’en tenir là. La « mondialisation de l’économie » (Adda, 1996) ou, plus précisément la « mondialisation du capital » (Chesnais, 1994), doit être comprise comme étant plus - ou même tout autre chose - qu’une phase supplémentaire dans le processus d’internationalisation du capital engagé depuis plus d’un siècle. C’est à un mode de fonctionnement spécifique - et à plusieurs égards important, nouveau - du capitalisme mondial que nous avons affaire, dont il faudrait chercher à comprendre les ressorts et l’orientation, de façon à en faire la caractérisation.

Les points d’inflexion par rapport aux évolutions des principales économies, internes ou externes à l’OCDE, exigent d’être abordés comme un tout, en partant de l’hypothèse que vraisemblablement, ils font « système ». Pour ma part, j’estime qu’ils traduisent le fait qu’il y a eu - en se référant à la théorie de l’impérialisme qui fut élaborée au sein de l’aile gauche de la Deuxième Internationale voici bientôt un siècle -, passage dans le cadre du stade impérialiste à une phase différant fortement de celle qui a prédominé entre la fin de Seconde Guerre mondiale et le début des années 80. Je désigne celui-ci pour l’instant (avec l’espoir qu’on m’aidera à en trouver un meilleur au travers de la discussion et au besoin de la polémique) du nom un peu compliqué de « régime d’accumulation mondial à dominante financière ».

La différenciation et la hiérarchisation de l’économie-monde contemporaine de dimension planétaire résultent tant des opérations du capital concentré que des rapports de domination et de dépendance politiques entre États, dont le rôle ne s’est nullement réduit, même si la configuration et les mécanismes de cette domination se sont modifiés. La genèse du régime d’accumulation mondialisé à dominante financière relève autant de la politique que de l’économie. Ce n’est que dans la vulgate néo-libérale que l’État est « extérieur » au « marché ». Le triomphe actuel du « marché » n’aurait pu se faire sans les interventions politiques répétées des instances politiques des États capitalistes les plus puissants (en premier lieu, les membres du G7). Cette liberté que le capital industriel et plus encore le capital financier se valorisant sous la forme argent, ont retrouvée pour se déployer mondialement comme ils n’avaient pu le faire depuis 1914, tient bien sûr aussi de la force qu’il a recouvrée grâce à la longue période d’accumulation ininterrompue des « trente glorieuses » (l’une sinon la plus longue de toute l’histoire du capitalisme). Mais le capital n’aurait pas pu parvenir à ses fins sans le succès de la « révolution conservatrice » de la fin de la décennie 1970.
financière (chapitre 4). Cette première partie permet de cerner le cadre d’ensemble dans lequel évoluent et interviennent la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) et le Fonds monétaire international.

La deuxième partie, constituée de 18 chapitres, analyse sous différents angles la problématique de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
, de l’ajustement structurel Ajustement structurel Politique économique imposée par le FMI en contrepartie de l’octroi de nouveaux prêts ou de l’échelonnement d’anciens prêts. et des politiques développées par la BIRD et le Fonds monétaire international. De prime abord, sont analysées les crises de la dette de la Périphérie qui ont précédé la fondation de la BIRD et du FMI (chapitre 5). Ensuite, sont retracées les origines des deux institutions financières internationales et leur évolution jusqu’au début du XXIe siècle (chapitre 6). Les données actuelles de l’endettement du tiers-monde et de la Périphérie en général sont résumées au chapitre 7. Les chapitres 8 et 9 présentent comment la BIRD a envisagé la problématique du développement des origines à aujourd’hui. Les chapitres 10, 11, 12 et 13 montrent la dimension politique des actions de la BIRD et du FMI dans leur relation avec l’ONU, les Etats-Unis, les autres grandes puissances capitalistes et la Périphérie. Les chapitres 14, 15, 16, 17 et 18 dissèquent la crise de la dette initiée au début des années 1980 et les politiques d’ajustement structurel qui ont été développées depuis. Le chapitre 19 résume les traits principaux de l’OMC OMC
Organisation mondiale du commerce
Née le 1er janvier 1995, elle remplace le forum permanent de négociation qu’était l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) où les États avaient seulement le statut de « parties contractuelles ». Un des objectifs de l’OMC est le démantèlement, lorsqu’ils existent encore, des monopoles nationaux constitués en vertu d’une décision publique. C’est déjà le cas pour les télécommunications dont la décision a été prise dans le cadre de l’OMC en février 97. Mais il en reste d’autres comme les chemins de fer qui attirent la convoitise des grands groupes financiers.

Un autre objectif est la libéralisation totale des investissements. L’instrument utilisé a été le projet d’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI). L’AMI dont l’élaboration avait été décidée lors de la réunion ministérielle de l’OCDE de mai 1995, vise l’ensemble des investissements : directs (industrie, services, ressources naturelles) et de portefeuille. Il prévoit des dispositifs de protection, notamment pour le rapatriement total des bénéfices. L’AMI a été comme tel abandonné en 1997 mais est réapparu sous la forme d’une multitude d’Accords bilatéraux sur l’investissement, ce sont les nouveaux « habits » de l’AMI.

L’OMC fonctionne selon le mode « un pays - une voix » mais les délégués des pays du Sud ne font pas le poids face aux tonnes de documents à étudier, à l’armée de fonctionnaires, avocats, etc. des pays du Nord. Les décisions se prennent entre puissants dans les « green rooms ». Toutefois, dans la lancée de l’épisode de Seattle en novembre 1999, la conférence de Cancun (Mexique) en septembre 2003 a été marquée par la résistance d’un groupe de 22 pays émergents du Sud, qui se sont alliés en la circonstance pour mener la conférence à l’échec, face à l’intransigeance des pays du Nord.
Site : http://www.wto.org/indexfr.htm
en relation avec les PED. Il met en exergue la logique commune qui domine l’action du FMI, de la BIRD et de l’OMC. Le chapitre 20 synthétise les symptômes de la crise de légitimité que traversent les institutions de Brettons Woods et observe les réactions de celles-ci ainsi que les termes du débat aux Etats-Unis. Les chapitres 21 et 22 concluent la deuxième partie de la thèse en envisageant les différentes formes de transferts de la Périphérie vers le Centre et le rôle de l’Aide publique au développement.

La troisième partie est constituée de cinq études de cas. Est étudiée l’intervention de la BIRD et du FMI dans deux continents (Asie et Amérique latine) et trois pays (Indonésie, Rwanda et République démocratique du Congo).

La quatrième et ultime partie propose des pistes alternatives aux politiques développées par la BIRD et le FMI à l’égard des PED.

3.Conditions de réalisation de la thèse


Durée : Travail entamé voici 14 ans
Les travaux préparatoires à cette thèse ont été entrepris en 2001.
Des parties de textes ont été rédigées en 2002-2003.
L’ensemble du texte définitif qui est soumis à votre appréciation a été rédigé entre le 15 février et le 19 mai 2004.

Les sources : Documents produits par la BIRD et le FMI depuis leur origine.
Rapport et études produits par d’autres institutions : principalement le PNUD PNUD
Programme des Nations unies pour le développement
Créé en 1965 et basé à New York, le PNUD est le principal organe d’assistance technique de l’ONU. Il aide - sans restriction politique - les pays en développement à se doter de services administratifs et techniques de base, forme des cadres, cherche à répondre à certains besoins essentiels des populations, prend l’initiative de programmes de coopération régionale, et coordonne, en principe, les activités sur place de l’ensemble des programmes opérationnels des Nations unies. Le PNUD s’appuie généralement sur un savoir-faire et des techniques occidentales, mais parmi son contingent d’experts, un tiers est originaire du Tiers-Monde. Le PNUD publie annuellement un Rapport sur le développement humain qui classe notamment les pays selon l’Indicateur de développement humain (IDH).
Site : http://www.undp.org
, la CNUCED Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement
CNUCED
Elle a été créée en 1964, sous la pression des pays en voie de développement pour faire contrepoids au GATT (prédécesseur de l’OMC).
Site web : http://www.unctad.org
, l’OCDE OCDE
Organisation de coopération et de développement économiques
Créée en 1960 et basée au Château de la Muette à Paris, l’OCDE regroupe les quinze membres de l’Union européenne auxquels s’ajoutent la Suisse, la Norvège, l’Islande ; en Amérique du Nord, les États-Unis et le Canada ; en Asie-Pacifique, le Japon, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Entre 1994 et 1996, trois pays du Tiers-Monde ont fait leur entrée : la Turquie, candidate à entrer également dans l’Union européenne ; le Mexique qui forme l’ALENA avec ses deux voisins du Nord ; la Corée du Sud. Depuis 1995, se sont ajoutés trois pays de l’ex-bloc soviétique : la République tchèque, la Pologne et la Hongrie. En 2000, la République slovaque est devenue le trentième membre.

Liste des pays membres de l’OCDE par ordre alphabétique : Allemagne, Australie, Autriche, Belgique, Canada, Corée du Sud, Danemark, Espagne, États-Unis, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Irlande, Islande, Italie, Japon, Luxembourg, Mexique, Norvège, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République slovaque, République tchèque, Royaume-Uni, Suède, Suisse, Turquie.
Site : http://www.oecd.org/fr/
, la BRI.
Les ouvrages d’une centaine d’auteurs ayant produit des analyses relatives au sujet.
Le matériel lu intégralement représente plus de 15.000 pages. Le matériel consulté incluant ce qui précède représente plus de 30.000 pages.
Une grande partie de ce matériel est en anglais.

Expérience personnelle :
Au cours des 20 dernières années, plus de cinquante missions dans les PED principalement en Amérique latine, puis suivent l’Afrique, l’Asie et l’Europe centrale et de l’Est.

Mission réalisée à la demande d’un gouvernement : Timor oriental en mars 2003 ;
A la demande d’un parlement : Venezuela en juillet 1997
Rencontre avec un chef d’État : réunion avec le président du Brésil, Lula Ignacio da Silva en juin 2003 à Genève.

Un grand nombre de missions accomplies l’a été à la demande d’ONG et de mouvements citoyens d’une quinzaine de PED réparti sur 3 continents ;

Rencontre et débat avec trois ministres des finances de la Belgique : Ph. Maystadt, J-J. Viseur et D. Reynders.

Rencontre régulières avec les administrateurs belges de la BM Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 184 membres en 2003) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRETS ACCORDES PAR LA BM :
1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site : http://www.banquemondiale.org
et du FMI en place à Washington

Débats publics avec des dirigeants de la BM et du FMI à Prague, à Genève et à Bruxelles.

Des articles écrits ou des conférences données sur le sujet pour des institutions universitaires du Mexique, d’Argentine, du Timor Oriental, du Chili, du Mali, de France et de Belgique.

4. Retour sur la question centrale :
Quels sont les Enjeux politiques de l’action de la Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement et du Fonds Monétaire International envers le tiers-monde ?

L’art. IV section 10 des statuts de la BIRD stipule : “ La Banque et ses responsables n’interféreront pas dans les affaires politiques d’un quelconque membre et il leur est interdit de se laisser influencer dans leurs décisions par le caractère politique du membre ou des membres concernés. Seules des considérations économiques peuvent influer sur leurs décisions et ces considérations seront soupesées sans parti pris, en vue d’atteindre les objectifs (fixés par la Banque) stipulés dans l’art. I ”.

4 exemples avec transparents (tiré du chap. 13).
Brésil
Chili
Zaïre
Roumanie

5. Deux questions au moins que je souhaiterais développer dans un travail ultérieur
- Les enjeux, les débats aux E-U en ce qui concerne les institutions multilatérales, en particulier la BM et le FMI.
- Une recherche et une réflexion plus étendues sur les modèles de développement.

6. Conclusions de la thèse :

Les IFI, qui ont été fondées comme instrument de régulation lors de la conférence monétaire et financière des Nations unies de 1944 afin d’éviter que ne se reproduise une crise du type de celle des années 1930, ont été par la suite transformées en instrument de déréglementation/déconstruction des mécanismes de contrôle sur les mouvements de capitaux.

Le FMI et la BIRD ne se sont pas affranchis du contrôle des Etats, ils ne se sont pas mués en institutions bureaucratiques autonomes. Leur autonomie est relative. Elles ne constituent pas une sorte de gouvernement supranational.

La politique de la BIRD et du FMI a été influencée de manière déterminante par les principales puissances capitalistes en général, par le gouvernement des Etats-Unis en particulier.

Ces deux institutions ont poussé les PED à recourir systématiquement à l’endettement extérieur qu’elles considéraient comme la condition nécessaire, voire suffisante, au décollage économique de ceux-ci. L’endettement allait de pair avec d’autres apports externes notamment via les investissements étrangers et l’aide publique au développement.

Selon un des modèles de référence des IFI, après une phase transitoire d’endettement, la croissance aurait dû devenir auto soutenue. Cela ne s’est pas produit. Des facteurs indépendants de la volonté des pays endettés ont provoqué l’éclatement d’une crise de la dette au début des années 80 du siècle passé. L’endettement est devenu permanent à quelques exceptions près et pendant des périodes prolongées les transferts nets sur la dette ont été négatifs. Ils le sont globalement à nouveau depuis 1998 jusqu’à aujourd’hui.

Historiquement, l’endettement extérieur des pays de la périphérie a constitué un puissant moyen aux mains des créanciers pour influencer le comportement des autorités de ceux-ci. L’endettement extérieur a été et est encore utilisé par les principaux créanciers comme un instrument de subordination des débiteurs.

Contrairement à la section 10 de l’article 4 de la charte de la BIRD |1|, cette dernière et le FMI ont systématiquement prêté à des Etats afin d’influencer leur politique. Cette thèse a montré à l’aide de plusieurs exemples que les intérêts politiques et stratégiques des grandes puissances capitalistes sont déterminants dans les choix. Des régimes, soutenus par les grandes puissances capitalistes, ont été aidés financièrement bien que leur politique économique ne répondait pas aux critères officiels des IFI et bien qu’ils ne respectaient pas les droits de l’homme. Inversement, des régimes considérés comme hostiles aux intérêts des grandes puissances ont été privés des prêts des IFI bien qu’ils aient mené des politiques économiques qui n’étaient pas en contradiction avec les critères officiels de la BM et du FMI.

Par ailleurs, le FMI et la BIRD, des origines à aujourd’hui, manifestent une réticence certaine à considérer que le respect des droits de l’homme fait partie de leur mandat |2|. Dès l’origine également, ces institutions ont tenu à marquer leur particularité par rapport au reste du système onusien.

Depuis l’éclatement de la crise de la dette, on constate une augmentation de leur pouvoir d’intervention à l’égard des PED qui recourent à leur service. On constate à partir de 1995 l’existence d’une collaboration étroite entre les IFI et l’OMC dans le cadre d’une politique néolibérale cohérente d’ouverture systématique des marchés des PED, de suppression des contrôles sur les mouvements de capitaux, d’extension des règles de l’OMC à un nombre croissant d’activités humaines. Cette collaboration augmente les contraintes sur les pouvoirs publics des PED (et de l’ensemble du globe). La déréglementation et la libéralisation concernent les capitaux et les marchés où ils circulent. En revanche, en ce qui concerne les pouvoirs publics, c’est d’un renforcement des contraintes dont il est question. Selon cette logique, les marchés doivent discipliner les pouvoirs publics, pas l’inverse.

Il s’agit d’être lucide et de constater que le modèle de développement tel que promu par la Banque et le FMI n’a pas permis le décollage économique promis. Des erreurs d’appréciation grossières ont été commises par ces deux institutions autoproclamées références en matière d’expertise. Le bilan humain et environnemental est gravement négatif.
La plupart des PED soumis à un traitement prolongé d’ajustement structurel se trouve dans un rapport de dépendance et de subordination renforcé à l’égard des principaux pays les plus industrialisés.

Cette thèse se conclut sur la nécessité impérieuse de chercher une alternative aux politiques recommandées par la BIRD et le FMI.

Les certitudes théoriques néolibérales affichées aujourd’hui ne valent guère plus que celles des libéraux ou des conservateurs au pouvoir dans les années 20 à la veille du krach financier. La mondialisation n’est pas un rouleau compresseur qui écrase tout sur son passage.

Pourquoi dès lors exclure que le mécontentement social s’exprime à nouveau autour de projets émancipateurs ? Il n’est pas dit que le mécontentement doive prendre la voie du repli identitaire, “ ethnique ” ou religieux. Il n’y a ni fatalité économique ni situation politique qui ne peut être modifiée sous l’action des forces sociales. Une nouvelle forme de décolonisation s’impose pour sortir de l’impasse actuelle, dans laquelle les IFI et leurs principaux actionnaires ont enfermé le monde en général, et les nations de la Périphérie en particulier.
 

Thèse Éric Toussaint nov 2004 by CADTM


Notes

|1| L’art. IV section 10 stipule : “ La Banque et ses responsables n’interféreront pas dans les affaires politiques d’un quelconque membre et il leur est interdit de se laisser influencer dans leurs décisions par le caractère politique du membre ou des membres concernés. Seules des considérations économiques peuvent influer sur leurs décisions et ces considérations seront soupesées sans parti pris, en vue d’atteindre les objectifs (fixés par la Banque) stipulés dans l’art. I ”.

|2| Voir chapitre 19. Il a été souligné dans un rapport récent présenté à la Commission des droits de l’homme de l’ONU, que le FMI « …considère toujours que son mandat ne comprend pas le respect des droits de l’homme… ». ONU-CDH, Droits économiques, sociaux et culturels, Droits de l’homme et extrême pauvreté, Rapport établi par l’experte indépendante Anne-Marie Lizin, E/CN.4/2004/43, 23 février 2004, § 48.
De leur côté, les auteurs du Rapport mondial sur le développement humain réalisé par le PNUD (édition 1994) écrivent : “ De fait, l’aide versée par les Etats-Unis pendant les années 1980 est inversement proportionnelle au respect des droits de l’homme. Les donateurs multilatéraux ne semblent pas non plus encombrés de telles considérations. Ils semblent en effet préférer les régimes autoritaires, considérant sans ciller que ces régimes favorisent la stabilité politique et sont mieux à même de gérer l’économie. Lorsque le Bangladesh et les Philippines ont mis fin à la loi martiale, leur part respective dans l’ensemble des prêts de la Banque mondiale a diminué ” (PNUD, 1994, p. 81).

Auteur

Eric Toussaint

docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, est porte-parole du CADTM international et est membre du Conseil scientifique d’ATTAC France. Il est auteur des livres Bancocratie, ADEN, Bruxelles, 2014, Procès d’un homme exemplaire, Editions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Il est coauteur avec Damien Millet du livre AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; La dette ou la vie, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011. Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège Dernier livre : Bancocratie ADEN, Brussels, 2014. Il a coordonné les travaux de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015 créée par la la présidente du Parlement grec. Cette commission a fonctionné sous les auspices du parlement entre avril et octobre 2015. Suite à sa dissolution annoncée le 12 novembre 2015 par le nouveau président du parlement grec, l’ex-Commission a poursuivi ses travaux et s’est dotée d’un statut légal d’association sans but lucratif.

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